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Publié le par Florian Rouanet
Panorama historique des techniques d’échange, de la colombe de Noé à l’email ;
⁂ Front du retour vers le futur
Ô voyageur des ondes, penchons-nous aujourd’hui sur le noble art de transmettre des nouvelles – car transmettre, c’est unir, c’est étreindre en esprit ceux que le corps abandonne aux distances.
Depuis les coureurs antiques jusqu’aux développeurs de la Silicon Valley, le besoin de communiquer a fécondé une multitude d’inventions. C’est un ballet d’ailes, de roues, d’ampoules et de silicium que nous allons revisiter, avec sérieux mais sans nous priver d’un sourire au coin de la bouche.
Retraçons donc ensemble, la longue histoire de la communication, de l’Antiquité à l’ère numérique…
Anecdotes royales, prouesses techniques : 🕊️ du pigeon aux pixels 🖥️
Réflexion patriarcale du jour :
Les femmes brisaient moins les burnes à l’époque des pigeons qu’à celle des FaceTimes

☧ Lexique d’Hermès
Messager : celui qui transmet un message – du latin missus, « envoyé » ; implique un vecteur, un contenu, un destinataire.
Télégraphe : du grec tēle (« loin ») et graphein (« écrire »), dispositif pour transmettre des messages à distance sans transport physique.
Courriel : abréviation de « courrier électronique » ; terme francisé pour désigner l’email.
☩ Ancienne école
« J’ai pleuré de ce que vous voulé passer l’hyver à Bruxelles. Comptez, mon bien‑aimé, que mon cœur sent bien tout ce que vous faites pour moi, mais ceci seroit trop exiger, je n’ai nul inquiétude je ne dois point en avoir, vous êtes trop aimant, trop parfait pour moi pour que je puisse avoir des craintes, ne vous privé donc pas du plaisir de voir vos parents, votre père sera peut‑être fâché et Sophie m’en voudra ; j’avoue qu’après la perte de votre amour, c’est l’idée que je supporterois le moins. »
— Lettre de Marie‑Antoinette au comte de Fersen, 26 septembre 1791 (fr.wikipedia.org, mnhn.fr)
« Je vous écris tous les jours ; c’est une joie pour moi, qui me rend très-favorable à tous ceux qui me demandent des lettres : ils veulent en avoir pour paroître devant vous, et moi, je ne demande pas mieux… Si M. de Grignan, qui dit qu’on ne peut aimer les longues lettres, avoit jamais eu cette pensée quand il recevoit les vôtres, je présenterois requête pour vous séparer, et j’irois vous ôter à lui… »
— Madame de Sévigné, Lettre 156, Paris, dimanche 12 avril 1671, À Madame de Grignan (Wikisource, Wikisource)
Σ Plan d’attaque par manche
🐎 I. Antiques éclairs : jambes, sabots et plumes 🐦
📯 II. Relais et châteaux : messageries royales et billets galants
💡 III. Signaux en ligne de mire : l’ère du télégraphe
📞 IV. Mr Watson, come here : la voix s’électrifie
💻 V. De l’étincelle au paquet : du courriel à Internet
📱 VI. Rumeurs planétaires : téléphones, textos, réseaux sociaux 📧🔶 Animaux, relais, codes, ondes, écrans 🔷
🐎 I. Antiques éclairs : jambes, sabots et plumes 🐦
Bien avant l’électron et le pixel, l’homme comptait sur le muscle et la bête. Au cœur de l’Empire romain, le cursus publicus organise un réseau postal rigoureux : des relais cavaliers, appelés mutationes, espacés tous les 12 à 15 milles romains (soit ~20 km), permettent à des courriers officiels de transmettre ordres et tributs, allant parfois jusqu’à 80 km par jour.
Sénateurs rusés, informés plus tôt que leurs rivaux par de vigoureux chevaux, jouaient ainsi les insiders avant l’heure.Plus fabuleuse encore fut l’histoire des pigeons voyageurs. Dès l’Antiquité, les armées égyptiennes et perse emploient les columbidés ailés pour transmettre des nouvelles de front. On retrouve trace de leur usage chez les Phéniciens, qui les transportaient en cage sur leurs navires marchands, prêts à relâcher l’un d’eux à l’approche d’un port.
Mythe persistant : un célèbre, lié aux pigeons, reste celui de Nathan Rothschild, qui aurait – dit-on – su avant tous la victoire de Wellington à Waterloo (1815), et s’en serait servi pour empocher une fortune en bourse. Il s’agit d’une affaire entre spéculation et plumage. (Rothschild Archive).
📯 II. Relais et châteaux : messageries royales et billets galants
Les temps médiévaux raffine l’usage postal tout en le cantonnant davantage aux lettrés des classes aristocratiques. Les seigneurs, les évêques, les rois emploient des messagers assermentés — des « chevaucheurs » — pour transmettre parchemins, annonces de guerre ou serments de paix.
Dans un monde encore sans imprimerie ni téléphone, une lettre est une arme, un souffle, une preuve.Louis XI institue/modernise en 1464 les premiers relais de poste étatique. Cette Poste royale, ancêtre de notre service public, devient le privilège des puissants. Son usage n’est pas purement fonctionnel : la lettre, portée à la main, est aussi vecteur d’honneur. On y joint un ruban, un sceau, un parfum. Marie-Antoinette, exilée dans la tempête révolutionnaire, échange avec le comte de Fersen de tendres messages dissimulés dans des écrits diplomatiques. Encres invisibles, mots caviardés, cachets secrets — l’amour court ici plus vite que la Bastille.
