• Flavius Josèphe, chroniqueur romanisé de la Palestine



    Attestation du Christ au 1er siècle – Tacite, Suétone…

  • Résumé introductif
    Flavius Josèphe (37-100 apr. J.-C.), historien juif romanisé, demeure une source majeure pour la connaissance des mouvements religieux et politiques de la Palestine au Ier siècle.
    Ses œuvres, notamment Les Antiquités judaïques et La Guerre des Juifs, offrent des témoignages rares et précieux sur le contexte social, les tensions entre factions juives et les débuts du christianisme, contribuant à une meilleure compréhension des réalités de cette époque.


    Sommaire

    I. Contexte historique et portrait de Flavius Josèphe
    II. Mouvements politiques et religieux en Palestine
    III. Références au christianisme primitif
    IV. Réflexion sur la fiabilité et l’influence des écrits


    I. Contexte historique et portrait de Flavius Josèphe

    Flavius Josèphe naquit à Jérusalem en 37 apr. J.-C., au sein d’une famille sacerdotale appartenant à la classe aristocratique juive. Versé dans les traditions pharisaïques, il fut impliqué dans la révolte juive contre Rome (66-70 apr. J.-C.), avant de capituler et de se rallier aux Romains. Adopté par la famille impériale Flavienne, il rédigea ses œuvres à Rome, cherchant à éclairer les Grecs et les Romains sur l’histoire juive.

    « Flavius Josèphe, qui n’était pas un chrétien, a reconnu que la destruction de Jérusalem fut un châtiment divin pour le meurtre de Jacques le Juste, le frère de Jésus, appelé Christ. »
    Origène, Commentaire sur Matthieu, Livre X, Chapitre 17

    Son œuvre maîtresse, La Guerre des Juifs, documente la révolte qui culmina dans la destruction du Temple de Jérusalem en 70 apr. J.-C. Quant à Les Antiquités judaïques, achevées en 93-94 apr. J.-C., elles retracent l’histoire juive depuis la création du monde jusqu’à son époque, avec des références notables au christianisme naissant.

    « En ce temps-là, apparut Jésus, un homme sage, si toutefois il faut le dire homme. Il accomplissait des œuvres extraordinaires, était le maître de ceux qui reçoivent la vérité avec joie, et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. Il était le Christ. »
    Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, 63-64


    II. Mouvements politiques et religieux en Palestine

    La Palestine du Ier siècle était un creuset de tensions politiques et religieuses. Josèphe décrit plusieurs factions juives, du temps du Christ, dont :

    1. Les Pharisiens, gardiens de la Loi mosaïque et adeptes d’une lecture souple des traditions.
    2. Les Sadducéens, aristocrates alliés au pouvoir romain, rejetant les doctrines de résurrection.
    3. Les Esséniens, ascètes vivant en communauté, souvent identifiés avec les auteurs des manuscrits de Qumrân.
    4. Les Zélotes, fervents opposants « patriotiques » à la domination romaine, appelant à une résistance armée.

    Ces groupes, aux intérêts divergents, exacerbèrent les tensions internes, préparant le terrain à l’intervention romaine.

    Josèphe s’attarda également sur les figures messianiques de son époque, dont certaines prirent les armes contre Rome. Il évoque des « imposteurs » séduisant les masses, comme Theudas et un Égyptien anonyme, figures qui illustrent la montée des attentes eschatologiques en Palestine.


    III. Références au christianisme primitif

    Les écrits de Josèphe contiennent deux mentions notables du christianisme :

    1. Le Testimonium Flavianum, extrait controversé des Antiquités judaïques (XVIII, 63-64), mentionne explicitement Jésus.Bien que certaines parties soient jugées interpolées par des copistes chrétiens ultérieurs, la mention de Jésus semble authentique en substance.
    2. La mention de Jacques, frère de Jésus : Josèphe relate la mise à mort de Jacques, « frère de Jésus, appelé Christ » (Antiquités judaïques, XX, 200). Ce passage atteste l’existence de l’apôtre reconnu par ses contemporains comme chef d’une communauté distincte au sein du christianisme naissant.

    « Comme Anan le jeune, qui avait reçu la charge de grand-prêtre, était un homme d’un caractère audacieux et porté à des nouveautés, il se persuada qu’une occasion favorable lui était offerte, à cause de la mort de Festus et de l’absence d’Albinus, encore en chemin. Il convoqua donc le sanhédrin et y fit comparaître le frère de Jésus, appelé Christ, un homme nommé Jacques, et quelques autres. Il les accusa d’avoir transgressé la loi et les fit lapider. »
    Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, 200


    IV. Réflexion sur la fiabilité et l’influence des écrits

    Flavius Josèphe, bien qu’érudit, écrivait avec des objectifs politiques et culturels clairs. En cherchant à présenter les Juifs sous un jour favorable aux Romains, il enjoliva parfois les faits ou omis des éléments critiques. Néanmoins, ses écrits restent inestimables pour contextualiser la période, en particulier le foisonnement spirituel et messianique de la Palestine, dont le premier essor du christianisme.

    Les mentions chrétiennes, bien que fragmentaires, confirment l’existence d’un mouvement autour de Jésus Christ dès le Ier siècle, préfigurant l’expansion du christianisme. Le Christ est le personnage le plus attesté de l’Antiquité, remettez-le en question et il ne vous reste plus qu’à nier l’existence des chambres…, euh, de Cicéron, de Jules César, d’Aristote, etc.

    En croisant Josèphe avec d’autres sources contemporaines, comme Tacite ou Suétone, il est possible de brosser un tableau plus nuancé des débuts de notre sainte religion.

    Tacite :

    Dans ses Annales (Livre XV, Chapitre 44), rédigées vers 115-117 apr. J.-C., Tacite évoque l’incendie de Rome en 64 apr. J.-C. et la persécution des chrétiens par l’empereur Néron, qui les accusa de l’avoir fait, probablement à tort :

    « Pour faire taire ces rumeurs, Néron substitua des accusés et infligea les tortures les plus raffinées à une classe détestée pour ses abominations, que la populace appelait chrétiens. Le Christ, de qui ce nom provient, avait subi la peine capitale sous le règne de Tibère, par sentence du procurateur Ponce Pilate ; et cette superstition pernicieuse, réprimée pour un temps, éclata de nouveau, non seulement en Judée, où le mal avait pris naissance, mais aussi dans la ville de Rome, où confluent et se célèbrent toutes les atrocités et toutes les hontes. »

    Suétone :

    Dans sa biographie de l’empereur Claude, incluse dans les Vies des douze Césars, Suétone écrit :

    « Comme les Juifs provoquaient des troubles continuels à l’instigation de Chrestus, il [Claude] les chassa de Rome. »

    Bien que l’identité de « Chrestus » soit sujette à interprétation, certains historiens y voient une référence à Christos (le Christ).


    Conclusion

    Flavius Josèphe, utile pour l’apologétique chrétienne, par ses récits empreints d’érudition et de diplomatie, éclaire les dynamiques complexes des mouvements juifs et chrétiens au Ier siècle. En tant que témoin privilégié des événements, cela offre aux lecteurs contemporains une perspective unique sur les origines du christianisme et les bouleversements politiques de son époque.

    Sources :

    • Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques (trad. en français, éd. Lévy, 1865).
    • Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs (trad. Eugène Nodet, 1897).
    • Études critiques sur le Testimonium Flavianum (Accès : https://www.persee.fr/doc/jds).
    • Vies des douze Césars, Suétone
    • Annales, Tacite

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