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Publié le par Florian Rouanet
✝️ Quand le sacré devient odieusement marchandise, l’esprit de Simon revient à la charge ✝️
⁂ Arène de combat
Ô lecteur, prépare ton encrier comme d’autres leur glaive, car voici venir un sujet dont le nom seul évoque à la fois l’ignominie et l’hérésie, la turpitude et la trahison de l’ordre divin : la simonie.
Péché capital de ceux qui prétendent monnayer « l’indonnable », elle remonte aux temps apostoliques et s’illustre par la figure de Simon le Magicien, premier à vouloir « troquer l’Esprit Saint » contre monnaie trébuchante. L’histoire de l’Église, depuis lors, s’est toujours efforcée de pourfendre cette infamie.
Cet article, à la manière d’un procès canonique, entend dresser le portrait complet de Simon de Samarie, passer au crible les multiples formes de simonie dans la tradition, suivre la réaction disciplinaire à travers les siècles, et esquisser une clarification quant à ses penchants « judaïsants« .
Point de fadaises, mais instruction sévère dénonçant ce venin, prompt à se glisser dans les replis de la pourpre cardinalice comme dans les recoins de sacristie.

Post-Scriptum : Ce sujet n’est point clos dans la mémoire catholique ; il resurgit dès qu’une dignité se négocie sous le manteau, dès qu’un homme d’Église cède à l’attrait du lucre, troquant les clefs contre de l’or.
☧ Bandage lexical
SIMONIE, subst. fém. (théol. et hist. eccl.) : « Trafic des choses saintes, tel que la collation d’un bénéfice ecclésiastique contre paiement, ou l’achat d’un sacrement ou d’un pouvoir spirituel. »
SACREMENT, subst. masc. : « Acte sacré institué par Notre Seigneur, destiné à sanctifier les fidèles. »
CANONIQUE, adj. : « Conforme aux règles et lois de l’Église ; qualifiant un acte ou une position ecclésiastique légitime. »
☩ Leçon ancienne
14 : Lorsque les apôtres, qui étaient à Jérusalem, apprirent que Samarie avait accueilli la parole de Dieu, ils y envoyèrent Pierre et Jean,
15 : qui, étant descendus, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent l’Esprit Saint.
16 : Car il n’était encore descendu sur aucun d’eux ; ils n’avaient été baptisés qu’au nom de Jésus.
17 : Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint.
18 : Quand Simon eut vu que, par l’imposition des mains des apôtres, l’Esprit était donné, il offrit de l’argent,
19 : et dit : « Donne-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j’imposerai les mains reçoive l’Esprit Saint. »
20 : Pierre lui répondit : « Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’or ! »
21 : « Tu n’as aucune part ni droit dans cette œuvre, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu.
22 : Repens-toi donc de ce mal, et prie le Seigneur ! Peut-être ton cœur sera-t-il pardonné pour ce que tu as pensé. »
23 : Simon répondit : « Priez pour moi auprès du Seigneur : afin que rien de ce que vous avez dit ne me vienne. »
24 : Et Pierre et les autres, remplis d’un zèle spirituel, témoignatièrent et parlèrent de la parole du Seigneur avec fermeté.🔍 Actes des Apôtres VIII, 19–20, Bible Crampon 1923/Actes Wikisource
« Si un évêque ordonne un évêque, un chorepiscopus, un presbytre, un diacre, ou tout autre clerc, non pas gratuitement, mais en exigeant de l’argent, et s’il vend une grâce qui ne peut se vendre ; ou si, poussé par l’amour du gain, il préférera pour de l’argent un archidiacre, un advocatus, un prosmonarius, ou toute personne figurant dans les rangs de l’Église :
que celui qui est convaincu de cela perde son rang, et que celui qui est ordonné ne tire aucun profit de l’ordination ainsi acquise, mais qu’il soit destitué de l’honorable office qu’il a obtenu pour de l’argent. »☦️ Canon 2 du Concile de Chalcédoine (451)
« La simonie est un trafic sacrilège ; c’est faire commerce de Dieu : vendre et acheter les choses sacrées, ou les offices sacrés, comme s’il s’agissait de marchandises grossières. De telle sorte que l’on peut dire qu’elle est pire encore que la trahison de Judas, qui, pour trente deniers, livra le Seigneur aux Juifs. »
🕮 Saint Pierre Damien, Liber Gomorrhianus (env. 1050)
« …que ceux qui ont été promus par l’hérésie simoniaque… n’aient plus aucune fonction liturgique dans l’Église ; …de même, ceux qui vivent dans la fornication ne célèbreront plus la messe… Nous prescrivons encore que, s’ils méprisent ces constitutions, le peuple n’assiste en aucune manière à leurs offices. »
📜 Synode romain de février 1075 (Lettre circulaire aux archevêques de Mayence, de Constance, etc.)
