• Le Saint Empire : entre héritage romain & universalisme chrétien



    Empire héritier de Rome : expression d’un idéal chrétien européen

  • Le SERG entre histoire d'unité et identités plurielles

    Préambule :

    Le Saint Empire romain germanique demeure l’un des États les plus singuliers de l’histoire européenne, tant par sa structure politique éclatée que par son ambition universelle.

    Héritier de l’Empire romain et du projet impérial carolingien, il fut le théâtre de luttes presque permanente entre autorité temporelle des empereurs et autorité spirituelle des Souverains Pontifes.

    Ce vaste ensemble politique féodal et « fédéral », qui perdura du Xe au XIXe siècle, incarna la tentative de perpétuation d’un empire chrétien unificateur, singulièrement catholique, avant de se heurter aux forces centrifuges des principautés locales et aux mutations de l’Europe – royaume de France, essor des nations, Napoléon Bonaparte.


    Sommaire :

    I. L’héritage de Rome & la genèse de l’Empire
    II. L’Empire & l’universalité chrétienne
    III. Les tensions délétères entre l’Empereur & la Papauté
    IV. Une structure politique éclatée
    V. L’affaiblissement & la fin du « premier Reich »
    VI. L’héritage impérial à l’époque moderne


    I. L’héritage de Rome & la genèse de l’Empire

    Rome désignait l’État par l’imperium qui représente le pouvoir du suzerain dans une république confiée à un magistrat. Les princes sont imperatores à partir d’Auguste, le général victorieux des armées. L’orbis romanus (territoire de l’empire civilisé) prit le nom d’imperium relayé par tous ses princes tirant leur pouvoir du dictateur seul.

    Ainsi, l’idée impériale, fondée sur la continuité de l’Empire romain, traversa les siècles bien après la « chute occidentale » civilisationnellement traumatisante de Rome en 476 – selon les inquiétudes de saint Jérôme ou de Paul Hazard. L’imperium, notion englobant à la fois le pouvoir militaire et civil, constitua l’ossature du gouvernement romain, puis de l’empire chrétien restauré sous Charlemagne en 800.
    Le transfert de cette dignité aux Germains, avec le sacre d’Othon Ier en 962, consacra la prétention du SERG à incarner la « restauration » d’un ordre impérial chrétien universel.

    À la différence du royaume de France, qui construisit une autorité centralisée sous l’égide du roi sacré, le Saint Empire conserva une organisation plus proche de la tradition romaine, et féodale, où l’autorité de l’Empereur dépendait de l’appui des princes-électeurs et du Pape.


    II. L’Empire & l’universalité chrétienne

    Le Saint-Empire ne fut pas un royaume parmi d’autres, mais une structure politique censée incarner la Chrétienté temporelle sur terre. En cela, il s’inscrivait dans une tradition augustinienne d’unité spirituelle & temporelle, où l’Empereur apparaissait comme le défenseur de la foi & protecteur de l’Église.

    Néanmoins, cette vision continentale se heurta à l’évolution des réalités politiques européennes. Tandis que l’Empire prétendait incarner l’idéal de la Chrétienté unifiée, son étendue territoriale (de l’Elbe à l’Èbre, de la mer du Nord à l’Adriatique) en faisait une mosaïque de peuples & de cultures, rendant l’unité difficile à maintenir.


    III. Les tensions délétères entre l’Empereur & la Papauté

    Querelle des Investitures (Querela Investiturarum). Ou le sacerdoce et l’Empire.

    Dès l’origine, le Saint-Empire romain germanique fut le lieu d’une rivalité constante entre l’Empereur & le Saint-Père. En effet, le césaro-papisme carolingien, déjà en germe sous Charlemagne, ne cessa d’alimenter les tensions entre les deux entités.

    Le conflit atteignit son paroxysme lors de la Querelle des Investitures (XIe siècle), opposant la papauté réformatrice aux empereurs soucieux de garder la main sur la nomination des évêques – c’est ici le même problème que l’on retrouve avec le gallicanisme.
    L’excommunication d’Henri IV (pas celui français !) par le Pape Grégoire VII en 1076 illustra cette confrontation, symbolisée par l’humiliation de Canossa (1077), où l’Empereur dut implorer le pardon pontifical.

    Malgré les tentatives de consolidation impériale sous Frédéric Barberousse & Frédéric II, l’Empire se heurta à l’opposition du Saint-Siège, qui voyait d’un mauvais œil toute hégémonie politique temporel sur la catholicité.

