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Publié le par Florian Rouanet
Véritable reconstruction artificielle, loin des traditions antiques païennes elles-mêmes
Préambule :
Depuis le XIXème siècle, un courant néopaganisant, oscillant entre romantisme ésotérique et identitarisme, s’est affirmé en France et en Europe. Paré d’atours érudits, il prétend retrouver les antiques sagesses indo-européennes, tout en opposant ces dernières au christianisme, d’un double mouvement en même temps que ladite judéo-maçonnerie, généralement perçu comme une rupture et une dégénérescence.
Portons de nouveaux coups dur à ce courant athée, issu de la Nouvelle droite, se parant en règle générale de symbolique qui dépasse ses adeptes contemporains, comme nous en parlions déjà à travers les références antiques « tardives », Julien l’Apostat ou encore Celse.

Le néopaganisme bien compris ! #TasDeFumier
Sommaire :
I. Prémices du renouveau païen en France
II. Ésotérisme et mysticisme racialiste germanique
III. Julius Evola et ledit paganisme aristocratique
IV. Alain de Benoist et la Nouvelle Droite paganisante
V. Influences contemporaines et perspectives
I. Prémices du renouveau païen en France
(XIXème siècle)
L’attrait pour le paganisme ressurgit en France dès le XIXème siècle, au croisement de l’orientalisme, de l’ésotérisme et d’une forme de nostalgie classicisante antichrétienne. Loin d’une fidélité réelle aux cultes antiques, il s’agit souvent d’une reconstruction idéologique, teintée de mysticisme, maçonnique et occultiste – parfois non, mais le résultat est le même.
- Édouard Schuré (1841-1929), avec Les Grands Initiés (1889), établit une continuité entre mystères antiques et ésotérisme occidental, sous l’influence du théosophisme.
- Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909) tente une synthèse entre traditions païennes et ésotérisme chrétien, posant les bases d’un « savoir secret » européen dans La Mission des Juifs (1884) et L’Archéomètre (posthume).
- Paul de Saint-Victor (1827-1881), dans Les Deux Masques, idéalise l’Antiquité païenne par hostilité au catholicisme, influençant ses cercles littéraires.
Si ces auteurs ne sont pas à proprement parler des « néopaïens », ils posent les jalons d’une relecture spiritualiste du passé pré-chrétien remis au « goût du jour ».
Ainsi, dans son livre La Création des identités nationales, Anne-Marie Thiesse dit que le renouveau celtique en France date du Consulat avec l’apparition de loges maçonniques.
II. Ésotérisme et mysticisme racialiste germanique
(XIXème siècle)
Toujours chez Anne-Marie Thiesse, puisque le nationalisme allemand y est traité : pour ce qui est du paganisme nordique, dans son aspect surtout folklorique, tel que boire dans des cornes autour d’un sanglier à la broche dans la forêt, (ou encore mettre le feu et à un sanglier et le violer en réunion – facétie dans ce second cas), c’est un pasteur luthérien danois qui l’a remis dans une version moderne au XIXe.
L’Allemagne voit dès lors, émerger un néopaganisme teinté de mysticisme et de racialisme, à travers des figures marquantes :
- Guido von List (1848-1919) développe l’ariosophie, un ésotérisme germanique exaltant la sagesse des anciens Aryens et les runes comme symboles sacrés (Das Geheimnis der Runen, 1908). Ses idées influenceront l’Ordre de Thulé et en partie les racialistes païens de l’entre-deux-guerres allemand.
- Jörg Lanz von Liebenfels (1874-1954) fusionne ariosophie et biologisme racial avec sa Theozoologie (1905), une théorie selon laquelle les races inférieures seraient issues de croisements contre-nature.
- Karl Maria Wiligut (1866-1946), c’est un proche conseiller mystique d’Himmler, qui tentait à son échelle d’instaurer un culte germanique « néo-antique », influençant la SS.
Ces pensées, loin d’une simple nostalgie du paganisme antique, se structurent en une doctrine ésotérique et politique, sécularisée, où le christianisme est souvent considéré comme un élément étranger et ennemi, ayant corrompu la pureté originelle des peuples européens…
À l’instar de René Guénon, on y parle de Tradition primordiale, de socle commun – et de syncrétisme – propre à toutes les civilisations. Ainsi, les rites antiques seraient transmis dans une chaîne ininterrompue, tirant sa logique en réalité de la franc-maçonnerie, revendiquant à elle toutes les traditions en les redéfinissant à sa sauce (Égypte, judaïsme, christianisme, etc.).
