• Monarchie française, père Taparelli et justice sociale (Fide Post)



    Concept de justice « populiste » par Thomas Patrick Bruke (2014, US)

  • Dans le papier ci-dessous, nous avons nous même parlé de cette justice sociale, sous branche de la justice, développée hélas par un libéral en la personne de Rosmini, mais aussi par la récupération authentique du père Taparelli, par le Pape Léon XIII et les catholiques sociaux affiliés.

    Et, en effet, non seulement Louis XVI a employé l’expression, mais en plus, La Tour du Pin distinguait la justice sociale chrétienne de la justice sociale païenne (infidèle à Dieu, en faveur du laïcisme d’Etat de la République maçonnique).
    Il s’agit d’un caractère politique chrétien, non dénué d’un certain « populisme » légitime. Légitime dans la mesure où il ne sert pas à faire primer le bien individuel sur celui collectif et qu’il s’exprime verticalement, de Dieu, de l’Etat, vers le peuple dans ses classes sociales diversifiées.

    Quand Louis XVI employa l’expression de « justice sociale »

    Taparelli D’Azeglio : Aux Origines de la Justice Sociale – Fide Post

    La notion de « justice sociale » a principalement été un concept religieux dans la mesure où elle est issue de milieux religieux ; ses développements conceptuels prennent racine dans des déclarations officielles d’autorités religieuses et elle a été adopté de la façon la plus enthousiaste par des membres d’organisations religieuses. (…)

    Originellement, lorsque l’idée de « justice sociale » fut développée dans les années 1840, elle était un concept formel plutôt que matériel. J’entends par là que ce terme servait à simplement désigner une branche du concept ordinaire de justice, analogue à celui de « justice commutative » ou de « justice criminelle », et n’impliquait pas un contenu particulier, ni une philosophie particulière, ni une vision du monde spécifique. Il y avait alors plusieurs conceptions de la justice sociale : une vision conservatrice, une vision libérale et une vision socialiste, toutes étant à même de revendiquer la qualité de leurs conceptions. En d’autres termes, le concept de justice social était initialement une extension de l’idée traditionnelle et déjà existante de justice dans un nouveau champ d’application, à savoir, dans la société perçue dans son ensemble. Ainsi, il n’y avait pas besoin de développer un nouveau contenu, mais plutôt de nouvelles conditions d’application de la justice. (…)

    La notion de « justice sociale », en tant que concept autonome2, doit son origine au Risorgimento italien du 19e siècle. D’après ce que nous en savons, ce concept a été utilisé pour la première fois par le philosophe jésuite, Luigi Taparelli D’Azeglio, en 18433, dans les débats relatifs aux premiers mouvements du Risorgimento visant à unifier politiquement la péninsule italienne.4 En dépit de ses nombreux dialectes, la péninsule était depuis longtemps considérée comme faisant partie d’une même unité culturelle, un fait attesté, entre autres, par la fondation de l’Academia della Crusca en 1523 à Florence, dont la mission était d’étudier le vocabulaire de toute l’Italie. Mais en 1840, le territoire était divisé entre différentes puissances, incluant l’Autriche au nord, le Piémont au nord-ouest, les états pontificaux au centre, et le royaume de Naples. Cependant, Napoléon avait occupé tout le pays continental et bien qu’il l’ait divisé en plusieurs républiques, qu’il convertit ensuite en « royaumes », il appela l’un de ces derniers, «le « Royaume d’Italie » et gérait les affaires de la péninsule en la considérant en quelque sorte comme une unité administrative. Par exemple, le code napoléonien y fut introduit partout. Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne en 1815 restaura en grande partie les entités politiques qui avaient précédé Napoléon. Or, Napoléon a laissé derrière lui l’idée de l’unité italienne, de laquelle, en pleine vague romantique dans l’Europe du 19e siècle, émanait une puissante mystique à même d’influencer tout spécialement la classe moyenne, libérale et éduquée. Il ne fallut par longtemps pour que des mouvements se mettent à revendiquer l’unité nationale. Des mouvements révolutionnaires, tels que ceux des Carbonaris, émergèrent sur tout le territoire, mais périclitèrent assez tôt. En Janvier 1848, la révolution éclata en Sicile, conduisant à une guerre entre le Piémont, favorable à l’unification, et l’Autriche, qui y résista avec succès. Finalement, grâce à l’action de Cavour dans le Piémont et celle de Garibaldi dans le sud, le royaume unifié d’Italie fut établi en 1870. (…)

