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Publié le par Ugo
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Du laboratoire à la tribune : itinéraire d’un doctrinaire du peuple dans le Reich industriel
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Ploutocratie, bolchevisme, capitalisme : triple dénonciation
Avant-propos
Le présent article s’inscrit dans la continuité de ma réflexion amorcée dans un article précédent consacré à la vision fasciste de la propriété privée ; il vous est donc conseillé de le lire au préalable.
Introduction
« Notre dirigeant a osé démasquer les J****. Démontrer au peuple toute la dureté de leur mauvaise foi… de leur art de l’exploitation capitaliste. En tant que vampires de l’humanité, exploiteurs de l’humanité ! »
— Robert Ley, dernier discours de 1945
Lorsqu’on explore la dynamique entre national-socialisme et capitalisme, les discussions explorent des points de vue divergents sur les pratiques et les idéologies d’Hitler. Il est largement reconnu qu’Hitler a principalement concentré son agressivité sur le bolchevisme, que le NSDAP qualifiait de « bolchevisme juif ». Par conséquent, certains soutiennent — notamment la gauche — que l’absence de sentiment anticapitaliste manifeste dans l’idéologie national-socialiste et les avantages accordés aux industriels sous leur régime suggèrent une compatibilité avec les principes capitalistes, notamment après l’expulsion des éléments de gauche du mouvement lors de la Nuit des Longs Couteaux. Pourtant, il est essentiel de comprendre que cette interprétation simplifie excessivement la question et néglige l’importance du récit historique plus large, y compris la Nuit des Longs Couteaux. Il est trompeur de considérer cet événement comme une déviation ponctuelle survenue sans le consentement d’Hitler.
« En réalité, beaucoup de choses s’étaient produites qui avaient déstabilisé Hitler. Göring avait liquidé sans raison Gregor Strasser, le rival d’Hitler, et une vague de meurtres avait éclaté en Bavière… L’adjudant d’Hitler, Brückner, décrivit plus tard, dans des documents privés, comment Hitler avait exprimé son agacement à Himmler lorsque le Reichsführer SS s’était présenté à la chancellerie avec une liste définitive de quatre-vingt-deux victimes. Quelques mois plus tard, Viktor Lutze raconta à qui voulait l’entendre que le Führer n’avait initialement listé que sept hommes ; il avait proposé le suicide à Röhm, et lorsque ce dernier avait décliné cette « offre », Hitler l’avait également fait fusiller. Les sept hommes d’Hitler étaient devenus dix-sept, puis quatre-vingt-deux. »
— David Irving, Le sentier de la guerre
De plus, l’analyse d’A. James Gregor, spécialiste du fascisme, révèle une interaction complexe entre les mouvements fascistes et le capitalisme, souvent occultée dans le discours public. Cette complexité est flagrante en Allemagne, où le fascisme est né dans un contexte déjà industrialisé, contrairement à des pays comme l’Italie, l’Argentine et l’Irak, où il a joué un rôle moteur dans l’industrialisation. Stanley G. Payne, autre historien réputé, fait écho aux conclusions de Gregor et propose une analyse approfondie du rôle et de l’influence du capitalisme lors de l’accession au pouvoir d’Hitler.
« Hitler s’efforça, en 1931-1932, de tisser des liens avec des secteurs influents de la société, collaborant parfois avec la droite et tentant de rassurer les hommes d’affaires sur le fait qu’ils n’avaient aucune raison de craindre le « socialisme » nazi. Pourtant, malgré une propagande massive de la gauche, qui présentait Hitler comme un agent à la solde du capitalisme, il ne reçut qu’un soutien financier limité de la part des grandes entreprises. Si Hitler bénéficiait d’un soutien considérable parmi les petits industriels, la plupart des secteurs des grandes entreprises déconseillèrent systématiquement de lui permettre de former un gouvernement. Le parti nazi était principalement financé par ses propres membres. »
— Stanley G. Payne, Une histoire du fascisme
Pour mieux comprendre le lien entre le capitalisme et l’émergence du NSDAP, l’ouvrage érudit de Henry Ashby Turner, « Le Big Business allemand et l’ascension d’Hitler », est précieux. Il explore minutieusement les fondements financiers du parti national-socialiste, remettant en cause l’idée longtemps répandue selon laquelle le fascisme ou le national-socialisme constituaient l’ultime tentative du capitalisme pour éviter l’effondrement.
Pour analyser l’essor du parti national-socialiste, il est essentiel d’explorer l’apparente omission du capitalisme dans son discours antagoniste, malgré les purges internes des éléments de gauche du parti, motivées autant par des luttes de pouvoir que par des considérations idéologiques. L’explication est plus simple que ne le suggèrent certains critiques mais nécessite un examen plus approfondi de l’idéologie et des propositions du parti. Hitler identifiait le « judéo-bolchevisme » non seulement comme une menace politique, mais aussi comme un phénomène capitaliste, perçu comme une manifestation de l’influence juive. La violente campagne national-socialiste contre le bolchevisme n’était pas seulement une guerre idéologique ; elle était perçue comme un moyen de protéger les nations de ce qu’elles percevaient comme la domination financière susceptible de suivre le bolchevisme.
« Hitler s’opposait violemment au capitalisme international, même lorsqu’il n’était pas juif, mais il attribuait aux Juifs un rôle particulièrement néfaste au sein du système capitaliste mondial ; cela resta la principale source de son antisémitisme. Dans Mein Kampf, comme dans ses précédents discours, les Juifs étaient indissociables de l’argent et de l’ensemble du système capitaliste, en tant que “commerçants”, “intermédiaires”, qui prélevaient un “taux d’intérêt exorbitant” pour leurs “transactions financières”. Le judaïsme, affirmait-il, ne visait rien de moins que la “domination financière de l’ensemble de l’économie”. »
— Brendan Simms, Hitler : une biographie mondiale
Compte tenu de l’abondance des données historiques disponibles, il est difficile de résumer les interactions complexes entre le NSDAP et le capitalisme en un seul résumé. Pour une compréhension approfondie, il est conseillé de se référer à des ouvrages bien documentés sur le sujet. Cet article se penche maintenant sur le Dr Robert Ley, dont le rôle dans l’Allemagne national-socialiste a été peu mis en lumière dans les récits historiques populaires. Les contributions de Ley furent importantes, et son exemple démontre qu’il existait bel et bien des éléments anticapitalistes au sein du NSDAP, un aspect souvent négligé ou minimisé par de nombreux chercheurs et commentateurs afin de construire leur fameux récit officiel.
