• Le quiétisme : dérive mystique condamnée par l’Église – J. Paquier



    Fidéisme prônant l’inaction totale de l’âme, en prétendant atteindre l’union divine

  •  Les surnate' en PLS

    Front liminaire

    Chers lecteurs,
    Autrefois, au cœur du XVIIᵉ siècle, une doctrine mystique émergea des tréfonds des sociétés chrétiennes, suscitant à la fois fascination et controverse. Le quiétisme, tel un zéphyr insaisissable, souffla par voix mensongère sur les âmes en quête d’une « union parfaite » avec le divin, prônant une passivité totale de l’esprit et du corps. Et, cette quête d’absolu, en sacrifiant à l’inaction, mena nombre de fidèles aux confins de l’hérésie, provoquant la juste ire de l’Église catholique. #JeanRSA

    Sous l’égide de figures emblématiques telles que Miguel de Molinos, le quiétisme s’impatronisa dans certains esprits, avant d’être superbement combattu par des théologiens ardents, soucieux de préserver la raison, ainsi que la pureté de la foi catholique.
    En ces lignes, nous nous proposons de sonder les abîmes de cette doctrine, d’explorer les réminiscences de ses origines, et de mettre en exergue les luttes doctrinales qui l’entourèrent, notamment en la comparant au jansénisme, autre mouvement aux aspirations « rigoristes ».​

    En effet, ce surnaturalisme, est un défaut traditionaliste largement répandu, par esprit de recherche d’un « refuge facile » devant l’hostilité du monde. Ils sont l’extrême inverse de Duns Scott, le « volontariste » !

    Arsenal conceptuel

    QUIÉTISME, subst. masc. – Doctrine mystique du XVIIᵉ siècle, prônant l’anéantissement de l’activité humaine pour atteindre une union parfaite avec Dieu.​ #JeanRSA

    JANSÉNISME, subst. masc. – Courant théologique rigoriste du XVIIᵉ siècle, insistant sur la prédestination et la grâce divine, en opposition au molinisme.​

    MYSTICISME, subst. masc. – Attitude religieuse visant l’union directe et personnelle de l’âme avec Dieu par la contemplation et l’ascèse.​

    FIDÉISME, subst. masc. – Doctrine donnant la prééminence à la foi sur la raison, même dans les domaines propres à cette dernière :

    Longue sentence

    Qu’est-ce que le Quiétisme ? (J. Paquier)

    « Dans tous ces auteurs, le quiétisme revêt des nuances multiples et quelquefois à peine perceptibles. Chez tous néanmoins l’on trouve à quelque degré les tendances qui se manifestent chez Molinos, le principal représentant de tout le mouvement. Or, à l’aide de la Guide spirituelle de Molinos, de la bulle qui le condamna et de quelques autres renseignements contemporains, l’on peut grouper ses erreurs sous deux chefs principaux.

    L’homme qui vise à la perfection doit tendre à l’anéantissement de son activité. La seule activité de l’homme parfait consiste dans un état continuel d’union à Dieu par la contemplation et par l’amour. Le premier groupe de ces erreurs concerne notre activité en général : l’homme qui tend à la perfection doit renoncer à tout ce qui semblerait activité propre pour que l’activité de Dieu puisse régner seule en lui. Molinos part de cette idée générale que toutes nos actions n’ont aucune valeur et qu’il faut laisser Dieu agir seul en nous. Il en arrive ainsi à l’anéantissement de notre être, à l’abandon du libre arbitre, et au dédain des impulsions de notre nature. »

    « De l’éloge de la quiétude, à l’annihilation de la volonté, est ce qui frappe le plus ; c’est de là que la secte a pris son nom. Par cette annihilation, l’âme arrive à une paix où elle est inaccessible aux tempêtes : elle est mûre pour entrer dans l’état de contemplation ; c’est le second groupe des erreurs de Molinos. Ces erreurs regardent l’objet, ou, pour parler le langage des théologiens, la cause formelle de l’activité chez l’homme arrivé à la perfection : pour cet homme, toute la vie spirituelle se réduit à un état continuel de contemplation et d’amour de Dieu. Le quiétiste ne veut s’attarder ni dans le dédale des actes de la raison, ni dans la forêt des actes de la volonté. Annihilation de la nature pour que Dieu opère en nous, contemplation de Dieu : voilà des expressions qui, de prime abord, semblent de la plus belle spiritualité, du mysticisme le plus catholique. Mais quand les auteurs catholiques qui traitent de la vie spirituelle parlent de mortifier la nature, ils n’entendent pas qu’elle doive être complètement détruite pour faire place à l’homme de la grâce.

