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Publié le par Florian Rouanet
✨Déroulé de l'évolution pseudo-pontificale autour de Luther
⁂ Arène des non-pontificats modernistes
Ô lecteur perspicace, que dire quand l’auguste Rome d’antan en vient à parer de louanges un moine jadis voué aux flammes — valables à perpétuité ! — du Magistère ?
Voici le spectacle consternant d’une réhabilitation rampante, mais sûre, du trublion saxon Martin Luther. Non content de voir ses thèses condamnées, il siège aujourd’hui dans l’Aula vaticane sous forme de statue ! De Wojtyla Jean-Paul II à Bergoglio François, ce ne sont point de simples gestes, mais des discours appuyés et élogieux, gravés au marbre de leurs « allocutions officielles » odieuses.
Voici que l’hérésiarque mué en modèle, et que l’écart devient pont, que l’anathème ferait place au « gracié ». Allons donc vers le front de cette déviation doctrinale au nom de la rhétorique.

☒ Lexique du goupillon
HÉRÉSIE : Doctrine ou opinion qui s’écarte des dogmes de la foi catholique.
RÉHABILITER : Rendre sa considération à quelqu’un après l’avoir condamné ou méprisé.
ŒCUMÉNISME : Mouvement favorable à l’unité des Églises chrétiennes, normalement, en tentant de convertir l’autre sans se renier ni « prier ensemble ».
☦ Ancienne école sacrale
« …Nous les condamnons, les réprouvons et les rejetons totalement ; et, par la présente, nous décrétons et déclarons qu’ils doivent être tenus pour condamnés, réprouvés et rejetés par tous les fidèles du Christ, hommes et femmes indistinctement. »
— Léon X, Exsurge Domine, § 3, 15 juin 1520 (papalencyclicals.net)
« …Nous prescrivons et ordonnons que lesdits individus soient partout dénoncés publiquement comme excommuniés, maudits et condamnés, et qu’ils soient strictement évités par tous les fidèles chrétiens. »
— Léon X, Decet Romanum Pontificem, 3 janvier 1521 (papalencyclicals.net)
« …Afin que tous les livres de Martin Luther — lesquels contiennent quantité d’articles réprouvés par l’Église ou par la Curie romaine — soient livrés au feu ; que nul ne conserve de tels ouvrages, mais que, sitôt rentré dans son couvent, il les jette aux flammes. »
— Statuta primi Capituli generalis (Statuts du Chapitre général des Carmes ; Paris, 1524), fol. 107, in Ramenta Carmelitana (Dialnet)
« Quiconque va au-delà et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède point Dieu ; celui qui demeure dans cette doctrine possède le Père et le Fils. »
— Évangile 2 Jn 1, 9, Bible Crampon 1923
Σ Plan d’attaque par manche
- 📖 « Jean-Paul II » et l’amorce de la réécriture
- ✨ « François zéro » : le grand saut doctrinal
- ⛪ Une statue qui parle plus que les discours
📖 I. « Jean-Paul II » et l’amorce de la réécriture
Le 31 octobre 1983 marque une date fatidique : Jean-Paul II adresse une lettre officielle au cardinal Willebrands, où il se dit favorable à une relecture critique et conjointe de la figure de Luther. On y lit des paroles que d’aucuns jadis auraient tenues pour schismatiques : « j’accueille avec satisfaction cette intention », affirme-t-il à propos d’une commémoration luthérienne.
Il salue non seulement l’« ardeur religieuse » du réformateur, mais engage les catholiques à en étudier les motivations profondes. Trois mois plus tard, dans la Christuskirche luthérienne de Rome, il renouvelle cette louange à peine voilée : Luther, selon lui, aurait posé un jalon dans l’histoire de la foi. Ce glissement lexical, de la dénonciation à l’estime prudente, pose les fondements d’une évolution qui se découvrira pleinement sous son successeur.
Jean-Paul II n’allait pas jusqu’à canoniser Luthernon, il lui tendait néanmoins bien trop la main, même pas tremblante. En cela, il prétend briser la vérité et le jugement de l’Église, au profit d’un discours de sociologue… Le poison était dans la coupe : il suffisait d’en boire pour altérer doctrine et foi.
En effet, des faux papes du conciliabule nommé Vatican II, Mgr Wojtyla sera le premier a osé les déclarations les plus lunaires, avant d’être dépassé par le maître-clown Jorge Mario Bergoglio.
Karol Wojtyła
— 31 octobre 1983, lettre à Johannes Cardinal Willebrands, pour le 5ᵉ centenaire de la naissance de Luther
« J’accueille avec satisfaction cette intention (…) afin d’atteindre une image plus complète des événements historiques et une réflexion critique sur l’héritage multiple de Luther. »
« La recherche scientifique (…) a permis de mettre en relief la profonde religiosité de Luther, animé d’une ardeur brûlante pour le salut éternel. »
— Jean‑Paul II, Lettre au Cardinal Willebrands (31 octobre 1983), Vatican (italien → traduction AP) (ecumenism.net)
✨ II. « François zéro » : le grand saut doctrinal
Luther n'est plus un séparé, mais un inspiré. Non plus un rebelle, mais un modèle éthique !
Sous Jorge Bergoglio, la retenue tombe davantage. Plus question de nuances diplomatiques ou de prudence vis-à-vis des protestants : c’est l’éloge net, clair, réitéré. Dès 2016, lors d’une conférence dans l’avion reliant Erevan à Rome, il déclare sans ambages : « Luther ne s’est pas trompé sur la justification ». Cette phrase, à elle seule, suffirait à provoquer un infarctus doctrinal à toute légitimité enseignante.
