• Quand Louis XVI employa l’expression de « justice sociale »



    Et bien d’autres catholiques sociaux à sa suite ! #DroiteRadicale

  • Résumé introductif :
    L’expression « justice sociale » n’est pas l’apanage de la gauche radicale contemporaine, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Déjà sous Louis XVI, ce terme apparaissait dans le cadre de réformes importantes, marquant une volonté d’équité et de protection des sujets.

    Par la suite, divers penseurs et hommes d’Église catholiques, comme Rosmini ou La Tour du Pin, ont développé cette notion dans le cadre du catholicisme social, en l’opposant aux idéologies modernes, éloignées de la morale chrétienne, tels que le marxisme et le libéralisme.

    Le lit de justice est, sous l’Ancien Régime, une des grandes cérémonies de la monarchie, à côté du sacre, des entrées dans les villes et des funérailles. Elle consiste en une séance solennelle d’un parlement, soit celui de Paris (le plus souvent), soit de province, tenue en présence du roi. Ce dernier y impose l’enregistrement d’un texte de loi qui était contesté par les parlementaires. Il a le dernier mot (La culture générale).

    Sommaire :
    I. Louis XVI et l’émergence du concept de justice sociale
    II. Antonio Rosmini : une approche « néothomiste et humaniste »
    III. Le catholicisme social : père Taparelli, de Mun, La Tour du Pin et Pape Léon XIII
    Conclusion avec l’Évangile de Vérité


    I. Louis XVI et l’émergence du concept de justice sociale

    Louis XVI en lit de justice, utilisa strictement l’expression « justice sociale » dans l’édit du 8 août 1779, portant sur la suppression de certains aspects du droit de mainmorte et de la servitude. Cet édit, remarquable par son contenu et sa portée, déclare :

    Enfin si les principes que nous avons développés nous empêchent d’abolir sans distinction le droit de servitude, nous avons cru cependant qu’il était un excès de ce droit que nous ne pouvions différer d’arrêter et de prévenir ; nous voulons parler du droit de suite sur les serfs et main-mortables, droit en vertu duquel des seigneurs de fiefs ont quelquefois poursuivi dans les terres franches de notre royaume et jusque dans notre capitale les biens et les acquêts de citoyens éloignés depuis un grand nombre d’années du lieu de leur glèbe et de leur servitude ; droit excessif que les tribunaux ont hésité d’accueillir et que les principes de justice sociale ne nous permettent plus de laisser subsister. Enfin nous verrons avec satisfaction que notre exemple et cet amour de l’humanité si particulier à la nation française, amènent sous notre règne l’abolition générale des droits de main-morte et de servitude, et que nous serons ainsi témoin de l’entier affranchissement de nos sujets qui, dans quelque état que la Providence les ait fait naître, occupent notre sollicitude et ont des droits égaux à notre protection et à notre bienfaisance.

    Wikipedia

    Ce passage démontre que le monarque, encore lié aux structures traditionnelles de l’Ancien Régime, s’efforçait de réformer des pratiques jugées injustes. Ces efforts s’inscrivaient dans l’équité où, tous les sujets, indépendamment de leur condition de naissance, devaient bénéficier d’une protection royale et d’une justice inspirée par la charité chrétienne.

    D’autres initiatives de Louis XVI, comme celles entreprises avec son ministre Turgot en 1776, témoignent d’une préoccupation constante pour alléger ce que l’on appelle désormais lesdites inégalités sociales. Parmi ces réformes, on peut citer :

    • L’abolition des corvées : remplacées par une taxe universelle répartie de manière équitable.

    • La liberté du commerce des grains : visant à assurer l’approvisionnement des populations et à éviter les famines.

    Ces mesures, bien qu’initialement mal comprises ou rejetées par certains corps sociaux, posèrent les bases d’une réflexion plus approfondie sur la justice sociale dans le contexte politique et religieux français.


    II. Antonio Rosmini : une approche « néothomiste et humaniste »

    Première moitié du XIXe siècle

    Antonio Rosmini, prêtre italien du XIXᵉ siècle, développa une réflexion approfondie sur la justice sociale. Justement, dans son ouvrage La Constitution selon la justice sociale (1848), il exposa les principes d’une société juste, selon ses vues, fondée sur la dignité et les droits naturels de la personne humaine. Son approche s’inspirait de la philosophie thomiste, tout en intégrant une vision innovatrice – dans le très mauvais sens du terme !

