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Publié le par Florian Rouanet
⚔️ Quand Bonaparte devient transalpin : Mussolini l'adopte en père tutélaire du nouvel Empire fasciste ⚜️
Patrie, élite, sacrifice : militarisme
⁂ Arène de combat
Ô lecteur studieux,
Vous tenez ici le fruit d’un curieux paradoxe : Mussolini, chantre de la résurrection impériale italienne, adulait un Corse… Empereur des Français ! En dépit des ressentiments de l’Italie post-risorgimentale envers les défaites napoléoniennes infligées à ses ancêtres, Il Duce fit de Napoléon un symbole suprême, latin, italianisé (bien que la culture corse soit passablement italianisée en effet), méditerranéen, mythifié.Ce n’était point là une passion de dilettante, mais bien l’infusion d’un idéal autoritaire et conquérant, redessiné à la mesure du fascisme.
Gouverner, signifiait forger l’Histoire, incarner l’État — et, dans cette quête, il se plut à retrouver dans Napoléon 1er son double idéalisé, son archétype martial, son reflet de bronze.Les citations, discours et hommages abondent, témoignent de cette vénération, tels des échos impériaux résonnant dans les travées du Palazzo Venezia.
Benito Mussolini a exprimé à diverses reprises son admiration pour Napoléon Bonaparte, qu’il considérait comme un modèle de chefferie charismatique et d’autorité centralisée.
☧ Bandage lexical
IMPÉRIALISME, subst. masc.
Doctrine ou tendance politique d’un État qui cherche à étendre sa domination politique, économique ou culturelle à d’autres territoires.MYTHE, subst. masc.
Représentation amplifiée, idéalisée d’un personnage, souvent chargée de significations symboliques.HÉRITAGE, subst. masc.
Ce qui est transmis par les générations passées, aussi bien matériel qu’immatériel, valeurs ou institutions.
☩ Vielle leçon érudite
« Napoléon est un mythe. Mais il est aussi plus qu’un mythe : un symbole vivant de la volonté, de la décision, de l’action. »
— Benito Mussolini, Discours de Mussolini, années 1920« Ce que Napoléon a fait en France, nous devons l’accomplir pour l’Italie. »
— Benito Mussolini, Carnets personnels de Mussolini, années 1920« La révolution est une idée qui a trouvé des baïonnettes. »
Benito Mussolini, Journal Il Popolo d’Italia, met en exergue une citation de Napoléon.« Depuis que je gouverne un grand pays, le respect que j’éprouve pour Napoléon ne cesse de croître. »
— Benito Mussolini, lors d’une visite privée aux Invalides, automne, 18 février 1929. Quando il Duce credeva di essere Napoleone, Avvenire, 18 février 2019.« Napoléon appartient à la même race que Dante et Michel-Ange : un génie absolu. »
— Benito Mussolini, Venezia, 28 octobre 1932. Il exalte la « généalogie italienne ». Avvenire – Quand le Duce se croyait Napoléon« Je sais que dans l’avenir…, lorsque tous les Italiens auront pleinement conscience de leur victoire, ils le répéteront avec fierté, comme les légionnaires de Napoléon, vingt ans après l’épopée napoléonienne : “J’étais aux Pyramides ; j’étais à Vittorio Veneto”. »
— Benito Mussolini, Réunion à Pola (Istrie), 21 septembre 1920.« Napoléon a montré ce que pouvait faire un homme seul, lorsqu’il est mu par une volonté de fer et une foi en son destin. »
— Benito Mussolini, Extrait des “Discours de Mussolini”, 1924« J’admire Napoléon non seulement pour ce qu’il a accompli, mais pour ce qu’il a incarné : l’État dans sa plus haute expression. »
— Benito Mussolini, Propos rapporté dans “Mussolini par lui-même”, 1935« L’Italie a besoin de retrouver l’esprit napoléonien : la discipline, la grandeur, le culte de l’honneur et de la patrie. »
— Benito Mussolini, Discours au Sénat, 1932
Σ Plan d’attaque par manche
💣 I. Mythe napoléonien au prisme fasciste
📜 II. L’italianisation du général corse
🪖 III. Guerre, gloire et pédagogie fasciste
🎬 IV. Napoléon à l’écran : propagande impériale
⚔ L’empereur méditerranéen réincarné
💣 I. Mythe napoléonien au prisme fasciste
« Napoléon est un mythe… et plus qu’un mythe : un symbole vivant de la volonté, de la décision, de l’action. » Ces mots signent chez Mussolini l’émergence d’un culte. Non point qu’un élan romanesque, mais une méthode de gouvernement. Le Corse n’était pas tant admiré pour sa francité, que pour sa capacité à faire plier l’Histoire à sa volonté.