Robert Ley : L’Homme
Né le 15 février 1890 dans la province rhénane de l’Empire allemand, Robert Ley émergea d’une vie rurale pauvre, au sein d’une famille protestante de treize enfants. Confronté aux difficultés de la classe ouvrière, Ley s’éleva néanmoins de ses origines modestes pour poursuivre ses études, visant finalement un doctorat en chimie. Ses études furent interrompues lorsqu’il se porta volontaire pour servir pendant la Première Guerre mondiale, d’abord dans l’artillerie, puis comme observateur d’artillerie aérienne. Son service prit un tournant dramatique lorsqu’il fut abattu par les forces françaises, ce qui entraîna sa capture et sa détention comme prisonnier de guerre jusqu’à la fin du conflit.
Après la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, Ley reprit ses études et obtint un doctorat en chimie. Il décrocha ensuite un emploi chez le géant industriel IG Farbenindustrie. Son orientation politique commença à évoluer avec l’occupation française de la Ruhr, et il se rallia aux sentiments nationalistes. Ley fut particulièrement influencé par la rhétorique d’Adolf Hitler, alors largement associée au putsch de la Brasserie. Cela le conduisit à rejoindre les nationaux-socialistes en 1925. Au sein du parti nazi, Ley accéda rapidement à une certaine notoriété, animé par un désir passionné d’améliorer les conditions de vie des travailleurs. Il critiquait ouvertement le concept sacro-saint de la propriété privée et militait pour une plus grande égalité sociale et économique. Son ardent défenseur des droits et de la protection sociale des travailleurs lui valut un statut puissant et influent au sein du parti.
« Aujourd’hui, le propriétaire ne peut plus nous dire : « Mon usine, c’est mon affaire privée ». C’était avant, c’est fini. Les gens qui y travaillent dépendent de son usine pour leur bien-être, et ces gens nous appartiennent… Ce n’est plus une affaire privée, c’est une affaire publique. Il doit réfléchir, agir en conséquence et en répondre. »
— Robert Ley cité dans Hitler’s Revolution de Richard Tedor
Membre clé du gouvernement national-socialiste, Ley a acquis une position importante au sein du parti, faisant de lui une figure essentielle dans la formation de son idéologie. Sa direction du Front allemand du travail (DAF), syndicat central du gouvernement, est l’une de ses plus grandes réussites. À la tête du DAF, Ley a joué un rôle crucial dans le récit du régime national-socialiste. Il a œuvré à renforcer les liens entre les travailleurs et l’État, et a joué un rôle clé pour convaincre de nombreux travailleurs d’adhérer aux principes nationaux-socialistes. Sous sa direction, le DAF est devenu un mécanisme essentiel pour promouvoir les objectifs du parti et étendre son influence auprès de la classe ouvrière.
Les idées de Ley sur le travail
« En avril 1933, Hitler dissout les syndicats ; un an plus tard, il transfère leurs personnels, leurs membres et leurs actifs à un Front du Travail allemand monolithique, le DAF. C’était le plus grand syndicat du monde et l’un des plus prospères. Le Dr Robert Ley, le responsable du Parti, trapu et bègue, qui dirigea le DAF pendant les douze années suivantes, mérite certainement une meilleure reconnaissance de l’histoire. Le DAF percevait régulièrement 90 % des cotisations dues – une expression sans précédent de la confiance des trente millions de membres. Grâce à cette immense fortune, le DAF construisit pour eux des bateaux de croisière, des logements, des magasins, des hôtels et des maisons de repos ; il finança l’usine Volkswagen, les chantiers navals Vulkan, des centres de production agroalimentaire et la Banque du Travail allemand… Le leader travailliste Ley soutiendra Hitler jusqu’à la fin. »
— David Irving, Le sentier de la guerre
Sous le régime national-socialiste, Robert Ley devint un éminent défenseur des travailleurs. Avec l’interdiction des syndicats et des grèves, il joua un rôle déterminant dans la création du DAF. S’inspirant de l’organisation fasciste italienne Opera Nazionale Dopolavoro, le DAF visait à combler les écarts entre les couches sociales et à inculquer pleinement les principes nationaux-socialistes aux travailleurs comme aux employeurs. Ley dirigea les efforts du DAF pour réorienter la formation des travailleurs du pays, les alignant sur ce qu’Hitler qualifiait de « socialisme authentique » et favorisant l’unité nationale. Son leadership dans ce processus de transformation fut crucial et considéré comme l’une des missions les plus importantes du parti. En fin de compte, Ley s’acquitta efficacement de ses fonctions, l’histoire relatant sa réussite dans la réalisation de cet objectif ambitieux.
Pour apprécier les nuances de la position idéologique de Robert Ley et les conclusions qu’il en tirait, il faut examiner son raisonnement et ses convictions fondamentales. Ley était un fervent défenseur des idéologies hitlériennes et a constamment exprimé son soutien dans ses discours publics, ses écrits et sa vision idéologique globale. Néanmoins, il est essentiel de reconnaître que Ley avait ses propres interprétations et points de vue sur ces idées. Si Hitler semblait adopter une attitude prudente à l’égard des industriels, cela ne doit pas être interprété comme une absence totale de connotation anticapitaliste dans la pensée national-socialiste.
Le concept de « judéo-bolchevisme » était certes un thème dominant dans la rhétorique du NSDAP, mais cela ne signifiait pas pour autant un rejet catégorique du capitalisme. Curieusement, les discussions au sein du parti sur le thème du bolchevisme laissaient souvent entendre que le capitalisme était perçu comme un allié du marxisme, suggérant une relation complexe. Du point de vue national-socialiste, après la Première Guerre mondiale, le bolchevisme était perçu comme un mécanisme exploité par les forces capitalistes pour affaiblir les États souverains. Les convictions idéologiques de Ley apportent une position plus claire sur cette question, car il attribuait directement au capitalisme une essence juive inhérente. Dans son analyse, non seulement les bolcheviques, mais aussi les capitalistes étaient considérés comme faisant partie d’un projet de division visant à dominer et à fracturer la nation. Sa perspective accentuait l’idée que le capitalisme, tout comme le bolchevisme, était complice de l’affaiblissement de l’unité et de la force du pays.
