-
Publié le par Florian Rouanet
✊🖐️ Entre haine et fidélité, entre poing fermé et main ouverte
⁂ Arène de combat
Ô lecteur militant,
Voici que surgissent, au détour des siècles agités, deux signes en partie jumeaux dans leur forme, mais ennemis jurés dans leur substance.- Tous deux élèvent le bras, marquant hautement la posture d’un corps tout entier tendu vers un absolu.
- Mais là s’arrête leur similitude : l’un, poing clos, brandit sa révolte et sa hargne contre l’ordre du monde, supposé bourgeois ; l’autre, paume ouverte, consacre un salut, un serment, une promesse faite à quelque chose de supérieur — nation, justice, divinité ou chef.
Ces deux gestes, porteurs de densité, aux significations profondes, marquent la fracture historique entre la dialectique révolutionnaire du refus et la posture verticalisante de l’honneur.
Nous conterons ici, dans une veine à la fois rigoureuse et détachée, cette opposition gestuelle, bras de fer idéologique à ciel ouvert. De Roter Frontkämpferbund au Capitole, de la tribune des Jeux olympiques à celle des parades militaires, le bras s’est levé, en haine ou en hommage.
Fermeté et collaboration entre hommes, il n’y a que cela de vrai !

☧ Bandage lexical
POING, subst. masc. : main fermée. Symbole de force, de combat, de menace.
SALUT, subst. masc. : geste, parole ou attitude par lesquels on salue quelqu’un. Par ext., hommage, marque de révérence.
TÉLOS (du grec τέλος, « fin, terme, objectif ») : désigne, selon la philosophie aristotélicienne, la cause finale ou le but ultime d’une chose. Autrement dit, c’est ce vers quoi toute réalité tend naturellement et pour quoi elle existe, en ontologie (métaphysique) : c’est l’une des quatre causes explicatives : cause matérielle, cause formelle, cause efficiente, cause finale.
☩ Vielle leçon érudite
La civilisation c’est d’abord la politesse. Tout le monde s’accorde pour dire qu’être poli est la marque d’un civilisé. Être civilisé correspond donc, en premier lieu, à observer les usages du savoir-vivre, d’éducation et de courtoisie. Le salut et les salutations, soit par la parole, l’écrit ou le geste, constituent ainsi les premiers indices de la bienséance, du respect, de la déférence.
Saluer quelqu’un ou quelque chose, c’est rendre hommage à un être, une œuvre, un principe. Parmi les saluts ceux de la tête ou de la main sont les plus courants. Depuis des millénaires, chaque fois qu’un homme s’engage à servir, jure de dire la vérité, promet de tenir parole, affirme son honnêteté, rencontre un ami ou exprime sa gratitude, il lève naturellement le bras droit plus ou moins haut avec la main bien ouverte. Ce signe d’engagement, de bienvenue, d’amitié, est incontestablement le symbole le plus répandu de l’humanité civilisée.
Du légionnaire de Rome au barde celtique, de l’athlète olympique au chevalier médiéval, du fédéré du Champ de Mars au soldat vers le drapeau, du témoin devant le tribunal au sportif sur le stade, le bras droit levé paume de la main visible fut et demeure le geste rituel de l’humanité authentique, de celle qui croit, travaille, lutte et joue franc-jeu.
Quant à l’emploi systématisé de ce geste dans le monde politique contemporain, du début de l’Italie mussolinienne à l’achèvement de l’Espagne franquiste, en France même, il faut savoir que la main ouverte brandie répondait à la main fermée, au poing haineusement tendu, des marxistes de toutes obédiences ; et aussi s’opposait à l’image de la main cachée, qui désigne l’alliance des forces occultes dirigeantes et des puissances du gros argent corrupteur.
La main droite ouverte dressée vers le ciel, reflétant spirituellement l’image du soleil vers la terre, n’est pas un monopole national ou partisan, mais une part du patrimoine indivis de la civilisation. Vouloir réduire son usage à un pays en particulier ou à une seule catégorie idéologique, en prétendant mettre dans le même sac indistinctement tous ceux qui l’on utilisé ou qui le font encore, c’est le but commun intéressé des tenants de la main fermée et de la main cachée, alors que présentée ou tendue la main ouverte a toujours été un signe universel de paix et d’amitié. Pour les Français, le fait est que sous des formes variées, le salut à la romaine ou olympique a été utilisé de la monarchie du roi Saint-Louis à l’État national du maréchal Pétain, y compris dans l’entre-deux grandes guerres du siècle dernier lors de la 8ème olympiade, en 1924 à Paris, et de la 11ème en 1936 à Berlin où toute l’équipe nationale française participante salua unanimement de la sorte la tribune officielle.
Le salut militaire français, par sa présentation de l’intérieur de la main droite, est le témoin persistant de ce geste de sincérité et de droiture.
— Pierre Sidos, Le salut à la romaine ou olympique, le 29 mars 2011
Σ Plan d’attaque par manche
💥 Programme du quadrilatère
I. ✊ Le poing serré, outil de rupture
II. 🖐️ La main levée, vecteur d’ordre
III. ⚖️ Deux gestes, deux philosophies, récupérations
I. ✊ Le poing serré, outil de rupture
Ce geste n’a point jailli du noble autel, mais des catacombes pro-prolétaires. Le poing fermé, brandi, trahit l’intention de combat, de rupture, de haine — il est une main refusant de s’ouvrir, une main qui geint et frappe à la fois.
Vers 1924, les milices rouges allemandes — Roter Frontkämpferbund — en firent leur salut anti-fasciste. Plus tard, les Brigadas Internacionales lors de la guerre civile d’Espagne (1936–1939), puis les gauches militantes de toute obédience s’en emparèrent.
