• Ou comment cesser d’opposer les nationalismes entre eux : de Charles Maurras à Adolf Hitler



    Remise en ordre de la pensée politico-historique

  • Vers une lecture cohérente des fondements anciens et contemporains

    Préambule :

    De nos jours, la confrontation des nationalismes donne une grille de lecture simpliste, voire dogmatique, empêchant toute compréhension sereine et organique des fondements de ces mouvements. Or, cette opposition artificielle masque bien souvent des parentés doctrinales profondes, nées des bouleversements induits par la Révolution française & son corollaire : l’individualisme déraciné.

    De même, l’humanisme authentique ne s’oppose point au nationalisme ; pareillement, l’humanisme constitue l’une des prémices lorsqu’il s’exprime dans la fidélité à l’héritage culturel et cultuel de sa patrie. De même, le fascisme – au sens large du terme – ne saurait être réduit à une vulgaire « entreprise de domination » : il est, par essence, une réappropriation de la grandeur propre aux peuples, en tout temps, une réhabilitation de l’enracinement, du sacré et de la hiérarchie naturelle.

    Dans cette perspective, Ernst Nolte – cité plus bas -, historien allemand de premier ordre, bien que libéralisant et qu’attesté au lendemain de la guerre, livrant notamment un mélange confus entre communisme et « nazisme », analysa avec justesse le fait que la Révolution française fut la première matrice du phénomène totalitaire moderne, comme en atteste même Carl Schmitt à propos de la dictature.

    Il souligna comment des figures que l’on oppose traditionnellement, telles que Charles Maurras et Adolf Hitler, participaient en réalité à un même mouvement « contre-révolutionnaire » – de réponse contemporaine à la subversion maçonnique. Loin d’être un hasard, cet apparent paradoxe dévoile l’ambiguïté des héritages politiques de la modernité.

    Entrevue de Montoire – Châteaux, Histoire et Patrimoine – montjoye.net

    Sommaire :

    I. Nationalismes & universalismes : une opposition factice
    II. Révolution & contre-révolution : un enchevêtrement des héritages
    III. Nolte & le Historikerstreit : la juste lecture du phénomène dit totalitaire
    IV. L’humanisme, le faisceau & l’empire : une synthèse possible ?

    I. Nationalismes & universalismes : une opposition factice

    L’une des erreurs fondamentales de la (non) pensée politique contemporaine réside dans l’opposition hasardeuse entre nationalisme et universalisme. Cette querelle intellectuelle est en réalité bien plus artificielle qu’il n’y paraît.

    L’humanisme véritable ne s’adresse pas à un peuple en particulier, mais à la nature humaine dans son ensemble. Or, cette nature humaine ne saurait exister en dehors des structures civilisationnelles, qui sont, elles, fondamentalement enracinées.
    Ainsi, chaque peuple, dans son développement historique, incarne une forme singulière d’universalité.

    Le fascisme, tel qu’il fut conçu dans ses principes fondamentaux – et non dans ses déformations d’opportunité –, ne s’oppose pas à cette idée. Il tend au contraire à réconcilier l’universalité du destin humain avec la diversité des traditions ethno-historiques.
    En ce sens, il n’est point un chauvinisme exacerbé et autistique, mais bien un retour à l’ordre naturel des choses : chaque peuple cultivant son excellence propre tout en participant à une humanité universelle, hiérarchisée et organique.

    Le romantisme allemand, par exemple, en exaltant l’amor fati, c’est-à-dire l’amour du destin, cherchait à rétablir, avec des méthodes de son temps, un équilibre que la Révolution française avait rompu en nivelant les différences au nom d’un égalitarisme destructeur.
    De son côté, le catholicisme intégrale et contre-révolutionnaire français entendait remettre l’Ordre dans l’Ordre. Ces deux mouvements, loin de s’opposer, répondaient en fait à une même nécessité politico-historique.

    II. Révolution & contre-révolution : un enchevêtrement des héritages

    Il est d’usage courant d’opposer systématiquement révolutionnaires et contre-révolutionnaires, comme si ces deux mouvements étaient parfaitement distincts. Pourtant, l’histoire montre que bien des figures dites contre-révolutionnaires empruntèrent aux révolutionnaires leurs méthodes, leurs principes et parfois même leurs réalisations profondes.