« Souvenons-nous, nationaux-socialistes, de la lutte menée à l’intérieur du pays contre les forces ploutocratiques. Dès que nous avons compris le pouvoir de l’argent, le combat était déjà terminé. Le ploutocrate n’est pas intelligent, et lorsqu’il est démasqué, ni lui, ni ses hommes de paille, ni ses satellites ne sont à craindre. Bientôt, les partis purement capitalistes et les individus et organisations qu’ils finançaient, comme les partis marxiste et centriste, ont disparu. Dès l’instant où l’on peut montrer au peuple ses tactiques sournoises, la ploutocratie perd tout son pouvoir. »
— Robert Ley, Socialisme : l’envie de nos ennemis
Ley exprimait haut et fort son opinion selon laquelle ceux qui, en Allemagne, affichaient des opinions antisémites tout en soutenant le capitalisme n’étaient pas pleinement conscients des contradictions de leur position, les qualifiant de réactionnaires mal informés. Il soutenait que ces individus oubliaient leur adhésion à ce qu’il appelait le « veau d’or » du capitalisme. Pour Ley, le capitalisme incarnait une idéologie d’influence juive qui prospérait en exploitant et en divisant la population, sapant ainsi la vigueur collective du peuple allemand. Il critiquait une vie consacrée à la recherche du salaire et au matérialisme et au confort hédoniste. De son point de vue, il était impératif pour les industriels de se conformer à la vision nationale-socialiste. Il suggérait que ceux qui résistaient à l’alignement sur le programme du parti subiraient inévitablement des répercussions, quelles que soient leurs préférences ou leurs inclinations individuelles.
« Je dis toujours que les ouvriers et les cadres sont faits l’un pour l’autre, et nous ne vous laisserons pas tranquilles, que vous le vouliez ou non, que cela vous plaise ou non. Si le cadre dit : « C’est ridicule que je doive toujours participer aux réunions du personnel, je ne le ferai pas », nous répondons : « Vous devez le faire ! Dix mille ouvriers défilent. Le meilleur sang allemand ! Ce devrait être un honneur pour vous de défiler à leur tête. Si vous refusez, nous devrons vous remettre dans les rangs où l’homme derrière vous pourra vous marcher sur les talons jusqu’à ce que vous le fassiez correctement. Nous vous apprendrons, croyez-moi. Nous n’abandonnerons pas. » »
— Robert Ley, Le destin — Je crois !
Ley n’hésitait pas à évoquer le capitalisme, exprimant avec franchise la position du parti sur la propriété privée, qu’il considérait comme communautaire dans une certaine mesure. Il soulignait la nécessité du bien-être des travailleurs dans ce contexte. De plus, Ley était d’avis que les travailleurs devaient avoir le sentiment de participer à une cause plus vaste que leur vie individuelle. C’est là que l’idéologie du national-socialisme prend tout son sens. C’est une idéologie ancrée dans le concept de devoir collectif, visant à améliorer le bien-être général de la société et à cultiver la cohésion nationale grâce à une communauté nationale naturellement intégrée. Dans son ouvrage, La Révolution d’Hitler , Richard Tedor explore la nature spécifique du socialisme prôné par Hitler et ses partisans, offrant un aperçu des fondements philosophiques et des implications pratiques de leur version du socialisme.
« Hitler voyait le nationalisme comme une motivation patriotique visant à placer le bien de son pays avant ses ambitions personnelles. Le socialisme était un système politique, social et économique qui exigeait la même subordination de l’intérêt personnel au bénéfice de la communauté. Comme le disait Hitler en 1927 : “Le socialisme et le nationalisme sont les grands combattants de leur propre espèce, les plus acharnés dans la lutte pour la survie sur cette terre. Ils ne sont donc plus des cris de guerre l’un contre l’autre.” Die SA résumait : “Le marxisme distingue les nantis des démunis. Il exige la destruction des premiers afin de rendre tous les biens publics. Le national-socialisme place le concept de communauté nationale au premier plan… Le bien-être collectif d’un peuple ne s’obtient pas par une répartition superficiellement égale de tous les biens, mais par l’acceptation du principe selon lequel les intérêts de l’individu priment ceux de la nation.” »
— Richard Tedor, La révolution d’Hitler
Ces principes idéologiques ont profondément marqué Ley, façonnant ses convictions politiques et son éthique de vie. Il a promu la notion de socialisme, défendant avec constance des mesures qui s’opposaient aux programmes des magnats de l’industrie et aux éléments conservateurs du parti. De ce fait, il s’est parfois vu taxer de marxiste. Malgré les conflits internes qui ont ravagé le NSDAP au fil des ans, notamment les attaques contre des individus comme les frères Strasser, Ley a su gérer ces conflits avec brio. Il s’est distingué par sa ténacité et sa longue expérience du parti.
« L’une des nouvelles organisations sociales les plus importantes fut le Front allemand du travail (DAF). Sous la direction de Robert Ley, le DAF dépassa rapidement les 6 millions de membres et, en 1938, disposait d’un budget supérieur à celui du parti nazi. La loi de janvier 1934 sur l’organisation du travail allemand créa une structure de dirigeants et de leurs « suites » (ouvriers) dans chaque usine, avec des tribunaux d’honneur social pour les deux. Bien que soumis à un contrôle hiérarchique strict, le DAF ne négligea pas les intérêts des travailleurs et s’employa souvent à améliorer leurs conditions de travail. Contrairement à l’Italie fasciste, les délégués syndicaux œuvrèrent sous l’égide du DAF, bien que les premières élections aux « conseils de confiance » dans les usines aient produit si peu de votes positifs qu’elles ne furent jamais reconduites… Ley espérait faire du Front du travail une force autonome majeure, envisageant même de le remplacer par le parti comme base du national-socialisme, mais ces objectifs furent rapidement étouffés. »
— Stanley G. Payne, Une histoire du fascisme
Contrairement à certains de ses homologues fascistes, le discours public et les messages clés de Ley étaient remarquablement en phase avec ceux de Mussolini durant l’existence de la République sociale italienne avant le conflit. Tous deux soulignaient le conflit entre la classe ouvrière et les nations riches, remettaient en cause l’inviolabilité de la propriété privée, appelaient à un contrôle gouvernemental substantiel et exprimaient de vives objections au capitalisme et à l’élite fortunée. Si des différences de principes et d’incitations pourraient expliquer leurs actions distinctes, elles illustrent la perception commune de Mussolini comme un anticapitaliste convaincu, contrastant avec l’idée que le NSDAP adoptait une approche plus conciliante envers le capitalisme. Néanmoins, la présence de personnalités comme Robert Ley, qui a efficacement rallié les travailleurs et les militants du parti à placer le bien-être national au-dessus des intérêts privés, remet en question l’hypothèse selon laquelle le régime national-socialiste allemand aurait uniformément adopté une position laxiste envers le capitalisme. Cela met en évidence un aspect potentiellement négligé de l’idéologie et des politiques du NSDAP, qui pourrait être méconnu.
