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Publié le par Florian Rouanet
đïž Carrefour aride, infini divin đ Espagne, seuil entre deux mondes đ Le Mont-Saint-Michel & lâArĂ©opage âïž
Notes introductives philosophico-historiques
Le christianisme est nĂ© en Orient, au carrefour mĂ©diterranĂ©en des grandes civilisations bibliques et antiques, puis sâest dĂ©ployĂ© en Occident au fil du temps. Cette trajectoire unique illustre une tension fĂ©conde entre lâuniversel et le particulier, entre la religion rĂ©vĂ©lĂ©e et la nature (ou culture) des hommes – car si lâhomme est dâun lieu, il tend vers lâUn.
Dâun cĂŽtĂ©, lâOrient biblique offre le berceau de la RĂ©vĂ©lation et la vision dâun Dieu infini, transcendant les limites du monde créé ; de lâautre, lâOccident grĂ©co-romain fournit un cadre philosophique oĂč ce message universel sâest le mieux incarnĂ©. La tradition chrĂ©tienne synthĂ©tise cosmos et histoire, unitĂ© du genre humain et singularitĂ© des hĂ©ritages, afin de cĂ©lĂ©brer le mystĂšre du Salut (Ils cĂ©lĂšbrent la messe vers lâorient – PĂšlerinage de Chartres PentecĂŽte). Cette synthĂšse, hĂ©ritĂ©e des apĂŽtres et des PĂšres de lâĂglise, a fait de la dualitĂ© susdite le moteur dâune civilisation religieuse originale.
N.B. Alors, tel Adolf Hitler, si nous professons un racisme, alors celui-ci demeure sans haine, il n’est qu’amour, prĂ©servation et logique implacable. Ainsi, droit dans nos bottes -de la Gestapo ! – nous procĂ©dons. Mais encore, loin d’avoir honte d’une influence fĂ©conde entre Orient et Occident, nous nous en faisons les chantres, et non les chances (!), dans les lignes qui suivront. VoilĂ tout ce que vous ne dira pas – ou plus -, M. Boris Le Lay.

Comment lâOrient et lâOccident se sont-ils articulĂ©s dans la pensĂ©e chrĂ©tienne et europĂ©enne ? Comment le message chrĂ©tien se veut-il Ă la fois universel (catholique) et enracinĂ© dans des traditions particuliĂšres? Quelles relations entre la foi et la nature dans cette doctrine ?
Racialiste parce quâuniversaliste, universaliste parce que racialiste â Adolf Hitler & la Chine
đïž De lâempire romain au monde colonial, dialectique et perspective chrĂ©tienne : vocation missionnaire dâOccident đ
Plan détaillé
- Orient : berceau de la RĂ©vĂ©lation et de lâinfini â Description gĂ©ographique et symbolique de lâOrient biblique. RĂŽle du dĂ©sert oriental dans lâexpĂ©rience spirituelle : lieu de rĂ©vĂ©lation (MoĂŻse au SinaĂŻ, Ălie Ă lâHoreb), silence et dĂ©pouillement ouvrant Ă lâidĂ©e dâun Dieu infini et transcendant. Symbolique de lâOrient comme source de lumiĂšre (priĂšre tournĂ©e vers lâest, ex Oriente lux). DĂ©veloppement de la spiritualitĂ© des PĂšres du dĂ©sert qui ancre la tradition monastique chrĂ©tienne dans lâOrient mĂ©diterranĂ©en.
- Un message ancrĂ© dans le particulier et ouvert Ă lâuniversel â Le christianisme prend naissance au sein du peuple juif oui, avec JĂ©sus Fils de David (ancrĂ© dans une lignĂ©e particuliĂšre) qui se rĂ©vĂšle Fils de Dieu universel (Le peuple Juif et ses Saintes Ăcritures dans la Bible ChrĂ©tienne). Analyse de la tension biblique entre Ă©lection dâIsraĂ«l et salut offert Ă toutes les nations (promesse faite Ă Abraham dâune bĂ©nĂ©diction pour âtous les peuplesâ). Le Nouveau Testament montre la progressive ouverture : de la prĂ©dication limitĂ©e aux « brebis perdues dâIsraĂ«l » Ă lâenvoi missionnaire « faites de toutes les nations des disciples » (Mt 28,19). La figure de saint Paul illustre cette universalitĂ© transcendante : ancien pharisien juif, il devient « apĂŽtre des Gentils » et proclame quâen Christ « il nây a plus ni Juif ni Grec » (Ga 3,28), sans abolir pour autant la pluralitĂ© des peuples.
- LâOccident, porteur historique de lâuniversalitĂ© chrĂ©tienne â RĂŽle de lâEmpire grĂ©co-romain puis de lâEurope chrĂ©tienne dans la diffusion du message Ă©vangĂ©lique. Paul prĂȘchant Ă lâArĂ©opage dâAthĂšnes ouvre la voie au dialogue avec la philosophie grecque (Pope Benedict XVI’s Regensburg Address – Cortile dei Gentili). La providence historique fait que le christianisme acquiert son « caractĂšre dĂ©cisif en Europe », aprĂšs ses origines orientales. Ătapes de cette diffusion : adoption de la foi par les peuples grĂ©co-romains (Constantin, concile de NicĂ©e), missions vers les « barbares » (saint Patrick en Irlande, saint Boniface en Germanie), rĂŽle des moines irlandais et bĂ©nĂ©dictins dans la conversion de lâEurope du Nord. La vocation de lâEurope mĂ©diĂ©vale comme « chrĂ©tientĂ© » : de Charlemagne Ă la Reconquista ibĂ©rique, lâOccident se pense dĂ©positaire de la foi universelle Ă transmettre. Exemple de Paul Ă Rome (Actes 28) et de lâenracinement du siĂšge apostolique Ă Rome qui symbolise la mission universelle de lâĂglise.