III. Julius Evola et ledit paganisme aristocratique
(XXème siècle)
Pensée incontournable du traditionalisme radical, Julius Evola (1898-1974) rejette l’égalitarisme (assimilé aux républicains et aux chrétiens !) et prône un genre de paganisme élitiste, fondé sur les valeurs héroïques et solaires, dont on pourrait à la limite s’inspirer philosophiquement qu’en partie seulement.
- Dans Impérialisme païen (1928), il appelle à un retour aux cultes indo-européens, opposés à la spiritualité chrétienne jugée féminisée et passive – on y retrouve le poncif classique, tandis que paradoxalement ces mêmes chrétiens sont accusés d’avoir génocidé (sic) virilement les Angles et les Saxons sous l’Empereur Charlemagne.
- Révolte contre le monde moderne (1934) approfondit cette opposition en opposant l’ordre spirituel traditionnel à la décadence moderne. Mais cette critique post-moderne se nourrit en réalité elle-même de modernité tant abhorré au préalable – réunis dans de mêmes faux principes, judaïsants dans leur rejet qui plus est.
- Le mystère du Graal (1937) réinterprète le mythe sous un prisme initiatique païen, en rupture avec la lecture chrétienne médiévale – type Chrétien de Troyes, ou encore Le Roman d’Enéas faisant un Virgile chrétien.
Evola, plutôt profasciste et bien que critique envers le national-socialisme, influencera les courants néopaïens post-fascistes et la Nouvelle Droite française, après la Seconde Guerre mondiale.
IV. Alain de Benoist et la Nouvelle Droite paganisante
(XXème siècle & XXIème siècle)
Pape de la Nouvelle droite plus ou moins autoproclamé, depuis les années 1970, Alain de Benoist (né en 1943), les mouches n’étant plus – analement parlant – à l’abris, s’impose comme le théoricien principal du renouveau « paganisant » en France, sans que ce dernier soit une véritable pratique « religieuse ».
Son rejet dudit monothéisme chrétien et son exaltation des traditions polythéistes européennes antiques s’inscrivent dans une démarche identitaire, laquelle n’est même pas racialiste de surcroît !- Dans Comment peut-on être païen ? (1981), il oppose paganisme et christianisme, défendant une spiritualité enracinée contre un universalisme chrétien perçu comme déracinant. Accusant notamment le monde moderne (post 1789) de relevé d’un christianisme dégénéré et non d’un paganisme dégénéré.
- Avec Les traditions d’Europe (2002), il approfondit cette vision apostate en revalorisant le paganisme indo-européen, sans oser le thème aryen plus que cela, comme fondement des peuples européens contre tout helléno-christianisme que nous professons par ailleurs.
Fondeur du GRECE (Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne), de Benoist a influencé hélas d’assez nombreux cercles intellectuels et militants.
Nous ferons ici l’impasse sur l’autisme radical européiste d’un certain Thomas Ferrier !
V. Influences contemporaines et perspectives
Le Dieu est mort de Friedrich Nietzsche relève de l’insulte, car si ce dernier constate « objectivement » l’avènement d’un siècle athée, il conclut surtout que les hommes vont devoir faire sans l’aide de Dieu, les noyant dans la matière pure, partant, dans une logique matérialiste et certes vitaliste de type darwinienne, tout au plus.
Le néopaganisme contemporain, issu de ces diverses influences, oscille entre bricolage culturelle, ésotérisme « maçonnisant » et revendications identitaires.
Il se subdivise en divers tendances avec des frontières assez poreuses :
- Un paganisme ésotérique, marqué par l’occultisme et l’influence du New Age, et fatalement, des loges maçonniques.
- Un paganisme identitaire, voyant dans les cultes pré-chrétiens un socle civilisationnel, quoique culturel surtout, contre une modernité prétendue ou réelle dite « universaliste » (car le blocage mental part totalement de cette dialectique entre nation et ordre universel !).
- Un paganisme politique, c’est là un « paganisme d’abord » que professerait Boris Le Lay après avoir apostasié comme Vincent Reynouard hélas, cherchant à se substituer au christianisme comme référentiel spirituel des mouvements nationalistes en Occident.
Si certains de ces courants prétendent renouer avec un passé ancestral, ils ne sont souvent que des constructions idéologiques modernes, imprégnées de romantisme et de fantasmes ésotériques.
« L’ambition exaltée, le droit sacrifié à la force, le mensonge et l’adultère justifiés par l’exemple des dieux, l’esclavage consacré au nom de la religion, voilà ce qui a fait accepter par les sociétés païennes le culte oriental, le culte hellénique, le culte romain.
