• 1789 : révolution, représentation populaire et Bien commun



    Ni royaliste, ni subversif : tradition et révolution

  • Sommaire :

    I. Introduction : derniers éclats de la Monarchie chrétienne en 1789
    II. Révolution naissante : Te Deum et espoirs éphémères
    III. Réformistes, modérés et radicaux : basculement sanguinaire
    IV. L’emprise du progressisme idéologique et de la franc-maçonnerie
    V. La monarchie constitutionnelle : De Roi de France à Roi des Français
    VI. Doctrine traditionnelle : primauté du Bien commun sur l’individu
    VII. Louis XVI face à l’effondrement : faiblesses et conséquences
    VIII. Leçons des restaurations monarchiques au XIXe siècle
    IX. Les peuples et leurs chefs : reflet réciproque

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    I. Introduction : derniers éclats de la monarchie chrétienne en 1789

    L’année 1789 marque un moment crucial où la Monarchie catholique commence à vaciller sous la pression des idées nouvelles et de la pression internationale (Amérique), bourgeoise et populaire.

    Ce basculement ne fut pas soudain, mais progressif, tout au long du XVIIIe siècle, porté par des contradictions internes (guerres dite de religion, athéisme naissant, encyclopédistes, etc.) et des réformes tardives (peuple affamé, désireux de s’élever socialement – certes, pas forcément pour les bonnes raisons…).

    Cette période d’abord plus floue et indéterminée, avant que la Révolution ne véritablement prenne forme, avec un retournement ouvertement anticlérical, symbolise un moment charnière, où il n’était déjà plus possible de concilier tradition et réforme modérée.

    II. La Révolution naissante : Te Deum et espoirs éphémères

    Aussi étonnant que cela puisse paraître à nos yeux, en ce début de 1789, l’Église catholique reste omniprésente dans la vie publique, et le lien entre le Trône et l’Autel reste encore apparent.

    En effet, lors de l’ouverture des États généraux, le 5 mai 1789, un Te Deum solennel est chanté à Notre-Dame de Paris, rappelant l’unité sacrée du royaume autour de son roi.

    Cependant, cette harmonie est illusoire, car les revendications des réformateurs commencent déjà à ébranler les fondements de ladite « Monarchie absolue » – la centralisation et l’absolutisme royal d’un Louis XIV est sensiblement différent de ce que disent les révolutionnaires, bien que le gallicanisme capétien était effectivement arasant

    III. Réformistes, modérés et radicaux : Le basculement révolutionnaire

    A. Les réformateurs trop tardifs

    Louis XVI, bien qu’animé de bonnes intentions, et plutôt acquis au progressisme ambiant (!), tarde à engager de sérieuses réformes. Par exemple, en 1787, le roi a signé l’Édit de Versailles, également connu sous le nom d’Édit de Tolérance, qui accordait aux non-catholiques, tels que les huguenots et les luthériens, ainsi qu’aux juifs, un statut civil et légal en France.

    « Prenons-y garde, nous aurons peut-être un jour à nous reprocher un peu trop d’indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions. La philosophie trop audacieuse du siècle a une arrière-pensée. »
    Louis XVI, lettre adressée à M. de Malesherbes le 13 décembre 1786

    Les États généraux, au lieu de maintenir et de consolider la royauté : deviennent le terreau des revendications populaires dites républicaines et démocratiques.

    B. Les modérés et radicaux : divergence croissante

    Des figures telles que Desmoulins, Danton et Robespierre illustrent les différentes facettes de la Révolution :

    Desmoulins et Danton, indulgents, espéraient une république modérée, libérales à l’américaine, tandis que :
    Robespierre et Marat, enragés, prônèrent une révolution destructrice sans compromis.

    Le processus révolutionnaire, par nature incontrôlable, conduit à l’effacement progressif des modérés au profit des radicaux, donnant la Terreur et les Guerres de Vendée :

    La Terreur (1793-1794) désigne la période politique marquée par une répression systématique exercée par le gouvernement révolutionnaire sur ses opposants, tandis que les Guerres de Vendée (1793-1796), concomitantes, sont un conflit insurrectionnel localisé dans l’Ouest de la France, opposant les forces républicaines naissantes aux royalistes et paysans catholiques.

    IV. L’emprise du progressisme idéologique et de la franc-maçonnerie

    La Révolution française ne peut être pleinement comprise sans évoquer l’influence croissante du progressisme et de la franc-maçonnerie, non seulement parmi les révolutionnaires, mais également au sein de la noblesse et de la cour monarchique elle-même.

    A. La pénétration des idées progressistes dans l’aristocratie

    Au XVIIIe siècle, une partie de la noblesse royale, influencée par les Lumières et les loges maçonniques, adopte des idées contraires à l’Ordre chrétien et traditionnel (Edmund Burke). Ces cercles, séduits par les concepts manipulés de « souveraineté populaire » et d’égalité abstraite, affaiblissent de l’intérieur, le trône qu’ils sont censés défendre.

    B. La franc-maçonnerie révolutionnaire : des idées à l’action

    La franc-maçonnerie, en tant que force intellectuelle et organisationnelle, rejeté du Pape Clément XII, joue un rôle crucial dans la propagation de l’idéologie révolutionnaire. Les loges maçonniques, tout en affichant des principes humanistes abstraits, agissent comme des réseaux de diffusion des idées anticatholiques et antimonarchiques.

    Robespierre lui-même, bien qu’en apparence déiste, utilise les symboles et les méthodes maçonniques pour consolider son pouvoir. Ces loges deviennent des foyers où ladite déesse Raison remplace l’autel.