    Venons en donc, au clou du spectacle :

    Dans un entretien accordé à Dominique Venner, Ernst Nolte affirmait :

    « […] On ne doit pas opposer un Maurras contre-révolutionnaire à un Hitler révolutionnaire. Ils appartenaient tous les deux au grand courant contre-révolutionnaire né en opposition à la Révolution française. Mais ils s’étaient approprié tant de traits révolutionnaires qu’ils paraissaient souvent plus semblables à leurs ennemis qu’à leurs amis conservateurs — Maurras d’une manière voilée, Hitler, de façon plus évidente […]. »

    Repris in. La Nouvelle Revue d’Histoire, mai-juin 2003, n°6, p.8.

    Cette réflexion met en lumière un fait essentiel : la Révolution française, en abolissant l’ordre ancien, a créé les conditions d’un bouleversement permanent où les forces qui prétendaient la combattre se sont elles-mêmes imprégnées de sa dynamique.

    Ainsi, le national-socialisme, dans son essence, visait à rétablir les fonctions sacrées de la société détruites par 1789. Selon l’étude Mythes et dieux des Germains de Georges Dumézil, constatons que les fascismes ont tenté de réintroduire la tripartition fonctionnelle indo-européenne, puis médiévale, en réhabilitant les figures du prêtre et du guerrier, laissées en ruine après la Révolution. Cette restauration n’échappa cependant pas aux contradictions internes de la modernité…

    III. Nolte & le Historikerstreit : la juste lecture du phénomène dit totalitaire

    Ernst Nolte demeure l’un des rares historiens à avoir pensé la relative continuité entre la Révolution française et les régimes totalitaires ou totalistes (nous préférons cette expression moins bafouée !) du XXᵉ siècle. Continuité relative car il s’agit surtout d’une opposition.
    Son implication dans le Historikerstreit (la « querelle des historiens » allemands) fut une tentative courageuse de replacer le national-socialisme dans le cadre plus large de la modernité révolutionnaire, ou révolution-conservatrice.

    Contrairement aux historiens intentionnalistes, qui cherchaient à isoler ce régime par une aberration sui generis, Nolte défendit une lecture fonctionnaliste, insistant sur le fait que « l’idéologie hitlérienne » fut une réaction à la menace bolchévique. Cette approche, bien qu’en partie décriée par la bien-pensance académique, réintroduisait une rigueur d’analyse que bien peu osèrent assumer après lui.

    Si Nolte sauva vaguement l’honneur de la corporation des historiens d’alors, il n’en fut pas moins ostracisé par ses pairs. Seuls quelques rares esprits, tels qu’Andreas Hillgruber et Ernst Stürmer, osèrent ainsi prolonger son travail.

    IV. L’humanisme, le faisceau & l’empire : une synthèse possible ?

    En définitive, la question n’est pas tant de savoir s’il faut choisir entre nationalisme et universalisme, mais bien de concevoir une harmonie entre l’identité et la grandeur impériale, entre les nations et le Droit international. L’humanisme véritable ne nie pas les peuples ; il les exalte dans leur singularité propre. De même, un ordre politique hiérarchisé ne saurait subsister sans la reconnaissance de la diversité des héritages.

    Le symbole du faisceau, au cœur de l’action fasciste, traduit cette idée : des forces particulières unies autour d’un axe commun. Ce modèle fut celui des grands empires européens, qui surent conjuguer diversité ethnique et unité de civilisation.

    Loin d’une uniformisation moderne fondée sur l’égalitarisme et le déracinement, il nous faut réapprendre à penser en termes d’ordre organique. Car, en définitive, c’est bien là le véritable sens du politique : non pas opposer les nations entre elles, mais les ordonner dans une hiérarchie naturelle et harmonieuse.

    Σ

    Que demeure la vérité grecque du beau, du bien & du vrai, contre les illusions dissolvantes de la modernité !
    Comme on dit chez les grecs, Kalos Kagathos, et ce, pour tous mes Blancos !

    Kalos kagathos (en grec ancien : καλὸς κἀγαθός) est une expression idiomatique utilisée dans la littérature grecque antique. Cette locution est la forme abrégée (il sagit dune crase) de kalos kai agathos (καλὸς καὶ ἀγαθός), qui signifie littéralement « beau et bon ».

    Cette expression était utilisée pour décrire un certain idéal de lêtre humain, tant sur le plan intellectuel que sur le plan physique.

    Pour les Grecs, avoir un corps dathlète allait de pair avec le fait dêtre cultivé et vertueux.

