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Publié le par Florian Rouanet
Vers une lecture cohérente des fondements anciens et contemporains
Préambule :
De nos jours, la confrontation des nationalismes donne une grille de lecture simpliste, voire dogmatique, empêchant toute compréhension sereine et organique des fondements de ces mouvements. Or, cette opposition artificielle masque bien souvent des parentés doctrinales profondes, nées des bouleversements induits par la Révolution française & son corollaire : l’individualisme déraciné.
De même, l’humanisme authentique ne s’oppose point au nationalisme ; pareillement, l’humanisme constitue l’une des prémices lorsqu’il s’exprime dans la fidélité à l’héritage culturel et cultuel de sa patrie. De même, le fascisme – au sens large du terme – ne saurait être réduit à une vulgaire « entreprise de domination » : il est, par essence, une réappropriation de la grandeur propre aux peuples, en tout temps, une réhabilitation de l’enracinement, du sacré et de la hiérarchie naturelle.
Dans cette perspective, Ernst Nolte – cité plus bas -, historien allemand de premier ordre, bien que libéralisant et qu’attesté au lendemain de la guerre, livrant notamment un mélange confus entre communisme et « nazisme », analysa avec justesse le fait que la Révolution française fut la première matrice du phénomène totalitaire moderne, comme en atteste même Carl Schmitt à propos de la dictature.
Il souligna comment des figures que l’on oppose traditionnellement, telles que Charles Maurras et Adolf Hitler, participaient en réalité à un même mouvement « contre-révolutionnaire » – de réponse contemporaine à la subversion maçonnique. Loin d’être un hasard, cet apparent paradoxe dévoile l’ambiguïté des héritages politiques de la modernité.

Entrevue de Montoire – Châteaux, Histoire et Patrimoine – montjoye.net
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Sommaire :
I. Nationalismes & universalismes : une opposition factice
II. Révolution & contre-révolution : un enchevêtrement des héritages
III. Nolte & le Historikerstreit : la juste lecture du phénomène dit totalitaire
IV. L’humanisme, le faisceau & l’empire : une synthèse possible ?☧
I. Nationalismes & universalismes : une opposition factice
L’une des erreurs fondamentales de la (non) pensée politique contemporaine réside dans l’opposition hasardeuse entre nationalisme et universalisme. Cette querelle intellectuelle est en réalité bien plus artificielle qu’il n’y paraît.
L’humanisme véritable ne s’adresse pas à un peuple en particulier, mais à la nature humaine dans son ensemble. Or, cette nature humaine ne saurait exister en dehors des structures civilisationnelles, qui sont, elles, fondamentalement enracinées.
Ainsi, chaque peuple, dans son développement historique, incarne une forme singulière d’universalité.Le fascisme, tel qu’il fut conçu dans ses principes fondamentaux – et non dans ses déformations d’opportunité –, ne s’oppose pas à cette idée. Il tend au contraire à réconcilier l’universalité du destin humain avec la diversité des traditions ethno-historiques.
En ce sens, il n’est point un chauvinisme exacerbé et autistique, mais bien un retour à l’ordre naturel des choses : chaque peuple cultivant son excellence propre tout en participant à une humanité universelle, hiérarchisée et organique.Le romantisme allemand, par exemple, en exaltant l’amor fati, c’est-à-dire l’amour du destin, cherchait à rétablir, avec des méthodes de son temps, un équilibre que la Révolution française avait rompu en nivelant les différences au nom d’un égalitarisme destructeur.
De son côté, le catholicisme intégrale et contre-révolutionnaire français entendait remettre l’Ordre dans l’Ordre. Ces deux mouvements, loin de s’opposer, répondaient en fait à une même nécessité politico-historique.II. Révolution & contre-révolution : un enchevêtrement des héritages
Il est d’usage courant d’opposer systématiquement révolutionnaires et contre-révolutionnaires, comme si ces deux mouvements étaient parfaitement distincts. Pourtant, l’histoire montre que bien des figures dites contre-révolutionnaires empruntèrent aux révolutionnaires leurs méthodes, leurs principes et parfois même leurs réalisations profondes.
