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Publié le par Florian Rouanet
Citation introductive
Paul Hazard, dans son ouvrage La Crise de la conscience européenne (1935), évoque de façon percutante la profonde tension entre tradition et modernité en ces termes :
“Les idées nouvelles montaient du nord, les idées anciennes s’accrochaient au sud. C’était comme une mer qui se retirait, laissant sur le rivage, jetés au hasard, tous les débris des antiques croyances. La vieille Europe s’accrochait encore à ses certitudes, mais une autre Europe surgissait, inquiète, exigeante, avide de tout comprendre, de tout détruire pour tout rebâtir.”

Synthèse
La rencontre entre l’Antiquité païenne gréco-romaine et le christianisme primitif fut un dialogue fertile, dans lequel les vertus morales et intellectuelles de la civilisation antique furent non seulement étudiées, mais aussi transfigurées par la lumière de la foi chrétienne.
Préparant la transition vers le monde médiéval, puis contemporain, cette intégration créa un socle conceptuel et spirituel durable pour l’Europe chrétienne, reliant l’héritage de la Grèce et de Rome à la mission providentielle des fils de Japhet selon les Écritures.Sommaire
I. L’Antiquité païenne et les Pères de l’Église : un dialogue sélectif et fructueux
II. L’intégration de la philosophie grecque : Platon et Aristote dans la pensée chrétienne
III. La transition de l’Antiquité tardive au monde médiéval : une continuité conceptuelle
IV. Les fils de Japhet : une mission prophétique et civilisationnelle
V. Héritage et reniement : l’apport antique dans le monde contemporain
I. L’Antiquité païenne et les Pères de l’Église : un dialogue sélectif et fructueux
Les premiers chrétiens baignaient dans le monde gréco-romain, un univers où se mêlaient les traditions philosophiques grecques, la rigueur juridique romaine et les cultes païens. Pourtant, cette rencontre n’engendra pas une opposition systématique, sinon dans le cadre théologique. Ainsi, Saint Basile de Césarée, dans ses Lettres aux jeunes gens sur la manière de tirer profit des lettres grecques, encouragea l’étude des auteurs classiques tout en appelant à rejeter ce qui contrevenait à la foi. Il écrivait :
« Comme les abeilles savent extraire le miel des fleurs, nous devons prendre des païens ce qui est utile, mais laisser de côté les épines. »
Cette position, reprise par d’autres Pères de l’Église tels que saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin (héritier critique de Platon), reflétait une volonté d’élever la sagesse humaine vers la lumière divine.
Tandis que Rome offrait aux chrétiens un cadre juridique stable et universel, la philosophie grecque leur fournissait des concepts pour exprimer les vérités éternelles du dogme.
II. L’intégration de la philosophie grecque : Platon et Aristote dans la pensée chrétienne
La pensée grecque, notamment celle de Platon et Aristote, devint une pierre angulaire pour les théologiens chrétiens. Platon, avec sa doctrine des idées et son intuition d’un monde transcendant, trouva un écho chez saint Augustin, qui vit dans les formes platoniciennes une anticipation des vérités révélées.
« Ce que l’on appelle aujourd’hui la religion chrétienne existait déjà chez les Anciens, et il n’y a jamais eu d’époque où elle n’ait existé, depuis l’origine de la race humaine jusqu’à la venue du Christ. »
Saint Augustin, Lettre 138.
De même, Aristote, bien qu’en partie éloigné par son réalisme philosophique, fut « baptisé » par saint Thomas d’Aquin. L’être en acte, la causalité et l’harmonie cosmique furent des instruments pour démontrer rationnellement l’existence de Dieu et l’ordre de la Création.
III. La transition de l’Antiquité tardive au monde médiéval : une continuité conceptuelle
L’Antiquité tardive, loin d’être une période de dégénérescence, posa les bases de la synthèse chrétienne. Avec l’Empire romain christianisé sous Constantin, l’Église devint une institution structurante, assumant l’héritage gréco-romain pour le transfigurer dans une perspective surnaturelle véritable. Léon Daudet résumait par cette maxime cette continuité :
« Rome ne périt pas, elle se métamorphose. Les dieux cèdent la place aux saints, mais l’ordre demeure. »
La pensée chrétienne, héritière de cette transition, s’enrichit de la patristique et des premiers conciles œcuméniques, établissant les fondements théologiques et juridiques du monde médiéval, européen et chrétien.
