• La “cabale chrétienne” de Pic de la Mirandole – apologétique et humanisme



    Étude restaurant la Vérité par rapport aux Juifs talmudiques

  • Un discernement purifiant la tradition, s'aidant de la sagesse antique
    et contribuant à révélation chrétienne, sans syncrétisme aucun

    Préambule

    Pic de la Mirandole (1463-1494), figure majeure de la Renaissance italienne, s’inscrit dans une étude profondément apologétique : porter sur les fonts baptismaux la cabale chrétienne et démontrer  que les mystères juifs trouvent leur accomplissement en Notre Seigneur Jésus-Christ. Voilà qui répond encore à certaines interrogations dites néomarcionnistes.

    Connaisseur émérite des langues anciennes (latin, grec, hébreu et notions d’arabe littéraire), il dépasse les clivages doctrinaux pour extraire de la tradition juive ce qui, sous un regard chrétien, annonce et confirme la Vérité catholique.

    Toutefois, son entreprise a été mal comprise, parfois même dévoyée, notamment par ceux qui y ont vu une tentative syncrétique, alors qu’elle relevait au contraire d’un travail de précision doctrinale. Pic n’a pas sombré dans un ésotérisme dissolvant ; bien au contraire, il s’est ensuite rétracté sur certaines conclusions malheureuses et a su discerner entre la véritable tradition et les interpolations rabbiniques hostiles post-chrétiennes.

    Sommaire

    I. Pic de la Mirandole et cabale chrétienne : entreprise apologétique
    II. L’opposition à la lecture rabbinique et la « purification de la tradition »
    III. Ses Conclusiones & controverse romaine
    IV. Lettres de David Veysseyre : méthode de discernement de la vérité

    I. Pic de la Mirandole et cabale chrétienne : entreprise apologétique

    L’étude approfondie de Pic ne consiste pas à fusionner le christianisme avec le judaïsme, ni à confondre platonisme et aristotélisme, et encore moins à subvertir la doctrine catholique par des spéculations mystiques.
    Il veut démontrer, preuves en main, que la « cabale authentique » – épurée de ses falsifications rabbiniques – annonce le Christ et son Église.

    Il s’agit donc d’un outil apologétique puissant permettant :

    • De montrer que la Révélation chrétienne est le sommet et l’achèvement de l’Ancien testament.
    • De réfuter la lecture juive post et antichrétienne, notamment celle des talmudistes et des kabbalistes dévoyés.
    • D’ouvrir une porte à la conversion des Juifs, en leur prouvant que la Vérité qu’ils recherchent se trouve pleinement dans le catholicisme – en attestant de cas concrets d’ailleurs !

    Cette méthode s’inscrit dans l’élan estudiantin et littéraire humaniste de Pic, qui conçoit la connaissance comme un chemin menant à Dieu, tout comme on enseigne le catéchisme aux masses de fidèles.

    L’humanisme, chez lui, n’est pas un relativisme, mais une préparation intellectuelle sur deux niveaux :

    1. L’humanisme rhétorique et littéraire servant à élever l’âme vers la contemplation des vérités naturelles et morales.
    2. L’humanisme mystique et philosophique approfondissant les secrets de la nature et du langage divin dans l’ordre surnaturel.

    Ainsi, la connaissance humaine de Dieu, correctement ordonnée, dispose l’âme à recevoir la grâce et à reconnaître la souveraineté du Christ.

    Ce processus suit donc une logique ascendante et « organique » :

    1. L’héroïsme et l’exemplarité des Anciens (Homère, Eschyle, Thucydide, Salluste, etc.) forment l’âme à la grandeur.
    2. L’intelligence de la nature oriente l’esprit vers la recherche de l’ordre divin.
    3. La Révélation chrétienne vient parfaire et sanctifier cette quête.

    Le projet de Pic n’est pas une mystique débridée, mais un travail rigoureux de « conversion de la tradition juive » vers la Vérité chrétienne.

