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Publié le par Florian Rouanet
🛡️ Souverainisme racial & libéralisme doctrinal, ou la synthèse impossible⁂ Front liminaire
Fidèle lecteur,
Il est des figures qui, à force de vouloir concilier l’inconciliable, finissent par s’égarer dans les méandres d’une pensée contradictoire. M. de Lesquen, ancien haut fonctionnaire devenu chantre du national-libéralisme, incarne cette tentative périlleuse, ce chancre, de marier un souverainisme racial affirmé à un libéralisme économico-politique débridé. Cette synthèse, loin d’être harmonieuse, révèle les fissures d’une pensée qui, en prétendant défendre la tradition, en trahit les fondements, et se répand ensuite en phrasés erronées, et mêmes, empestant l’hérésie.
Dans cet article, nous verrons comment, sous couvert de défendre l’identité française et la souveraineté nationale : ce franco-libéralisme en vient à saper les bases mêmes de l’ordre naturel et chrétien.
☧ Arsenal conceptuel
LIBÉRALISME, subst. masc. – Doctrine politique et économique fondée sur la liberté individuelle, la libre entreprise et la limitation de l’intervention de l’État dans la vie économique et sociale.
GALLICANISME, subst. masc.
Doctrine défendant l’indépendance de l’Église de France vis-à-vis du pouvoir pontifical, tant sur le plan administratif que doctrinal.
HÉRÉSIE, subst. fém. – Doctrine ou opinion qui s’écarte des dogmes de la foi catholique.
TRADITIONNALISME, subst. masc. – Attachement aux traditions, en particulier religieuses et culturelles, et opposition aux innovations jugées néfastes.
NATIONAL-LIBÉRALISME, subst. masc. – Doctrine politique combinant un nationalisme affirmé avec des principes libéraux en matière économique et sociale.
☩ Sentences d’autorité, ou non !
Gallicanisme d’Henry de Lesquen sur Telegram, avril 2025 :
Déclaration des quatre articles de 1682 : vous avez résumé la doctrine des catholiques que l’on peut qualifier, au choix, d’ultramontains, de théocrates ou de papolâtres. Ils prétendent détenir le monopole de la tradition. En réalité, elle commence pour eux, pour ainsi dire, en 1870, avec le premier concile du Vatican.
Il n’y a aucun argument sérieux dans votre verbiage, derrière le clinquant de vos affirmations péremptoires, pour répondre à ceux de la déclaration des quatre articles de 1682, rédigée par l’admirable Bossuet et adoptée à l’unanimité par les évêques de France (peut-on imaginer qu’ils soient tous tombés dans l’erreur ?). Ni accessoirement à mes propres arguments.
1. Je n’ai pas réduit l’infaillibilité pontificale proclamée en 1870 à une opinion, j’ai seulement affirmé qu’elle ne pouvait être comprise, interprétée et appliquée qu’à la lumière des dix-neuf conciles œcuméniques précédents. Le “développement du dogme” ne signifie pas que l’on puisse réduire le dépôt de la foi. J’ai rappelé cette évidence
théologique qu’un concile œcuménique postérieur ne pouvait contredire un concile œcuménique antérieur. Vous n’avez rien su répondre à cela.
2. S’agissant du pape Honorius Ier, il est faux et mensonger de soutenir qu’il n’est pas tombé dans l’hérésie. Il est de fait que ce pape a été anathématisé en 681, post mortem, par le troisième concile de Constantinople, sixième concile œcuménique, parce qu’il avait embrassé l’hérésie monothélite. Point.
Celui-ci ne fut d’ailleurs pas le seul. On cite notamment les papes Libère (arianisme) et Vigile (nestorianisme). Mais, surtout, le premier de tous, l’apôtre saint Pierre, a sombré dans l’hérésie judaïsante avant d’être remis dans le droit chemin par l’apôtre saint Paul (Galates, II 11-14).
Donc, le pape peut être hérétique. Donc, son jugement n’est pas irréformable. Peut-on du reste contester que le pape François soit hérétique ?
3. La déclaration de 1682 est purement religieuse, bien que dans son article premier, et dans celui-là seulement, elle aborde le sujet du rapport entre l’Église et l’État. Elle ne le fait que pour réfuter la théocratie pontificale, qui est elle-même une intrusion du religieux dans le politique. La déclaration se réfère à l’Évangile. Vous n’avezrien su répondre sur ce point.