Robert Ley nourrissait un profond respect pour Mussolini et défendait l’idée d’échanges de travailleurs entre l’Italie et l’Allemagne. Il était convaincu que les deux pays étaient confrontés à un ennemi commun : le capitalisme et sa manipulation stratégique du marxisme. Ley considérait comme crucial de construire une alliance et d’encourager la coopération entre ces nations ouvrières. Il envisageait une camaraderie et un soutien réciproques potentiels dans leur lutte collective contre la malveillance perçue des forces capitalistes. L’estime de Ley pour Mussolini et ses initiatives visant à renforcer la collaboration entre l’Italie et l’Allemagne témoignaient de sa conviction de la nécessité de la solidarité face à un défi commun.
« Je vais parler d’une innovation : les trains d’échange, fruit de notre accord avec l’Italie ; la première a prouvé l’excellence de cette idée. Début octobre, 425 travailleurs italiens, membres de Dopolavoro, sont venus à Munich, Nuremberg et Berlin. Notre plus grande joie a été de constater le bonheur des Italiens, nos invités, et l’enthousiasme avec lequel ils ont adopté les points du programme que nous proposions. Peu après, un grand train express, avec des wagons de première et de deuxième classe, a transporté 425 travailleurs allemands de Berlin à Rome et Florence, en passant par le Brenner. Les médias du monde entier nous ont relaté le voyage de nos camarades, de la réception du Duce à la présentation de l’Opéra de Florence. Deux organisations partageant le même objectif – « La Force par la Joie » et Dopolavoro – se sont associées au même mouvement syndical pour consolider l’axe Berlin-Rome grâce au travail concret de rapprochement entre ces deux pays… »
— Robert Ley, Un peuple conquérant la joie, quatrième anniversaire de La force par la joie
« Le Führer trouva en le Duce italien un révolutionnaire partageant le même bon sens et la même raison. Seule l’amitié de ces deux hommes, leur lucidité et leur détermination, assurèrent la sécurité de l’Europe face à l’Axe. Il fallait maintenant déterminer quelle vision du monde était la plus puissante… L’internationalisme juif devait également être détruit au niveau international. Le national-socialisme fanatique et l’internationalisme pacifiste sont comme le feu et l’eau et ne peuvent cohabiter. Ils sont comme le feu et l’eau, et tôt ou tard, une bataille devait éclater entre ces deux mondes. Cette bataille montrerait qui de la démocratie juive et de l’internationalisme juif gagnerait et serait le plus fort, ou qui du national-socialisme et du fascisme, liés à la nature et obéissant à ses lois, triompherait. Il n’y avait que l’un ou l’autre. Si l’Axe national-socialiste et fasciste triomphait, le système démocratique-parlementaire juif devrait être détruit…
Cette institution internationale, le Bureau international du Travail de Genève, n’était rien d’autre qu’un moyen pour les capitalistes du monde entier de réguler leurs objectifs capitalistes mondiaux. Grâce à des slogans et des accords internationaux, des pays comme l’Allemagne et l’Italie devaient limiter leur production, réduisant ainsi la concurrence économique. »
— Robert Ley, Champ ethnique international ou États-Unis d’Europe ?
Robert Ley travailla en tandem avec Tulio Cianetti pour orchestrer un programme d’échange de travailleurs entre l’Allemagne et l’Italie. Cianetti, qui occupa un rôle important au sein de la DAF, était tenu en haute estime, comme en témoigne le fait qu’un centre de loisirs des usines Volkswagen fut baptisé « Cianetti Hall » en son honneur. Cette distinction résultait de ses efforts vigoureux et de sa convergence idéologique avec la position d’Ugo Spirito, caractérisée par un rejet du capitalisme et du communisme, principaux adversaires du programme fasciste. De plus, Cianetti était connu pour son approbation des doctrines raciales allemandes. La parenté idéologique entre Ley et Cianetti joua un rôle fondamental dans le renforcement des liens entre les mouvements ouvriers allemand et italien. Leurs efforts conjoints et leurs idéologies convergentes contribuèrent à jeter les bases de la conclusion du Pacte d’Acier, une alliance militaire et politique majeure entre l’Allemagne et l’Italie qui allait se concrétiser dans un avenir proche.
« L’échange de travailleurs initié par l’Italie et l’Allemagne prend de plus en plus d’ampleur. Ainsi, la beauté, l’effort et le travail de chacun de nos peuples seront magnifiquement mis en valeur l’un pour l’autre. Les nations pourront se rencontrer et se comprendre mutuellement de la meilleure façon qui soit. »
— Robert Ley, discours de la capitale de Rome 1938
L’éloge de l’estime que Robert Ley portait aux travailleurs soulève une question importante quant à sa vision de l’ouvrier et de la nature même du travail. Pour éclairer sa position, Ley a exprimé ses pensées sur diverses plateformes, notamment dans des discours et des écrits, notamment dans son ouvrage de 1939 intitulé « À chaque Allemand, sa position ! ». Dans cette publication essentielle, il a exposé sans ambiguïté sa perception du travailleur et de l’essence du travail, en fournissant une description claire qui laissait peu de place à l’interprétation ou aux conjectures.