    Rosmini insistait sur un équilibre entre :

    1. L’égalité des droits et de la dignité humaine, chaque personne étant créée à l’image de Dieu.

    2. La reconnaissance des mérites individuels, dans une logique proportionnelle, influencée par l’aristotélisme.

    Cela sent mauvais le pré-modernisme, type Vatican II. L’ouvrage sera d’ailleurs mis à l’Index en 1849, l’année d’après, puis Rosmini ne fut « réhabilité et béatifié » que par un certain Ratzinger/Benoît XVI en 2007…

    Nous avons ici le cas donc d’une expression équivoque, qui semble être hétérodoxe, profane et sécularisée, a contrario de l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, par exemple.

    « Je soutiens que Rosmini est arrivé à son idée de justice sociale en développant la théorie thomiste du droit naturel dans une nouvelle vision du bien commun qui équilibre deux principes : (1) l’égalité des droits et de la dignité des personnes en tant que fins en soi, une version du « personnalisme » influencée par Kant et le christianisme ; et (2) des récompenses inégales pour ceux qui contribuent le plus à la société, une version du « proportionnalisme » aristotélicien fondée sur la nature sociale de l’homme. »

    Livre : The Origins of “Social Justice” in the Natural Law Philosophy of Antonio Rosmini – The Review of Politics – Cambridge University Press


    III. Le catholicisme social : père Taparelli, de Mun, La Tour du Pin et Pape Léon XIII

    Deuxième moitié du XIXe siècle

    Père Luigi Taparelli : le terme popularisé

    Le père jésuite Luigi Taparelli (1793-1862), théoricien du droit naturel en divers tomes, est considéré comme l’inventeur de l’expression « justice sociale ». Dans son Saggio teoretico di diritto naturale appoggiato sul fatto (Essai théorique sur le droit naturel fondé sur les faits), il développa une pensée enracinée dans le droit naturel, insistant sur le rôle de la société dans la garantie du Bien commun.

    Taparelli est également à l’origine du principe de subsidiarité, qui demeure un pilier de la doctrine sociale et ecclésiale de l’Église.

    « Le concept même de justice sociale a évolué dans l’Église pour trouver sa place dans le magistère et cette thèse nous fait découvrir cette progression par l’analyse de la pensée de deux fondateurs de ce principe : le jésuite Luigi Taparelli (1793-1862), inventeur du concept et fondateur de la Civilta cattolica. (…) Taparelli a développé une pensée qui sera à l’origine de l’encyclique Rerum novarum (1891), pensée thomiste, fortement ancrée dans le réel et qui fut à l’origine du principe de subsidiarité. »

    Jean Paulin Mdiba Ngono, La justice sociale : un concept catholique.

    René de La Tour du Pin & Albert de Mun

    Ces deux figures majeures du catholicisme social au XIXᵉ siècle ont cherché à réconcilier l’ordre chrétien avec les réalités économiques et sociales de leur époque. Si l’expression de « justice sociale » n’est pas toujours présente directement chez eux, ils en restent des promoteurs aguerris.

    Le premier cité ci-après ose opposer d’ailleurs une justice sociale chrétienne à celle d’origine païenne.

    René de La Tour du Pin, écrivit dans son Vers un ordre social chrétien :

    Peut-il y avoir une législation chrétienne du travail ?

    Oui, sans doute, s’il y a une justice sociale chrétienne, un droit social chrétien, que celte législation ait pour objet de définir et de protéger dans le contrat de travail.

    Non, si l’on ne voit avec l’École classique dans l’expression de Justice sociale qu’un « néologisme qui cache le vague de la pensée sous l’impropriété des termes » ; — « qu’un mot qui n’a point de sens ». — Non si l’on prend pour point de départ de l’étude de cette législation la conviction « qu’il n’y a pas de justice sociale ou particulière, et que si l’on parle quelquefois de justice légale, c’est une manière déqualifier l’injustice». (…)

    « Rome ancienne possédait une notion très exacte de ce que réclame la justice dans les relations des hommes, et cependant elle envoyait les esclaves malades ou infirmes mourir dans une lie du Tibre. Si elle connaissait la justice, elle ignorait la charité. »

    Elle estimait, sans doute, comme l’auteur lui-même de cette appréciation le pose en thèse quelques lignes plus haut, que « la société ne doit rien aux pauvres ».