En conclusion, on peut réaffirmer que la déclaration des quatre articles de 1682 est une référence doctrinale essentielle, universelle et perpétuelle, pour l’Église catholique dans son entièreté.
Joyeuses Pâques à tous !
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En 1689, sous le pontificat d’Alexandre VIII, l’Église catholique a officiellement désapprouvé la déclaration des quatre articles de 1682 en décrétant ce qui suit :
« Toutes et chacune des choses qui ont été décidées et faites par ladite Assemblée du clergé gallican qui s’est tenue en 1682, […] Nous déclarons toutes ces choses de plein droit nulles et non avenues, invalides et vaines, pleinement et entièrement dénuées de force et d’effet dès leur principe, et qu’elles le sont encore et qu’elles le seront à perpétuité ; et que personne n’est tenu de les observer… »

Σ Schéma directeur
- ⚖️ Libéral à cliquetis & formation d’une pensée hybride
- ⛓️ Le leurre du national-libéralisme & contradictions internes
- ⚰️ Religion à la carte & ruine doctrinale
- ⚔️ Calvin, Marcion & autres pestes antiques
- ⛪ Gallicanisme ou le spectre de 1682
- ❌ Honorius Ier : vérité, falsification & subterfuge
- ‼️ Le libéral théologien : un mystificateur opiniâtre
⚖️ Quand l’orthodoxie catholique cède sous l’utopie libérale 🕊️🔥
I. ⚖️ Libéral à cliquetis & formation d’une pensée hybride
Henry de Lesquen, issu d’une vieille famille de noblesse bretonne, a suivi un parcours académique, passant par l’École Polytechnique et l’ENA. Son engagement politique se manifeste par la création du Club de l’Horloge, laboratoire d’idées national-libérales. Il prône une synthèse entre un nationalisme identitaire et un libéralisme économique, défendant la souveraineté nationale tout en promouvant la libre entreprise et la réduction de l’intervention étatique.
Toutefois, « l’homme de droite » se complaît ici à manier les paradoxes, persuadé qu’ils le rendent plus profond. Ainsi, déjà épinglé pour antifascisme, prétend-il encore que le fascisme serait de gauche (sic) — alors qu’il acclamerait sans rougir la Révolution française ! Il faudrait décidément qu’il s’accorde avec lui-même avant de faire la leçon aux autres. Il devrait donc réviser son clivage gauche droite et s’accuser le premier- ou comment faire éclater de rire les gauchos et les fachos d’un même coup.
Le fascisme est simplement à la fois, une révolution populaire et aristocratique, dont le portefeuille, « nationaliste », est essentiellement au « centre » : voilà qui dérange et outrage notre versaillais de race – de l’esprit !
Un libéral qui fait mine d’être catholique tout en relativisant la Foi n’est qu’un prestidigitateur doctrinal.
Gageons que sous la panoplie de ces raisonnements fallacieux, se cache une impuissance à embrasser l’exigence d’une foi intégrale.II. ⛓️ Le meure du national-libéralisme & contradictions internes
La tentative de concilier un nationalisme affirmé avec un libéralisme économique pose des problèmes de cohérence doctrinale suivant : le libéralisme, en valorisant l’individu et une liberté effrénée, tend à affaiblir les structures traditionnelles et communautaires, telles que la famille et la nation. Ainsi, le national-libéralisme de Lesquen se heurte à une contradiction : vouloir préserver l’identité nationale tout en adoptant une doctrine qui, par essence, la fragilise.
Et quel spectacle ! Le libéral, flanqué de son masque national, jure fidélité à la patrie tout en adoubant l’idéologie dont le germe est précisément la dissolution des nations – vus comme autant de verrous à l’entreprise financière. Car le libéralisme n’a ni odeur ni frontière. Il est l’inverse d’un enracinement.
Ce prétendu national-libéralisme n’est rien qu’un oxymore : exactement comme si l’on conjuguait fidélité conjugale et prostitution réglementée.
III. ⚰️ Religion à la carte & ruine doctrinale
Dérives doctrinales & implications théologiques
Sur le plan théologique, le libéralisme a été condamné par l’Église catholique, notamment par le Syllabus de Pie IX – et cela se répercute notamment dans la morale et sur le plan philosophico-politique. En adoptant des positions libérales, Lesquen s’éloigne de l’orthodoxie catholique traditionnelle, et de plus, fort logiquement, ses propos sur les religions non chrétiennes, qu’il considère comme contenant une part de vérité, relèvent d’une forme de relativisme encore incompatible avec la foi de l’Église, qui affirme la vérité unique du christianisme.