« Le travail est structure, connaissance de la régularité qui régit le monde. Le travail est discipline, cette même formule découverte par le national-socialisme qui nous convie à la connaissance : vision de la régularité et déclaration que la discrétion est impossible. Tout est sacrifice et objet d’une régularité éternelle…
Nous considérons le Travail comme l’expression authentique de notre race. Pour chaque œuvre que j’entreprends, la première chose que je dois faire, en moi-même, est d’organiser et de créer. Je considérerai toujours mon Travail comme un début et une fin. Ainsi, progressivement, j’arriverai à l’accomplissement d’un système où le produit du Travail sera l’expression de l’autodiscipline…
Travailler est un art ; c’est une aspiration à l’harmonie. Chaque travailleur est un artiste à sa manière. Un souffleur de verre en Thuringe est un artiste de grand prestige ; un horloger est un artiste. De tels exemples peuvent se multiplier à notre guise. Nous voyons donc que le travail de chaque homme peut être réduit à un dénominateur commun. La culture consiste précisément en la somme du travail à travers le temps…
L’homme ne peut être valorisé par son type de travail, mais par la qualité de sa performance dans le domaine et le lieu où il évolue. Peu importe que le travailleur soit ouvrier ou enseignant : les deux doivent être valorisés de la même manière, car l’un ne saurait exister sans l’autre et, chacun à sa manière, ils coopèrent à ce que nous appelons la culture. Avant tout, nous devons prendre en compte l’utilité du travail dans son ensemble pour la communauté du pays tout entier…
Quel est donc le but ultime poursuivi par le Parti travailliste ? Qu’est-ce qui pousse l’effort humain à construire, produire, inventer et travailler le sol de sa nation ? Cela ne s’explique pas par les besoins de l’estomac. Il s’agit, au contraire, d’une aspiration spirituelle à l’éternel, portée au cœur de chaque homme. Chaque homme désire et propose que l’œuvre durable, l’œuvre qu’il crée, survive – à lui et au temps – jusqu’aux dimensions les plus profondes du futur.
L’homme doit trouver en lui-même la capacité d’une vocation, de l’appel qu’il reçoit. Ce savoir doit être infiltré dans notre peuple… C’est pourquoi nous devons tenter, par tous les moyens, de détruire le travail non classé. Nous devons développer les capacités de notre peuple. Nous devons mettre fin aux espaces vides. Le travail spécialisé est notre véritable capital, indépendant des forces extérieures ni des devises… Un capital que nous avons le devoir de préserver et de diffuser. C’est le véritable capital des peuples pauvres en ressources naturelles.
Ainsi, nous placerons chaque homme à sa juste place. Nous constatons ici une attitude mentale qui rompt totalement avec les habitudes et les thèses du passé. Quand quelqu’un affirme que, selon ce critère, nous supprimons la liberté des hommes, je réponds : en réalité, nous les rendons intérieurement plus libres. Les hommes doivent surmonter l’égoïsme de l’individualité pour le remplacer par des pensées de loyauté, de camaraderie et de communauté… »
— Robert Ley, À chaque Allemand, sa position !
L’ascension de Ley au sein du NSDAP fut marquée par son dévouement à l’élaboration de politiques et par une compréhension approfondie du monde du travail. Ses théories trouvèrent un écho auprès des travailleurs allemands, mais il est essentiel d’examiner comment elles furent mises en pratique. En examinant l’œuvre de Ley – qu’il considérait comme sa propre forme d’art –, nous découvrons le DAF, une organisation essentielle à son parcours professionnel. Créé par Hitler pour servir d’instrument de rééducation idéologique de la main-d’œuvre, le Front allemand du travail cherchait à inculquer un esprit communautaire aux travailleurs allemands. Hitler considérait la rééducation de la population comme essentielle au triomphe de la révolution nationale-socialiste. Dans un discours de 1933, il évoqua l’importance des révolutions dans l’histoire et souligna la nécessité de réussir ce processus de transformation.
Robert Ley a rapidement gravi les échelons au sein du Front allemand du travail, orientant l’orientation de cette organisation naissante. Avec Ley à sa tête, le DAF a établi un cadre organisant les différents secteurs productifs et visant à résoudre les conflits entre les travailleurs et la direction. La conceptualisation de la production par le parti a entraîné un changement de langage, abandonnant la désignation traditionnelle « employeur et employé » au profit de la nomenclature « chef et suiveur ». Dans le contexte de la législation allemande, la dynamique « chef et suiveur » sur le lieu de travail était caractérisée comme suit:
« Le responsable de l’établissement prend les décisions pour ses subordonnés concernant tous les aspects de la production, dans la mesure où elles relèvent de la réglementation. Il est responsable du bien-être de ses subordonnés. Ceux-ci doivent lui être dévoués, dans le respect de la confiance mutuelle attendue dans un environnement de travail coopératif. »
— Robert Ley cité dans Hitler’s Revolution de Richard Tedor
L’une des fonctions clés de la DAF était de gérer et de régler avec compétence les conflits qui surgissaient entre ouvriers et chefs d’entreprise. À l’instar du système corporatif fasciste italien, l’État servait d’intermédiaire entre les deux groupes, cherchant à parvenir à une solution permettant de rétablir l’équilibre. Les recherches de Richard Tedor ont permis de mettre au jour de nombreux documents qui permettent de mieux comprendre les méthodes employées par la DAF pour accomplir ce rôle essentiel.
« Les procès de 1939 démontrent que le droit du travail préservait avant tout le bien-être des salariés plutôt que celui de leurs supérieurs hiérarchiques. Cette année-là, les tribunaux ont mené 14 audiences contre des ouvriers et 153 contre des directeurs d’usine, des directeurs adjoints et des agents de maîtrise. Dans sept cas, les directeurs ont perdu leur emploi. »
— Richard Tedor, La révolution d’Hitler
La DAF ne se concentrait pas uniquement sur la résolution des conflits, mais s’efforçait également de créer des environnements de travail à la fois sains et esthétiques, afin d’éviter une atmosphère monotone et peu stimulante. À cette fin, la DAF a créé une section appelée « Beauté du Travail » (Schönheit der Arbeit), chargée de maintenir des normes de propreté élevées, de fournir des outils et des machines appropriés et d’assurer la sécurité des lieux de travail. En cas de manquement grave à ces normes, le régime allemand faisait appel à la Gestapo, la police secrète. Cette mesure visait à corriger les attitudes et les pratiques contribuant aux inégalités sociales. L’intervention de la Gestapo visait à garantir le respect de la vision de la DAF : un climat de travail ordonné et équitable.
Comme le décrirait Hitler:
« La police ne devrait pas être sur le dos des gens partout. Sinon, la vie des gens dans leur patrie deviendrait comparable à celle d’une prison. Le rôle de la police est de repérer les éléments asociaux et de les éradiquer sans pitié. »
— Adolf Hitler cité dans Hitler’s Revolution de Richard Tedor
Sous la direction de Robert Ley, la DAF a lancé l’un de ses programmes les plus ambitieux : le volet récréatif « La Force par la Joie » (KDF). Ley a personnellement proclamé le lancement de cette initiative, soulignant son importance et ses objectifs.
