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Publié le par Florian Rouanet
Catholicisme de Tradition, constat Sede Vacante et nécessité d'un Concile Général Imparfait
Préambule :
Laurent Morlier, figure plus ou moins notable des milieux étiquetés traditionalistes/sédévacantistes français, en tant que patron des éditions DFT et fidèle de la « chapelle Saint-Pie-V », se distingue par une posture singulière : le survivantisme – soit le fait, qu’il y aurait un bon vrai Paul VI, enfermé et encore en vie, et un mauvais faux Paul VI moderniste, le dernier ayant prétendu diriger la véritable Église du Christ.
Tout en reconnaissant lui-même l’illégitimité des « papes conciliaires », il formule une critique sévèrement injuste des actions traditionnalistes, de la défense de ladite juridiction universelle des évêques, entre autres choses.
Ainsi, ce monsieur rejette ledit conclavisme, en tatnt que solution providentielle et catholique, à la vacance prolongée du Siège apostolique.
Son rejet du Concile général imparfait pour notre temps, donc d’une possible solution élective pose une grave difficulté doctrinale : si le Siège de Pierre est vacant depuis 1958, comment peut-on défendre l’indéfectibilité de l’Église sans chercher à pourvoir au trône pontifical ?
En effet, nous sommes « d’accord » avec lesdits conciliaires conservateurs, en ce sens, qu’il ne faut pas faire abstraction de la Divine constituion de l’Eglise par anarchisme mal placé, toutefois sans appliquer le curseur juridiction à la Rome moderniste, comme le ferait le guérardisme classiquement.

Pièces à conviction avant sommaire !
Suite à des échanges épistolaires interposés, dont nous avons été l’objet, d’environ décembre 2022 à juillet 2024, nous avons lu et reçu ce type de missives numériques, émanant des messieurs Laurent Morlier et Gérard Laurençon (davantage sédévacantiste solitaire).
Laurent Morlier en décembre 2022 :
L’encyclique de Pie IX Etsi Multa ou encore Satis Cognitum (Léon XIII) est très claire : il est impossible que l’Église hiérarchique (ayant juridiction ordinaire) disparaisse totalement, soit par défection, soit par inexistence. Dans les deux cas de figure, les sedevacantistes sont visés (sauf le survivantisme).
Donc, de quels « évêques fidèles » parlez-vous ? Mgr Guérard l’a écrit lui-même : parlant d’une telle assemblée d’évêques de la Tradition, sans juridiction : « Elle ne serait pas habilitée à restaurer la Hiérarchie. » Donc, la survie de l’authentique Église catholique passe obligatoirement et nécessairement par des évêques encore en vie ayant eu juridiction ordinaire d’un vrai pape, puisqu’à ce niveau il ne peut y avoir une interruption !
NDLR :
Cela fonctionne c’est entendu, mais en situation régulière, avec un véritable Pape – ce dont les catholiques fidèles au dépôt de la foi sont hélas dépourvus, faute aux traditionnalistes attentistes majoritaires.
En outre, il est question en ici de juridiction particulière traitant d’un territoire donné par exemple, et non de la juridiction conférée par Dieu à chaque évêque lors du sacre.
Dans notre cas, il faut redescendre à l’échelle, nécessaire et encore valide, des évêques ordonnés dans le véritable rite de l’Église. Ces « princes de l’Eglise », égaux aux apôtres, sont les dépositaires de l’autorité légitime, surtout lorsqu’ils l’assument, afin enfin de vouloir et d’espérer rétablir un chef visible, duquel toute la juridiction dépendra ensuite : cela est quand même autre chose qu’une très éventuelle (thèse hautement complotiste) momie vivant « dans les geoles du Vatican ».
Gérard Laurençon, toujours en decembre 2022 (bien que nous ayons échangé plus récemment), d’une personnalité certes rigide, mais originale, il dit parfois ce que personne n’ose trop dire :
Nous savons très bien ce qui est catholique aux yeux de Vincent Morlier. Nous savons trop bien que pour vous l’Eglise fondée par J-C c’est la même que celle fondée par Paul VI même si la première n’ a été fondée qu’avec une seule religion et que la seconde consiste à rassembler toutes les fausses. (…)
Toi, Morlier, ta très doctrinale démonstration prouve quoi ?
