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Publié le par Florian Rouanet
Après la série des Age of Empires, s’imposant comme le jeu le plus "fasciste au monde", continuons gentiment notre exploration à travers d'autres œuvres de jeux numériques venant des États-Unis.
Contrairement aux boomers, s’il est un domaine où les trentenaires et quarantenaires sont maîtres, hélas ce n’est que celui de l’univers des jeux vidéos, et ce n’est certes pas le plus noble des domaines, mais prenons donc ce qu’il y a à prendre, si vous le voulez bien !
Lancé en 1995 sur Super Nintendo par SquareSoft, Secret of Evermore (Secret de toujours) s’inscrit dans la tradition des action-RPG, permettant d’incarné un rôle et une aventure, inspiré par Secret of Mana – Seiken Densetsu 2 au Japon – mais le surpassant par son réalisme plus adulte.
Pourtant, loin d’être un simple clone occidental du chef-d’œuvre nippon, ce jeu propose une aventure singulière, mêlant exploration historique, critique culturelle et références cinématographiques propres à l’imaginaire américain des années 80-90.
Couché Médor !

Derrière sa jouabilité, Secret of Evermore invite à un voyage à travers différentes époques historiques reconstituées à la manière d’un rêve, ou plutôt d’un univers virtuel façonné par des souvenirs et références culturelles.
Le protagoniste, un adolescent américain accompagné de son fidèle chien, traverse des mondes inspirés de la Préhistoire, de l’Antiquité gréco-romaine & égyptienne, d’un Moyen Âge gothique, avant d’atteindre un futur dystopique ; donnant ainsi vie à différentes époques. Ces transitions ne sont guère anodines et traduisent un regard occidental sur l’histoire humaine, où les périodes sont magnifiées dans leurs symboles les plus frappants.⁂
I. De la caverne primitive aux marais boueux : la Préhistoire fantasmée
L’ouverture du jeu propulse le héros dans Pangea, un monde primitif où règne une faune hostile et où les humains vivent dans des villages rudimentaires. On y retrouve une vision idéalisée et caricaturale de la Préhistoire, inspirée du cinéma d’aventure tel que Le Clan de la caverne ou La Guerre du feu.
Le décor y est fait de grottes sombres, de marécages menaçants et d’une nature omniprésente, dominée par des créatures préhistoriques parfois semblables à des dinosaures. L’utilisation de l’alchimie en guise de système de magie dans cette époque témoigne évidemment de la vision ésotérique des connaissances anciennes (jeux vidéos et littérature en sont pétries même si c’est parfois de façon « innocente »), assimilées à une forme de mysticisme primitif propre à l’époque.
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II. L’Antiquité rêvée : arènes, temples et sacralisation des bêtes
Le voyage continue vers Antiqua, monde inspiré des civilisations gréco-romaine & égyptienne. On y retrouve des références aux marchés antiques, aux temples sacrés et aux arènes de gladiateurs.
Le héros y est confronté à des figures évoquant les pharaons et les empereurs romains, illustrant la persistance d’une fascination pour ces civilisations où la grandeur architecturale côtoie une hiérarchie sociale stricte.Les créatures divinisées et les rites funéraires rappellent aussi l’importance du sacré dans ces civilisations. Le jeu joue ainsi sur la perception occidentale d’une Antiquité où le pouvoir repose sur le contrôle de la foule par le divertissement, comme en témoignent les combats de l’arène où l’homme et la bête s’affrontent sous les clameurs populaires.
« Panem et circenses » est la locution latine traduit en français par « du pain et des jeux ». Elle a été écrite par le poète et écrivain Juvénal qui vécu durant l’Empire romain.
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III. Des forteresses gothiques aux cités en mutation : le Moyen Âge revisité
Le passage suivant entraîne le joueur dans Gothica, un monde teinté d’éléments médiévaux et Renaissance. Cette période, oscillant entre religion et raffinement, est retranscrite par des châteaux imposants, des villages où l’on croise des alchimistes et des chevaliers, ainsi qu’un bestiaire rappelant les créatures mythologiques des contes européens, type Chrétien de Troyes.