- Typologie Orient/Occident : nature et grĂące, race et religion, culture et foi â Analyse conceptuelle du bassin mĂ©diterranĂ©en des rapports entre Orient et Occident Ă travers trois dualitĂ©s :
- Nature et grĂące : LâOrient chrĂ©tien reprĂ©sente la RĂ©vĂ©lation (la grĂące surnaturelle donnĂ©e dans un contexte particulier), lâOccident met en valeur la raison naturelle hĂ©ritĂ©e des Grecs; leur rencontre la formule thomiste « la grĂące nâabolit pas la nature, mais la parfait » (gratia non tollit naturam sed perficit). Lâordre naturel (philosophie, Ă©thique paĂŻenne) trouve son accomplissement dans lâordre de la grĂące (foi chrĂ©tienne).
- Race et religion : Distinction entre les appartenances ethniques ou raciales et lâappartenance religieuse universelle. Dans lâĂglise ancienne, la communion chrĂ©tienne transcende les barriĂšres ethniques (Juifs/Grecs, Orientaux/Occidentaux), mĂȘme si certaines identitĂ©s demeurent (rites orientaux et occidentaux). On peut proposer une typologie oĂč lâOrient incarne un particularisme originel (le Christ juif, mais surtout Fils de Dieu, les Ăglises orientales ethniques), et lâOccident une universalisation (Ăglise latine impĂ©riale, liturgie en langue commune â le latin).
- Culture et foi : La foi chrĂ©tienne sâinculture diffĂ©remment en Orient et en Occident, donnant naissance Ă des traditions culturelles chrĂ©tiennes variĂ©es (rite byzantin vs latin, thĂ©ologie grecque patristique vs thĂ©ologie scolastique latine). Typologie des relations culture/foi : soit tension (choc des rites, divergences comme au moment du schisme Orient-Occident), soit harmonisation (Ă©changes intellectuels, influence mutuelle des spiritualitĂ©s).
- AntiquitĂ© grecque et Moyen Ăge chrĂ©tien : tensions et harmonisations â Ătude historique de la transmission du savoir et de son intĂ©gration dans la thĂ©ologie dogmatique mĂ©diĂ©vale. Le legs de lâAntiquitĂ© grecque (philosophie dâAristote, science dâAlexandrie, nĂ©oplatonisme) a dâabord Ă©tĂ© reçu par les PĂšres orientaux (ClĂ©ment dâAlexandrie, OrigĂšne, les Cappadociens) puis par lâOccident. Contributions arabes et juives : durant le haut Moyen Ăge, le monde musulman prĂ©serve et commente une partie de lâhĂ©ritage grec (Al-Kindi, Al-FĂąrĂąbĂź, Avicenne, AverroĂšs) tandis que des penseurs juifs dâal-Andalus comme MaĂŻmonide synthĂ©tisent Bible et Aristote. Ă partir du XIIe siĂšcle, lâOccident latin sâapproprie ce savoir : traductions de lâarabe et du grec en latin Ă TolĂšde, Palerme et ailleurs. Cependant, des historiens comme Sylvain Gouguenheim soulignent que certaines Ćuvres dâAristote furent traduites directement du grec au sein de lâabbaye normande du Mont-Saint-Michel dĂšs le dĂ©but du XIIe siĂšcle ( L’Islam mĂ©diĂ©val en terres chrĂ©tiennes – Sur Aristote et le Mont-Saint-Michel. Notes de lecture – Presses universitaires du Septentrion), signe dâune transmission plus autonome des racines grecques de lâEurope chrĂ©tienne. Quoi quâil en soit, lâapport dâĂ©rudits arabes et juifs a Ă©tĂ© crucial pour contribuer Ă maintenir un lien, Ă enrichir la scolastique naissante. La synthĂšse thomiste au XIIIe siĂšcle (saint Thomas dâAquin) reprĂ©sente lâharmonisation aboutie de ces hĂ©ritages : Thomas intĂšgre Aristote (quâil appelle « le Philosophe ») Ă la thĂ©ologie chrĂ©tienne, en dialoguant avec les commentaires dâAverroĂšs et dâAvicenne, et en tenant compte de MaĂŻmonide ( L’Islam mĂ©diĂ©val en terres chrĂ©tiennes – Sur Aristote et le Mont-Saint-Michel. Notes de lecture – Presses universitaires du Septentrion ). Les tensions ne manquent pas (condamnations de lâaverroĂŻsme latin en 1277, dĂ©bats sur la compatibilitĂ© foi/raison), mais elles se rĂ©vĂšlent constructives. Cette « fĂ©condation rĂ©ciproque » de la raison grecque et de la foi biblique, adossĂ©e Ă lâhĂ©ritage romain, a littĂ©ralement fondĂ© lâEurope et son identitĂ© chrĂ©tienne (Pope Benedict XVI’s Regensburg Address – Cortile dei Gentili).
- Conclusion â Retour sur lâĂ©quilibre entre universel et particulier : la foi chrĂ©tienne, nĂ©e dans un contexte oriental prĂ©cis, se rĂ©vĂšle porteuse dâun message universaliste, transcendant les cultures sans les Ă©craser. LâOrient et lâOccident apparaissent moins comme des opposĂ©s que comme des partenaires dans lâĂ©conomie divine : lâOrient apporte la lumiĂšre de la RĂ©vĂ©lation, lâOccident le vaste horizon historique pour la diffuser. Cette dialectique nature/grĂące et foi/lignĂ©e continue dâinspirer la rĂ©flexion thĂ©ologique contemporaine sur lâinculturation du christianisme et le dialogue entre les traditions. Le plan dâĂ©tude suivant permettra dâapprofondir chacune de ces dimensions de maniĂšre mĂ©thodique.
đș Car la Rome paĂŻenne est devenue la pĂ©piniĂšre des saints : Longin, Paul, et Pierre, lâĂglise naissante ont Ă©tĂ© parmi les nations grecques et latines âïž
Plan dâĂ©tude suite
1. Fondements bibliques et patristiques (Orient originel et universalisme naissant)
- Objectif dâĂ©tude : Comprendre comment la Bible et les premiers chrĂ©tiens posent les bases de lâarticulation Orient/Occident et universel/particulier.