Aussi, en 1870, alors que Paris est assiégé par les Prussiens, la poste se fait aérienne : les « ballons montés » emportent fonctionnaires, dépêches et pigeons dans les cieux. Une fois passés les murs ennemis, ces derniers retournent en capitale avec des microfilms roulés sous l’aile — jusqu’à 40 grammes d’informations !
💡 III. Signaux en ligne de mire : l’ère du télégraphe
Le XVIIIᵉ siècle finissant enfante une révolution visuelle : Claude Chappe invente le télégraphe optique en 1794. Son système, fait de bras articulés installés sur des tours, transmet un vocabulaire préétabli de signaux mécaniques visibles à l’œil nu — une lettre toutes les quelques minutes, de poste en poste, de Paris à Lille. La première phrase jamais transmise ? « Victoire au Quesnoy », un cri de République.
Mais l’optique a ses limites : elle dépend du beau temps et du jour. Vient alors l’ère du télégraphe électrique : Samuel Morse, en 1844, relie Washington à Baltimore par câble. Premier message : « What hath God wrought? » — « Que Dieu a créé ! » (Nombres 23:23). En quelques années, les marchés boursiers, les agences de presse, les généraux de guerre s’équipent.
La distance est brisée : ce n’est plus le messager qui court, c’est le courant qui voyage.
📞 IV. « Mr Watson, come here » : la voix s’électrifie
La voix humaine, si douce, si fugace, méritait elle aussi sa revanche sur le temps. Le 10 mars 1876, Alexander Graham Bell, dans son laboratoire de Boston, prononce à travers un étrange tuyau métallique les mots historiques : « Mr. Watson, come here – I want to see you. » La voix, captée par un microphone rudimentaire, traverse un fil et atteint l’oreille de Thomas Watson à l’étage. C’est fait : l’immatériel devient mécanique.
En quelques décennies, la bourgeoisie s’équipe, la noblesse s’enthousiasme, les standardistes deviennent prêtres d’un nouveau sacerdoce. La voix passe de ville en ville, puis d’État en continent. Le téléphone devient le sceptre invisible du XXᵉ siècle.
💻 V. De l’étincelle au paquet : du courriel à Internet
L’Internet, monstre d’octets et de câbles, naît en titubant. Le 29 octobre 1969, Charley Kline, jeune informaticien, tente d’envoyer « login » du MIT vers Stanford. Le système plante après « lo ». Premier message échoué : tout un symbole. Deux ans plus tard, Ray Tomlinson crée l’email. Il s’envoie à lui-même « QWERTYUIOP », et pour séparer nom et machine, choisit une touche discrète du clavier : le @.
Le courrier numérique est né. L’e-mail, rapide, silencieux, instantané, met à genoux les missives de poste, les fax, et même la parole. Les serveurs deviennent les pigeonniers modernes, les boîtes mail nos parchemins. Mais dans ce nouveau royaume, une lettre peut être ouverte avant même que l’on ait pris le temps d’écrire la suivante.
📱 VI. Rumeurs planétaires : téléphones, textos, réseaux sociaux 📧
Le 3 décembre 1992, un ingénieur britannique envoie via réseau GSM le premier texto : « Merry Christmas ». C’est Noël pour l’histoire des pouces. Les SMS, devenus les morse des amoureux, envahissent les poches et les silences.
Puis vinrent les réseaux : SixDegrees.com (1997), MySpace, Facebook (2004), Twitter, Instagram. Le billet doux devient statut, le cri de colère devient thread. Le message n’est plus transmis : il est publié. La communication devient exposition.
Où en sommes-nous ? Dans un monde de paradoxes : jamais l’homme n’a été si joignable, jamais il n’a autant souffert de solitude !
🛎 Sentence par KO
Des routes romaines aux fils optiques, les messagers ont muté, mais la mission reste la même : relier l’un à l’autre, offrir parole, paix, parfois guerre.
L’aristocrate ou le troubadour qui glissait une rose dans un billet cacheté n’est pas totalement différent du jeune geek écrivant « I ❤️ u » dans une story. Mais force est de constater que, bien souvent, l’élégance se perd.
Madame de Sévigné, Lettre 188, Aux Rochers, dimanche 26 juillet 1671
« Je vous écris deux fois la semaine, ma bonne fille… je commence ma lettre un peu par provision ; elle ne partira que demain, et en la fermant j’y ajouterai encore un mot. »
— À Madame de Grignan (Wikisource)
Madame de Sévigné, Lettre 230, Paris, mercredi 23 décembre 1671
« Je vous écris par provision, ma bonne, parce que je veux causer avec vous… Un moment après que j’eus envoyé mon paquet… je n’y pus faire réponse, parce que… on me vinrent embrasser. »
— À Madame et Monsieur de Grignan (Wikisource, Wikisource)
📚 Pour approfondir
- Decoding Marie-Antoinette’s Letters : https://worldcrunch.com/culture-society/decoding-marie-antoinettes-mystery-love-letters-to-a-swedish-baron
- First email and ARPANET history : https://www.mail.com/blog/posts/fiftieth-anniversary-of-email/20
- Telegraphy by Chappe (PDF historique) : https://ethw.org/w/images/1/17/Dilhac.pdf
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