Venons en donc, au clou du spectacle :
Dans un entretien accordé à Dominique Venner, Ernst Nolte affirmait :
« […] On ne doit pas opposer un Maurras contre-révolutionnaire à un Hitler révolutionnaire. Ils appartenaient tous les deux au grand courant contre-révolutionnaire né en opposition à la Révolution française. Mais ils s’étaient approprié tant de traits révolutionnaires qu’ils paraissaient souvent plus semblables à leurs ennemis qu’à leurs amis conservateurs — Maurras d’une manière voilée, Hitler, de façon plus évidente […]. »
Repris in. La Nouvelle Revue d’Histoire, mai-juin 2003, n°6, p.8.
Cette réflexion met en lumière un fait essentiel : la Révolution française, en abolissant l’ordre ancien, a créé les conditions d’un bouleversement permanent où les forces qui prétendaient la combattre se sont elles-mêmes imprégnées de sa dynamique.
Ainsi, le national-socialisme, dans son essence, visait à rétablir les fonctions sacrées de la société détruites par 1789. Selon l’étude Mythes et dieux des Germains de Georges Dumézil, constatons que les fascismes ont tenté de réintroduire la tripartition fonctionnelle indo-européenne, puis médiévale, en réhabilitant les figures du prêtre et du guerrier, laissées en ruine après la Révolution. Cette restauration n’échappa cependant pas aux contradictions internes de la modernité…
III. Nolte & le Historikerstreit : la juste lecture du phénomène dit totalitaire
Ernst Nolte demeure l’un des rares historiens à avoir pensé la relative continuité entre la Révolution française et les régimes totalitaires ou totalistes (nous préférons cette expression moins bafouée !) du XXᵉ siècle. Continuité relative car il s’agit surtout d’une opposition.
Son implication dans le Historikerstreit (la « querelle des historiens » allemands) fut une tentative courageuse de replacer le national-socialisme dans le cadre plus large de la modernité révolutionnaire, ou révolution-conservatrice.Contrairement aux historiens intentionnalistes, qui cherchaient à isoler ce régime par une aberration sui generis, Nolte défendit une lecture fonctionnaliste, insistant sur le fait que « l’idéologie hitlérienne » fut une réaction à la menace bolchévique. Cette approche, bien qu’en partie décriée par la bien-pensance académique, réintroduisait une rigueur d’analyse que bien peu osèrent assumer après lui.
Si Nolte sauva vaguement l’honneur de la corporation des historiens d’alors, il n’en fut pas moins ostracisé par ses pairs. Seuls quelques rares esprits, tels qu’Andreas Hillgruber et Ernst Stürmer, osèrent ainsi prolonger son travail.
IV. L’humanisme, le faisceau & l’empire : une synthèse possible ?
En définitive, la question n’est pas tant de savoir s’il faut choisir entre nationalisme et universalisme, mais bien de concevoir une harmonie entre l’identité et la grandeur impériale, entre les nations et le Droit international. L’humanisme véritable ne nie pas les peuples ; il les exalte dans leur singularité propre. De même, un ordre politique hiérarchisé ne saurait subsister sans la reconnaissance de la diversité des héritages.
Le symbole du faisceau, au cœur de l’action fasciste, traduit cette idée : des forces particulières unies autour d’un axe commun. Ce modèle fut celui des grands empires européens, qui surent conjuguer diversité ethnique et unité de civilisation.
Loin d’une uniformisation moderne fondée sur l’égalitarisme et le déracinement, il nous faut réapprendre à penser en termes d’ordre organique. Car, en définitive, c’est bien là le véritable sens du politique : non pas opposer les nations entre elles, mais les ordonner dans une hiérarchie naturelle et harmonieuse.
Σ
Que demeure la vérité grecque du beau, du bien & du vrai, contre les illusions dissolvantes de la modernité !
Comme on dit chez les grecs, Kalos Kagathos, et ce, pour tous mes Blancos !Kalos kagathos (en grec ancien : καλὸς κἀγαθός) est une expression idiomatique utilisée dans la littérature grecque antique. Cette locution est la forme abrégée (il s‘agit d‘une crase) de kalos kai agathos (καλὸς καὶ ἀγαθός), qui signifie littéralement « beau et bon ».
Cette expression était utilisée pour décrire un certain idéal de l‘être humain, tant sur le plan intellectuel que sur le plan physique.
Pour les Grecs, avoir un corps d‘athlète allait de pair avec le fait d‘être cultivé et vertueux.
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