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Publié le par Florian Rouanet
Le Saint-Siège est une « personne morale et juridique » – qui durera jusqu’à la Fin des temps –, et non physique. La personne physique est le Pape, légitimement et licéitement élu, même si une fois élu les deux entités (Pape et Saint-Siège) ont tendance à se confondre dans la Tradition enseignante.
La problématique, ou controverse existe cependant, car quelqu’un comme l’abbé Berthier, dans L’Église catholique romaine, affirme plutôt que le Pape ne pourrait pas siéger ailleurs que dans la ville de Rome.
Saint Jérôme & Rome : cœur du monde classique et catholique
Il est évidement que les Italiens, par la force des choses, ont donné de nombreux saints et Papes à l’Église catholique, mais l’universalité de cette dernière ne s’embarrasse pas non plus de la nationalité, dans l’ordre de la Grâce, à proprement parler.
Nous penchons plus pour la solution contraire, d’autant que l’Empereur Sigismond avait mis fin au Grand schisme d’Occident par l’élection de Martin V à Constance (actuelle Allemagne) ; bien que la ville de Rome soit évidement la situation privilégiée et « régulière ».
Les coupures suivantes ne diront pas autre chose :
« Observation. – Il est nécessaire de faire ici une observation. La ville de Rome a été préparée par la divine Providence pour être le Siège inébranlable du successeur de Pierre. Toutefois, il faut savoir que si le Pape devait s’éloigner de Rome, le Siège Apostolique ne cesserait pas d’exister, et il se trouverait là où est le Pape, parce que ubi Papa ibi Roma, et comme dit Saint Ambroise, où est Pierre, là est l’Église. C’est dans le Pape seul que réside l’autorité ; c’est le Pape seul qui donne au Siège de Rome le privilège d’être le premier Siège du monde, le Siège apostolique ; donc quand le Pape demeurait en Avignon, c’est en Avignon que se trouvait le Siège apostolique, et lorsque Pie IX s’enfuit à Gaète, c’est à Gaète qu’était le Siège apostolique. Si le Pape allait en Amérique, c’est en Amérique que serait pareillement le Siège apostolique. Le Pape s’appellerait cependant toujours évêque de Rome, même si Rome était détruite jusqu’aux fondations, et cela pour conserver clairement et distinctement la succession des Souverains Pontifes. »
L’Église catholique et sa hiérarchie de Don Bosco, en page 36.
« D’un autre côté, que Saint Pierre ait vécu à Rome bien des années (on les porte à vingt-cinq), et qu’il y soit mort, telle a toujours été, quoi qu’en disent les Novateurs, l’opinion commune de tous les Saints Pères et de tous les historiens. Seulement, les auteurs ne sont pas d’accord sur l’époque précise où Saint Pierre est arrivé à Rome ; mais cela ne détruit point le fait de son séjour dans cette ville durant de longues années et jusqu’à sa mort. Du reste, indépendamment du témoignage d’un grand nombre de textes qui l’affirment, ce fait ressort encore de la première Épître de même Apôtre, où il termine par ces paroles : L’Église qui se trouve à Babylone et qui est élue comme vous, vous salue (Salutat vos Ecclesia quae est in Babylone coelecta). Par Babylone, Saint Pierre entend évidemment la ville de Rome, comme l’atteste Papias, disciple de l’Apôtre, au rapport de l’historien Eusèbe. Ce témoignage s’accorde avec l’Apocalypse, où il est dit que Rome est appelée Babylone, à cause des nombreuses impiétés que les païens y pratiquaient. Enfin dans le même livre, Saint Jean prédit que cette Babylone devait tomber un jour : ce qui doit s’entendre du paganisme et de la puissance temporelle de cette ville. (…)
Il importe peu que les Papes aient résidé un certain nombre d’années à Avignon, en France ; car la résidence personnelle dans l’Église de Rome n’appartenait pas à l’essence de la juridiction pontificale ; et, du reste, pendant la durée de leur séjour à Avignon, personne d’autre que le Pontife résidant en cette ville n’a été regardé comme Pontife Romain. En outre, les savants ne sont pas d’accord sur la question de savoir si la primauté universelle de l’Église est attachée de droit divin ou de droit humain à l’épiscopat romain. Quoi qu’il en soit, il est certain que depuis la mort de Saint Pierre, qui fixa son pontificat dans le Siège de Rome, il n’a jamais été et il ne sera jamais permis, même à l’Église universelle, d’adjuger la succession de Saint Pierre à un autre évêque qu’à celui de Rome, en séparant l’autorité épiscopale de cette ville de l’autorité pontificale ; car ce serait interrompre la succession des évêques Romains. À l’aide de laquelle les fidèles, guidés par les Saints Pères, ont toujours reconnu la succession de la puissance de Saint Pierre. »
Saint Alphonse de Liguori, in. Vérité de la foi » (Vera Religione)
« Là où est Pierre, là est l’Église ; là où est l’Église, il n’y a pas de mort, mais la vie éternelle. »
Commentaire sur le Psaume 40, verset 30, de saint Ambroise de Milan.
Ci-dessus, saint Alphonse montre, sans équivoque possible, que le fait que le Siège Apostolique soit rattaché à Rome, ne signifie nullement que le Pape doive forcément gouverner depuis Rome. Cela nous paraît limpide et illustre parfaitement le principe selon lequel le Siège Apostolique suit le pape, indépendamment de sa localisation géographique.
Et dans ce qui est évoqué par Don Bosco, nous sommes d’ailleurs dans le cadre des aléas d’un contexte donné : « si le Pape allait en Amérique »… En conséquence, il y est décrit un simple événement, quelque chose de l’ordre des vicissitudes de l’histoire, de circonstances qui contraindraient le Pape à « déménager » l’aspect physique, géographique et « humain » de la Papauté (son QG opérationnel, si nous pouvons nous exprimer ainsi !) pour des raisons purement contingentes/accidentelles.
Un Pape en dehors de Rome, une notion condamnée de Pie IX ?
Une objection déplacée qui pourrait être faite viendrait du Syllabus de Pie IX, publié le 8 décembre 1864. Ce recueil énumère 80 propositions condamnées, dont voici la 35e proposition :
« Rien n’empêche que, par un décret d’un Concile général ou par le fait de tous les peuples, le souverain pontificat soit transféré de l’Évêque romain et de la ville de Rome à un autre Évêque et à une autre ville. »
Au fait non, ce passage évoque un décret, donc une décision officielle de l’Église qui acterait sur le plan constitutionnel le « transfert » juridique du « souverain pontificat » (donc de l’institution en tant qu’institution) vers un autre évêque que celui de Rome, ce qui reviendrait à rompre ce lien juridique, entre le pontificat et l’évêque de Rome.
Nous ne sommes pas dans le même ordre de choses.Les attributs de l’Église, théologie positive et négative
Conception religieuse horrifiante de M. Jean VaquiéTout cela n’invalide pas le rêve suivant !
Cela dit, si Garibaldi envahis Rome et dit « je suis Pape », ça ne vaudrait rien…
Guillaume Von Hazel du Fide Post

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