- Contenu : Ătudier lâAncien Testament (Ă©lection dâIsraĂ«l, ouverture aux nations chez les prophĂštes deutĂ©ro-isaĂŻens) et le Nouveau Testament (Ăvangile de Luc et des Actes montrant lâextension aux paĂŻens (Le peuple Juif et ses Saintes Ăcritures dans la Bible ChrĂ©tienne), discours de Paul Ă lâArĂ©opage en Ac 17). Analyser les Ă©crits des PĂšres de lâĂglise : par ex. Lettre Ă DiognĂšte (II^e siĂšcle) sur les chrĂ©tiens « ùmes du monde » universelles dans des patries particuliĂšres, ou Contre les hĂ©rĂ©sies de saint IrĂ©nĂ©e qui prĂ©sente le Christ comme RĂ©capitulant toute lâhumanitĂ©.
- MĂ©thode : Lecture suivie des textes bibliques clĂ©s (Gn 12, Is 49, Mt 28, Ac 15, Ac 17, Ga 3, etc.), lecture commentĂ©e des PĂšres (extraits dâIrĂ©nĂ©e de Lyon, Tertullien â « Quâa AthĂšnes Ă faire avec JĂ©rusalem? » â pour le dĂ©bat foi/philosophie, OrigĂšne ou GrĂ©goire de Nysse pour lâidĂ©e dâinfini divin).
- RĂ©fĂ©rences : Le peuple juif et ses Saintes Ăcritures dans la Bible chrĂ©tienne (Commission biblique pontificale, 2001) pour la perspective catholique sur IsraĂ«l et lâuniversalitĂ© du salut (Le peuple Juif et ses Saintes Ăcritures dans la Bible ChrĂ©tienne); ouvrages dâintroduction aux PĂšres de lâĂglise (par ex. Jean DaniĂ©lou ou Basile de CĂ©sarĂ©e sur lâesprit du monachisme oriental).
2. Histoire médiévale : échanges et confrontations Orient-Occident
- Objectif dâĂ©tude : Examiner concrĂštement comment lâOrient et lâOccident interagissent du Moyen Ăge central Ă la Renaissance, tant sur le plan politique-religieux que culturel.
- Contenu : Ătude de la pĂ©riode des Croisades et des Ă©changes quâelles suscitent entre monde latin et byzantin/musulman. Focus sur lâEspagne mĂ©diĂ©vale (Al-Andalus, Reconquista) comme laboratoire de cohabitation entre chrĂ©tiens, juifs et musulmans â dĂ©construire le mythe dâune convivencia idyllique (ChrĂ©tiens, juifs et musulmans dans lâEspagne mĂ©diĂ©vale. La convivencia et autres mythes historiographiques) tout en reconnaissant la transmission intellectuelle dans des centres comme TolĂšde. Analyse des figures de passeurs culturels : les Mozarabes (chrĂ©tiens vivant en terre dâIslam, adoptant langue et culture arabes (Christianisme Ă©sotĂ©rique et Islam dans l’Espagne du Moyen Age.)), les traducteurs (ex. GĂ©rard de CrĂ©mone traduisant dâarabe en latin). Ătude parallĂšle de lâEmpire byzantin et de lâĂglise orientale : leur rĂŽle dans la prĂ©servation des textes grecs et la transmission Ă lâOccident (exode de savants byzantins vers lâItalie avant la chute de Constantinople, concile de Florence et derniers Ă©changes thĂ©ologiques Est-Ouest).
- MĂ©thode : Approche chronologique via des documents historiques (chroniques des croisades, traitĂ©s de tolĂ©rance ou controverses interreligieuses en Espagne, correspondances entre Ă©rudits). Ătudes de cas : lâĂ©cole de traduction de TolĂšde; lâabbaye du Mont-Saint-Michel et ses manuscrits grecs (Ă©tayĂ© par les travaux de Gouguenheim (L’Islam mĂ©diĂ©val en terres chrĂ©tiennes – Sur Aristote et le Mont-Saint-Michel. Notes de lecture – Presses universitaires du Septentrion); la figure de Raymond Lulle (majorquin du XIII^e s. cherchant Ă convertir les musulmans par le dialogue rationnel).
- RĂ©fĂ©rences : Ouvrages dâhistoriens tels que Alain Guy (sur la philosophie espagnole mĂ©diĂ©vale et autre) et Sylvain Gouguenheim (sur la transmission dâAristote), ainsi que des Ă©tudes rĂ©centes sur la notion de convivencia (ChrĂ©tiens, juifs et musulmans dans lâEspagne mĂ©diĂ©vale. La convivencia et autres mythes historiographiques) et sur les Ă©changes scientifiques mĂ©diĂ©vaux. Par exemple, Les Arabes, les Grecs et la Renaissance europĂ©enne de Alain de Libera pour nuancer le rĂŽle du monde arabe.
3. SynthÚse philosophico-théologique : nature et grùce, foi et culture
- Objectif dâĂ©tude : Approfondir la dimension thĂ©orique de lâintĂ©gration entre raison grecque (nature) et rĂ©vĂ©lation biblique (grĂące) dans la thĂ©ologie chrĂ©tienne, et la maniĂšre dont lâĂglise a conçu son universalitĂ© vis-Ă -vis des cultures.
- Contenu : Ătude de la thĂ©ologie mĂ©diĂ©vale avec Thomas dâAquin en figure centrale â lecture dâextraits de la Somme thĂ©ologique (questions sur la grĂące et la nature) et de la Somme contre les Gentils (tentative de dialogue rationnel avec les non-chrĂ©tiens). Analyse de la doctrine de la âcatholicitĂ©â de lâĂglise (signifiant universalitĂ©) : textes du MagistĂšre comme lâencyclique Redemptoris Missio (Jean-Paul II) sur lâinculturation, ou des auteurs comme Henri de Lubac (Catholicisme, 1938) qui souligne que lâunitĂ© catholique intĂšgre sans abolir la diversitĂ© des peuples. Ătude de la philosophie de lâhistoire chez Saint Augustin (La CitĂ© de Dieu oppose la citĂ© terrestre ancrĂ©e dans lâamour-propre et la citĂ© cĂ©leste unissant lâhumanitĂ© sous lâamour de Dieu) en lien avec Orient/Occident (Augustin Ă©crit face Ă la chute de Rome : perspective universelle du christianisme par-delĂ lâempire). RĂ©flexion sur la complĂ©mentaritĂ© de JĂ©rusalem et AthĂšnes dans la formule de Tertullien (souvent citĂ©e nĂ©gativement) redĂ©finie positivement par des penseurs ultĂ©rieurs (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e).