« Nous ordonnons encore que, s’ils persistent à mépriser nos décrets, le peuple n’accepte en aucune façon leur ministère, afin que ceux qui ne se corrigent pas par amour de Dieu soient ramenés par la honte du monde. »
📜 Lettre au légat Hugues de Die (printemps 1079) – rappel du boycott
« Provision d’un office faite par suite de simonie est invalide de par la loi elle-même. »
📜 Can. 149 § 3 – Chapitre Ecclesiastical Offices (Cann. 145–196)
« Une démission faite par suite de crainte grave injustement infligée, ou de tromperie, ou d’erreur substantielle, ou de simonie, est invalide de par la loi elle-même. »
📜 Can. 188
— Code de Droit Canonique de 1917 (Codex Iuris Canonici Pio‑Benedictinus), Première Partie – Personae, titres sur les offices ecclésiastiques, du Code promulgué le 27 mai 1917, en vigueur dès le 19 mai 1918.
Σ Plan d’attaque par manche
📜 I. Modèle scripturaire et définition canonique
📜 II. Des premiers anathèmes aux conciles mérovingiens
📜 III. Montée en puissance : IXᵉ–XIᵉ siècle et Réforme grégorienne
📜 IV. L’âge canonique : Latran, Avignon et tentations pontificales
📜 V. Du Concile de Trente aux lois modernes contre la simonie
📜 VI. La « judaïsation » de la simonie ?
🏟 Terrain quadrillé : chronique d’une infamie sacrée
En notre ère de scandales recuits, où les prévarications du "clergé" depuis les années 1960 servent de sport aux folliculaires, il est de salubrité publique que de remonter aux racines de l’un des péchés les plus anciens et honnis. Non pas innovation postmédiévale, mais lèpre originelle ; que l’on ne se méprenne : ce trafic du sacré, que les siècles n’ont cessé de condamner, se présente d’abord comme une trahison interne, fruit d’une collusion entre l’or des puissants et les clefs spirituelles. C’est donc par un retour scripturaire, puis conciliaire, que nous ouvrirons cette marche pénitentielle.
📜 I. Modèle scripturaire et définition canonique
L’imposture de Simon de Samarie, dit Simon le Magicien, n’est point quelque fable hagiographique ou légende orientale, mais bien un épisode inaugural rapporté dans les Actes des Apôtres, au chapitre VIII. Cet odieux chamelier, le premier venu comme le dit l’expression, prétendait recevoir, contre espèces sonnantes, le don du Saint-Esprit transmis par l’imposition des mains. Saint Pierre, avec la colère de l’Apôtre, lui lança cette invective immortelle :
« Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’or. »
(Ac VIII, 20 – Trad. Abbé Crampon)De là est née l’expression consacrée : simonie, autrement dit le marchandage des biens spirituels, crime contre la gratuité surnaturelle. L’Église, par son magistère constant, a défini la simonie comme la volonté délibérée d’acheter ou vendre une chose spirituelle : sacrement, bénédiction, indulgence, office, ou autorité ecclésiastique.
On notera que cette définition faites de subtilités juridiques, s’est appuyé sur un paradigme originel. La simonie, dès l’aube chrétienne, n’est pas une simple fraude : elle est une forme de trahison mystique, un sacrilège de Judas.