« Nous ne devons pas nous contenter de nous interroger sur ce que fait la personne au travail, mais nous avons également la responsabilité de nous préoccuper de ce qu’elle fait en dehors du travail. Nous devons être conscients que l’ennui ne revigore pas, contrairement au divertissement, sous diverses formes. Organiser ce divertissement, cette détente, deviendra notre mission la plus importante. »
— Robert Ley cité dans Hitler’s Revolution de Richard Tedor
Dans le cadre de l’initiative KDF, le DAF a activement soutenu et offert des possibilités de voyage à l’étranger aux travailleurs allemands. Le programme a également soutenu diverses activités culturelles en offrant un soutien financier et des ressources supplémentaires. L’objectif principal était de permettre aux travailleurs de se détendre, d’apprécier la beauté de leur pays d’origine et de découvrir d’autres pays, le tout dans un cadre serein et sain, sans pour autant négliger leurs responsabilités professionnelles.
« Avant la chancellerie d’Hitler, peu d’Allemands pouvaient se permettre de voyager. En 1933, seulement 18 % des salariés le faisaient. Tous avaient des salaires supérieurs à la moyenne. L’année suivante, la KdF a commencé à sponsoriser des excursions à bas prix, partiellement subventionnées par la DAF, accessibles aux familles à faibles revenus. Les forfaits couvraient les frais de transport, d’hébergement, de repas et d’excursions. Parmi les options proposées, on pouvait citer des excursions à la piscine ou dans des stations de montagne, des cures thermales, des attractions populaires en ville et en province, des randonnées et des séjours en camping. En 1934, 2 120 751 personnes ont effectué de courts séjours. Ce nombre a augmenté chaque année, atteignant 7 080 934 participants en 1938. Les « Wanderings » de la KdF – des excursions en sac à dos dans des régions pittoresques – ont attiré 60 000 personnes la première année. En 1938, on comptait 1 223 362 Allemands sur les sentiers. L’afflux de visiteurs a stimulé le commerce dans les stations balnéaires en difficulté économique…
Dans ses efforts pour intégrer pleinement les travailleurs à la société allemande, la KdF a également lancé des activités culturelles. Ses 70 écoles de musique offraient une formation instrumentale de base aux membres des familles ouvrières. La KdF organisait des productions théâtrales et des concerts classiques pour les travailleurs dans tout le pays. Le Festival de Bayreuth de 1938, saison estivale des opéras de Richard Wagner, proposait des représentations de Tristan et Isolde et de Parsifal aux ouvriers et à leurs familles. La KdF a également mis en place des théâtres itinérants et des tournées de concerts dans les villes rurales d’Allemagne où les événements culturels étaient rares. »
— Richard Tedor, La révolution d’Hitler
Sous le national-socialisme, l’efficacité du DAF a permis de mobiliser la classe ouvrière, facilitant son engagement dans des activités autrefois inaccessibles. Ces initiatives ne visaient pas uniquement la satisfaction matérielle ; elles visaient à renforcer le lien entre les travailleurs et la nation. Robert Ley nourrissait des ambitions plus vastes que ces mesures initiales, car il prônait constamment des mesures plus sévères contre les géants industriels au profit des travailleurs.
Il est essentiel de comprendre que, dans le cadre national-socialiste, la présence de la propriété privée ne nierait pas son opposition au capitalisme et son objectif d’éradiquer le système capitaliste en Allemagne. Cette distinction devient évidente lorsqu’on reconnaît que, dans l’idéologie fasciste, les doctrines conceptuelles sont considérées comme plus cruciales que les circonstances matérielles. En dissociant le concept de capitalisme de la notion de propriété privée, chacun peut l’imprégner et le façonner selon son propre récit et sa propre vision du monde. Cette approche s’inscrit dans le débat philosophique entre matérialisme et idéalisme, mais il est essentiel d’aborder ce point pour déconstruire l’idée fausse répandue selon laquelle le régime hitlérien, par ses initiatives de privatisation, était intrinsèquement capitaliste, ce qui n’était pas le cas.
Comme l’a expliqué Mussolini, l’intervention de l’État dans l’économie du fascisme italien pouvait prendre deux formes : la propriété et l’exploitation directes, ou le contrôle de la propriété. Quelle que soit la méthode employée, l’objectif restait constant : l’ancrage des doctrines nationales dans les pratiques économiques du pays. Ce modèle économique repose donc fondamentalement sur une philosophie corporatiste. Au sein du national-socialisme, l’idée fichthienne du socialisme, telle qu’elle se manifeste dans le concept d’État commercial fermé, sous-tendait leur version d’un socialisme nationaliste et centré sur le devoir. Dans l’Allemagne nazie, l’État privilégiait les intérêts nationaux en dictant et en encadrant l’usage de la propriété, créant une multitude d’organismes de régulation et de supervision, contournant ainsi la nécessité d’une nationalisation pure et simple.