- MĂ©thode : SĂ©minaires de lecture des textes clĂ©s (Thomas, Augustin, documents conciliaires). Travaux dirigĂ©s comparant des concepts â e.g. le Logos chez saint Jean et le LĂłgos stoĂŻcien â pour identifier continuitĂ©s et ruptures entre sagesse orientale biblique et sagesse naturelle occidentale.
- RĂ©fĂ©rences : LâEsprit de la liturgie de Joseph Ratzinger (2000) pour la symbolique de lâOrient dans la liturgie (Ils cĂ©lĂšbrent la messe vers lâorient – PĂšlerinage de Chartres PentecĂŽte – Notre-Dame de ChrĂ©tientĂ©) et la vision dâune synthĂšse chrĂ©tienne du cosmos et de lâhistoire; Europe, la voie romaine de RĂ©mi Brague (1992) pour comprendre la structure dâintĂ©gration (romanitĂ©) qui permet Ă lâEurope de se dire Ă la fois grecque et biblique (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e); articles de Yves Congar sur lâuniversalitĂ© de lâĂglise et les Ăglises locales, etc.
Ce plan dâĂ©tude est progressif : des bases scripturaires et historiques (Orient source de la foi, Occident champ de sa diffusion) vers la synthĂšse intellectuelle (harmonisation des hĂ©ritages dans la pensĂ©e chrĂ©tienne). Il vise Ă donner une vue dâensemble cohĂ©rente, tout en permettant dâapprofondir chaque axe sĂ©parĂ©ment.
Revue bibliographique thématique des ouvrages et articles pertinents
Pour nourrir cette Ă©tude, une revue structurĂ©e de la littĂ©rature acadĂ©mique et des sources classiques sâimpose. Nous prĂ©sentons ci-dessous les contributions dâauteurs clĂ©s, en les regroupant par thĂ©matique.
De la prise de TolÚde à la Reconquista, l'Europe chrétienne assimile sans se diluer
1. Orient et Occident dans lâhistoire et la civilisation chrĂ©tienne
- Alain Guy (1918-1998) â Hispaniste et philosophe, Alain Guy a consacrĂ© sa carriĂšre Ă lâĂ©tude de la pensĂ©e espagnole. Dans son Histoire de la philosophie espagnole (1983), il souligne la diversitĂ© des courants intellectuels en Espagne mĂ©diĂ©vale, Ă la croisĂ©e du latin chrĂ©tien, de lâarabe musulman et de lâhĂ©breu juif (Alain Guy, Histoire de la philosophie espagnole. – PersĂ©e). Il montre quâil serait absurde, dans l’absolu, de rĂ©duire la philosophie ibĂ©rique Ă la seule scolastique catholique (Alain Guy, Histoire de la philosophie espagnole. – PersĂ©e), car sây cĂŽtoient lâhĂ©ritage dâAverroĂšs et de MaĂŻmonide, la mystique chrĂ©tienne (Raymond Lulle, ThĂ©rĂšse dâAvila) et la scolastique thomiste tardive. Ses travaux prĂ©sentent lâEspagne mĂ©diĂ©vale comme un pont civilisationnel et religieux entre lâOrient et lâOccident, notamment Ă travers lâĂ©tude de la convivencia â concept quâil nuance en dĂ©montrant la complexitĂ©/rivalitĂ© des rapports interreligieux, souvent masquĂ©s de nos jours. Alain Guy rappelle enfin la contribution de lâEspagne Ă la diffusion du christianisme universel (rĂŽle des rois catholiques dans les Grandes DĂ©couvertes, missionnaires du Nouveau Monde issus de la Reconquista, etc.), prolongeant en terrain extra-europĂ©en, la vocation occidentale dâĂ©vangĂ©lisation.
- Sylvain Gouguenheim â Historien mĂ©diĂ©viste français, connu pour son ouvrage Aristote au Mont-Saint-Michel : Les racines grecques de lâEurope chrĂ©tienne (Seuil, 2008). Gouguenheim y dĂ©fend lâidĂ©e que lâOccident latin mĂ©diĂ©val a puisĂ© aux sources grecques de façon plus directe quâon ne le croit gĂ©nĂ©ralement. Il met en lumiĂšre le travail de moines normands du XIIe siĂšcle qui, au Mont-Saint-Michel, ont traduit Aristote directement du grec au latin (L’Islam mĂ©diĂ©val en terres chrĂ©tiennes – Sur Aristote et le Mont-Saint-Michel. Notes de lecture – Presses universitaires du Septentrion ), indĂ©pendamment des traductions arabes. Ce faisant, il relativise la thĂšse « classique » dâune Europe chrĂ©tienne entiĂšrement tributaire du monde musulman pour la transmission du savoir antique. Son livre a suscitĂ© un dĂ©bat historiographique intense (certains lui reprochant de minorer lâapport de la civilisation islamique, parfois Ă raison). Quoi quâil en soit, Gouguenheim apporte une perspective Ă ne pas renier sur la capacitĂ© de lâOccident Ă assimiler lâhĂ©ritage de lâOrient grec par ses propres moyens. En complĂ©ment, son article « Mont Saint-Michel et Aristote » (dans MillĂ©naire monastique du Mont, 2000) et dâautres Ă©tudes approfondissent la question des rĂ©seaux de savants en Occident (Venise, Pise, SicileâŠ) qui ont collaborĂ© Ă cette transmission. Pour notre thĂšme, Gouguenheim illustre les tensions et harmonisations entre Orient savant (grec puis arabe) et Occident mĂ©diĂ©val, en soulignant la part dâautochtonie occidentale dans lâappropriation du legs universel dâAristote ( L’Islam mĂ©diĂ©val en terres chrĂ©tiennes – Sur Aristote et le Mont-Saint-Michel. Notes de lecture – Presses universitaires du Septentrion ).
