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Publié le par Florian Rouanet
Contre le cosmopolitisme
Résumé introductif :
Le récit biblique de la Tour de Babel, relaté dans le Livre de la Genèse, constitue une méditation profonde sur le danger d’un cosmopolitisme, exacerbé ou non, et d’une unité forcée au détriment de la loi divine.
Cet épisode biblique, marqué par la division des langues, offre une clé de lecture pour comprendre les échecs historiques des empires multiethniques, notamment trop centralisateurs, et l’importance d’un enracinement national et religieux.
À travers l’exégèse catholique traditionnelle et les réflexions politiques « thomistes », nous analysons comment la « diversité désordonnée » devient source et cause d’effondrement des sociétés humaines.

Sommaire :
I. Le récit de Babel : origine et signification
II. Le péché d’orgueil et le rejet de Dieu
III. Division des peuples et fragilité des empires multiethniques
IV. Saint Thomas d’Aquin : unité ethnique et stabilité de l’État
V. Le cosmopolitisme moderne : un nouvel écho de Babel
I. Le récit de Babel : origine et signification
Dans le Livre de la Genèse, la Tour de Babel est décrite comme un projet collectif des hommes après le Déluge :
« Tout le monde avait une seule langue et les mêmes paroles. […] Ils dirent : ‘Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche aux cieux, et faisons-nous un nom, de peur que nous ne soyons dispersés sur toute la surface de la terre. »
Genèse 11:1-4, traduction de l’abbé Crampon.L’unité sociale au-delà des langues, est alors le fondement apparent de cette entreprise. Cependant, derrière ce projet se cache un péché fondamental : l’orgueil et le rejet de Dieu. Les hommes souhaitent « se faire un nom » en rivalisant avec le Créateur, cherchant à instaurer une unité humaine indépendante de la Providence divine. La tour, atteignant les cieux, devient le symbole de cette révolte spirituelle. Mais cette exégèse n’exclu pas non plus la critique politique.
II. Le péché d’orgueil et le rejet de Dieu
Le châtiment divin frappe alors ce projet insensé, car Dieu pratique le châtiment lorsque le cœur des hommes est trop endurci :
« Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d’Adam. Et Yahvé dit : […] Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils ne se comprennent plus l’un l’autre. Yahvé les dispersa de là sur toute la surface de la terre, et ils cessèrent de bâtir la ville. »
Genèse 11:5-8, traduction Crampon.Dieu intervient pour empêcher cette entreprise qui, sous couvert d’unité, menace l’ordre divin. La confusion des langues et la dispersion des peuples marquent ainsi une réaffirmation de l’autorité divine sur les projets humains, bancals par définition.
L’épisode de Babel illustre une vérité centrale : l’unité humaine n’est viable que lorsqu’elle repose sur l’obéissance à Dieu, en tout point, y compris dans ses devoirs quotidiens.
Toute tentative nationale et même d’universalité, coupée de la transcendance, qu’il s’agisse d’un empire ou d’un « projet mondial », est vouée à l’échec.
III. Division des peuples et fragilité des empires multiethniques
Le récit biblique de Babel trouve des échos dans l’histoire des empires humains. À travers les siècles, les grandes entités politiques fondées sur la diversité ethnique, linguistique et culturelle ont souvent montré une grande fragilité, à moins d’être decentralisés autant que les ethnies le souhaitent. La discorde interne, liée à des coutumes divergentes et des allégeances conflictuelles, constitue une menace d’instabilité récurrente.
L’analyse que nous allons donner souligne que l’unité politique repose sur une homogénéité politique, raciale, culturelle et spirituelle, laquelle favorise la cohésion sociale et avec, la stabilité des institutions. À l’inverse, les empires fondés sur un cosmopolitisme excessif – par la multiplicité de son espace géographique seulement -, comme l’Empire romain tardif ou l’Empire austro-hongrois, ont vu leur chute précipitée par des divisions internes. Mais encore, le post-empire colonial français, est encore pire, en prétendant faire un cosmopolitisme de l’intérieur…
IV. Saint Thomas d’Aquin : unité ethnique et stabilité de l’État
Le jeune Thomas ayant connu l’Italie méridionale au XIIIe a pu entrevoir des bribes de cosmopolitisme. Si certaines traductions proposent le mot nation, et que la race n’a pas le même sens, cela ne change rien concernant notre propos :
« L’État devrait plutôt être composé d’une seule race, car une seule race est unie dans ses coutumes et ses habitudes, ce qui favorise l’amitié entre les citoyens en raison de leur ressemblance les uns avec les autres. C’est pourquoi les États qui étaient composés de races diverses ont été détruits à cause des dissensions qu’ils avaient entre eux à cause de la diversité de leurs coutumes, car une partie de l’État s’alliait à des ennemis étrangers à cause de la haine qu’elle éprouvait pour l’autre partie. »
Saint Thomas d’Aquin, Commentaire d’Aristote sur la Politique, Livre III, Ch. II
Saint Thomas d’Aquin ne condamne certes pas pour autant les relations, pourquoi pas commerciales, entre peuples divers, mais il insiste sur l’importance d’un fondement commun et d’un État homogène, pour maintenir l’ordre et la justice. Une société bien ordonnée doit se baser sur des valeurs partagées et une culture unifiée, tout en restant ouverte à une diversité mesurée, notamment provinciale et selon le bon principe de subsidiarité.
