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Publié le par Florian Rouanet
Ou la mort sur Elle-même de la Monarchie française, à cause de son incapacité à se renouveler...
Résumé
L’aristocratie française, d’abord un pilier dans l’histoire de France, puis reléguée au service du Roi sous l’absolutisme de Louis XIV, évolua au cours du XVIIIe siècle en un groupe désorienté, délaissant peu à peu son rôle central dans l’État.
Après la disparition du Roi-Soleil, ce corps privilégié s’enfonça, par ennui, dans l’oisiveté, en cherchant refuge dans des loisirs mondains, tandis que l’émergence des salons bourgeois et des idéaux des Lumières ébranlait son autorité morale et sociale.
La méfiance des rois Louis XV et, moindrement, Louis XVI, envers certaines factions libérales et franc-maçonniques n’enraya point leur influence croissante. Sous le règne du dernier Bourbon, une monarchie hésitante, alliée à une aristocratie déconnectée, contribua, par faiblesse mais aussi par complicité, à préparer le terrain aux événements révolutionnaires de 1789.
Et en effet, dans ses différentes interventions, Abel Bonnard, avec d’autres que nous citerons, reprochait plus le manque de responsabilité aristocratique que le centralisme royal lui-même. Il est loin le temps de la Sainte ligue catholique !
L’Argent (1928), Abel Bonnard :
“Il faut reconnaître que les hommes de l’aristocratie française ont presque toujours su dépenser l’argent très élégamment : ils n’ont fait de bassesses que pour en avoir.”
Sommaire
I. L’absolutisme de Louis XIV : service exclusif du Roi
II. L’ennui aristocratique sous la Régence et Louis XV
III. Les salons bourgeois et l’influence des Lumières
IV. La défiance de Louis XV envers la franc-maçonnerie
V. Louis XVI : débonnaire et incapacité militaire
I. L’absolutisme de Louis XIV : service exclusif du Roi
Louis XIV (r. 1643-1715) incarna l’apogée de l’absolutisme centralisateur, réduisant l’aristocratie à un rôle de courtisans. Le système de Versailles, où les nobles devaient constamment se montrer pour conserver les faveurs royales, transformait leur statut en un devoir de service quotidien auprès du souverain – tel que lui brosser ses collants fins !
Ainsi, la centralisation monarchique s’accompagna de l’appauvrissement de l’autonomie nobiliaire, les seigneurs locaux abandonnant leurs fonctions militaires et administratives au profit d’intendants, petits à petits, issus de la bourgeoisie.Extrait référencé :
« Le Roi tirait d’eux, non seulement leur obéissance, mais encore leur fierté d’être les instruments de sa gloire. »
Saint-Simon, Mémoires.
II. L’ennui aristocratique sous la Régence et Louis XV
Avec la mort de Louis XIV, la Régence (1715-1723) marqua un relâchement du contrôle royal. Les nobles, libérés de l’obligation de service, se tournèrent vers des plaisirs futiles, tels que les jeux, les fêtes et les intrigues amoureuses. Sous Louis XV (r. 1715-1774), cette tendance s’accentua, et l’aristocratie perdit une partie de sa légitimité en s’éloignant des affaires publiques, légitimes et intrinsèquement politiques.
La perte du sens de la guerre, jadis le cœur de l’identité noble, précipita cet effondrement. La noblesse n’était plus formée aux arts militaires, ce qui accrut sa dépendance vis-à-vis des classes montantes, notamment la bourgeoisie.
Extrait référencé :
« La noblesse, s’étourdissant dans des frivolités, semblait oublier que le royaume attendait d’elle plus qu’un éclat de façade. »
Edmond de Goncourt, La société française au XVIIIe siècle.
III. Les salons bourgeois et l’influence des Lumières
Le XVIIIe siècle fut aussi celui de l’essor des salons littéraires et philosophiques, souvent tenus par des figures bourgeoises et libérales.
Les idées maçonniques des Lumières, portées par des penseurs tels que Voltaire, Montesquieu et Rousseau, critiquaient ouvertement les fondements de l’Ancien régime et prônaient une société fondée sur le rationalisme et l’individualisme, entre autres choses.
Les loges franc-maçonniques, elles, attiraient de plus en plus de nobles séduits par un univers intellectuel en rupture avec les mœurs royales et les dogmes religieux catholiques.
Extrait référencé :
« Les Lumières n’ont pas abattu l’aristocratie, mais elles l’ont minée de l’intérieur en lui donnant le goût d’un idéal contraire à sa propre existence. »
Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution.