    Pic de la Mirandole, cabale chrétienne et catholicisme

    II. L’opposition à la lecture rabbinique et la « purification de la tradition »

    La cabale chrétienne de Pic se distingue nettement de la cabale talmudique et gnostique, qui a été largement reprise, débattue, et surtout falsifiée dans ses constats après (et en réaction à) l’ère chrétienne.

    La méthode chrétienne consiste à distinguer l’authentique du falsifié :

    • Tout passage qui exprime clairement une vérité chrétienne, en termes explicites, est considéré comme authentique.
    • Tout passage susceptible d’une interprétation chrétienne, mais qui ne l’énonce pas directement, peut être encore accepté comme orthodoxe.
    • Tout passage qui contredit la révélation chrétienne doit être rejeté comme interpolation tardive.

    Ce discernement n’est pas un simple jeu intellectuel, mais un instrument apologétique puissant, rappelant certains éléments du révisionnisme historique, qui a conduit diverses figures du judaïsme à la conversion.

    Ainsi, l’étude critique de la cabale, loin de mener à une quelconque compromission avec le judaïsme postchrétien, démontre au contraire que le catholicisme est la seule vérité possible.

    Pic de la Mirandole, conscient de l’importance d’un tel travail, s’est rétracté sur certaines erreurs de jeunesse, lorsqu’il crut voir des convergences là où il n’y en avait pas. Il a su reconnaître la distinction nécessaire entre la saine lecture chrétienne et les errements ésotériques à propos de ses « 900 thèses ».

    III. Ses Conclusiones & controverse romaine

    Le jeune prodige de la Renaissance italienne, composa neuf cent (900) thèses, connues sous le titre complet : Conclusiones philosophicae, cabalisticae et theologicae.

    Ces thèses furent préparées en vue d’un débat public à Rome en 1487, une entreprise inédite à l’époque. Elles abordaient des domaines variés : théologie, philosophie grecque, scolastique médiévale, astrologie, magie naturelle et kabbale juive, qu’il tentait de concilier avec la foi chrétienne, d’où le terme qu’il forgea de « cabale chrétienne » (cabbala christiana), ses sources variées : Platon, Aristote, saint Thomas d’Aquin, Duns Scot, Pseudo-Denys l’Aréopagite, Averroès, Avicenne, Zohar, Sépher Yetzirah, etc.

    Peu après leur publication, 13 de ces 900 thèses furent jugées hérétiques ou proches de l’hérésie (haeresim sapiunt) par une commission romaine. Le Pape Innocent VIII, dans la bulle Auctorem fidei, n’alla pas jusqu’à une condamnation formelle de l’ensemble de l’œuvre, mais interdit la tenue du débat public prévu, et demanda à Pic de s’amender. L’Église ne condamna pas Pic lui-même comme hérétique, et celui-ci finit ses jours réconcilié avec la foi, soutenu par les Médicis. Il mourut prématurément à 31 ans, et fut enterré dans un couvent dominicain.

    Ainsi, l’œuvre de Pic ne fut pas condamnée per se, mais réprouvée partiellement. La cabale chrétienne est un objet d’intérêt érudit, non une source spirituelle recommandée. Ce faisant, le catholique traditionaliste la considérera avec prudence, et la laissera, pour l’essentiel, aux mains des spécialistes en patristique comparée ou en apologétique.

    IV. Lettres de David Veysseyre : méthode de discernement de la vérité

    Dans les textes biaisés et interpolés du Bas Moyen Âge, le Zohar (Livre de la splendeur), le Bahir, le Guide des égarés de Maïmonide et toutes les savantes études des juifs suscités, rien ne nous empêche d’essayer de trouver au milieu de toute la logomachie rabbinique consubstantielle à la Cabale gnostique, la fausse cabale donc, des restes de la vraie Cabale, c’est tout simplement l’objet de la Cabale chrétienne.