Enfin, dans une perspective catholique, cette unité ne se limite pas à des critères purement ethniques, mais inclut une adhésion aux principes de la loi naturelle et à la foi chrétienne, seule capable d’unir véritablement les hommes sous l’autorité de Dieu.
V. Le cosmopolitisme moderne : un nouvel écho de Babel
Le cosmopolitisme contemporain, en Occident surtout, présenté bien à tort comme un idéal de « paix et de tolérance », valeurs creuses, recréé les conditions de Babel. En promouvant une uniformisation mondiale, de surcroît, détachée de toute transcendance, il engendre des tensions identitaires multiples et des conflits pouvant dégénérer jusque la guerre civile.
L’éclatement des langues à Babel symbolise ainsi la limitation voulue par Dieu pour prévenir un mal plus grand : celui d’une unité idolâtre, réduisant l’homme à un simple rouage dans une machine mondiale déshumanisante, partant, faussement intégral et inorganique.
Toute tentative d’universalité fondée sur l’orgueil humain et la négation des lois divines, les sociétés temporelles nationales, dans l’universel donc, est vouée à l’échec.
Comme l’écrit Saint Thomas d’Aquin, la condition essentielle d’une cohésion physique, sociale et religieuse repose sur un équilibre entre unité et enracinement, et sur la soumission à un ordre transcendant. Babel, tout comme les grands empires multiethniques de l’Histoire, nous rappelle que l’homme n’est véritablement uni qu’en Christ, seul médiateur entre Dieu et l’humanité.
« Jeune député, j’avais, en 57, voté contre le Traité de Rome, première étape d’un processus qui devait conduire selon ses promoteurs, Monnet et Coudenhove-Kalergi entre autres, aux Etats-Unis d’Europe ; cette Tour de Babel ne pouvant être construite que sur les décombres des nations, et d’abord de ma patrie la France, j’en fus depuis l’adversaire résolu. On nous dit que la mondialisation entraîne partout des changements fondamentaux, auxquels nous devons nous soumettre. Mais à la vérité, dans le monde, les nations se renforcent, appuyées sur des patriotismes fervents, sauf, sauf dans un seul espace, l’Europe, où nations et patries sont bradées, démantelées, démoralisées au profit d’un projet sans puissance, sans identité, tandis que les vagues migratoires étrangères l’envahissent progressivement et que l’ouverture de nos frontières économiques la livre à la concurrence effrénée du reste du monde. Aucune des promesses faites pour que les Européens acceptent la perte de leur indépendance, de leur souveraineté, de leur identité, de leur culture n’a été tenue : ni la croissance, ni le plein emploi, ni la prospérité, ni la sécurité. Et c’est l’angoisse qui prévaut à l’orée de la crise systémique qui s’annonce : crise énergétique, alimentaire, financière. D’ici là, il est vrai, le manège médiatique continuera de tourner ; hier, l’euro de football, le tennis à Roland Garros, demain les JO de Pékin et aujourd’hui la saga miraculeuse d’une icône : Ingrid qui rit, qui pleure, qui prie, qui va et vient à votre bras fraternel. Dans votre désir d’être le libertador, vous vous êtes fourvoyé dans la voie de la négociation avec les terroristes des FARC, mais ce n’est ni vous, ni Monsieur Chavez qui avez libéré la sénatrice colombienne Madame Bétancourt, c’est le président Uribe, qui avec ténacité, contre la mobilisation générale du progressisme mondial, a remporté une victoire décisive sur le terrorisme criminel. Vous avez multiplié les démarches stériles et vous avez même été jusqu’à inviter les terroristes des FARC communistes repentis à venir bénéficier de l’asile en France, mais pour les protéger de qui ? Du démocrate Uribe ! Au point où vous en êtes, pourquoi pas les talibans, le Hezbollah, ou les tigres tamouls ? Vous êtes comme l’amphisbène, cher à Césaire. N’en doutez pas, Monsieur Le Président: tout votre talent de metteur en scène médiatique ne suffira pas à conjurer les périls qui s’annoncent imminents et que vous devrez affronter avant la fin de l’année. Votre Europe est un vaisseau qui part à la dérive battu des vents et des flots. Seule région du monde à avoir délibérément démantelé ses structures politiques et morales. Sans frontières, progressivement envahie par une immigration de masse qui n’est qu’à ses débuts, ruinée économiquement par l’ultra-libéralisme, socialement appauvrie, démographiquement affaiblie, sans esprit et sans forces de défense, elle est vouée au mieux au protectorat américain, au pire à la servitude de la dhimmitude. Il n’est que temps d’abandonner l’illusion mortelle du fédéralisme et de construire une Europe des nations, unie dans des alliances concrètes, plus modestes sans doute, mais plus efficaces. Les deux échecs de la Constitution et du Traité doivent servir d’avertissement. Les peuples d’Europe ne veulent pas de ces projets. Ils ne se les laisseront pas imposer car ils ne veulent pas mourir ! »
(Jean-Marie Le Pen, dans son discours du 10 juillet 2008 au Parlement européen).
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Liens retraçants toutes les traductions de l’abbé Augustin Crampon :
Pour accéder à ces traductions, vous pouvez consulter les ressources suivantes :
- Édition de 1905 : Disponible en fac-similé sur Internet Archive.
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Édition de 1923 : Également accessible en ligne sur Internet Archive.