Que TOUTE LA JURIDICTION DE L’EGLISE depuis Vatican II n’est là QUE pour enseigner toutes les fausses religions au profit de l’INDISCUTABLE ET INCONTOURNABLE Eglise de toutes les religions.
Voilà à quoi nous conduit Morlier, le grand justicier du Droit Canon !
Clément Lécuyer pour Sede Vacante, formulant une critique :
Le Montini qui fut élu « pape » était un ennemi acharné de l’Eglise, un fervent défenseur de l’hérésie moderniste. (…)
De plus, cette théorie est difficilement admissible au regard de la raison humaine ; né en 1897, Montini aurait bientôt 118 ans [128 ans à l’heure où nous écrivons] et serait donc l’homme le plus âgé du monde ! (…)
Il n’est pas exclu que Montini ait été remplacé, mais nous rejetons le reste des affirmations des survivantistes selon lesquelles « Paul VI, Pape est toujours en vie, exilé, attendant l’heure de Dieu pour retrouver le siège de Pierre ».
Paul VI doit-il revenir ? Ce que nous pouvons penser du « survivantisme »
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Sommaire :
I. Survivantisme & rejet du conclavisme : une incohérence doctrinale
II. L’erreur sur l’infaillibilité & l’acceptation pacifique d’un « pape »
III. Un rejet du droit canonique au profit d’une position isolée
IV. L’illusion du statu quo : refuser d’agir, c’est « condamner l’Église »☧
I. Survivantisme & rejet du conclavisme : une incohérence doctrinale
Laurent Morlier défend l’idée que Paul VI n’a jamais été pape, ce qui le rapproche des sédévacantistes. Cependant, il refuse la nécessité d’un concile général imparfait, arguant qu’il n’appartiendrait à personne de désigner un successeur légitime, sinon à un très hypothétique vrai Paul VI.
Mais admettons que’au début, Paul VI ait été pape : il a promulgué en tant que pape par le Concile des documents, revêtus des notes d’infaillibilités, des erreurs (liberté religieuse pour n’en citer qu’une), donc un pape infaillible aurait bien failli. Ainsi, votre Eglise, cher monsieur, a bien défailli. Belle avancée !
Cette position est contradictoire, car l’Église a toujours su retrouver un Pape, même après des schismes ou des crises profondes.
Le Concile Vatican I proclame avec fermeté :
« Ce que le Christ notre Seigneur, chef des pasteurs et pasteur suprême des brebis, a institué dans le saint apôtre [Saint Pierre] pour le salut éternel & le bien de l’Église doit nécessairement, grâce au même promoteur, se poursuivre sans interruption dans l’Église, laquelle, fondée sur la pierre, subsistera ferme jusqu’à la fin des siècles. »
— Concile Vatican I, Constitution dogmatique sur l’Église du Christ, Session 4, chapitre 2Si l’Église doit subsister « sans interruption », alors elle doit nécessairement élire un Pape lorsqu’elle en est privée.
Laurent Morlier prétend que personne ne peut organiser une telle élection, mais cette affirmation contredit l’histoire ecclésiastique :
- En 1409, lors du Grand Schisme d’Occident, le concile de Pise tenta de résoudre la crise, et bien que cet effort ait échoué, il fut suivi par le concile de Constance qui mit fin au schisme.
- Au XIe siècle, le Pape Nicolas II institua l’élection pontificale par les cardinaux, mais auparavant, les évêques « romains » et les éventuels fidèles désignés avaient parfois choisis (à travers Dieu bien sûr) eux-mêmes un successeur.
NB : La romanité n’est pas dans les notes de l’Églsie, mais l’Eglise est romaine par définition, sans obligation géographique.
Ainsi, l’Église n’est pas impuissante face à la vacance du Siège de Pierre. Elle dispose d’un pouvoir d’auto-organisation lorsqu’il s’avère nécessaire, par la dévolution de l’autorité et le principe d’Epikie.
II. L’erreur sur l’infaillibilité & l’acceptation pacifique d’un « Pape »
L’acceptation universelle de Paul VI (le faux supposé…) en 1963 ne suffit pas à prouver sa légitimité, car il était hérétique avant même son élection.