    L’opinion catholique était conservatrice, tout spécialement sous le règne du pape Grégoire XVI (1831-1846), et condamnait explicitement aussi bien le libéralisme que la démocratie. Par exemple, jusqu’à l’époque de la guerre civile américaine et la déclaration d’indépendance, les catholiques soutenaient l’institution de l’esclavagisme en principe, dans la mesure où celle-ci semblait avoir été admise par Saint Paul dans le Nouveau Testament. Le successeur de Grégoire XVI, Pie IX, eu toutefois initialement des considérations plus favorables au libéralisme et à la démocratie. (…)

    Note 4
    L’affirmation selon laquelle les pauvres ont un « droit » à la générosité est un hapax legomenon qui peut être compris dans le sens où les pauvres sont en droit de revendiquer cette générosité ; celle-ci est une obligation découlant de l’enseignement du Christ. La « justice sociale » devra attendre le Risorgimento. (…)

    Luigi Taparelli D’Azeglio, S.J. (1793-1862) en citations

    Voici en quelques mots la théorie de l’existence sociale basée sur les faits historiques et confirmée par ces mêmes faits. L’existence d’associations d’hommes unis par la nature, égaux entre eux par leur nature, mais inégaux par leurs personnes, libres dans leur aptitude à choisir et donc ayant besoin d’un principe d’unité : tels sont les faits principaux de l’histoire auxquels nous avons appliqué le principe universel du devoir. Les résultats de cette application sont : que l’homme a toujours besoin d’être gouverné, et qu’il l’est, de fait ; que celui qui gouverne est plus fort et qu’il possède l’autorité ; que les sujets ne sont pas souverains. Comparez cette théorie des faits de l’histoire avec l’hypothèse du contrat social, selon laquelle : l’homme est libre par nature, mais est enchaîné dans les faits ; est souverain de droit, mais sujet dans les faits ; est le créateur de la société, mais est créé par celle-ci en réalité ; confère l’autorité, mais n’a aucune part dans celle-ci dans les faits ; a conclu un pacte, mais ne l’a pas négocié ; n’a pas assuré tous ses droits et dans le même temps, il les a déjà concédés ; croit que tout État est une république, mais constate qu’il existe des monarchies ; croit que tous les hommes sont égaux, mais constate qu’il existe une hiérarchie des classes ; croit qu’il donne son consentement, mais constate des événements contraires ; croit qu’il a pouvoir d’établir des lois, mais en réalité ne fait que les recevoir…Je dis : Comparez ces deux doctrines, et jugez laquelle est véridique ! (…)

    Où donc est l’homme abstrait, cette humanité répliquée, cette notion qui m’a inspiré les premières esquisses de la justice sociale ? S’il existe des hommes associés à d’autres hommes, ils existent toujours dans le concret, toujours individualisés, toujours dotés de forces caractérisées par des qualités définies. Mais, lorsque je considère l’homme selon cette nouvelle perspective, quelle place faire à l’égalité ? Comparez l’âge et l’âge, l’intelligence et l’intelligence, la force avec la force, etc. ; partout, tout n’est que disparité entre les hommes : une disparité, en outre, qui découle de la nature, puisque c’est la nature qui forme l’individu comme elle forme l’espèce : ou plutôt, disons que la nature forme les individu et que l’homme perçoit les espèces. Ainsi, j’en conclus bien que tous les individus humains, sont naturellement inégaux entre eux dans tout ce qui relève de leur individualité, de même qu’ils sont naturellement égaux dans tout ce qui relève de l’espèce à laquelle ils appartiennent. Donc, l’activité humaine sera juste lorsqu’elle est adaptée aux différents droits de ceux avec qui l’on traite. Chez les individus, tout est inégalité, bien que l’égalité de leur nature soit totale. (…)