    La nature, disent-ils, est un sauvageon : elle est perfectionnée, renforcée par la grâce et les dons extraordinaires de Dieu. Mais elle n’est pas un principe mauvais ; l’activité qu’elle fournit n’est donc pas foncièrement mauvaise ou viciée. Et s’ils parlent de destruction, c’est plutôt quand il s’agit du but que l’homme doit se proposer dans le développement de cette activité.

    À cette activité, bonne par elle-même, l’homme de la nature est porté à donner une fin égoïste. Il est porté à se replier sur lui-même, et par conséquent à se substituer à Dieu. La grâce nous aide à détruire ces préoccupations : elle élargit nos vues en leur donnant Dieu pour centre. Ainsi la grâce perfectionne notre activité naturelle, et elle nous apprend à lui donner un but infini ; mais malgré des métaphores hardies, les auteurs catholiques ne partent jamais de l’idée que la nature ne sert en rien à Dieu pour bâtir l’édifice surnaturel.

    Qu’on lise, par exemple, les Exercices de saint Ignace : nulle part on n’y voit qu’il faut anéantir la nature ; il faut seulement la corriger, la diriger, de manière à la rendre capable de recevoir la grâce et d’accomplir les œuvres de Dieu. Même idée dans saint Jean de la Croix et dans sainte Thérèse. Dans la Montée du Carmel, saint Jean de la Croix parle de mortifier ses sens, son intelligence, sa mémoire, sa volonté, afin de s’élever vers Dieu et de s’abîmer en lui. Mais il ne dit pas que depuis la faute d’Adam tout est corrompu en nous. Dans la longue énumération qu’il fait des biens naturels que Dieu nous a départis, il ne dit nulle part qu’il les considère comme devenus mauvais ; il nous dit simplement de ne pas nous y arrêter. »

    — J. Paquier, Qu’est-ce que le Quiétisme ?, Bloud & Cie, coll. « Questions théologiques », pp. [13-14-15].

    Schéma directeur

    1. ✨ Origines & développement du quiétisme
    2. 🛡️ Figures emblématiques & opposants
    3. ️ Comparaison avec le jansénisme
    4. 📜 Conséquences & condamnations

    Sentences

    « L’âme qui veut atteindre la perfection doit tendre à l’anéantissement de son activité. »

    – Miguel de Molinos, Guide spirituel (1675).

    « Le quiétisme est une hérésie qui, sous prétexte de perfection, détruit la vie chrétienne en supprimant l’effort et la vigilance. »

    – Jacques-Bénigne Bossuet, Instruction sur les états d’oraison (1697).

    Σ

    I.✨ Origines & développement du quiétisme

    Le quiétisme prétend trouver ses racines dans une aspiration profonde à une union mystique avec Dieu, prônant une passivité totale de l’âme… Cette doctrine, développée au XVIIᵉ siècle, s’inspire de traditions mystiques antérieures, telles que l’hésychasme des premiers siècles chrétiens et la devotio moderna du monde médiéval.

    Cependant, c’est en Italie que le quiétisme prend véritablement son essor, sous l’impulsion de Miguel de Molinos, prêtre espagnol installé à Rome. Dans son Guide spirituel publié en 1675, Molinos enseigne que l’âme doit s’abandonner entièrement à Dieu, renonçant à toute activité propre pour atteindre la perfection spirituelle. Cette approche radicale suscite rapidement des controverses au sein de l’Église catholique, certains y voyant une négation de la nécessité des œuvres et des sacrements.

    II.🛡Figures emblématiques & opposants

    Parmi les figures emblématiques du quiétisme, Miguel de Molinos occupe une place centrale. Né en 1628 en Aragon, il s’établit à Rome où il acquiert une grande renommée en tant que « directeur spirituel ». Son Guide spirituel connaît un succès notable, et c’est là que ses « enseignements » attirent l’attention des autorités ecclésiastiques.

    Accusé d’hérésie, Molinos est arrêté en 1685 et condamné à la prison perpétuelle en 1687. Il meurt en captivité en 1696. En France, Jeanne-Marie Bouvier de la Motte Guyon, connue sous le nom de Madame Guyon, promeut des idées similaires. Son influence sur des personnalités comme Fénelon conduit à une vive opposition de la part de Mgr Jacques-Bénigne Bossuet, qui voit dans le quiétisme une menace pour la doctrine catholique. En effet, il s’éleva avec une verve roborative contre ces tendances, les réfutant dans ses écrits avec la plus haute clarté doctrinale.