IV. La défiance de Louis XV envers la franc-maçonnerie
Face à l’essor des sociétés secrètes, Louis XV exprima une méfiance constante envers la franc-maçonnerie, État dans l’État, perçue comme une menace à l’ordre monarchique. En 1737, il chargea son lieutenant de police, René Hérault, de surveiller les activités des loges, tandis que le cardinal de Fleury, son principal ministre, tenta d’interdire leur expansion, à la suite du Pape Clément XII dans In Eminenti (bulle de 1738).
Cependant, ces mesures restèrent symboliques, les élites nobles et bourgeoises continuant à se réunir dans ces cercles privés, où se préparaient les critiques, futures et pré-marxisantes, de la royauté.
A ce moment-là, bien que combattu, se propageait, et à foison, nous le savons, un fort début de scepticisme, d’agnosticisme et d’athéisme à la française !
Cette réaction dénote et témoigne toutefois de l’état de la cours royale du temps de Louis XVI, ou encore de l’inaction de Marie-Antoinette, acquis au progressisme et à l’entente molle, jusqu’à que les hostilités l’anti-monarchiques refassent surfaces !
Extrait référencé :
« Nous savons qu’ils conspirent, non point avec des armes, mais avec des mots, qui peuvent être plus dangereux encore. »
Instruction secrète à René Hérault, 1737.
V. Louis XVI : débonnaire et incapacité militaire
Louis XVI, monté sur le trône en 1774, hérita d’un royaume en crise, économiquement affaibli et socialement fracturé, renforcé d’une haine « patriotique » contre sa femme, « l’Autrichienne », comme les français ont parfois méprisés Blanche de Castille.
La personnalité débonnaire du roi et sa jeunesse marquée par une peur de la guerre contribuèrent à sa difficulté à s’imposer au devant des élites aristocratiques et bourgeoises d’alors.
Incapable de réformer efficacement le royaume, il laissa s’accentuer les tensions entre une aristocratie vieillissante et une bourgeoisie aspirant au pouvoir. La Révolution de 1789, née et enflammée en bonne partie de cette incapacité à gouverner fermement, quite à brutaliser une minorité représentative, marqua l’effondrement de la société d’Ancien Régime.
Extrait référencé :
« Ce n’est pas en opposant des lois faibles à des forces puissantes que l’on maintient un royaume en paix. »
Saint Jean-Baptiste de La Salle, Réflexions sur le gouvernement.
Conclusion
La noblesse française, d’un rôle central sous Louis XIV, devint au fil des règnes de Louis XV et Louis XVI un groupe de plus en plus marginalisé, incapable de s’adapter aux mutations sociales et intellectuelles. Cette déconnexion, combinée à l’essor des Lumières et à la faiblesse politique des derniers Bourbons, précipita l’éclatement de 1789 et la fin de l’Ancien Régime.
La Monarchie française, telle qu’elle s’incarna sous les derniers Bourbons, porta en elle les germes de son propre déclin, non par un affront direct de ses adversaires, mais par son incapacité à se renouveler. Fondée sur une centralisation absolue et une aristocratie de service, elle s’étiola dès lors que cette noblesse, privée de ses fonctions vitales, et ne s’assumant parfois plus comme sous Richelieu, perdit son utilité et sa vigueur.
À cela s’ajouta une inadéquation profonde entre les transformations intellectuelles, économiques et sociales dudit siècle des Lumières et une monarchie qui, prisonnière de conservatisme désuet, refusa de s’adapter.
Cette déconnexion progressive entre « l’État » et la société aboutit à une paralysie fatale : lorsque la tempête révolutionnaire éclata, la monarchie ne disposait plus des forces, ni morales, ni matérielles, pour se défendre, précipitant ainsi sa mort sur elle-même, victime autant de son immobilisme que de ses contradictions.Les réflexions suivantes mettent en lumière l’incapacité de la Monarchie française à se renouveler, la conduisant ainsi à sa propre perte.
Joseph Mérel, dans son ouvrage Fascisme et Monarchie, souligne que « la croisade des fascismes fut l’expression, à la fois interrompue et en partie dévoyée, de ce dont la Monarchie aurait eu besoin pour ne point sombrer ».
Il ajoute que « plus que de la malignité des méchants, l’ordre européen d’Ancien Régime est mort de son inachèvement doctrinal, c’est-à-dire de ses contradictions non surmontées ».
Pour une contre-révolution révolutionnaire de Joseph Merel !
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