Là gît le plus grave : ce libéralisme s’étend jusqu’à la sphère religieuse, où il devient subjectivisme pur. À écouter Le De Lesquen — qu’il faut désigner par l’article tant il s’en glorifierait ! — chacun est libre de forger sa foi selon son goût. Il admire les jansénistes, soupire pour Calvin, pour Marcion, s’émeut des hérétiques. Que lui manque-t-il ? Peut-être un autel personnel où il serait à la fois prêtre, fidèle et pape.
Son mépris pour la communion fréquente — vantée notamment par saint Pie X — en dit long sur sa théologie à rebours. Voilà un homme blasé du miracle eucharistique, et cependant enchanté par le gallicanisme poussiéreux.✝️
En bon libéral : H2L l’est y compris en matière religieuse. Cela donne une religion à la carte, que l’on se construit au grès des courants nationaux plaisant à sa subjectivité et intellectualité. « C’est diablerie » comme dirait Les Visiteurs, ou c’est ruine de la foi !
IV. ⚔️ Calvin, Marcion & autres pestes antiques
Le national-libéralisme de Lesquen, en promouvant une vision ethno-différentialiste doublé de sa défense du libéralisme économique conduira à une précarisation accrue des classes populaires (ce qu’il souhaite…), contredisant ainsi son souci affiché de préserver la nation. Enfin, son rejet de l’autorité ecclésiastique traditionnelle et son adhésion à des positions hétérodoxes affaiblissent la cohésion religieuse de la communauté catholique.
Quelle délicatesse doctrinale que d’encenser par exemple Jean Calvin (un « grand esprit français » sic), l’auteur de cette infamie selon laquelle Notre Seigneur aurait subi les peines éternelles des damnés. Ce genre de lecture blasphématoire, relevée plus bas chez Calvin, ferait frémir tout catéchiste débutant.
Le De Lesquen pourrait sans doute s’extasier de Caïn ou d’Arius pourvu qu’il y débusque quelque génie français. Las, ces viles hérésies que l’on voudrait voir épousées à la logique nationale sont tout simplement antéchristiques.
En effet, Calvin, en bon voyou, drape de ses apparats, Notre Seigneur, quelle honte, justement dénoncée par la Contre révolution :
« Mais laissant à part le Symbole, il nous faut chercher une explication plus sûre de la descente de Jésus-Christ aux Enfers. La parole de Dieu nous en fournit une, qui non seulement est bonne et sainte, mais encore pleine d’une exquise consolation. Rien n’eut été fait dans l’œuvre de notre Rédemption si Jésus-Christ n’eut souffert que la mort corporelle, puisqu’il était nécessaire qu’il ressentît en même temps dans son âme les rigueurs, et la sévérité de la vengeance de Dieu, pour s’opposer à sa colère et pour satisfaire sa justice. C’est aussi la raison pour laquelle il a fallu qu’il en vienne aux mains avec les puissances, et les forces de l’Enfer, et qu’il lutta, pour ainsi dire, corps-à-corps contre les horreurs de la mort éternelle. […] De sorte qu’il ne faut pas s’étonner, s’il est dit, qu’il soit descendu aux Enfers, puisqu’il a enduré la mort, dont Dieu punit les impies en sa colère. Quelques-uns répliquent, que de cette manière l’ordre du Symbole serait renversé, et qu’il ne serait nullement convenable d’ajouter après l’article de la sépulture, celui qui doit le précéder. Mais cette acception est nulle. Car le Symbole, après avoir rapporté ce que Jésus-Christ a souffert à la vue des hommes, ajoute ensuite fort à propos ce jugement invisible et ineffable qu’il a subi devant le tribunal de Dieu son Père, afin que nous sachions qu’il n’a pas seulement livré son corps pour le prix de notre rédemption, mais qu’outre cela, un autre prix bien plus digne, et plus excellent, y est intervenu, à savoir, quand il a enduré en son âme les tourments épouvantables, que les réprouvés doivent un jour ressentir. »
Nouvelle traduction française de l’Institution chrétienne de Jean Calvin(1697), Livre II, édité chez Jean Wessel imprimeur de la république, chapitre 16, § 10, p. 532-533.