Or, il y eu du remous, en témoigne les réactions, certes imparfaites, de l’abbé Georges de Nantes ou de Mgr Lefebvre, ou encore, et dès le début, du Père Saenz y Arriaga, ayant fait le bon constat et trouver la solution de crise, « naturel » à la constitution divine de l’Église.
Ce point est parfaitement défendable en soi, mais il pose un dilemme crucial :
- Si Montini n’a jamais été Pape, alors l’Église fut privée d’un Pape depuis 1958.
- Si cette situation ne peut perdurer éternellement sans une solution, alors un conclave/concile général doit être envisagé.
Or, Laurent Morlier rejette cette solution tout en refusant d’admettre l’indéfectibilité de l’Église dans une telle vacance, fut-elle prolongée. Il critique la thèse conclaviste, mais n’apporte aucune solution viable, se réfugiant dans une critique « pure » et doctrinale, en tournant en rond.
III. Un rejet du droit canonique au profit d’une position isolée
Morlier accuse, en filigranne ou frontalement, les évêques sédévacantistes d’être « errants » (episcopi vagantes) et de n’avoir aucune juridiction, citant Pie XII :
« Aucune personne ou assemblée, de prêtres ou de laïcs, ne peut s’arroger le droit de nommer des évêques ; personne ne peut conférer légitimement la consécration épiscopale sans la certitude préalable du mandat pontifical. »
— Pie XII, Ad Apostolorum Principis (1958)Cependant, cette affirmation est à replacer dans son contexte : lorsque le Siège apostolique est rempli, « occupé légitimement », le Pape seul peut nommer des évêques.
Mais que se passe-t-il en cas de vacance prolongée ?
Le Cardinal Billot répond :
« Lorsqu’il serait nécessaire de procéder à l’élection du souverain pontife, s’il s’avérait impossible d’appliquer les directives du droit papal, comme ce fut le cas du temps du Grand Schisme d’Occident, on doit accepter sans difficulté que le pouvoir d’élection puisse être transféré à un concile général. »
— Cardinal Billot, De Ecclesia ChristiAinsi, les sacres, dits traditionnalistes comme sédévacantistes, ne sont pas invalides en soi, au contraire, ils sont ceux qui sont plus pleinement catholiques – et la nécessité d’une élection pontificale demeure.
Morlier refuse d’admettre ces points, préférant condamner les évêques traditionalistes « sans mandat », mais sans proposer d’alternative pour restaurer une Eglise plus visible, ainsi qu’une hiérarchie légitime.
IV. L’illusion du statu quo : refuser d’agir, c’est « condamner l’Église »
C’est ainsi que nosu devons nous garder de l’hyper critique, ne se contentant que de « réfuter » faussement, sans jamais apporter de solution viable.
- Il rejette l’indéfectibilité de l’Église en soutenant une vacance sans fin et en ne la basant que sur un très très éventuel « vrai Paul VI ».
- Il dénonce les évêques non modernistes, sans proposer de structure hiérarchique viable.
- Il condamne les sacres épiscopaux, sans envisager comment l’Église pourrait continuer d’exister sans Pape régnant.
Or, la situation actuelle est quasiment sans précédent :
- Il n’y a plus de hiérarchie reconnue issue de la Rome moderniste (ordonnés dans le soi-disant nouveau rite à 99%).
- Il n’existe plus d’autorité capable de convoquer un conclave selon les « normes habituelles » – de plus, les cardinaux sont une création tardive et non essentielle à son essence.
- L’Église ne peut pourtant pas rester dans cet état indéfiniment…
Face à cela, il faut prier et vouloir restaurer l’ordre hiérarchique de l’Église, de façon plus visible, et non se contenter d’un immobilisme hyper critique et stérile.
Et ce, l’image de M. Laurent Morlier reconnaissant l’effondrement de la hiérarchie moderniste, en prétendant que rien ne peut être fait pour remédier à ce « manque » d’autorité. Sa conception « condamne l’Église » à rester sans chef visible, ce qui est contraire à sa nature divine et à sa mission.Si le Siège de Pierre est vacant, il DOIT être pourvu.
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » (Matthieu 16,18)
M. Morlier a, en outre, rédigé contre ledit conclavisme, ainsi que contre Maxence Hecquard et la juridiction dite universelle :
Le Conclavisme est un schisme et une hérésie par Laurent Morlier – Fichier PDF
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