- RĂ©mi Brague â Philosophe français contemporain, spĂ©cialiste de la philosophie mĂ©diĂ©vale arabe et juive ainsi que de la pensĂ©e europĂ©enne. Son essai Europe, la voie romaine (Criterion, 1992) offre une clĂ© de lecture de lâidentitĂ© europĂ©enne : Brague y propose que lâessence de lâEurope est dâĂȘtre « romaine », câest-Ă -dire dâavoir su intĂ©grer en elle, le meilleur ce qui lui Ă©tait Ă©tranger (hĂ©ritages grec et mĂȘme « sĂ©mitique ») par un processus dâappropriation secondarisĂ©e (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e) (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e). Il reprend la formule AthĂšnes et JĂ©rusalem (raison grecque et foi biblique) en affirmant que la vĂ©ritable unitĂ© de la culture europĂ©enne provient de Rome, qui a permis la cohabitation fĂ©conde de ces deux pĂŽles (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e).
Selon Brague, lâOccident chrĂ©tien sâest dĂ©fini en accueillant en son sein la tension entre vĂ©ritĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e orientale et recherche rationnelle occidentale, tension quâil a transformĂ©e en moteur de crĂ©ativitĂ© plutĂŽt quâen contradiction stĂ©rile (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e). Cette thĂšse est Ă©clairante pour notre sujet : elle suggĂšre que le caractĂšre universel du christianisme a trouvĂ© en Europe un terreau unique (la romanitĂ©) pour sâincarner sans nier les particularitĂ©s. Brague aborde aussi dans dâautres ouvrages le rapport Ă lâIslam (La Loi de Dieu, 2005) et au judaĂŻsme (Du Dieu des chrĂ©tiens, 2008), offrant des perspectives sur la façon dont lâOccident chrĂ©tien sâest distinguĂ© en intĂ©grant lâapport de lâOrient tout en maintenant sa propre identitĂ©. Son idĂ©e quâ« nous sommes dâabord romains, câest la raison pour laquelle nous pouvons nous dire grecs et juifs » (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e) rĂ©sume Ă©loquemment lâarticulation entre particularismes assumĂ©s et vocation universaliste. - Christopher Dawson (1889-1970) â Historien britannique catholique, auteur de Religion and the Rise of Western Culture (1949) et de The Making of Europe (1932). Dawson, dans une veine plus classique, insiste sur le rĂŽle du christianisme dans la formation de lâidentitĂ© occidentale. Il dĂ©crit comment, aprĂšs la chute de Rome, lâĂglise a Ă©tĂ© le vecteur de transmission de la culture antique et lâagent principal dâunitĂ© au milieu de la diversitĂ© ethnique de lâEurope mĂ©diĂ©vale. Pour Dawson, la synthĂšse chrĂ©tienne a ensuite unifiĂ© les tribus âbarbaresâ dâOccident en une civilisation partagĂ©e, tout en intĂ©grant progressivement les influences venues dâOrient (par exemple via les traductions dâĆuvres arabes en Espagne). Il voit dans la pĂ©riode carolingienne puis dans la scolastique une montĂ©e en puissance de la conscience dâune « chrĂ©tientĂ© » occidentale, oĂč lâhĂ©ritage de JĂ©rusalem et dâAthĂšnes se conjugue. Bien que Dawson nâemploie pas nos termes exacts, son travail rejoint les prĂ©occupations de ce thĂšme en soulignant lâĂ©quilibre entre lâunitĂ© spirituelle universelle (la Foi chrĂ©tienne) et la pluralitĂ© des cultures locales occidentales, transcendĂ©es par cette foi. Il offre une trame historique large pour comprendre la vocation de lâOccident en tant que porteur du message chrĂ©tien.
Apartés françaises
NapolĂ©on 1er en Ăgypte, entre commerce et stratĂ©gie :
LâexpĂ©dition de Bonaparte en Ăgypte ne fut pas quâune entreprise militaire : elle visait Ă ouvrir un axe commercial stratĂ©gique vers lâOrient, en contournant la suprĂ©matie anglaise en MĂ©diterranĂ©e et en Inde. Ă travers la conquĂȘte, NapolĂ©on projetait de faire de lâĂgypte un carrefour Ă©conomique entre lâEurope et lâAsie, renouant avec les antiques routes caravaniĂšres. Cette campagne mĂȘlait donc gloire impĂ©riale, savoir scientifique et ambition mercantile, au service dâun impĂ©rialisme français naissant.
Ădouard Drumont en AlgĂ©rie, lâantisĂ©mite au Parlement :
Ălu dĂ©putĂ© dâAlger en 1898, Ădouard Drumont y transpose ses thĂšses antijuives popularisĂ©es dans La France juive (1886), dĂ©nonçant le dĂ©cret CrĂ©mieux et stigmatisant les communautĂ©s juive, soutenu des musulmas. Par son discours enflammĂ© Ă la Chambre, il contribue Ă cristalliser les ressentiments des colons europĂ©ens contre la citoyennetĂ© accordĂ©e aux Juifs dâAlgĂ©rie et nourrit un « antisĂ©mitisme politique » inĂ©dit localement. Sa courte mandature (1898â1902) laisse en hĂ©ritage une stratĂ©gie nationaliste et coloniale.
De Charlemagne à Napoléon en passant par Louis XIV : la Providence diffuse la Vérité aux quatre vents
2. Universalisme chrétien et particularités : auteurs théologiques et philosophiques
- Henri de Lubac (1896-1991) â ThĂ©ologien jĂ©suite français, figure de proue du renouveau catholique du XXe siĂšcle, certes, ayant accompagnĂ© la subversion conciliabulaire. Son ouvrage Catholicisme (1938) explore la dimension intrinsĂšquement « sociale et universelle » de la foi chrĂ©tienne. De Lubac y affirme que le christianisme nâest pas quâune somme de relations individuelles Ă Dieu, mais la construction dâune unitĂ© de lâhumanitĂ© en Christ, sans humanisme exagĂ©rĂ©, cela peut s’entendre. Il souligne que le terme « catholique » signifie universel et renvoie Ă une Ăglise rassemblant dans lâunitĂ© tous les peuples sans Ă©craser leurs diffĂ©rences. Il met en garde contre deux Ă©cueils : le particularisme Ă©troit (enfermer lâĂglise dans une seule culture ou ethnie) et lâuniformisation totalitaire (nier la lĂ©gitime pluralitĂ© humaine) (RĂ©mi Brague, Europe, la voie romaine – PersĂ©e). Ses travaux, ainsi que ceux dâYves Congar (Vraie et fausse rĂ©forme dans lâĂglise, 1950, ou LâĂglise de saint Augustin Ă lâĂ©poque moderne, 1970), montrent que lâuniversalitĂ© chrĂ©tienne a toujours dĂ» sâĂ©quilibrer avec la notion dâĂglises particuliĂšres (communautĂ©s locales incarnĂ©es). Ces auteurs Ă©clairent le dilemme entre particularitĂ©s (rites, langues, cultures dans lâĂglise) et unitĂ© de foi. Pour notre thĂšme, de Lubac fournit un arriĂšre-plan thĂ©ologique fort Ă lâidĂ©e que lâuniversel chrĂ©tien nâabolit pas le particulier mais lâembrasse pour le porter Ă sa perfection.