IV. Les fils de Japhet : une mission prophétique et civilisationnelle
Dans la Genèse (9:27), il est écrit :
« Que Dieu étende Japhet, qu’il habite dans les tentes de Sem et que Canaan soit leur esclave. »
Dans certaines traduction le mot d’esclave est traduit par serviteur, mais il a une même signification dans les deux cas.
Et le père spirituel des Européens dans la Bible est justement Japhet.
En effet, Japhet a l’industrie et l’intellect, tandis que Sem – donnant Sémite -, le zèle pour la religion et que Chanaan (fils de Cham) représente un père du vice (sorcellerie africaine, malédiction ancienne, etc.).
Les Pères de l’Église, tels que les saints Augustin, Jérôme, ou Jean Chrysostome, interprétèrent cette prophétie comme l’annonce de la vocation des peuples indo-européens à accueillir et transmettre la foi chrétienne, sous la guidance des descendants de Sem, c’est-à-dire le peuple juif choisi initialement par Dieu. Japhet, associé aux nations grecques et romaines, devait ainsi étendre l’héritage spirituel en le sublimant, pour lui, et les autres. C’est la mission civilisatrice que les blancs ont plutôt bien assumé jusqu’à la dernière guerre…
Cette prophétie permet d’entrevoir une préfiguration de l’histoire du salut :
• Les Européens (Japhet) recevant la lumière du christianisme,
• Une continuité entre le peuple élu (Sem) et la Chrétienté,
• L’asservissement spirituel du vice.
Le Cardinal Faulhaber, dans ses conférences sur le judaïsme, le christianisme et le germanisme, rappela que cette mission prophétique des Européens ne pouvait être comprise qu’en relation avec leurs racines gréco-romaines, sans nier l’héritage de l’Ancienne Alliance, et réorientées vers le Christ.
V. Héritage et reniement : l’apport antique dans le monde contemporain
Bien que le monde contemporain ait largement renié son héritage helléno-chrétien, il demeure imprégné des concepts gréco-romains christianisés. La démocratie moderne tire sa structure du droit romain, tandis que l’idée de dignité humaine trouve ses fondements dans la vision catholique de l’homme comme image de Dieu. Paul Valéry écrivait, non sans amertume :
« Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles. »
Cependant, cette mortalité apparente n’est qu’un défi lancé à l’Europe pour retrouver son âme et sa vocation.
Le rejet des racines gréco-romaines et chrétiennes ne peut être qu’une parenthèse, car l’homme européen, profondément marqué par la foi et la raison, est appelé à se réconcilier avec son être intrinsèque !
Conclusion
L’héritage gréco-romain, transfiguré par la foi chrétienne, assumé ensuite par les Germains depuis francs et carolingiens, demeure la matrice qui a vu naître et continuer la civilisation européenne, dans la variété de ses nations.
À l’image des fils de Japhet, que nous sommes, l’Europe est appelée à dépasser ses contradictions modernes en renouant avec sa vocation « prophétique », pour parler du sens religieux de l’histoire.
Ce retour aux sources n’est pas une simple et pure nostalgie, mais une exigence pour rétablir l’harmonie des nations, mais aussi l’équilibre entre la raison et la foi, entre la nature et la grâce, et, enfin, entre l’homme et son Dieu.
Nous avons donc parlé d’une primauté européenne concernant la mission divine chrétienne, mais aussi des racines gréco-romaines du christianisme et leur élévation vers la grâce divine, et également de l’héritage d’Athènes et de Jérusalem : fondements de la civilisation européenne, appelés en un mot doublé l’helléno-christianisme.
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L’abbé Veyron avait fait un peu d’apologétique sur la question de Japhet entre autres choses :
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Lisez « Paganisme versus christianisme. Le conflit non surmonté du nationalisme » de Joseph Merel
Liens du site pour approfondir :
Saint Thomas d’Aquin : opposition cléricale, canonisation et hommages
Saints et « antipapes » : cas de conscience et canonisations
Aristote et saint Thomas : importance des définitions pour penser
Scipion l’Africain et Hannibal Barca : choc des titans de l’Antiquité

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