En 1968, les athlètes noirs américains Smith et Carlos imposèrent ce signe sur le podium olympique. Là, le poing désignait l’exclusion, la plainte communautaire, l’hostilité au « système blanc », à rebours de l’universalisme sportif en cadre occidental.
Aujourd’hui, ce signe n’a point changé de fonction : Black Lives Matter, Antifa, Lutte Ouvrière, tous s’y réfèrent pour signifier la permanence d’un rejet viscéral. Poing fermé, cœur fermé, esprit fermé. On n’ouvre pas ce que l’on hait.
C’est le geste du traine-savate subversif, le soubresaut du désœuvré cosmopolite, la crispation du « monde égalitaire » en faillite.
II. 🖐️ La main levée, vecteur d’ordre
En Italie, la main tendue salua également les rayons du soleil - sans lesquels nulle vie ne serait possible !
La main droite levée, paume ouverte, rappelle quant à elle des siècles de liturgies antiques, de fidélités jurées, d’ordres hiérarchiques assumés.
Enracinement civilisationnel oblige, le peintre David, dans Le Serment des Horaces (1784), en esquissa la forme : bras tendus vers la patrie. Ave Caesar, disaient les soldats romains. C’est de cette matrice qu’émergea le salut fasciste, codifié par le squadriste Gabriele d’Annunzio dès 1919 lors de la prise de Fiume.
En parallèle, même aux États-Unis, le Bellamy Salute accompagnait le serment d’allégeance à la bannière étoilée. Il fut supprimé en 1942, soupçonné de parenté séditieuse avec les dictatures européennes.
Dans les armées, dans les stades antiques, dans les tribunaux — on tend la main ouverte pour jurer de dire vrai, pour saluer la communauté, pour consacrer le divin. Ce geste est une offrande, un signe d’ouverture vers l’imperium.
Aussi, chez l’auteur Daluces, le salut allemand serait le salut de la confiance signifiant que nous n’avons pas d’arme ou que nous ne braquions pas quelqu’un.
Il sied aux cadres, aux chefs, aux militants, aux patriotes : il est le sceau visible d’un ordre accepté, d’une verticalité consentie, appliquée.
III. ⚖️ Deux gestes, deux philosophies, récupérations
Vecteurs gestuels d’une opposition doctrinale
Le poing fermé marxiste exprime la cachoterie, la vindicte, la désobéissance sauvage, les grèves et les contestations. C’est l’arme des masses désaxées, de l’individu révolté, du groupuscule clandestin. Il étreint la colère.
La main ouverte fasciste, elle, est la marque d’un monde ritualisé, discipliné, hiérarchique. Elle signifie à la fois l’hommage, la fidélité et le salut. Elle tend vers le telos.
Ce sont là deux rapports au monde. L’un déconstruit — sinon s’autodétruit ! —, tandis que l’autre bâtit. L’un abolit, l’autre sacralise. Le second entre sur le chemin de la chrétien tandis que le premier le nie jusque dans son « anti-ordre » propre.
Des deux côtés, on tente des réutilisations, parfois des détournements. Des néo-nationalistes mous et gauchisés s’essaient au poing. Certains groupes populistes en viennent à refuser le salut national au nom de la peur médiatique d’un « amalgame », lequel fulmine très vite.
Mais rien n’y fait : le corps parle plus fort que les mots. L’instinct mémoriel rattache toujours ces gestes à leur souche idéologique. Et chacun, au fond, sait bien ce qu’il proclame en élevant son bras.
🛎 Frappe chirurgicale inflige KO
Posture n’est point posture sans arrière-fond, sans vertu. Ces deux gestes, ces deux portés de bras, expriment deux visions du monde irréconciliables. Le premier, poing serré, récuse l’ordre, ou ne l’utilise que dans son sens idéologique et sectaire véritablement, conspue la forme, nie la hiérarchie. Il se veut horizontal, conflictuel, subversif.
Le second, main ouverte, revendique l’ordre, la fidélité, le devoir. Il s’inscrit dans une tradition politique traditionnelle et chrétienne où le corps même devient reflet du divin.
Le combat du fascisme contre le communisme est à la fois idéologique, symbolique et eschatologique !
Le poing hurle. La main salue.
Le poing menace. La main honore.À chacun son geste — à chacun son univers.
Post-Scriptum : L’histoire ne saurait se réduire à des caricatures idéologiques. Le salut fasciste lui-même, rappelons-le, doit autant à Rome qu’aux plébiscites modernes ; et le poing levé emprunte parfois au nationalisme de gauche. Mais leurs usages contemporains, eux, ne laissent plus guère de doute.
- De la faucille au fémur ? Non, la verticalité ou la mort : pourquoi la « droite » construit et la « gauche » démolit !
— La Rédaction
📚 Pour approfondir
- Giorgio Locchi est célèbre pour son essai L’essenza del fascismo (1981), dans lequel il explore la « palingenesi » (renaissance nationale), l’indoeuropéisme, Nietzsche, Spengler, Wagner et l’usage du mythe comme fondement d’une doctrine fasciste renouvelée
🥊 Nos articles de la Straße
Napoléon vu par Mussolini : le Corse enflamma la romanité du XXᵉ siècle
Diplomatie pontificale : quand Rome composait sans jamais se compromettre
Limpieza de sangre/pureté de sang : mémoire d’un critère chrétien oublié
Qu’est ce que le Fascisme? Réponse à Umberto Eco sur sa piètre définition du Fascisme (Ugo)
Le simpisme tradi-natio : chronique d’un effondrement en jupette, littéralement !
Les réprobations écclésiastiques à l’encontre des écrits fumeux de Maria Valtorta
Réflexion et révolution partie V : Kairos grec & accélération historique

6 commentaires
Réagissez à cet article !