À travers Napoléon, le Duce discerne la fusion de la Révolution et de l’ordre, le glaive ayant triomphé du désordre jacobin. De là naît l’ambition, déclamée : refonder l’État dans sa verticalité sacrée, au mépris de tout parlementarisme et d’égalitarisme efféminé.
📜 II. L’italianisation du général corse
Au premier chef, Mussolini n’avait cure de l’arrière-plan insulaire ou français du personnage : « Napoleone è della stessa razza dei Dante e dei Michelangelo », s’exclama-t-il. Le héros était réabsorbé dans la généalogie latine, italienne même. Le Corse devenait romain, le général devenait césarien, l’empereur transalpin.
Dès lors, Il Duce pouvait légitimement l’incorporer au panthéon national du fascisme, comme une émanation du génie italien déporté au-delà des Alpes. La greffe idéologique opérait : Napoléon devenait le prédécesseur providentiel de Mussolini.
🪖 III. Guerre, gloire et pédagogie fasciste
Mussolini aimait les parallèles historiques autant qu’il exultait les métaphores martiales. Dans un discours à Pola, il proclama :
« Les Italiens diront, comme les légionnaires de Napoléon : “J’étais aux Pyramides ; j’étais à Vittorio Veneto.” »Ainsi, la Grande Guerre italienne, si frustrante pour tant d’Italiens, devenait l’écho sacré de la campagne d’Égypte. Une mystique de la vertu guerrière prenait forme, sanctifiant les vétérans et appelant à une nouvelle expansion impériale, cette fois en terres africaines.
🎬 IV. Napoléon à l’écran : propagande impériale
En 1935, Mussolini coécrit le scénario du film Les Cent Jours de Napoléon. Cette entreprise, à la fois culturelle et doctrinale, visait à dresser un miroir entre deux Empires. Par l’image, le fascisme entendait se doter d’une continuité historique visible, modelée selon les fastes du Premier Empire.
Ce projet liait Rome et Berlin, Bonaparte et Hitler, mais surtout, affirmant la vocation universelle d’un Empire fasciste héritier de Rome.
🛎 Frappe chirurgicale inflige KO
Identité italienne, vertu guerrière, fierté nationale
En somme, si Bonaparte fut rejeté par bien des patriotes italiens comme un dominateur étranger ou un massacreur, Mussolini fit fi de ces griefs. Il le fit sien, le plia à son roman national, le naturalisa à rebours, en fit l’annonceur de la Renaissance fasciste.
Mais Napoléon fut-il italien ? Pas au sens stricte, assurément ! Mais c’est plutôt une utilisation rare, sinon cocasse pour un italien qui a généralement tant de choses à reprocher à l’Empire français, toutefois, cette utilisation s’avère ici politique ! Et la volonté mussolinienne reste animée d’une bonne culture et intelligence, animée de mille références.
Cela dit, la Corse comme l’Alsace et la Flandre maritime ont des histoires dramatiques, ces régions ont perdu leur nationalité et n’ont pu se développer selon leur génie propre en demeurant dans le pays de leurs pères. L’Alsace est purement allemande, la Corse est italienne aussi dans ses noms.
D’ailleurs, Mussolini n’a pas eu besoin d’italianiser ce qui est italien, car la langue maternelle de Napoléon ne fut pas le français, mais l’italien.Plus qu’un hommage, c’était une utilisation stylistique de l’Histoire, transfigurant un adversaire d’hier en prophète du jour. Le Duce, voulut être à la fois disciple, héritier racial et surpassant. Ce fut sa lubie au moins !
Post-Scriptum :
Comme tout mythe d’Empire, celui de Napoléon dans le fascisme fut une exaltation autant qu’une justification.
📚 Pour approfondir
- https://bibliotecafascista.
blogspot.com/2012/03/speech- in-pola-september-21-1920_3. html - https://podpulse.ai/podcast-
notes-and-takeaways/history- extra-podcast-napoleon-and- mussolini - https://www.avvenire.it/agora/pagine/quando-il-duce-credeva-di-essere-napoleone
La Rédaction
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