📜 II. Des premiers anathèmes aux conciles mérovingiens
L’infraction de Simon fut bientôt jugée digne de réprobation solennelle. Ce ne fut qu’au Ve siècle, lors du concile de Chalcédoine (451), que l’interdiction se formalisa canoniquement : son canon II décrète nulle toute ordination acquise « per pecunias », c’est-à-dire obtenue contre paiement. Déjà, le corps militant de l’Église devinait le péril que ferait courir à l’ordre sacré une hiérarchie acquise comme un bien mobilier.
Le Concile de Tolède (589) en Hispanie wisigothique, suivi du concile in Trullo ou Quinisexte (692) à Constantinople, réitère l’anathème avec une vigueur accrue. Néanmoins, malgré ces fulgurances disciplinaires, la pratique revint par les interstices, favorisée par l’enracinement féodal et l’appropriation des offices par des lignages laïcs…
Durant l’époque dite mérovingienne, les évêchés étaient généralement transmis par faveur royale, et la simonie s’intégrait à la politique d’alliance. La voix des conciles, quoique vibrante, ne suffisait pas toujours à contenir la déchéance morale, potentiellement, tant que la monarchie elle-même usait de ces pratiques pour asseoir son autorité sur le clergé.
📜 III. Montée en puissance : IXᵉ–XIᵉ siècle et Réforme grégorienne
Au IXᵉ siècle, la situation empire : la simonie cesse d’être accidentelle pour devenir quasi-structurelle. Elle est le bras armé d’une féodalité qui se croit légitime à désigner évêques et curés comme elle le ferait de vassaux ou d’intendants. En Germanie, les grands sièges épiscopaux sont mis aux enchères officieuses, au profit des princes ou de familles patriciennes.
La situation culminerait dans un scandale si généralisé qu’on l’a qualifié, non sans justesse, d’hérésie pratique. C’est dans ce contexte que s’illustre le moine austère Pierre Damien, auteur d’un traité virulent (Liber Gomorrhianus), et surtout Hildebrand de Soana, futur Grégoire VII, qui inaugure la fameuse Réforme grégorienne. Celle-ci vise à déraciner la simonie, au même titre que le nicolaïsme (le clergé concubin), en purifiant l’Église de toute compromission.
Lors des synodes de 1059, 1075, 1079, l’excommunication des évêques simoniaques est systématisée, et la sentence va jusqu’à l’invalidité de l’ordination si l’intention simoniaque est prouvée. L’Église retrouve sa verticalité, en proclamant que le sacré n’est ni à vendre, ni à troquer, fût-ce contre un royaume.
L’affaire des investitures, dont le conflit d’Henri IV et Grégoire VII n’est que l’épicentre, mêle à la simonie un autre vice : la nomination laïque des évêques.Mais qu’il soit bien compris : ce n’est point querelle de deux puissances qui anime ces réformateurs, mais la restauration d’un sacerdoce sans tache. À la monarchie impie, ils opposent la sainteté exigeante, totale.
📜 IV. L’âge canonique : Latran, Avignon et tentations pontificales
Le IIIᵉ concile du Latran, en 1179, condense et durcit l’arsenal disciplinaire. Il déclare nulles toutes ordinations simoniaques, et excommunie les auteurs et bénéficiaires. Ce concile entérine — derechef, mais en précisant davantage — l’idée que la simonie est cause de déchéance spirituelle et d’invalidité sacramentelle, principe qui guidera l’Église pendant des siècles.
Cependant, les siècles suivants témoignent d’un retour insidieux du mal. La période avignonnaise (1309–1377) et le Grand Schisme d’Occident (1378–1417) marquent une dérive centralisatrice et financière « des Papautés », où les charges ecclésiastiques sont de plus en plus délivrées contre espèces, sous prétexte de « servitia communia » ou autres impôts romains.
Des Papes comme Clément VI ou Jean XXII furent accusés, de laisser prospérer un trafic de bénéfices, provoquant des résistances croissantes dans le clergé inférieur et la théologie scolastique. L’exemple le plus retentissant demeurait dans l’élection, en 1492, de Rodrigo Borgia, devenu Alexandre VI, accusé (calomnies ?) d’avoir acheté de nombreuses voix cardinalices pour accéder au trône de saint Pierre. Le maître des cérémonies Johannes Burchard relate ces faits dans ses Liber Notarum, n’épargnant rien de cette infamie.