Le 31 octobre de cette même année, à Lund, lors de la célébration des 500 ans de la Réforme, il déclare « avec gratitude » que celle-ci a ramené l’Écriture au cœur de l’Église… Puis, tel un commentateur anti-thomiste, il s’extasie sur le « sola gratia » comme rappel spirituel essentiel.
Ces frasques de flasque contredisent explicitement le concile de Trente, qui proclamait anathème à qui soutenait cette même doctrine de la justification par la foi seule. Ainsi se forme un hiatus dévastateur entre le discours prétendument pontifical et l’infaillibilité de toujours.
Ce n’est plus un dialogue œcuménique ; c’est une adoration subtile. Luther, de flambeau de division et de haine, devient flambeau d’unité et d’amour. Et la paroisse moderniste, se voit convertie à l’ouverture vague, à la flottaison sans dogme.
Jorge Bergoglio
— 26 juin 2016, conférence de presse in‑flight, vol Erevan–Rome
« Je pense que les intentions de Martin Luther n’étaient pas erronées : c’était un réformateur… Il était intelligent et est allé de l’avant en justifiant ses raisons. Sur la doctrine de la justification, point très important, il ne s’est pas trompé. »
— Pape François, conférence de presse du 26 juin 2016 (Denny Burk, Vatican)
— 28 octobre 2016, entretien à bord du vol pour la Suède (repris par NPR)
« L’Église n’était pas un modèle ; il y avait corruption, mondanité, soif de pouvoir… Luther protesta contre cela. C’était un homme intelligent. »
— Pape François, vol vers la Suède, cité par NPR (Denny Burk, Catholic News Agency)
— 31 octobre 2016, homélie à la cathédrale luthérienne de Lund (commémoration des 500 ans de la Réforme)
« Nous reconnaissons avec gratitude que la Réforme a donné une plus grande centralité à l’Écriture sainte dans la vie de l’Église. »
« L’expérience spirituelle de Martin Luther nous interpelle : sans Dieu nous ne pouvons rien faire. (…) Par l’idée du “sola gratia” il nous rappelle que Dieu prend toujours l’initiative. »
— Homélie de François, Lund, 31 octobre 2016 (Wikipédia)
⛪ III. Une statue qui parle plus que les discours
Le 13 octobre 2016 restera comme une date symbolique, sinon sacrilège. Ce jour-là, dans l’Aula Paolo VI — tout un symbole ! —, salle des audiences du Vatican, une statue de Luther trône sur l’estrade. Il ne s’agit pas d’une inclusion marginale ou d’un clin d’œil symbolique : le sculpteur a paré Luther des couleurs vaticanes et luthériennes, jaune et bleu, dans une mise en scène délibérée.
François monte sur scène. Il ne s’arrête pas au seuil. Il va vers la statue. Il s’y tient, à l’aise. La photo fait le tour du monde. C’est une première dans l’histoire même de Vatican II : jamais un néo-pontife n’avait posé ainsi avec l’image même de l’opposant par excellence, l’hérésiarque princeps…
Que la statue est été temporaire importe peu. C’était déjà trop. Le geste dit ce que mille encycliques contredisait : Rome acclame, même brièvement, l’enfant terrible de Wittemberg. L’image prime sur le dogme, l’émotion sur le Magistère. Ce jour-là, leur Aula devint Lutherplatz !
🕎 Sentences par KO
« La Foi, étant toujours une et la même, ni celui qui en dit davantage ne l’augmente, ni celui qui en dit moins ne la diminue. »
— Irénée, Adversus Hæreses I, 10, 3.« Il n’est pas besoin de chercher la Vérité chez d’autres, qu’il est aisé de recevoir de l’Église ; les Apôtres, tels de riches dépositaires, ont remis en ses mains tous les trésors de la Vérité. »
— Irénée, Adversus Hæreses III, 4, 1.« C’est pourquoi il faut obéir aux prêtres qui tiennent la succession des Apôtres ; quant à ceux qui s’en écartent, qu’on les tienne pour hérétiques, schismatiques ou hypocrites, car tous se sont détachés de la Vérité. »
— Irénée, Adversus Hæreses IV, 26, 2.Odieux dès le départ, c’est de pire en pire, tandis que certains mous, imaginent pouvoir quand même les reconnaître comme autorité légitime, ou même se « rallier »… !
En effet, par cette « réhabilitation » rhétorique odieuse de Luther, ces pseudo-pontificats post-Vatican II mettent en lumière leur rupture avec l’Église, la continuité dogmatique.
Luther passe d’hérésiarque à modèle ; il n’est plus condamné, mais exalté. C’est alors moins une unité qu’une dilution. Rome ne reconnait plus — et fort logiquement — ses propres clefs.Post-Scriptum : Nulle réforme authentique ne naît dans le refus de la Tradition. C’est à ce titre que la vérité ne peut être honorée par l’éloge de ses détracteurs.
📚 Pour approfondir
- https://ecumenism.net/1983/11/excerpts-from-letter-of-pope-john-paul-ii-on-martin-luther.htm
- https://www.vatican.va/content/francesco/en/homilies/2016/documents/papa-francesco_20161031_omelia-svezia-lund.html
- https://praytellblog.com/index.php/2016/10/16/statue-of-martin-luther-at-the-vatican/
- https://www.npr.org/sections/parallels/2016/10/28/499587801/pope-francis-reaches-out-to-honor-the-man-who-splintered-christianity
La Rédaction pugilistique lettrée
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