« De plus, les décrets nazis de 1937 imposèrent une nouvelle cartellisation afin de rationaliser la chaîne de commandement et de préparer la guerre, objectif du Plan quadriennal de 1936. Cette politique interventionniste massive eut pour résultat « la consolidation complète de l’ensemble de l’économie, l’élimination complète de l’initiative personnelle et de la liberté de choix ». Même si un semblant de propriété privée subsistait avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, alors que la guerre faisait rage sur deux fronts, les nationaux-socialistes franchirent la dernière étape en créant l’Amt für Zentrale Planung (Office de planification centrale) en 1942, supprimant ainsi tout vestige d’initiative privée. »
— Matthew Ryan Lange, L’anticapitalisme antisémite dans la culture allemande
« Même l’industrie lourde, qui avait privilégié une certaine autarcie et l’aide de l’État au début des années 1930, a constaté que l’ampleur du contrôle étatique exercé après 1936 et l’essor d’un secteur industriel public menaçaient également ses intérêts. Les tensions engendrées par une telle relation ont déjà été démontrées pour l’industrie automobile, l’industrie aéronautique et la sidérurgie ; mais des recherches plus approfondies sont nécessaires pour parvenir à une évaluation historique satisfaisante de la relation entre le nazisme et les entreprises allemandes. Il est d’ores et déjà clair que le Troisième Reich n’était pas simplement un régime d’hommes d’affaires soutenant un capitalisme autoritaire, mais qu’il s’efforçait au contraire de réduire l’autonomie de l’élite économique et de la subordonner aux intérêts de l’État nazi…
À mesure que l’État étendait son rôle de supervision et de régulation des principales variables économiques, il développa un système économique plus cohérent. Les économistes allemands baptisèrent ce système « die gelenkte Wirtschaft », l’économie dirigée. Dans ce système, les hommes d’affaires étaient considérés comme des fonctionnaires économiques au service de la nation plutôt que comme des créateurs de richesses indépendants et entreprenants. Le concept d’« économie dirigée » convenait aux ambitions idéologiques du régime, mais étouffait l’esprit d’entreprise. »
— Richard Overy, La reprise économique nazie
« Les travaux publics et le réarmement nécessitaient un financement massif par déficit, autrement dit l’impression de monnaie pour payer les travailleurs et stimuler la demande. Bien que fondamentalement « socialiste » dans ses conceptions et sa politique économique, Hitler ne nationalisa pas l’industrie. En réalité, des privatisations massives eurent lieu durant les cinq premières années de son régime, non pas pour des raisons idéologiques, mais pour lever rapidement des fonds en vendant des entreprises en difficulté. Hitler réussit très efficacement à nationaliser les industriels allemands, en les transformant en instruments de sa volonté politique. Le contrôle, et non la propriété, était la clé. Les principales institutions économiques allemandes, notamment l’industrie, les entreprises et les banques, furent totalement tenues à l’écart des prises de décision. Contrairement à la Reichswehr, elles n’étaient pas mises au courant des secrets du Lebensraum, du moins au début. On leur disait simplement quoi faire, et s’ils refusaient, ils étaient menacés d’emprisonnement, d’expropriation ou de perte de leur importance. »
— Brendan Simms, Hitler : une biographie mondiale
Robert Ley était inébranlable dans ses convictions, prônant souvent des mesures plus extrêmes que le contrôle relativement modéré exercé sur les industriels, typique de la politique allemande de l’époque. Il n’hésitait pas à recourir à des agences comme la Gestapo, initialement créées pour ce type d’application. Tout au long de son mandat, Ley défendit ses opinions avec force et persévérance, indépendamment de l’avis des autres membres du NSDAP. Il maintint fermement ses positions et défendit des initiatives qui, malgré une opposition initiale, furent finalement plus largement acceptées. Il est important de noter que la loyauté de Ley envers Hitler, le Führer, ne l’empêcha pas d’exprimer ses désaccords. Cela témoigne de son indépendance d’esprit et de sa volonté de défendre ses convictions, témoignant d’un profond attachement à ses principes.
« Le gouvernement national-socialiste exigeait que tous les travailleurs bénéficient d’au moins six jours de congés après six mois d’ancienneté dans une entreprise. À mesure que l’ancienneté augmentait, le salarié devait cumuler douze jours de congés payés par an. L’État a étendu ces mêmes avantages aux quelque 500 000 Heimarbeiter allemands, ces personnes titulaires de petits contrats avec l’industrie qui fabriquaient des composants sur place. Les entreprises sous-traitantes finançaient également leurs congés. Ley a lutté pendant des années contre le ministère du Travail avant de finalement étendre le congé annuel payé à quatre semaines. »
— Richard Tedor, La révolution d’Hitler
« Une autre proposition du chef de la DAF prévoyait que, lorsque les travailleurs devaient rester chez eux pour cause de maladie, l’employeur continuerait à payer 70 % de leur salaire. Les employés absents du travail pour s’occuper de membres de leur famille recevraient la même indemnisation. Une fois de plus, Ley préconisait de puiser dans les profits de l’industrie pour améliorer le niveau de vie des travailleurs. Ley et Conti finirent par trouver un compromis en signant un accord national sur les soins de santé à Bad Saarow en janvier 1941. Cet accord autorisait la création de cliniques locales gratuites, des examens médicaux annuels pour tous les citoyens et une prise en charge par l’État des soins médicaux des malades et des blessés. Cela supprimait la nécessité de souscrire une assurance maladie. Pour compenser les dépenses, le plan prévoyait des mesures de « médecine préventive » de grande envergure. La DAF alloua des fonds à la construction de stations thermales, de centres de villégiature et d’autres installations de loisirs, destinées à servir de refuges de week-end aux travailleurs et à leurs familles. L’objectif était d’améliorer la santé publique par le repos et la détente. »
— Richard Tedor, La révolution d’Hitler
« Pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes allemandes occupaient de nombreux postes dans l’industrie de l’armement, à des salaires inférieurs, tandis que de plus en plus d’hommes s’engageaient dans l’armée. En avril 1944, Ley, qui militait depuis des années pour l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, confronta Hitler à ce sujet. Le Führer expliqua que la structure sociale allemande d’après-guerre envisageait les femmes comme le pivot de la famille, ajoutant que cela n’impliquait pas une opinion négative de leur intelligence ou de leurs capacités professionnelles. Ley rétorqua que les femmes allemandes qui réussissaient avaient une vision moderne de leur rôle dans la société et considéraient les idées d’Hitler comme archaïques. Au cours de la réunion, Ley défendit avec ténacité sa position face à une avalanche de contre-arguments présentés par son chef. Le Führer finit par céder en proposant un compromis : les femmes devraient recevoir un salaire de base inférieur, mais avoir droit à des primes d’encouragement et à des primes pour compenser la disparité. En général, l’opinion personnelle d’Hitler eut peu d’influence sur l’évolution de la situation : au cours du semestre d’hiver 1943-1944, par exemple, 49,5 pour cent des étudiants inscrits dans les universités allemandes étaient des femmes. »
— Richard Tedor, La révolution d’Hitler
La position de Robert Ley au sein de la classe ouvrière et son adhésion indéfectible aux principes nationaux-socialistes contribuèrent à consolider sa position au sein du parti, lui permettant de traverser les tempêtes des purges et des luttes de pouvoir internes. Il resta fidèle à sa cause jusqu’aux derniers jours du régime. Ses initiatives et sa prétendue défense du bien commun lui valurent un profond respect de la part du public, mais aussi l’animosité des industriels. Sa détermination à développer le Front allemand du travail en une institution omniprésente dans toute l’Allemagne suscita la colère de certaines figures du NSDAP, comme Goebbels. Pourtant, la ténacité de Ley finit par l’emporter sur le soutien d’Hitler. Ce soutien lui permit de promouvoir les programmes de protection sociale pour les travailleurs, s’inspirant du Dopolavoro italien, un modèle que Ley citait ouvertement comme ayant influencé l’approche du Front allemand du travail. L’avènement de la Seconde Guerre mondiale marqua cependant un tournant décisif et sonna le début de la fin pour le gouvernement national-socialiste. Malgré les contributions de Ley, le déroulement de la guerre a précipité la détérioration progressive et l’effondrement final du régime.