    Eh bien, j’en demande pardon aux juristes dont j’ai reproduit ici le langage récent, ceci est la justice sociale païenne, ce n’est pas la justice sociale chrétienne, car, dans le christianisme, la charité n’est pas de conseil, elle est de précepte. « Si votre justice n’est pas plus parfaite que celle des docteurs de la loi et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux », a dit Notre-Seigneur Jésus-Christ.

    René de la Tour du Pin, Vers un ordre social chrétien – Gallica PDF

    « Le travail n’a pas pour but la production des richesses, mais la sustentation de l’homme. »

    René de La Tour du Pin, Vers un ordre social chrétien. Jalons de route : 1882-1907, , éd. Nouvelle librairie nationale, 3e édition, 1917, p. 209

    Quant à Albert de Mun, il prononça :

    « LA QUESTION SOCIALE et la question religieuse sont intimement liées, et elles constituent ensemble toute la question politique. J’ai toujours cru que les catholiques ne pouvaient se désintéresser de la question sociale, sous peine de manquer à leurs obligations vis-à-vis du peuple : aujourd’hui, depuis l’encyclique sur la condition des ouvriers [Rerum novarum, Ndlr], je crois qu’ils n’en ont pas le droit et que leur programme social est là, tout écrit, magistralement tracé, comme leur programme politique l’a été par l’encyclique du 16 février [Au milieu des sollicitudes, Ndlr].Sur ce terrain aussi, je n’indiquerai que les grandes lignes, mais je crois nécessaire de le faire. (…)

    ces réformes seraient vaines, inefficaces on irréalisables, si elles n’étaient fondées sur l’éducation chrétienne, qui est la base de la morale ; sur l’enseignement du catéchisme, qui apprend à connaître et à respecter les droits de Dieu, seule garantie des droits de l’homme ; sur la doctrine de l’Évangile, qui enseigne la pratique des devoirs réciproques, en même temps que le respect des droits naturels ; qui commande aux hommes de s’aimer les uns les autres, et leur fait une obligation de la charité aussi bien que de la justice ; qui montre aux pauvres comme aux riches, au-dessus de la poursuite légitime des biens matériels, leur immortelle destinée comme le but suprême de leur vie et le sacrifice volontairement accepté comme le moyen d’y parvenir ; si elles n’étaient fondées enfin sur la liberté de l’Église, condition nécessaire de son apostolat, de ses œuvres d’enseignement ou de miséricorde, de toute son action morale et matérielle. Voilà donc notre programme. C’est celui que la Ligne catholique et sociale a proclamé quand elle a écrit sur son drapeau, le jour de sa fondation, les droits de Dieu et les droits du peuple. […] »

    Discours d’Albert de Mun, Saint-Etienne, 1892 – Liberté politique

    Ces réflexions marquent une opposition directe et de principe aux excès du libéralisme économique et aux doctrines matérialistes, en promouvant une vision catholique où l’économie devait être subordonnée aux impératifs moraux et au bien commun.

    Léon XIII et Encycliques

    Léon XIII a donné nombre d’enseignements en matière de politique catholique. Si Humanum genus traite de la franc-maçonnerie comme ennemie du genre humain, Immortale Dei (1er novembre 1885) des rapports entre l’Église et l’État, Arcanum Divinae Sapientiae (10 février 1880) du mariage chrétien et de la famille, Quod Apostolici Muneris (28 décembre 1878), condamne communisme et socialisme.

    Et surtout, l’encyclique Rerum Novarum est publiée en 15 mai 1891. Son titre, tiré des premiers mots du texte, signifie « Des choses nouvelles », en référence aux bouleversements économiques et sociaux de l’époque, notamment liés à la révolution industrielle. Il y développa la pensée sociale catholique en appelant à une juste répartition des richesses.

    « La démocratie chrétienne n’a pas pour objet de ruiner les classes supérieures, mais d’améliorer la condition des classes inférieures. »
    Graves de Communi Re (18 janvier 1901) – thème principal : la démocratie chrétienne.