    Cette inégalité individuelle ne contredit pas leur égalité dans la nature de leur espèce, car les qualités de l’individu, relativement à celles de l’espèce, sont une addition. Or, si vous additionnez des quantités inégales à des quantités égales, n’est-il pas exact que les sommes seront inégales ? Par exemple, ajoutez à la propriété-espèce de l’homme, l’individualité du fils, et vous la trouverez en relation de débiteur vis-à-vis du père. Car en effet, être un fils signifie avoir recu la vie, et être un père signifie l’avoir donnée. Or, si le donneur et le récipiendaire se considéraient eux-mêmes uniquement comme étant dotés de la simple nature humaine, ils seraient égaux et ne se devraient rien à l’un et à l’autre. Mais si leurs comptes doivent être bien équilibrés au regard du fait que l’un des deux, comme individu, a reçu de l’autre, cet autre a droit à une compensation. Ainsi, la justice exige que le fils rende au père l’équivalent de l’existence qu’il lui doit.5 (…)

    « Beaucoup d’observations de Bastiat en faveur de la liberté de commerce s’accordent avec les enseignements de l’économie catholique. » « Il ne faut pas juger qu’il soit inutile pour un gouvernement catholique d’étudier la doctrine des économistes hétérodoxes sur la production et la répartition des richesses. Cette science de la production sera toujours nécessaire comme auxiliaire de la science catholique de l’ordre. » « Un traité sur l’économie catholique n’est pas autre chose qu’un traité sur la juste liberté économique ». « La liberté honorable, c’est le but. L’utilité n’est que le moyen de tout bon gouvernement. » (…)

    Si la science économique…veut nous montrer comment, par le pouvoir de l’intérêt personnel, la richesse se répartit entre le propriétaire, le capitaliste, l’ouvrier et le percepteur, elle doit aussi nous montrer que là où règne la charité catholique, la part du capitaliste et la part du propriétaire reviennent en grande partie dans les mains de l’ouvrier à la manière d’un baume, nivelant par la générosité les inégalités de fortune. (…)

    « Le juste ordre de la vie économique ne peut être abandonné à la libre concurrence des forces. Car de cette source, comme d’une source empoisonnée, sont nées et répandues toutes les erreurs de l’enseignement économique individualiste. »

    Source : Thomas Patrick Burke, The Origins of Social Justice : Taparelli D’Azeglio, 8 Octobre 2014, The Intercollegiate Studies Institute, traduction libre du Fide Post.

    Et le Fide Post va plus loin, dans un article suivant, en remontant aux sources royales :

    Louis XVI : Aux Origines de la Justice Sociale – Fide Post

    De fait, la notion de justice sociale est tout simplement centrale dans le catholicisme politique.

    En réalité, la France n’avait point attendu les révolutionnaires pour entamer une critique et une réforme juridique de ces usages effectivement dépassés et peu justifiables au 18e siècle. Ce processus de réforme et à vrai dire, de démantèlement de l’institution serve en France, avait déjà débuté au 14e siècle, par l’édit du 3 juillet 1315 du roi Louis X, selon lequel :

    Toute créature humaine doit généralement être franche par droit naturel. Le Roi condamne avec énergie le joug et la servitude, qui est tant haineuse et fait qu’en leur vivant, les hommes sont réputés comme morts et, à la fin de leur douloureuse et chétive vie, ils ne peuvent disposer ni ordonner des biens que Dieu leurs a prêtés en ce siècle.

    Certes, cet édit n’avait alors factuellement concerné que les deux bailliages de Senlis et du Vermandois. Il s’agissait cependant ici d’une première étape juridique et historique vers un processus visant à faire progressivement évoluer la société française au-delà des formes sociales féodales traditionnelles.

    Articles de sujets connexes :

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