    C. La contradiction fondamentale : Progressisme contre bien commun

    Le progressisme, avec sa glorification de l’individu, entre en opposition frontale avec la doctrine catholique. l’Aquinate résume fort bien cette vérité dans sa Somme théologique, répétant le propos à la suite du Stagirites :

    « Le bien commun est supérieur au bien particulier, car c’est en poursuivant le bien commun que l’individu trouve son vrai bonheur. »

    « Toute loi humaine doit être subordonnée à la loi divine et viser le bien commun, sans quoi elle devient une perversion. »

    V. La monarchie constitutionnelle : de Roi de France à Roi des Français

    Avec la Constitution de 1791, Louis XVI devient « Roi des Français », une expression démocratique  détrônant l’idée du roi comme lieutenant de Dieu sur terre. Ce changement illustre une inversion des principes traditionnels, plaçant l’autorité du bas vers le haut : le roi, désormais soumis au service des humbles, perd son rôle sacré, de père et de chef.

    Cette monarchie constitutionnelle n’est qu’un intermède, un compromis éphémère qui prépare la chute totale de l’Ancien régime.

    Pie VI, dans son allocution « Quod Aliquantulum » (1791), dénonce cette souveraineté populaire qui renverse l’ordre naturel et divin :

    « Il est absurde de prétendre que la société est fondée sur la volonté générale des hommes. C’est Dieu qui a établi les autorités légitimes. »

    Cela raisonne comme un anathème contre les démocrates-chrétiens et personnalistes de tout poil !

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    Aparté :

    Un ex-gallican convaincu, verra facilement dans la Constitution civile du clergé (adoptée le 12 juillet 1790 par l’Assemblée nationale constituante, proposant de réorganiser l’Église de France en la plaçant sous le contrôle laïciste de l’État), ainsi le jacobinisme naissant (soi-disant catholique « de culture » selon Jospin), une continuation logique du gallicanisme, utilisant le double levier de l’épiscopat et du peuple pour affirmer une sorte de « nouvelle église » enracinée dans la nation démocratisée : libérée de la tutelle pontificale.

    Oui, on pourrait dire que la monarchie absolue, aboutie paraît-il, intervient en même temps que le gallicanisme, il y a bien un rapport avec cette volonté d’indépendance à la puissance Romaine…

    En effet, le royalisme est bien l’idéologie qui place la royauté au dessus de tout, même au dépend de la religion, : le Roi plutôt que le Pape s’exclame-t-il ! C’est si vrai qu’aujourd’hui que les royalistes défendent leur prétendants, alors qu’aucun d’eux n’est véritablement catholique… Là encore il y a désordre et idéologie déconnectée…

    VII. Louis XVI face à l’effondrement : Faiblesses et conséquences

    Le règne de Louis XVI est hélas marqué par sa personnalité débonnaire et son manque de fermeté, laquelle contraste tragiquement avec celui des Louis XIV et Louis XV, dont l’autorité et la puissance militaire auraient ré-imposé l’ordre et la stabilité, avec violence s’il le faut.

    La nécessaire violence dans le fascisme

    Louis XVI hésite, cède trop facilement à la pression populaire et refuse d’user de la force pour maintenir son autorité. Son arrestation en 1792 et son exécution en 1793 (Testament), scellent la fin de la Monarchie.

    VIII. Leçons des restaurations monarchiques au XIXe siècle

    Au XIXe siècle, les tentatives de restauration monarchique, que ce soit sous Louis XVIII (1814-1830) ou Charles X (1824-1830), se firent sous une forme constitutionnelle – ce que souhaitait Diderot et s’est fait déjà avec Louis XVI.

    Ces restaurations, bien qu’insuffisantes aux yeux des légitimistes, témoignent du désir persistant de retrouver une autorité véritable, sacrée, catholique et traditionnelle.

    Cependant, l’esprit démocratique, instauré en 1789, demeure un obstacle insurmontable : une monarchie limitée par une constitution ne peut retrouver sa vocation divine et nationale.

    En outre, la fin de ce siècle marqué par les catholiques sociaux et les enseignements de Léon XIII, se dé-radicalisera au point de préférer la droite molle.

    IX. Les peuples et leurs chefs : reflet réciproque

    Annulant les thèses complotistes par le fait même, tant les corps intermédiaires sont en roue libre avec les boomers français macronistes ou semi-macronistes : il est une vérité que l’on répugne souvent à admettre : les chefs ne naissent pas dans un vide politique ou moral. Ils sont les fruits des peuples qui les portent. En d’autres termes, nous avons les dirigeants que l’on mérite, qu’ils plaisent ou non, car ils sont le reflet de ceux qu’ils gouvernent.
    En effet, sans un peuple épris de vertu, comment espérer un monarque vertueux ? Sans une noblesse fidèle à ses principes, comment préserver une nation solide ?

    Louis XVI, par sa faiblesse, ne fut que l’écho d’une noblesse et d’un clergé déjà corrompus par les idées nouvelles, et d’un peuple prêt à renverser ses propres fondements.

    Ainsi, la crise de 1789 n’a pas simplement produit la Révolution ; elle a révélé la condition morale et spirituelle d’un royaume en déclin par moult causes profondes diverses, ne venant pas toujours de l’ennemi déclaré. Il reste la nature humaine pécheresse et le bien que l’on ne fait point.

    Aparté :

    Un parallèle éclairant peut être tiré d’un contexte totalement différent : sans la Première Guerre mondiale, avec ses anciens combattants blessés dans leur chair et ses paysans ruinés, il n’y aurait eu ni squadristes, ni arditisme, ni fascisme et par conséquent pas de Benito Mussolini au XXe siècle, en Italie.
    Les chefs émergent des circonstances et des aspirations des peuples. Cela est une règle universelle.

    Renouveau conservateur avec Armin Mohler – Ego Non

     


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