    C’est le titre de gloire de Pic de l’avoir portée sur les fonts baptismaux. Ce que taisent les grands savants juifs récents comme Gerschom Scholem et Wirszubski, c’est la méthode de la Cabale chrétienne et elle est assez simple : toutes les fois qu’un passage exprime, en des termes dont on n’a pas besoin de forcer le sens, un article de la croyance catholique, nié par les juifs (qui n’ont pas reconnu le Christ comme Messie), on peut être certain que le passage n’a pas été interpolé par les rabbins. Si le passage est seulement susceptible d’une interprétation chrétienne, sans annoncer le Christ explicitement et clairement, on peut encore l’accepter comme authentique et orthodoxe. Il ne faut donc pas s’étonner si l’étude de cette science a amené un grand nombre de juifs à embrasser le christianisme comme le rabbin strasbourgeois David Paul Drach et les frères Lemann. D’après ce qu’ils disent tous, le dogme chrétien y est professé aussi nettement que dans les livres des Pères de l’Église. »

    David Veysseyre, missive de naguère sur Pico

    Le premier niveau chez Pic est l’humanisme un peu plus rhétorique (littéraire) au plan naturel qui te prépare à reconnaître la vérité ultime dans le catholicisme et à te disposer à la grâce.

    L’humanisme païen te permet de connaître l’homme en soi et de consommer ta perfectibilité dans l’ordre naturel par le commerce intellectuel des grands exemples campés dans la littérature classique mythologique comme historique (héroïsme guerrier des Achéens d’Homère, le tragique chez Eschyle, Sophocle et Euripide, heurs et malheurs de la Guerre du Péloponnèse chez Thucydide, perfection des discours de Démosthène, magnificence de l’Enéide avec la fondation de Rome et de ses vertus, fides romana du consul Regulus pendant la première guerre punique, l’ancienne Rome décrite par Tite-Live et Salluste et décadence et putréfaction ensuite, etc.) et de t’épanouir dans le monde terrestre en devenant un homme équilibré et conscient des réalités naturelles avec leur beauté et leur laideur.

    Une fois cette formation achevée, on est prêt pour l’instruction profonde dans la foi et l’aspiration à la vie de la grâce pour dépouiller toutes les imperfections contractées dans le monde naturel nonobstant nos efforts (vanité, orgueil, spectacle, lubricité notamment). Le deuxième niveau est plus mystique et moins accessible.

    L’humanisme y devient plus philosophique cette fois-ci, il s’agit d’abord d’explorer les secrets de la nature pour mieux connaître les manifestations divines dans l’ordre naturel, ce qui devrait peut-être nous disposer à acquérir une meilleure intelligence de Dieu dans l’ordre surnaturel pour le rejoindre pleinement ensuite dans une vision béatifique.

    David Veysseyre, missive de naguère sur Pico

    Cette lettre résume le génie de ladite cabale chrétienne : elle ne cherche pas à fusionner le catholicisme et le judaïsme, mais à extraire du judaïsme ancien, tout ce qui atteste la Vérité christique.

    Σ

    🏛 Conclusion

    Pic de la Mirandole, sans être un vulgaire syncrétiste, fut un apologète audacieux, qui voulut démontrer que la « véritable tradition juive » mène au catholicisme.

    • Son humanisme servait de préparation à la conversion par l’intelligence du monde naturel et moral.
    • Sa méthode de lecture cabalistique cherchait à purifier les traditions judaïques des interpolations talmudiques.
    • Il s’est rétracté sur ses erreurs devant l’Église catholique, ne retenant que ce qui confirmait la Vérité chrétienne.

    Aujourd’hui encore, cette démarche demeure un instrument, trop méconnu mais puissant, de réfutation du judaïsme rabbinique et d’apologétique chrétienne, nous rappelant que toute vérité, lorsqu’elle est pleinement révélée, converge vers Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que Son Église.

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    L’humaniste Pic de la Mirandole, un itinéraire philosophique

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    […] La “cabale chrétienne” de Pic de la Mirandole – apologétique et humanisme – Intégralisme … “rien ne nous empêche d’essayer de trouver au milieu de toute la logomachie rabbinique consubstantielle à la Cabale gnostique, la fausse cabale donc, des restes de la vraie Cabale, c’est tout simplement l’objet de la Cabale chrétienne.”… Il n’y a pas plus de cabale chrétienne que beurre en branche. Ni les Apôtres, ni les Pères de l’Église n’ont authentifié une telle chose. […]


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