- Joseph Ratzinger / BenoĂźt XVI (1927-2022) â Fin connaisseur ex-S.S. et pseudo-pape (lol), dont la rĂ©flexion aborde le lien entre foi chrĂ©tienne, raison et cultures. Dans sa cĂ©lĂšbre confĂ©rence de Ratisbonne (2006), BenoĂźt XVI osa rappeler que le christianisme sâest dĂ©veloppĂ© par la rencontre intĂ©rieure entre la foi biblique et la philosophie grecque, et que cette convergence nâĂ©tait pas fortuite mais providentielle (Pope Benedict XVI’s Regensburg Address – Cortile dei Gentili). Il note que, malgrĂ© les dĂ©veloppements orientaux du christianisme, câest en Europe que cette synthĂšse sâest cristallisĂ©e de maniĂšre dĂ©cisive, notamment grĂące Ă lâapport du patrimoine romain (Pope Benedict XVI’s Regensburg Address – Cortile dei Gentili). Ratzinger met aussi en exergue que le Logos (la Raison divine) est au cĆur de la foi chrĂ©tienne (Prologue de saint Jean) et quâil sâaccorde avec la recherche grecque du rationnel â dâoĂč la capacitĂ© du christianisme Ă se proposer Ă tout esprit humain de maniĂšre universelle. Par ailleurs, dans LâEsprit de la liturgie (1999), il explique comment lâorientation de la priĂšre vers lâEst symbolise lâattente universelle du Christ venant, tout en sâinsĂ©rant dans la cosmologie naturelle (le soleil levant) (Ils cĂ©lĂšbrent la messe vers lâorient – PĂšlerinage de Chartres PentecĂŽte – Notre-Dame de ChrĂ©tientĂ©). Cette intĂ©gration du cosmos (nature) et de lâhistoire du salut illustre pour Ratzinger la synthĂšse unique du christianisme, fruit de lâarticulation Orient-Occident. Il ne se leurre point ici.
- Saint Thomas dâAquin (1225-1274) â Sommet de la scolastique mĂ©diĂ©vale, Thomas est une autoritĂ© thĂ©ologique classique dont lâĆuvre elle-mĂȘme incarne le dialogue Orient/Occident et universel/particulier. Dans la Somme thĂ©ologique, il sâappuie sur Aristote (pensĂ©e grecque rationaliste) autant que sur lâĂcriture et les PĂšres (tradition rĂ©vĂ©lĂ©e orientale) pour dĂ©velopper sa thĂ©ologie. Il utilise largement les commentaires du philosophe arabe AverroĂšs (quâil appelle âle Commentateurâ) et discute des thĂšses dâAvicenne ou de MaĂŻmonide, manifestant ainsi lâintĂ©gration des savoirs venus dâOrient dans la pensĂ©e occidentale chrĂ©tienne (L’Islam mĂ©diĂ©val en terres chrĂ©tiennes – Sur Aristote et le Mont-Saint-Michel. Notes de lecture – Presses universitaires du Septentrion).
Son adage selon lequel « la vĂ©ritĂ©, quelle quâelle soit, dâoĂč quâelle vienne, vient de lâEsprit Saint » (sentence paraphrasĂ©e de ses Quodlibets) illustre lâuniversalitĂ© de la raison accueillie par la foi.
Par ailleurs, le traitĂ© De regno et la Somme contre les Gentils de Thomas montrent la rĂ©flexion dâun chrĂ©tien dâOccident cherchant Ă adapter lâexposition de la foi selon les destinataires (princes latins ou interlocuteurs musulmans), donc Ă articuler le message unique avec des cultures particuliĂšres. LâĂ©tude de Thomas dâAquin est incontournable pour saisir comment la grĂące divine (universelle) Ă©lĂšve la nature humaine (commune Ă tous) sans la dĂ©truire â principe clef de la thĂ©ologie de la nature et de la grĂące qui rĂ©pond directement Ă notre problĂ©matique. De plus, la postĂ©ritĂ© thomiste (Ă©cole de Salamanque en Espagne, nĂ©o-thomisme du XIXe) offre des ressources sur la maniĂšre dâaborder race et religion (par ex. Francisco de Vitoria, dominicain espagnol du XVIe, argumente pour lâunitĂ© de nature de tous les hommes â Indiens du Nouveau Monde inclus â justifiant un droit des gens universel, non contre mais dĂ©passant les particularismes raciaux). - Lev Shestov (1866-1938) â Philosophe russe (dâorigine juive) dont lâessai AthĂšnes et JĂ©rusalem (1938) a eu un Ă©cho notable. Bien quâextrĂȘmement critique envers la synthĂšse rationaliste, Shestov incarne lâun des pĂŽles d’un dĂ©bat raison vs foi. Il oppose radicalement la « vĂ©ritĂ© grecque » (nĂ©cessitĂ©, Ă©vidence rationnelle dâAthĂšnes) et la « vĂ©ritĂ© biblique » (libertĂ© absolue du Dieu de JĂ©rusalem). Son ouvrage est intĂ©ressant Ă mentionner comme contrepoint, car il reflĂšte la persistance du sentiment de tension entre Orient (foi rĂ©vĂ©lĂ©e) et Occident (raison philosophique, paganismes). Les dangereux penseurs dĂ©mocrate-chrĂ©tiens du XXe siĂšcle (tels Jacques Maritain dans Science et Sagesse, 1935) lui ont rĂ©pondu en nuançant cette opposition stĂ©rile. NĂ©anmoins, AthĂšnes et JĂ©rusalem est un texte utile pour un sĂ©minaire avancĂ©, afin de problĂ©matiser le risque de sĂ©parer Ă lâexcĂšs lâuniversel (vĂ©ritĂ© valable pour tous) du particulier (expĂ©rience existentielle singuliĂšre, tribalisme). Il rappelle que lâharmonie Orient/Occident nâallait pas de soi, mais fut un choix historique de la pensĂ©e chrĂ©tienne, choix remis en question pĂ©riodiquement.