V. ⛪ Gallicanisme ou le spectre de 1682
Que reste-t-il du gallicanisme ? Une curiosité de musée, une chimère post-royaliste, une erreur que le Saint-Siège a tranchée de multiple fois. Pourtant, notre homme s’y accroche, invoquant Mgr Bossuet, et oubliant que la déclaration fut condamnée en 1689 comme nulle et non avenue.
Il y voit une norme perpétuelle. Mais l’Église n’a que faire de ces montages hexagonaux : elle est universelle, avec d’être nationale. Ce n’est point Paris qui juge Rome.
Or, il est saisissant de constater que le gallicanisme, loin d’être une défense politique légitime face à d’éventuelles dérives, fut surtout un instrument de l’État royal pour asseoir son pouvoir sur l’épiscopat.
L’adhésion de Lesquen à cette déclaration de 1682, comme si elle avait valeur absolue, trahit une grave confusion et un glissement du surnaturel vers le politique. Il est proprement désopilant — sinon affligeant — d’entendre glorifier un texte condamné par l’Église, au nom même de la fidélité à la Tradition ! Cela revient à citer l’Index des livres interdits comme guide de lecture : même la subversion y trouverait un comique involontaire.Mais voici plutôt une réaction catholique et antigallicane, toujours sur Telegram, de la part de M. Pierre Joly :
Henry de Lesquen a tort d’accuser Saint Pierre d’avoir « sombré dans l’hérésie judaïsante ». En réalité, Saint Paul n’a jamais reproché à Saint Pierre d’avoir annoncé un autre évangile (Galates 1 ; 9) mais plutôt de ne pas avoir marché droit selon la vérité de l’Évangile (Galates 2 ; 14), ce qui n’est pas la même chose. Autrement dit, ce n’était pas l’enseignement de Saint Pierre qui était critiqué par Saint Paul, mais uniquement sa conduite privée ou son comportement. En réalité, Saint Pierre n’a pas commis un péché contre la foi. Il a seulement commis un péché de respect humain en s’éloignant de la table des gentils car il avait peur de choquer les juifs convertis. D’ailleurs, Saint Pierre n’était pas du tout en désaccord avec le reproche que lui faisait Saint Paul, puisqu’il a accepté cette remontrance sans rien lui répondre. Il n’y a même pas eu de dispute entre les deux Apôtres sur ce sujet. Saint Pierre a accepté cette critique de Saint Paul avec une grande humilité, et l’incident en est resté là.
Réaction roborative en ligne d’un anonyme sur Telegram :
Ce propos est un modèle achevé de confusion gallicane, aussi prétentieuse que doctrinalement périmée. L’illusion selon laquelle la déclaration de 1682 — fruit d’un compromis politique circonstancié et non d’une élaboration théologique pérenne.
Qu’un auteur puisse soutenir que les termes « gallicanisme » et « ultramontanisme » seraient « inadéquats » au profit d’un fantasme conceptuel opposant « laïcité catholique » à « théocratie pontificale » trahit une lecture plongée dans la matière politique. L’Église n’est pas une fédération d’Églises nationales, ni un compromis entre des pouvoirs concurrents : elle est une, catholique, apostolique et romaine. Elle ne se comprend qu’à partir de sa tête visible, le successeur de Pierre.
Réduire la proclamation de l’infaillibilité pontificale en 1870 à une simple opinion susceptible d’être réinterprétée à la lumière d’un concile antérieur — fût-il œcuménique —, c’est non seulement méconnaître le développement organique du dogme, mais c’est également faire fi de la nature même de l’autorité pontificale : le magistère vivant, soutenu par l’Esprit Saint, ne peut être lié par des déclarations politiques, même signées par Bossuet, aussi génial soit-il. (…)
VI. ❌ Honorius Ier : vérité, falsification & subterfuge
L’affaire Honorius est le vieux hochet usé des gallicans. On le jette à la face du magistère pour ruiner l’infaillibilité pontificale. Mais le fond des actes — relus avec rigueur — révèle bien davantage une confusion sur les faits – et une calomnie ! – qu’une hérésie doctrinale.
Saint Alphonse de Liguori, saint Maxime, Jean IV, Baronius, Bellarmin — tous les grands esprits ont réfuté ce poncif poussif. Le De Lesquen fait parler les morts à sa convenance, ici, dans une cacophonie d’arguments captieux.