    Academic

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  • 4 commentaires




    La filiation qu'établit Nolte entre la Révolution et les régimes dits totalitaires ne s'appliquait pas tant avec le national-socialisme que le communisme parmi les seconds. En réalité, parce qu'Hitler s'opposait aussi bien à l'insurrection de 1917 qu'à son fil directeur que fût 1789, Nolte a caractérisé le Führer comme une sorte de « contre-révolutionnaire brun », dont la haine du bolchevisme était sous-tendue par un anti-jacobinisme radical, mais qui s'employât à saborder la Subversion en lui empruntant ses procédés tactiques : Le recours sorélien à la violence, par exemple, peut naturellement renvoyer à celle exercée par les « révolutionnaires » bleus ou rouges, mais dans le contexte fasciste, elle fut d'abord employée comme contre-terrorisme (ce qui fait écho à saint Thomas d'Aquin, et à ce titre, même le comte de Maistre prônait dans ses écrits un militantisme susceptible d'opposer à la terreur un fanatisme à la hauteur des exactions jacobines ; Maurras a bien fondé son service d'ordre, les Camelots du Roi, lui !). L'antisémitisme hitlérien avait aussi un quelque chose de conservateur. Derrière ses arguments, on retrouvait clairement l'idée que les juifs sont fondamentalement corrosifs et sournoisement subversifs, et que leur égoïsme matériel et leur grande influence conduisent toujours à des révolutions raciales, sous couvert de protestations sociales, dans les États : « Les idées les plus décisives du monde des partis démocratico-libéralo-marxiste ont été introduites dans notre peuple de l'extérieur sous forme de concepts formels. La Révolution Française fournit des théories et des affirmations remplies de slogans, que l'intellectualisme juif du siècle précédent a sanctifiées par une systématisation à l'emporte-pièce pour en faire un dogme révolutionnaire international. » (Adolf Hitler, dans son discours au 6ème congrès du 10 septembre 1934 à Nuremberg). Quant au totalitarisme, parce que le cataclysme révolutionnaire a si intrinsèquement bouleversé nos infrastructures, en l'espace de deux siècles, via la proclamation d'une idéologie jusqu'alors méconnue, qu'il fallût bien que la réaction hitlérienne se contentât de lui substituer une rupture non moins impactante, en y pénétrant l'intégralité des masses et institutions, afin d'inaugurer un renouveau anthropologique - puisant dans le meilleur des traditions passées - pour renouer avec l'ordre ancien : Tout système qui n’est pas « total » est ouvert à l’infiltration. Alors qu'en démocratie libérale, seuls la finance et le monde universitaire disposent d'une prétention à la supervision de nos institutions, tandis qu'en régime communiste, il s'agit de la classe prolétaire ; le national-socialisme, lui, fit de la communauté ethnique le vaisseau qui y parviendrait. Mais ce totalitarisme-là que professait Hitler trouve bien plus ses fondements dans l'idéalisme platonicien et l'Église catholique - surtout dans le thomisme par lequel le Führer fut influencé (selon l'historien Werner Mäser) -, et en partie dans l'absolutisme de Frédéric le Grand, que dans ladite Révolution française. Savourons ce bonus éloquent : « Adolf Hitler restera jusqu'à sa mort un homme du passé, fixé sur son expérience de la guerre, sur sa croyance dans le salut par la guerre. Cet homme du passé revient instinctivement à son Munich, auquel il est, comme il le confesse, plus attaché qu'à n'importe quel endroit de la terre. Dans ce Munich, les légitimistes bavarois blancs et bleus sont également attachés à leur passé ; Röhm, l'ami d'Hitler, est un légitimiste bavarois. Des officiers, des hommes politiques et surtout des hommes d'Église de premier plan, comme Michael Faulhaber, sont attachés à leur passé. Ici, les milieux conservateurs, catholiques, patriciens et grands bourgeois se défendent contre Berlin, contre la République de Weimar judaïsée et contre la Révolution française jacobine ; Adolf Hitler n'est pas devenu sociable dans la ville impériale de Vienne. À Munich, il le devient très rapidement, gagne des partisans, voire des fidèles dans les milieux conservateurs et peut préparer en quelques années sa prise de pouvoir. À Munich, il gagne le seul ami de sa vie comme éducateur et conseiller paternel, qui apprend les bonnes manières à ce jeune homme à l'aspect sauvage et mal-soigné, l'introduit dans la bonne société et lui procure ses premiers bailleurs de fonds importants : Dietrich Eckart. C'est à sa mémoire qu'il consacre le dernier mot dans sa confession "Mein Kampf". » (Friedrich Heer, Der Glaube des Adolf Hitler : Anatomie einer politischen Religiosität, pp.191-192).


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