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    Rerum Novarum séparé sur deux termes à dessein :

    Justice

    C’est une erreur grave et funeste de vouloir que le pouvoir civil pénètre à sa guise jusque dans le sanctuaire de la famille. Assurément, s’il arrive qu’une famille se trouve dans une situation matérielle critique et que, privée de ressources, elle ne puisse d’aucune manière en sortir par elle-même, il est juste que, dans de telles extrémités, le pouvoir public vienne à son secours, car chaque famille est un membre de la société. De même, si un foyer domestique est quelque part le théâtre de graves violations des droits mutuels, il faut que le pouvoir public y rétablisse le droit de chacun. Ce n’est point là empiéter sur les droits des citoyens, mais leur assurer une défense et une protection réclamées par la justice. (…)

    Et d’abord tout l’ensemble des vérités religieuses, dont l’Église est la gardienne et l’interprète, est de nature à rapprocher et à réconcilier les riches et les pauvres, en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels et, avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice. (…)

    C’est pourquoi, parmi les graves et nombreux devoirs des gouvernants qui veulent pourvoir comme il convient au bien public, celui qui domine tous les autres consiste à avoir soin également de toutes les classes de citoyens, en observant rigoureusement les lois de la justice dite distributive. (…)

    Il importe au salut public et privé que l’ordre et la paix règnent partout ; que toute l’économie de la vie familiale soit réglée d’après les commandements de Dieu et les principes de la loi naturelle; que la religion soit honorée et observée; que l’on voie fleurir les moeurs privées et publiques; que la justice soit religieusement gardée et que jamais une classe ne puisse opprimer l’autre impunément; qu’il croisse de robustes générations capables d’être le soutien et, s’il le faut, le rempart de la patrie. (…)

    Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête. (…)

    Sociale

    La vie sociale requiert dans son organisation des aptitudes variées et des fonctions diverses, et le meilleur stimulant à assumer ces fonctions est, pour les hommes, la différence de leurs conditions respectives. (…)

    A qui veut régénérer une société quelconque en décadence, on prescrit avec raison de la ramener à ses origines. La perfection de toute société consiste, en effet, à poursuivre et à atteindre la fin en vue de laquelle elle a été fondée, en sorte que tous les mouvements et tous les actes de la vie sociale naissent du même principe d’où est née la société. Aussi, s’écarter de la fin, c’est aller à la mort ; y revenir, c’est reprendre vie. (…)

    Mais il est évident qu’il faut viser avant tout à l’objet principal qui est le perfectionnement moral et religieux. C’est surtout cette fin qui doit régler l’économie sociale. Autrement, ces sociétés dégénéreraient bien vite et tomberaient, ou peu s’en faut, au rang des sociétés où la religion ne tient aucune place. (…)

    La religion ainsi constituée comme fondement de toutes les lois sociales, il n’est pas difficile de déterminer les relations mutuelles à établir entre les membres pour obtenir la paix et la prospérité de la société.

    Cet enseignement, inspiré des travaux de Taparelli, établit une critique claire des excès du capitalisme tout en rejetant les utopies socialistes.


    Conclusion avec l’Évangile de Vérité :

    Loin d’être une invention contemporaine, gauchiste et émanant des seuls matérialistes, le concept de justice sociale trouve ses racines dans la tradition chrétienne, notamment dans les enseignements du Christ à propos de la charité. Louis XVI, en tant que roi catholique, l’a évoqué dans ses réformes, et des penseurs comme Rosmini ou Taparelli l’ont théorisé davantage. Leur héritage, culminant dans le catholicisme social, rappelle que la vraie justice ne peut être séparée de la vérité et de la charité.

    « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

    (Évangile selon saint Matthieu, 22, 37-39)

    « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi. »

    (Matthieu, 25, 35-36)

    « Chaque fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

    (Matthieu, 25, 40)

    Nous recommandons à votre lecture cet article complet du Fide Post sur la justice sociale royale !

    La justice sociale est d’origine catholique

    Louis XVI, Roy “Très Chrétien” et ses décrets raciaux

    Régents et traitement de la communauté juive de Louis XV à Louis-Philippe

    Comportement de l’aristocratie française avant l’éclatement de 1789

    Catholicisme social, définition et distinctions

    Testament de Louis XVI et passion de Louis XVII

    Articles de loi de la déclaration de 1777 par Louis XVI sur le séjour des esclaves nègres en France

    Personnalisme contre Bien commun

    Aide-mémoire : conciliabule Vatican II – Arnaud de Lassus


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