Car enfin, faut-il être naïf, ou à ce point déshonnête, pour refuser de voir que les actes du sixième concile furent, au minimum, grevés d’imprécisions — voire d’insertions frauduleuses ? L’acharnement à faire de ce pauvre Honorius un hérétique de plein exercice relève plus de l’obsession que de la théologie. La question fut tranchée avec nuance par les docteurs susnommés : s’il y eut faute, elle fut de silence ou d’ambiguïté pastorale — point de matière pour une condamnation en hérésie formelle. Or, que fait notre polémiste ? Il saute à pieds joints dans la marre, travestissant les distinctions subtiles du Magistère pour les besoins de sa basse querelle. C’est le procédé des mauvais rhéteurs : hurler à la contradiction là où il faudrait méditer le mystère.
EN CITATIONS
Abbé Benjamin-Marcellin Constant : « L’Église est infaillible dans toutes les questions de foi et dans tous les faits qui ont un rapport nécessaire avec la foi ; mais l’identité d’en auteur n’appartient pas à cette classe de faits. […] Si le prêtre Latin Constantin et le diacre Grec Sergius ont fabriqué l’une et l’autre [lettres], le concile se trouve mal informé sur l’origine des pièces que l’on soumet à son appréciation ; il peut porter un jugement infaillible sur la doctrine qu’elles contiennent et peut se tromper sur l’indication des auteurs. Un exemple célèbre mettra mieux au jour cette distinction. Le 30 mai 1653, Innocent X, par sa bulle Cum occasione, condamne les cinq propositions de Jansénius, comme hérétiques. Voilà une question de foi décidée. Trois ans après, Alexandre VII déclare par sa bulle Ad sacram que ces cinq propositions sont véritablement contenues dans le livre appelé Augustinus et réellement condamnées dans le sens de l’auteur, c’est-à-dire du livre ; voilà la question de fait ; elle légitimement résolue, parce qu’elle a un rapport nécessaire avec la première. […] Sans doute, dans la nécessité de désigner un ouvrage, on nomme l’auteur qu’indique la notoriété publique ; mais c’est comme un moyen de s’entendre, et non dans l’intention de faire des articles de foi de questions purement bibliographiques qui, de leur nature, pas plus que les questions purement géographiques ou historiques, n’entrent dans le domaine de l’infaillibilité de l’Église. […] Nous disons donc que le sixième concile général a pu avec raison condamner les lettres d’Honorius et anathématiser sa mémoire, mais que cette condamnation et cet anathème sont tombés en réalité, non sur Honorius, mais sur ceux qui ont fabriqué ou falsifié les lettres que l’on a présentées au concile sous son nom. »
L’histoire et l’infaillibilité des papes. Recherches critiques et historiques sur les actes et décisions pontificales que divers écrivains ont crus contraires à la foi. Tome II, éd. J. B. Pélagaud et Cie (1859), Chapitre XIV, p.158-160
« C’est pourquoi nous confessons l’unique volonté de notre Seigneur Jésus Christ […] C’est ce que votre fraternité prêchera avec nous, tout comme nous le prêchons d’un commun accord avec vous. »
Honorius, lettre à Sergius
: « Mon prédécesseur disait donc, dans son enseignement sur le mystère de l’Incarnation du Christ, qu’il n’a pas existé en lui, comme en nous pécheurs, deux volontés contraires, de l’esprit et de la chair. Ce que certains ont retourné en leur propre conception, et ils ont pensé qu’il aurait enseigné une seule volonté de sa divinité et de son humanité, ce qui est totalement contraire à la vérité. »
Jean IV. Lettre Dominus qui dixit à l’empereur Constantin III (641).