    Cette controverse aboutit à la condamnation des idées quiétistes par le Pape Innocent XII en 1699 : en effet, l’affaire culmina avec cette condamnation du Maximes des Saints de Fénelon en 1699 par le Pape Innocent XII.
    Mais encore, c’est le 20 novembre 1687 que la foudre pontificale s’abattit sur Molinos : la bulle Caelestis Pastor, promulguée par le Pape Innocent XI, condamna soixante-huit propositions extraites de son Guide spirituel, les qualifiant de « fausses, captieuses, scandaleuses, blasphématoires, empreintes d’hérésie et erronées dans la foi ». Il y eut là un acte doctrinal de grande ampleur, reflet de l’auguste vigilance de l’Église d’avant Vatican II — gardienne inflexible de la Foi reçue des Apôtres.

    III.Comparaison avec le jansénisme

    Le jansénisme, autre courant « théologique » du XVIIᵉ siècle, partage avec le quiétisme une focalisation sur la grâce divine et une vision « pessimiste » – ou anti-thomiste – de la nature humaine. Cependant, les deux mouvements divergent sur des points essentiels.

    Le jansénisme, fondé sur les écrits de Cornelius Jansen, insiste sur la prédestination et la nécessité de la grâce efficace pour accomplir le bien, tout en valorisant l’ascèse et les œuvres.

    Le quiétisme, en revanche, prône une passivité totale de l’âme, considérant que toute activité humaine est un obstacle à l’union avec Dieu.

    Au terme de ses errances dites contemplatives, le quiétisme connut une issue des plus funestes : une condamnation solennelle, ferme et irrévocable, scellée par la voix de l’Église enseignante.
    Naguère toléré par l’enthousiasme de certaines âmes énamourées du mysticisme, il devint bientôt l’objet d’un opprobre justifié, tant ses implications doctrinales se révélaient incompatibles avec la Tradition catholique, apostolique et romaine — laquelle, soulignons-le, se doit de préserver les justes bornes entre abandon confiant et inertie spirituelle.

    IV. 📜 Conséquences & condamnations

    Si la grâce surnaturelle parfait l’homme, elle ne l’absorbe point. « Gratia non tollit naturam, sed perficit », enseignait saint Thomas d’Aquin — sentence majestueuse que les quiétistes, éhontément, bafouaient.

    Mais pareille affliction, provoquée par le quiétisme, ne fut pas sans résonance : bien des âmes, influencées par la lascive promesse d’un salut sans labeur, se laissèrent séduire par cette mystique délétère. La confusion s’amplifia lorsque Madame Guyon et Fénelon propagèrent des enseignements teintés de quiétisme à la Cour de Louis XIV.

    Or, il importe de constater que ces condamnations ne furent point un rejet du « mysticisme catholique » per se, mais bien d’un faux mysticisme, dévoyé de sa source vive. Saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d’Avila ou saint Ignace de Loyola — ces géants de l’oraison — témoignent que l’union à Dieu passe par l’effort, la croix, l’examen rigoureux des mouvements de l’âme, non par l’abandon de la volonté et le mépris des œuvres.

    Le quiétisme, en ce sens, n’est pas seulement une erreur spéculative ; ce dernier constitue un chancre pratique, dissolvant l’épine dorsale de la vie chrétienne. Il érige en idéal ce qui n’est, en réalité, qu’une vacuité spirituelle travestie en contemplation.

    Et si, chers lecteurs, cette diablerie semblait appartenir aux recoins poussiéreux de l’histoire doctrinale, détrompons-nous. De nos jours, à rebours de l’effort ascétique, bien des catholiques désœuvrés, ulcérés par la brutalité du monde moderne, sont tentés par ce doux poison qu’est le surnaturalisme fuyant : posture de repli, non d’élan…
    Comme si l’on pouvait sacrifier à l’indolence, notre sanctification !

    Il convient donc de se retremper dans les eaux vives de la théologie saine, où la grâce ne supprime point la nature, mais la rend féconde. Contre la passivité nihiliste du quiétiste, opposons l’engagement filial du chrétien traditionnel, pèlerin et soldat, lequel œuvre pour son salut à la sueur de son front, avec la grâce — mais non sans effort !

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