    Et puis, dans les temps antiques, l’idolâtrie était monnaie courante envers l’empereur à qui nous devions adoration et prosternation (hors de ce serment nous étions hors-la-loi), concernant l’opposition se fut un grand combat de l’Église catholique.
    Depuis Constantin, et ses successeurs, l’empereur n’est plus d’essence divine mais ami de Dieu. Sa figure était désormais relié au sacré. Dès qu’un grand Empire faisait surface, il est volontiers qualifié de Nouvelle Rome, ce qui fut le cas de Constantinople jusqu’en 1453.


    IV. Une structure politique éclatée

    Le Saint Empire ne fut jamais un État unitaire. Il rassemblait une multitude de principautés, duchés, évêchés et de villes libres, souvent régies par une noblesse impériale puissante et jalouse de ses prérogatives. Le pouvoir de l’Empereur, loin d’être absolu, dépendait largement des princes-électeurs, qui choisissaient le souverain au sein du collège électoral institué officiellement par la Bulle d’Or de 1356.

    Cette structure fédérale et subsidiaire permit certes une longévité exceptionnelle à l’Empire, mais constitua également son point faible, en empêchant toute véritable centralisation du pouvoir – ce que la France des Bourbon a su faire, malgré ses excès. Cette fragmentation fut accentuée par la Réforme protestante, qui fit basculer de nombreuses principautés dans l’hérésie, affaiblissant davantage l’unité impériale.


    V. L’affaiblissement & la fin du « premier Reich »

    L’Empire entra en crise profonde dès le XVIe siècle, sous l’effet conjugué de la Réforme protestante & des guerres qui s’ensuivirent. La Guerre de Trente Ans (1618-1648) consacra la fin de la suprématie impériale et établit une Europe désormais dominée par des États davantage souverains, affranchis de cette dite autorité universelle.

    L’échec des Habsbourg à maintenir l’unité impériale marqua le déclin du Reich, qui ne fut plus qu’un ensemble disparate de principautés jusqu’à sa dissolution officielle en 1806 par Napoléon Ier, ce dernier prétendant incarné à son tour le nouvel Empire romain !


    VI. L’héritage impérial à l’époque moderne

    Si le SERG disparut en tant qu’institution politique, il continua d’inspirer les conceptions politiques allemandes. L’empire austro-hongrois, dernier avatar du projet impérial, reprit certains éléments du modèle féodal impérial jusqu’au commencement de la Première guerre mondiale. Nous pourrions mentionner ici aussi la chute du Tsar Nicolas II, lors de la fin de la Première guerre mondiale, pour la Russie et l’Empire romain d’Orient, alias Byzance !

    Au XIXème siècle, Bismarck voulut restaurer une unité allemande sous la Prusse, toutefois en rejetant l’héritage catholique pour fonder un État basé sur ledit Kulturkampf. De même, au XXème siècle, la tentative d’Hitler de recréer un « IIIème Reich » allemand, laquelle s’imposa tout en menant un Concordat avec l’Eglise catholique et en professant une autorité à la fois raciale, nationale et impériale.

    Aujourd’hui, certains analystes, dont nous faisons partis, voient dans l’Union européenne une réminiscence de l’Empire médiéval, à travers une structure supra-nationale anti-guerre continentale héritée du projet impérial germanique : bien qu’elle soit conduite dans une version caricaturale, dégénérée et libéralo-communiste.


    Conclusion

    Le Saint-Empire romain germanique fut pendant près de mille ans, à la suite d’autres entreprises européennes,. Son ambition universelle, inspirée de l’Empire romain, se heurta aux réalités politiques d’une Europe en quête d’autonomie nationale.

    Cette tension, loin de constituer un simple conflit de pouvoir, reflétait un désir profond de conjuguer ordre politique et mission chrétienne, dans une Europe dont les soubresauts n’ont cessé de questionner cette quête d’unité.

    Il s’agit pour nous d’en tirer les meilleurs enseignements pour donner un droit international, une unité civilisationnelle européenne sans nier toutefois une légitimité aux états nations d’Europe, éventuellement sur un modèle similaire aux États américains unis.

    In Christo

    Le Saint Empire romain germanique D’Otton le Grand à Charles Quint
    Poche – Francis Rapp – Achat Livre | fnac

     


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