3. Histoire des idées et exemples concrets
- Christophe Cailleaux (historien) â Son article « ChrĂ©tiens, juifs et musulmans dans lâEspagne mĂ©diĂ©vale. La convivencia et autres mythes historiographiques » (ChrĂ©tiens, juifs et musulmans dans lâEspagne mĂ©diĂ©vale. La convivencia et autres mythes historiographiques – Cahiers de la MĂ©diterranĂ©e, 2013) dĂ©construit le mythe moderne dâune tolĂ©rance exemplaire dans lâEspagne dâal-Andalus tout en reconnaissant la richesse des interactions. Cailleaux montre comment le concept de convivencia a Ă©tĂ© surchargĂ© idĂ©ologiquement, rendant le dĂ©bat dĂ©licat, mais il admet quâil y eut bien une coexistence dynamique entre les « trois religions », entre certaines Ă©coles d’alors. Ce travail aide Ă nuancer notre vision de lâOrient/Occident en Espagne : ni utopie harmonieuse, ni choc inexpiable, mais une relation virile et des frontiĂšres complexes (La frontiĂšre : laboratoire des mythes dans la pĂ©ninsule IbĂ©rique (xe) oĂč se crĂ©ent des Ă©changes intellectuels (traductions, controverses thĂ©ologiques) tout autant que des frictions (disputations, discriminations lĂ©gales des minoritĂ©s). Lâarticle fournit un cadre historiographique rigoureux pour aborder le rĂŽle de lâEspagne comme pont culturel.
- Mentionnons ce dialogue du XIVe siĂšcle entre lâempereur byzantin Manuel II PalĂ©ologue, et un savant persan, oĂč lâempereur critique certaines conceptions de Dieu en Islam comme dĂ©raisonnables. Ce contexte lui sert Ă lancer une rĂ©flexion sur la nĂ©cessitĂ© dâallier foi et raison et de rejeter la violence en religion. Bien que polĂ©mique, cet exemple montre comment la rencontre Orient-Occident (un empereur chrĂ©tien dâOrient dialoguant avec un Persan musulman) nourrit aussi, en rĂ©action, une pensĂ©e chrĂ©tienne sur lâuniversel (valeur de la raison partagĂ©e par tous). Le recours aux sources byzantines et arabes prĂ©-modernes est une mĂ©thode pĂ©dagogique que lâon peut retenir pour lâĂ©tude : puiser dans lâhistoire concrĂšte du dialogue ou du conflit Orient/Occident des Ă©lĂ©ments de rĂ©flexion Ă©thico-thĂ©ologiques sur la raison universelle et la foi.
- Pierre AubĂ© (historien) â Auteur de Une histoire des croisades (2002) et de Roger II de Sicile (2001). Ses travaux dĂ©crivent notamment lâexemple du royaume normand de Sicile au XIIe siĂšcle, oĂč cohabitent Latins, Grecs et Arabes sous lâautoritĂ© dâun prince chrĂ©tien (Roger II). On y voit une tentative politique dâarticuler Orient et Occident : lâadministration sicilienne employait des savants musulmans, des clercs latins et des grecs orthodoxes. Des traductions de grec et dâarabe y ont eu lieu (câest en Sicile que lâastronome Al-Idrisi a rĂ©alisĂ© son planisphĂšre pour Roger). AubĂ© montre les rĂ©ussites et les limites de ce laboratoire multicultural avant lâheure. Pour notre thĂšme, la Sicile normande illustre pratiquement la possibilitĂ© dâune synthĂšse civilisationnelle entre Orient et Occident sur une base chrĂ©tienne (ici un souverain latin garantissant une relative tolĂ©rance). Les rĂ©fĂ©rences dâAubĂ© peuvent enrichir un cours dâhistoire mĂ©diĂ©vale appliquĂ© Ă la question.
Enfin, au-delĂ de ces sources acadĂ©miques, il ne faut pas nĂ©gliger les grands textes littĂ©raires ou spirituels qui, sans ĂȘtre des Ă©tudes scientifiques, apportent une profondeur de vue sur le sujet. Par exemple, la Divine ComĂ©die de Dante Alighieri (dĂ©but XIVe siĂšcle) reflĂšte dans son parcours du salut une cosmologie chrĂ©tienne mĂ©diĂ©vale intĂ©grant philosophie antique et thĂ©ologie, et fait mĂȘme une place aux sages de lâAntiquitĂ© non-chrĂ©tiens dans les Limbes â signe dâun universalisme de la raison. De mĂȘme, le poĂšme Ă©pique La LĂ©gende dorĂ©e (Jacques de Voragine) commence avec Adam et incorpore les histoires de saints dâOrient et dâOccident, suggĂ©rant une histoire sainte unifiĂ©e. Ces Ćuvres, quoique non acadĂ©miques, peuvent servir de support pĂ©dagogique pour saisir lâimaginaire unissant Orient et Occident dans la chrĂ©tientĂ©.
Pistes de rĂ©flexion et dâapprofondissement
- Approfondir le dialogue actuel Orient-Occident : En prolongement historico-philosophique, on peut rĂ©flĂ©chir aux enseignements de cette histoire partagĂ©e pour le monde contemporain. Par exemple, comment le passĂ© de transmission mutuelle (grecque, arabe, latine) ne doit pas inspirer l’hĂ©rĂ©sie du dialogue interreligieux actuel entre christianisme et islam. Les travaux dâauteurs contemporains comme RĂ©mi Brague ou Jean-Luc Marion qui interrogent la singularitĂ© de lâhĂ©ritage chrĂ©tien occidental face Ă lâuniversalitĂ© (Brague parle de lâ« Europe ex-centrique », toujours tournĂ©e vers un dehors qui la fonde). On pourra aussi analyser la notion dâ« Orient chrĂ©tien » aujourdâhui (Ăglises orientales catholiques et orthodoxes) et son apport Ă lâĂglise universelle â actualisant forcĂ©ment la tension entre particularitĂ©s liturgiques/thĂ©ologiques et unitĂ© de foi.