Le chien du héros, jusqu’alors évoquant un gros chien loup ou un lévrier selon les époques, adopte ici l’apparence d’un caniche royal, symbole des cours aristocratiques où l’apparence et l’étiquette prédominaient sur la nature brute des êtres. Cette transformation humoristique reflète l’ascension des valeurs de la noblesse et l’émergence d’un ordre plus structuré, mais aussi plus artificiel, c’est en quelque sorte la caricature des américains percevant le Vieux Continent européen.
Le jeu retranscrit l’évolution des sociétés vers un modèle centralisé, où le savoir devient précieux et restreint, illustré par la présence d’alchimistes et d’érudits jouant un rôle prépondérant dans cette ère.
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IV. Un futur dystopique inspiré du cinéma américain
Le périple se conclut dans Omnitopia, une mégastructure futuriste, froide et mécanique, qui rompt avec l’aspect organique des mondes précédents. Ce passage, inspiré de la science-fiction des années 80-90 (Blade Runner, Tron, Total Recall, Back To The Future), illustre une époque où l’humanité a totalement perdu le lien avec la nature.
Les technologies omniprésentes et les laboratoires aseptisés sont le reflet d’un avenir où le progrès technique s’est fait au détriment de l’homme, une thématique récurrente dans le cyberpunk, mais aussi en littérature chez Orwell ou Huxley.
Le message sous-jacent dénonce un monde où l’individualisme et la mécanisation absolue ont remplacé les principes directionnels et la relation avec le sacré.⁂
V. Une critique sous-jacente
Bien que Secret of Evermore soit un loisir, il porte en lui une critique de l’évolution des civilisations, de leur rapport au sacré et de leur transformation à travers les âges. Il oppose la nature primitive à la froideur du progrès technologique, l’authenticité des premiers âges à l’artifice des sociétés plus avancées.
Le voyage initiatique du héros est une métaphore de l’apprentissage de l’histoire humaine, où chaque époque contient en germe les fondements de la suivante. Dans cette progression, l’homme s’éloigne peu à peu d’un état d’innocence et de simplicité vers un monde de plus en plus complexe et contrôlé, jusqu’à l’ultime déshumanisation du futur.
Le personnage est à la mode américaine jusque dans sa tenue, la nostalgie des films et l’humour trollesque, et la ville de Pontoise mentionnée, n’est qu’une liberté française prise sur la traduction comme c’est assez courant chez nous
– nous francisons tout et…, tout le monde !⁂
Conclusion : Un héritage à double lecture
Malgré son statut d’œuvre méconnue, Secret of Evermore demeure une expérience riche de symboles et de références. Son approche de l’histoire, bien que schématique, témoigne d’un regard occidental contemporain sur l’évolution humaine, contrastant avec la philosophie plus enfantine, mystique et naturaliste de son aîné Secret of Mana.
Au-delà du simple jeu, Secret of Evermore s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’histoire des civilisations, l’opposition entre nature et progrès, et la quête de sens dans un monde où le temps passe vite. Et oui, il est possible de philosopher sur les jeux numériques !
Il s’agit d’une approche qui, chrétiennement tempérée, inviterait à méditer sur la place de l’homme dans le temps et dans l’ordre voulu par Dieu !Ce que l’on admire dans ce jeu, et souvent sans se l’avouer chez nos contemporains, c’est ce qu’il a de profondément enraciné, dans ses décors et références, dans l’histoire et la culture occidentale et universelle.
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Pour approfondir
« Secret of Evermore reste LE jeu qui m’a marqué sur la SNES ! Je l’ai d’ailleurs refait au moins 4-5 fois. Tout y est parfaitement réalisé, l’histoire, les décors, les musiques…On ne peut pas imaginer jusqu’où ce jeu peut nous mener, car la difficulté et la durée de vie de ce jeu sont justes incroyables. Il y a des répliques drôles et sympa, des bruitages divers d’insectes, des sons angoissant très en accord avec les thèmes ! (…) »
Vidéo rétrospective (Live Action Movie britannique) #midjourney #runaway #vintage #ai #nintendo
Ci-dessous, les liens de la bande son originale et complète,
une version « remasterisée » et une bande son de bruits de fond :-*-
George Orwell, Aldous Huxley : « 1984 » ou « Le meilleur des mondes » ?
Néopaganisme: résurgence ésotérique et subversion anti-chrétienne
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