📜 V. Du Concile de Trente aux lois modernes contre la simonie
La constance se constate, il fallait une réaction d’ampleur face à la vérole que représentait la simonie, notamment après les accusations répétées contre les Papes d’Avignon et les lamentables compromissions du XVe siècle. Or, ce fut dans le Concile de Trente (1545-1563) que l’Église retrouva ses foudres.
Dans ses sessions XXI à XXV, le Concile concilia la sévérité canonique avec la clarification sacramentelle. Il fut expressément déclaré que toute « taxation » pécuniaire sur les sacrements était frappée d’anathème, et que toute collation d’office achetée se voyait déclarée nulle et non avenue. L’Église catholique, dans son effort de Contre-Réforme, cherchait à éteindre l’incendie alimenté par l’indulgence vénale, que Luther avait si bruyamment dénoncée.
Le code de droit canonique (1917) n’oublièrent point cette verrue. Le canon 727 du Code de 1917, proclame que toute tentative d’achat de sacrement ou de charge constitue un délit puni d’interdit ou de suspense, selon les cas.
📜 VI. La « judaïsation » de la simonie ?
Si Simon le Magicien était probablement juif d’origine, il serait restreint d’affirmer que la simonie serait un péché uniquement juif ou « judaïsant », par assimilation — ayant certaines réalités — avec le stéréotype économique du Juif avare.
Premièrement, le mot simonie provient exclusivement de l’épisode néotestamentaire, déjà exposé, et n’a pas de source par rapport à la tradition rabbinique, nul midrash n’aurait jamais permis ni toléré, la vente du sacré, en principe.
Deuxièmement, les textes canoniques et véritablement conciliaires – du Corpus Juris Canonici au Concile de Trente – ne relient jamais la simonie à quelque « influence juive » directe. Hélas, l’affaire reste bien souvent intra-chrétienne.
Certes, dans la littérature polémique anti-judaïque du XIIIᵉ siècle, notamment chez Pierre le Vénérable ou Vincent de Beauvais, certains rapprochement respectables furent émis. Mais il s’agissait alors d’outils rhétoriques généraux : c’est assimiler la simonie à une mentalité juive.
Souffrez que ce dernier coup de goupillon soit asséné avec vigueur : Quiconque vend le sacré, trahit le Christ ; quiconque l’achète, se moque de Dieu
🛎 Sentence létale
Le péché de simonie n’eut de cesse de réapparaître comme un serpent, dû aux péchés des hommes. On pourrait ici en dresser un florilège, triste martyrologe de dignités trahies.
De Simon le Magicien à Grégoire VII, du concile de Chalcédoine à Trente, du Simony Act « anglican » à Wojjtyla, la constance est frappante : le commerce du sacré reste un crime. Et l’Église, en fidèle épouse du Christ, ne peut tolérer qu’on vende ses mystères.
La simonie est actuelle, quoique sous des formes dissimulées : faveurs, pressions, nominations intéressées… Elle appelle toujours la vigilance des fidèles, la fermeté du clergé, la sévérité des Clercs.
Nulle époque n’est à l’abri. Nulle Église, nulle tradition. Car le tentateur ressasse les mêmes offres. Mais l’or de ce monde ne rachètera jamais le sang du Crucifié.
Voici donc retracé, par les canons et les anathèmes, le chemin escarpé que l’Église a suivi pour expulser la lèpre de la simonie. Si Simon le Magicien n’a point reçu l’Esprit, c’est bien qu’il n’en était point digne. À travers les siècles, ce péché, a été fécondé dans les plis de la corruption humaine. Contre cette marchandise impie, les conciles ont brandi le glaive, les papes ont fulminé, les saints ont fulminé.
Le commerce du sacré est un blasphème, et l’or qui l’acquiert devient poison. Toute paroisse qui tolère cela pactise avec Judas et re-trahit Pierre. Le Droit canon n’est point une relique
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La Rédaction ; Pugiliste lettré
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