« Il n’est pas hors de doute qu’Honorius ait été condamné au sixième concile général, deuxième de Constantinople. En admettant la sincérité des actes du concile, Honorius a été condamné non pour avoir enseigné l’hérésie, mais pour en avoir favorisé la propagation par son silence. »
Saint Alphonse de Liguori : « Il importe peu que, dans la même lettre, Honorius ait écrit qu’il n’y avait eu qu’une seule volonté en Jésus Christ : « Unam tanlum voluntatem fatemur Domini Nostri Jesu Christi » ; car il s’est exprimé de la sorte à cause de ce que Sergius lui avait écrit, à savoir, que dans l’opinion de quelques-uns, Jésus-Christ, comme homme, avait deux volontés contraires, celle de l’esprit et celle de la chair, telles qu’elles se trouvent en nous; or, c’est pour réfuter cette erreur que le pape Honorius n’attribue à Jésus-Christ qu’une seule volonté, c’est-à-dire celle de l’esprit, et non cella de la chair qui est en nous par suite de la faute d’Adam. C’est là ce que nous attestent le pape Jean IV et Saint Maxime ; c’est là aussi ce qu’affirme Tournély et Berti ; c’est là enfin ce que dit Noël Alexandre lui-même, lorsqu’il écrit : Honorius a parlé dans un sens catholique, attendu qu’il n’a point nié d’une manière absolue deux volontés en Jésus-Christ, mais seulement deux volontés contraires : « Loculus est (Honorius) mente catholica, siqui dem absolute duos voluntates Christi non negavit, sed volun tates pugnantes. » Cette explication paraît évidente par la raison que le pape Honorius apporte dans sa lettre pour justilier son expression : « Nous reconnaissons, dit-il, une seule volonté en Jésus-Christ, parce que la divinité a pris, non pas notre péché, mais notre nature, telle qu’elle a été créée avant le péché, et non telle qu’elle a été viciée après la prévarication…. Le Sauveur n’a donc pas pris une nature viciée, qui combattrait contre la loi de l’esprit, etc ».
Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, éd. H. Casterman (1867), Vérité de la foi. Partie III, Chapitre X, p. 334-335
« Je réponds à la première [accusation] que ces lettres ont peut-être été inventées, et insérées dans un concile général par les hérétiques. On peut le dire avec une certaine assurance, car il est démontré que, dans le cinquième concile général, ont été insérées par les mêmes hérétiques des lettres fictives du pape Vigile et du patriarche de Constantinople Mennas. C’est en relisant les actes du cinquième concile pendant le sixième concile (actes 12 et 14) qu’on a détecté la supercherie. Trois paragraphes avaient été ajoutés par les hérétiques dans lesquels se trouvent précisément ces lettres. Faut-il se surprendre qu’ils aient tenté la même chose pour le sixième concile général ? Et j’ajoute que ces lettres d’Honorius ne contiennent aucune erreur. Il reconnait, en effet, dans le Christ, deux volontés et deux opérations, et ne fait qu’interdire les noms d’une ou deux volontés, dont on n’avait jusqu’alors jamais parlé. Qu’il confesse le mystère lui-même, sa deuxième lettre nous le montre : « Nous devons confesser l’une et l’autre nature dans le Christ, associées par une unité naturelle, opérant par la communion de l’une et de l’autre : une divine, opérant ce qui est divin, et une humaine, ce qui est de la chair, sans division ou confusion, sans que la nature divine soit convertie en un homme, et sans que la nature humaine soit convertie en Dieu, mais maintenant intègres les différences des natures. » Cette confession est catholique, et détruit complètement l’hérésie des monothélites. […] Je réponds à la deuxième accusation qu’il est vrai que le nom d’Honorius figure parmi ceux qui ont été condamnés par le sixième synode, mais que son nom a été inséré par les émules de l’Église romaine, ainsi que tout ce qui est dit là contre Honorius. Je le prouve d’abord par le témoignage du bibliothécaire Anastase dans son histoire tirée du grec Theophane Isaurus. Ensuite, parce que c’était la coutume habituelle des Grecs de corrompre les textes. Car, comme nous l’avons déjà dit, on a découvert plusieurs corruptions faites par les hérétiques dans le cinquième concile général. Et le pape saint Léon (dans l’épitre 83 aux palestiniens) se plaint des Grecs qui, de son vivant, avaient corrompu sa lettre à Flavien. Saint Grégoire le grand (livre 5, épitre 14 à Narsem) affirme que les constantinopolitains ont corrompu le synode de Chalcédoine, et il soupçonne la même chose de celui d’Éphèse. Et il ajoute que les codex des romains sont de loin plus fiables et véridiques que ceux des Grecs. « Parce que les Romains n’ont ni leur intelligence, ni leur imposture. » […] Si Honorius avait été un hérétique monothélite, de quel front, parlant de cette hérésie, pouvait-il affirmer qu’aucun de ces prédécesseurs n’avait jamais erré ; et que, pendant que les autres églises ont été entachées d’erreurs, seule l’Église Romaine est demeurée fidèle ? De plus, si le concile déclare que Pierre a parlé par Agathon quand il a dit que les pontifes romains ont toujours confirmé leurs frères dans la foi, et n’ont jamais succombé aux hérésies, par quelle témérité ou incohérence le concile, dans un seul de ses actes, aurait-il pu anathématiser Honorius ? De deux choses l’une, soit le concile ou la lettre ont été falsifiés, soit le concile déclare le contraire de ce qu’enseigne le pape Agathon. Mais cette dernière hypothèse, personne ne l’a jamais soutenue, pas même les hérétiques. On n’a jamais non plus mis en doute l’authenticité de la lettre d’Agathon. Il ne reste donc qu’une explication plausible : le texte du concile a été bidouillé. […] Le concile, en effet, n’a pas eu d’autre indice de l’hérésie d’Honorius que ses lettres à Serge, où Honorius défend de parler d’une ou de deux volontés dans le Christ. Or, ces lettres témoignent clairement qu’Honorius admet et enseigne deux opérations, et qu’il voulait seulement qu’on s’abstienne des mots « un ou deux », pour enlever toute occasion de scandale, et calmer le débat.