Fin de la guerre
Jusqu’aux derniers instants du régime, la loyauté de Robert Ley ne faiblit jamais ; il soutint et défendit résolument toutes les mesures visant à assurer la survie de la population allemande pendant la guerre. Pourtant, même avec pour priorité de soutenir l’effort de guerre, Ley persista dans son appel à des réformes systémiques pour concrétiser sa conception d’une société utopique. Recourant parfois à des mesures radicales, ses suggestions se heurtèrent à la résistance de ses collègues du NSDAP, aux opinions et aux programmes divergents.
Par exemple, dans Hitler’s War de David Irving , la situation suivante est exposée:
« Le Reichsmarschall Göring présenta Korten à Hitler le 20 août ; le même jour, Hitler discutait avec le Dr Ley et d’éminents architectes de la manière de subvenir aux besoins des familles sinistrées par les bombardements. Ley proposa de construire 350 000 maisons par an, mais Speer l’interrompit : “Je ne fournirai pas les matériaux, car je ne le peux pas.” Hitler refusa d’entendre cela. “J’ai besoin d’un million de nouvelles maisons, dit-il, et vite.” »
— David Irving, La guerre d’Hitler
Robert Ley a toujours accordé la priorité au bien-être et à la persévérance du citoyen allemand, un engagement qui l’a parfois mis en désaccord avec d’autres personnalités importantes du NSDAP. À l’approche de la fin du régime, l’accent a été entièrement mis sur l’effort de guerre et l’unification des Allemands contre leurs adversaires. À cette époque, Ley était connu pour ses discours émouvants et ses écrits influents, qui cherchaient à rallier des soutiens à la cause nationale.
Pourtant, son ouvrage de 1944, Les Miasmes Pestilentiels du Monde, se distingue comme l’une de ses créations les plus provocatrices et incendiaires. Dans ses pages, Ley lançait des accusations virulentes contre le peuple juif, l’accusant d’avoir déclenché le conflit et d’avoir tiré les ficelles en coulisses pour que d’autres fassent la guerre à sa place. Il attaquait également le peuple juif en affirmant qu’il exerçait un contrôle excessif sur les sphères capitaliste et bolchevique. Connu pour son contenu offensant et son langage grossier, ce livre est une représentation crue de l’idéologie radicale de Ley en ces temps chaotiques.
« Cette guerre est une bataille entre visions du monde, et le camp le plus croyant sera victorieux. Seul celui qui est convaincu de la justesse de sa cause, qui a la justice de son côté, qui agit raisonnablement et correctement, qui reconnaît et respecte les lois de la nature, peut avoir la foi la plus forte…
Le capitalisme est né du fatalisme. Calvin, l’un des plus importants mercenaires juifs, dit : « Celui qui est pauvre doit le rester, et celui qui est riche doit gagner plus d’argent. C’est un péché d’enseigner le contraire. » Le Juif dit : « Tout est déterminé d’avance » (Pinke vers 111)…
Cela ne devient évident que lorsque d’autres ont du pouvoir sur le Juif et qu’il ne peut plus échapper à son destin. Tant qu’il croit pouvoir dissimuler ses actes avec un certain succès derrière le masque juif, il le fera. Il n’y a pas de lien plus fort que celui qui unit les criminels. Un Juif protège l’autre, du moins vis-à-vis du monde extérieur, quelle que soit la distance qui les sépare ou les différences sociales qui peuvent exister entre eux. Le Juif en Amérique protège le Juif en Pologne, à Moscou ou à Berlin, le Juif riche protège le Juif pauvre, et le Juif pauvre protège le Juif riche…
On le voit au Congrès de Vienne, au Traité de Versailles, à la Société des Nations de Genève, ainsi qu’au sein des syndicats internationaux ou de la centrale bolchevique de Moscou. C’est toujours pareil. Avec le capitalisme, l’argent et l’usure, ces organisations servent à unir Juda par-delà tous les peuples et toutes les frontières nationales, et à dissimuler leurs méfaits…
La mentalité et l’esprit juifs sont la vision du monde du fatalisme, des fantômes et des esprits, de la terreur, de l’anxiété et de la peur, de l’argent et du capitalisme, du déni de vie et de l’abandon, de la mendicité et de la pitié, de ceux qui manquent de volonté, des lâches – en un mot, le monde bourgeois-marxiste dans lequel nous, les plus âgés, avons grandi. C’est pourquoi il est si difficile de s’en libérer…
Celui qui accepte l’argent des Juifs et gagne son argent par ces méthodes d’exploitation sera ruiné. Celui qui méprise le travail, qui considère ses camarades allemands comme des êtres à exploiter, qui considère le travail comme une marchandise comme le hareng et le coton, est un ennemi du peuple, un traître, et ne mérite aucune pitié. Le pendant de cette pensée judéo-capitaliste est le jumeau du capitalisme, le Juif changeling et le Juif salaud : le bolchevisme. Ils se ressemblent tous. Je ne crois pas qu’ils aient beaucoup de partisans en Allemagne…
Dans cette lutte contre Juda, il n’y a donc qu’un choix évident : soit l’un, soit l’autre. Toute demi-mesure mène à sa propre destruction. Juda et son monde doivent mourir si l’humanité veut vivre ; il n’y a pas d’autre choix que de mener une lutte sans merci contre les Juifs sous toutes leurs formes, et de ne pas abandonner jusqu’à ce que la dernière pensée juive soit anéantie partout.
Lorsque les Anglais et les Américains comprendront enfin qu’ils combattent en réalité pour la liberté des Juifs, ils hésiteront et critiqueront les Juifs ; ils les découvriront. Cela suffit à faire de tout Aryen un antisémite. C’est ce que la « Chronique juive » veut dire lorsqu’elle se plaint : « L’antisémitisme est devenu un problème universel. » C’est vrai ! Le Juif est découvert dans le monde entier à cause de cette guerre, il perd sa dissimulation et est donc déjà vaincu. L’antisémitisme est « l’arme secrète d’Hitler », qui nous mènera, nous les Allemands, à une victoire inévitable. »
— Robert Ley, Les miasmes pestilentielles du monde
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