Et lorsqu’à sept siècles du Christ, Mahomet voulu fonder une religion, il alla fouiller dans les bas-fonds du paganisme pour y ramasser le divorce, la polygamie, et, après avoir séduit les peuples par l’appât des plaisirs, il comprit qu’il n’aurait pas assez d’influence sur eux, s’il ne peuplait également son paradis de vices immortels. Voilà ce que font les hommes quand l’enfer les pousse à fonder une secte. »
Mgr Charles-Émile Freppel, « La divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ »
Conclusion
Le néopaganisme, loin d’être un simple retour aux traditions antiques, est un phénomène contemporain façonné par l’ésotérisme. D’Édouard Schuré à Alain de Benoist, en passant par Guido von List et Julius Evola, il a connu plusieurs formes, du mysticisme aryen à un polythéisme néodroitier.
Si ses promoteurs le présentent comme une alternative au christianisme, il demeure une construction artificielle, souvent plus proche de la subversion maçonnique que des cultes antiques authentiques.
De plus, le christianisme médiéval, loin d’être un élément étranger ou destructeur, fut au contraire l’héritier et le transfigurateur du monde tripartite indo-européen comme le reconnait Jean-Haudry, intégrant son substrat traditionnel dans une synthèse plus haute, et plus aboutie.« Il résulte, de ce qui précède, que le païen insurgé contre le christianisme est insurgé lui aussi contre la logique de ce qu’il y a de meilleur en lui, ainsi de la plus rationnelle : la sagesse païenne, œuvre de la raison, culmine dans l’affirmation du Dieu transcendant Premier Moteur, transcendant et séparé quant à son acte d’exister, immanent au monde par sa causalité, ainsi plus immanent à la créature qu’elle ne l’est à elle-même ; mais la religion révélée répond à une convenance de la religion naturelle à son égard puisqu’il est rationnel de croire.
Insurgé contre lui-même, le païen est ainsi enclin de manière invincible à ressembler aux Juifs auxquels il s’oppose et qui lui font contradictoirement refuser le christianisme. Si la différence spécifique de l’âme occidentale est bien l’érection de la raison en valeur naturelle suprême, le païen anti-chrétien est anti-occidental ; il est contre les Juifs, mais tout contre eux, et c’est bien ce que corrobore l’histoire et l’histoire des idées : Nietzsche est judéophile (§ 250 et 251 de Par-delà le bien et le mal) ; et Julien l’Apostat, saint martyr du calendrier des néo-païens, tenta de reconstruire le Temple de Jérusalem en 363.
Les mythes qui précèdent le christianisme et qu’il est supposé avoir empruntés au paganisme en les christianisant (dont en particulier maints éléments du culte de Mithra) ne sont que les reliquats d’une révélation primitive qui, communiquée à Adam, était à l’origine pleinement catholique : il s’agit non d’un rapt mais d’une réappropriation. Celui qui refuse le christianisme au nom du paganisme se refuse au sens qui se cherchait dans le paganisme, par là refuse le paganisme lui-même sous couvert de le louer. »
Joseph Mérel, Paganisme versus catholicisme : Le conflit non surmonté du nationalisme. P. 75/76.
PS. « AVIS DE RECHERCHE » : datant de veilles lectures, peut-être de Léon de Poncins ou de Jacques Ploncard (?), nous recherchons des références sur le lancement du néopaganisme français au cours du XIXème siècle. En particulier un auteur, conscient de l’échec païen, mais profitant du monde accouché par la Révolution de 1789, pour dire qu’il faut un genre de paganisme inspiré de la pratique chrétienne : pensées dogmatiques et catéchismes des grandes lignes.
Signalez-le nous si cela vous dit quelque chose nosu vous en prions. Merci d’avance !Les néo-pagano-vikingo-druidico-hyperboréens – Radio Franche
Sommaire : 0:00 Intro : Aux origines de Noël 7:22 Origines du mouvement néo-païen 11:41 Se Zenix Gryadet V Polunoshhi 14:03 Origines du mouvement néo-païen (suite) 19:22 La Nouvelle Droite 21:25 Christianisme et Europe 39:58 Praise the Lord, O My Soul – S.Rachmaninoff 21:25 Christianisme et Europe (suite) 42:19 Christianisme et Charité 50:57 Contradictions du néo-paganisme 55:48 Conclusion : Message d’espérance pour Noël.
Hélas, il a été fait appel à la cuisine pour effectuer ce travail. Autant dire que je n’ai rien appris.
Le propos y est « NS » chrétien et assez « mérélien » en sommes, version simplifiée… !-*-
Réponse au néopaganisme de Démocratie participative/Boris Le Lay
Officialisation sur la toile du site Catholique Sans Concession #CSC
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