On ne peut pas condamner comme hérétique quelqu’un qui confesse la chose, même si, pour une juste raison, il juge devoir la taire, surtout avant la définition de l’Église. Autrement, il faudrait taxer saint Jérôme d’hérésie, parce que, dans sa lettre à Damase, il pensait qu’il ne fallait pas parler de trois hypostases en Dieu, alors que l’Église a, par la suite, défini de foi le contraire. Ajoutons que, dans le concile romain célébré, avant le synode, par Martin premier, pape et martyr, ont été condamnés nommément les fauteurs de l’hérésie monothélite : Serge, Cyrus, Pyrrhus et Paul. Honorius n’a pas été nommé. On ne peut pas attribuer cela à l’acception de personnes, car c’étaient de grands saints, ni non plus à l’ignorance ou à l’oubli. Car, quels sont ceux qui connaissent mieux les accomplissements des pontifes que leurs successeurs ? Si donc le concile romain, qui possédait l’original des lettres et qui comptait des témoins vivants de ses paroles et de ses gestes, ne blâma pas Honorius, comment est-ce crédible que le concile l’ait fait, à partir des seules lettres ? Si quelqu’un ne parvient pas encore à croire que le sixième concile ait pu être corrompu, qu’il accepte une autre solution qui est celle de Torquemada (livre 2, chapitre 93). Il enseigne là que les pères du sixième concile général ont effectivement condamné Honorius, parce qu’ils avaient été mal informés, et qu’ils auraient donc porté un jugement erroné. Car bien qu’un concile général ne puisse pas errer dans les définitions de dogmes de foi, il peut errer dans les questions de fait. Nous pouvons avancer prudemment que ces pères ont été trompés par de fausses rumeurs, et, sans avoir saisi le sens réel des lettres d’Honorius, l’ont classé sans raison valable parmi les hérétiques. »Les controverses de la foi chrétienne contre les hérétiques de ce temps. Tome I, IIIème Controverse, Livre IV, Chapitre XI.
« Qu’Honorius ait réellement partagé le sentiment qui admet deux opérations en Jésus-Christ, et conséquemment deux volontés, celle de la divinité et celle de l’humanité, c’est ce que démontrent plus manifestement encore ces autres paroles de sa seconde lettre : « Nous devons confesser deux natures unies par une unité naturelle dans un même Jésus-Christ et agissant chacune avec la participation de l’autre : la nature divine opère ce qui est de Dieu, la nature humaine exécute ce qui est de la chair, tandis que les différences des natures demeurent entières : Utrasque naturas in uno Christo unitate naturali copulatas atque operatrices confiteri debemus : divinam quidem, quia Dei sunt operantem, et humanam, quœ carnis sunt exequentem, … naturarum differentias integras confitentes. » (Epist. 2. ad Serg). Si donc il affirme qu’il y avait en Jésus-Christ deux natures opérant chacune sans rien détruire de la différence qui existe entre elles, il tenait par conséquent aussi qu’il y avait en lui deux volontés. »
Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, éd. H. Casterman (1867), Vérité de la foi. Partie III, Chapitre X, p. 333
À noter donc que, contrairement à ce que soutient Henry de Lesquen, il n’est pas faux et mensonger de dire que le pape Honorius Ier n’est pas tombé dans l’hérésie monothélite. Démontrons que le concile de Constantinople a été partiellement falsifié. Le pape Honorius Ier voulait simplement dire qu’il n’y avait pas deux volontés contraires dans la personne du Christ. Ce qui, pour le coup, n’est pas hérétique.