- Ătudes comparatives : Il serait fructueux de comparer la dynamique Orient/Occident dans le christianisme avec des phĂ©nomĂšnes analogues ou antagonistes dans dâautres civilisations ou religions. Par exemple, on peut comparer avec lâarticulation entre le monde arabe et perse dans lâislam, ou entre lâInde et la Chine dans le bouddhisme, pour voir si des schĂ©mas universel/particulier similaires Ă©mergent. Cette mise en perspective ferait ressortir les traits propres Ă la synthĂšse chrĂ©tienne grĂ©co-judĂ©o-romaine.
On pourrait Ă©galement sâinterroger : quâen est-il de la notion dâOrient/Occident dans la culture laĂŻque moderne (post-LumiĂšres)? Le concept dâun Orient mystique vs un Occident rationnel a-t-il Ă©tĂ© amplifiĂ© ou dĂ©passĂ© par la modernitĂ©? Des philosophes comme Edward Said (Orientalism, 1978) ont critiquĂ© la polarisation Orient/Occident comme une construction discursive de pouvoir â une rĂ©flexion critique lĂ -dessus pourrait affiner la comprĂ©hension d’un Ă©sotĂ©risme orientalisant et ennemi et dĂ©noncer ce binĂŽme antinaturel. - Applications pĂ©dagogiques : Pour enseigner ce thĂšme, on pourra adopter des approches actives : organisation de dĂ©bats style querelle mĂ©diĂ©vale oĂč des Ă©tudiants incarnent des personnages historiques (par ex. un thĂ©ologien latin du XIIIe vs un philosophe arabe) discutant de foi et raison; visites virtuelles ou rĂ©elles de lieux symboliques (monastĂšre de Mont-Saint-Michel, mosquĂ©e-cathĂ©drale de Cordoue, basilique Sainte-Sophie Ă Constantinople) pour concrĂ©tiser la rencontre des mondes. LâĂ©tude peut aussi dĂ©boucher sur un projet interdisciplinaire : par exemple, en cours de littĂ©rature, analyser comment Chateaubriand dans Les Martyrs (1809) dĂ©peint les premiers chrĂ©tiens face Ă Rome (Occident) mais puisant leur force en Orient, ou comment TolstoĂŻ/DostoĂŻevski envisagent le christianisme russe (Oriental) vis-Ă -vis de lâEurope. De telles passerelles renforcent lâassimilation du thĂšme.
- Recherche avancĂ©e : Pour un Ă©tudiant en master ou en doctorat, de nombreuses pistes se dĂ©gagent. On pourrait Ă©diter et traduire un texte peu connu illustrant un dialogue Orient-Occident (par exemple les actes dâune disputation de TolĂšde entre clercs chrĂ©tiens et sages musulmans). Ou bien entreprendre une Ă©tude comparĂ©e des figures de saint Paul et dâAlexandre le Grand en tant que symboles â lâun de lâuniversalitĂ© spirituelle dĂ©passant sa culture dâorigine, lâautre de la diffusion dâune culture (hellĂ©nistique) Ă lâĂ©chelle oecumĂ©nique â afin de dĂ©gager comment le christianisme a recyclĂ© lâhĂ©ritage grec de conquĂȘte universelle en mission pacifique universelle. Une autre idĂ©e serait dâinvestiguer le concept thĂ©ologique de âplerĂŽme des nationsâ (Romains 11,25) : comment les PĂšres et thĂ©ologiens mĂ©diĂ©vaux interprĂštent-ils la contribution de chaque peuple Ă la plĂ©nitude de lâĂglise ? Ceci renvoie Ă lâarticulation entre unitĂ© du Peuple de Dieu et pluralitĂ© des ethnies. Cela ouvre plus de questions que nous y rĂ©pondons.
Le dĂ©sert oriental, paysage mĂ©taphysique de lâinfini, lieu choisi pour la RĂ©vĂ©lation
En conclusion, lâarticulation entre Orient et Occident, universel et particulier, religion et nature, dans une perspective chrĂ©tienne et traditionnelle, sâavĂšre un sujet inĂ©puisable et exceptionnel. Il touche aux fondements mĂȘmes de nos cultures et de la thĂ©ologie mĂȘme. Lâexplorer, câest retracer comment une foi nĂ©e dans le dĂ©sert dâOrient a pu conquĂ©rir les cĆurs jusquâaux confins de lâOccident, comment lâuniversel divin sâest incarnĂ© sans sâenfermer dans le particulier, comment la nature humaine et les races ont Ă©tĂ© assumĂ©es et transfigurĂ©es par la grĂące.
Aristote, baptisĂ© par saint Thomas, corrobore la vigueur spĂ©culative de lâOccident
Câest un voyage intellectuel et spirituel Ă travers deux millĂ©naires, oĂč lâon verra que loin dâĂȘtre un « choc de civilisations », la rencontre de lâOrient et de lâOccident en Christ a produit une synthĂšse roborative â toujours perfectible â au service dâune vision unifiĂ©e de lâhumanitĂ© et de la Foi. Ce vaste sujet demande de la rigueur (dâoĂč lâimportance des sources et plans proposĂ©s) mais offre en Ă©change une analyse globale et enracinĂ©e, non seulement du passĂ©, mais aussi des jeux en prĂ©sence, du dialogue et des conflits entre les nations, en mĂȘme temps que la transmission des principes universels. Les ressources classiques et acadĂ©miques Ă©voquĂ©es guideront tout chercheur, autodidacte ou non, dĂ©sireux dâapprofondir ce passionnant chantier de la mĂ©moire et de la pensĂ©e chrĂ©tiennes.
Notre Seigneur, fils de David & Dieu véritable, porte une parole dépassant lignées & tribus
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