VII. ‼️ Le libéral théologien : mystificateur opiniâtre
En somme, Mister De Lesquen accumule les références pour masquer la vacuité de son adhésion au catholicisme. Il professe un libéralisme de façade, un traditionalisme d’opinion, un gallicanisme ou un jansénisme de dépit.
Qu’on nous pardonne la verdeur du ton : le clown érudit a ses limites. À force de tout mélanger, que l’on se nomme Alain Soral , Vincent Reynouard, ou Monsieur K, il ne reste rien de solide. Ni foi, ni dogme, ni cohérence.
L’homme qui prétend rétablir l’Ordre se contente, en réalité, d’un patchwork idéologique, dans lequel Marcion tutoie Saint Louis, Calvin voisine avec Pie X, et où le Syllabus devient ornement, mais non guide.
Monsieur s’étale en vanités sur la régularité de tels rites, tout en sapant l’autorité de celui qui les institue. En ce sens, on fini pur produit de la « modernité » : individualiste jusque dans la foi, ça sélectionne, agrémente, compose sa petite religion domestique à l’instar d’un gastronome en cuisine. Le plus tragique, peut-être, est qu’il se croit catholique, rattaché ou non à la FSSPX. Tel est le propre du danger héréitique d’ailleurs : refuser l’accusation d’hérésie, tout en y persévérant avec zèle…⚜️ Scellement tactique
En sommes :
- Le libéralisme est la doctrine prétendument philosophique de la liberté absolue, qui conduit inévitablement à l’anarchie morale et sociale. *
- Le libéralisme économique n’est que le pendant du libéralisme philosophique, qui le domine, et englobe le tout. Ainsi, derechef, on ne saurait vraiment faire l’éloge du libéralisme économique sans sombrer dans le libéralisme moral/amoral/immoral.
- Le national-libéralisme est une tentative de concilier l’inconciliable : l’attachement à la nation et la promotion d’un individualisme destructeur, fut-il économique.
Et en définitive, le franco-libéralisme d’Henry de Lesquen apparaît comme une tentative vaine de marier des doctrines incompatibles. En cherchant à concilier un « nationalisme identitaire », ethnique, avec un libéralisme économique et social, il en vient à trahir les principes fondamentaux du catholicisme traditionnel ET de la cohésion nationale. Cette synthèse bancale, loin de renforcer la nation, risque au contraire de la fragiliser davantage !
Il fallait donc rétablir les faits contre les clameurs de l’homme libéral : qu’il soit un orateur des ondes, un stratège de la formule, ou un gallican de salon versaillais ne change rien : ce qui est dit est confus, bancal, dangereux : le fait de semer la confusion est en soi chose « satanique » – d’autant plus lorsque l’on connaît tout le courant du « catholicisme libéral » qui a appuyé la loi 1905 par exemple, ruinant la foi dans la Cité sous prétexte de distinguer (à outrance) état laïc et clerc.
Ceux qui cherchent la Vérité n’ont pas besoin de ces sentencieuses improvisations. Ils trouveront dans la Tradition vivante de l’Église, non dans les anachronismes vespéraux du siècle défunt, la lumière inaltérable du dogme catholique.
Quelle offense ! Sus aux hâbleurs !
Post-scriptum : Et qu’il sache garder raison, ainsi que sa langue, car n’avoir de cesse de réaliser des vidéos ne fait qu’accumuler le compteur bordé d’hérésies, la collection s’étoffe (!), et d’une façon de plus en plus outrageantes et grossières — la foi mérite davantage que des sketches en cravate !
Pour approfondir l’antilibéralisme catholique
- Pape Pie IX, encyclique Syllabus Errorum, 1864, et quatres propositions condamnées du libéralisme : *
Proposition 77 : Condamne l’idée que « dans notre époque, il n’est plus opportun que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’État, à l’exclusion de tous les autres cultes ».
• Proposition 78 : Rejette la notion selon laquelle « il est louable que, dans certains pays catholiques, la loi permette à des immigrés d’exercer publiquement leur culte ».
• Proposition 79 : S’oppose à l’affirmation que « la liberté de conscience et de culte est un droit propre à chaque homme, et que ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans tout État bien constitué ».
• Proposition 80 : Réfute l’idée que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » .
ARTICLES
Antilibéralisme
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