• Redécouvrir saints Augustin et Thomas contre naturalisme et surnaturalisme



    Harmonie rompue entre deux Ordres

  • Réflexion sur les abus interprétatifs et les dérives doctrinales pour un lecteur de Joseph Merel

    Résumé

    Saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, deux piliers de la pensée catholique, ont vu leurs œuvres réétudiées et parfois détournées ou mal interprétées au cours des siècles et des courants.
    Alors que saint Augustin met en lumière l’articulation entre nature et grâce, il a été instrumentalisé pour justifier un surnaturalisme excessif.
    De son côté, saint Thomas d’Aquin, défenseur de la raison et de la nature, a été abusivement utilisé pour promouvoir des courants anthropocentriques déviants (démocrate chrétien, personnaliste).
    Cet article propose d’examiner ces malentendus philosophiques et théologiques, afin de redécouvrir l’équilibre originel de ces deux géants de la Tradition chrétienne.

    Si le naturalisme philosophique est une erreur grossière pour un catholique, celle surnaturaliste nous est plus pernicieuse, car elle se drape des vertus de la religion. Or, on n’échappe pas au revers de la nature lorsqu’on la nie. La foi sainte se greffe sur une nature saine.

    Sommaire

    I. Augustinisme : dialectique malmenée

    II. Thomisme : limites d’un dévoiement

    III. Appel à l’harmonie entre nature et grâce

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    I. Augustinisme : dialectique malmenée

    Saint Augustin (354-430), un Père de l’Église latine, a bâti une pensée féconde où la nature humaine, blessée par le péché originel, trouve sa perfection dans la grâce divine.

    Dans La Cité de Dieu, il distingue la « cité des hommes », marquée par la recherche désordonnée de soi, et la « Cité de Dieu », orientée vers la charité et la justice divine.
    Et cette formulation littéraire et doctrinale est tout à fait orthodoxe !

    Toutefois, certaines interprétations exagérées ont déformé ce schéma au profit d’une surnature écrasant et supprimant la nature (la foi détruirait l’expression du corps, l’homme dans ses prérogatives propres).

    Ce déséquilibre a été exploité dans des systèmes tels que :

    Le fidéisme, terme générique, un peu comme surnaturalisme, défendu par des penseurs tels que Blaise Pascal dans une certaine lecture de ses Pensées, qui privilégie la foi au détriment de la raison : réduisant celle-ci à une incapacité fondamentale face aux vérités divines et reléguant toute certitude religieuse à l’acte de foi seul.

    Le jansénisme, fondé sur les thèses de Cornelius Jansen, qui exalte la grâce au détriment de la nature, affirmant une prédestination rigide et désespérante, en opposition à toute coopération humaine dans l’économie du salut.

    Le quiétisme, associé à Miguel de Molinos, prônant une passivité extrême et une annihilation de la volonté humaine, supposant que l’âme doit s’abandonner entièrement à Dieu, sans effort actif.

    Le point commun avec ce surnaturalisme, est de tomber dans une morale conspirationniste, où l’ennemi est grandi, satanisé, tandis que l’individu le professant, se morfond en plaintes sempiternelles…

    Ces courants tombent dans ce que l’on appelle un surnaturalisme déséquilibré, où la nature humaine est méprisée ou niée, et où l’effort humain est réduit à néant.

    Or, Augustin lui-même affirme :

    « Dieu, qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi. »
    (Sermon 169, 11).

    Ainsi, loin de dévaloriser la nature, il la situe dans un ordre juste, restaurée par la grâce divine.

    Faisons amende honorable, notre Mea culpa, car en lecteur de Joseph Merel, nous avons pensé mépriser un temps l’héritage augustinien. Or, les distinctions de nature et de grâce sont omniprésentes chez lui, simplement : il évoque d’une nature qui n’est rien sans son Dieu, ce qui est juste.

    II. Les limites d’un thomisme dévoyé

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), maître de la scolastique, approfondit le rôle de la raison et de la nature dans la théologie. Inspiré par Aristote, il établit un système où foi et raison sont harmonieusement coordonnées, chaque réalité ayant sa place légitime dans l’ordre de la création.

    Cependant, des lectures biaisées du thomisme ont conduit à des dérives modernes, plutôt bien liées ensemble (le « néothomisme » de Jacques Maritain professe au final les trois !) et elles sont au moins partiellement fausses.

    Cela comprend :

    •Le personnalisme, plaçant l’individu au centre de la pensée, parfois au détriment du sens communautaire chrétien. Ce pendant se retrouve souvent avec l’individualisme, voire le subjectivisme.

    •Le démocratisme chrétien, qui applique, comme le précédent, abusivement les concepts de dignité et de nature humaine à des idéologies égalitaristes, souvent incompatibles avec l’ordre chrétien traditionnel et hiérarchique. Marc Sagnier en France, fut condamné de saint Pie X, à cause du sophisme hérétique de la « souveraineté populaire ».

    •Le modernisme, dénoncé aussi de saint Pie X et qui déforme les principes catholiques pour promouvoir une adaptation excessive de la foi et de la tradition à la culture moderne.

    Ces dérives négligent une vérité fondamentale : pour saint Thomas, la raison humaine est ordonnée à la vérité divine, et non à une autonomie obsessionnelle ou absolue. Ainsi, il rappelle que la nature humaine ne trouve sa pleine réalisation que dans la soumission à Dieu…
    Mais encore ! L’homme est soumis à une verticalité et à un principe de totalité, dans lequel il est le maillon qui vient en premier, de son point de vue, mais en dernier, d’un point de vue social, organique et supérieur !

    Et ainsi, certains néo-thomistes proclamés, ayant poussé la logique de raison/nature trop loin, ont dégénérés en personnalistes (réduction – ou inversion – du Bien commun à celui individuel), en démocrates-chrétiens et/ou en modernistes parlant de « personne humaine », clairement à la sauce « Vatican II ».

    III. L’appel à l’harmonie entre nature et grâce

    Car comme nous le soulignons dans notre article concernant « l’acte national » du baptême de Clovis :

    Le docteur angélique, dans sa Somme Théologique, affirme :

    « La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. »
    « Pour que la grâce puisse édifier, il faut que la nature conserve son propre ordre, car tout désordre dans la nature empêche la réception de la grâce. »
    « La nature est à la grâce ce que la matière est à la forme : de même que la matière reçoit sa perfection de la forme, la nature reçoit sa perfection de la grâce. »

    Marie de l’assomption, œuvre de saint Thomas d’Aquin.

    Face à ces abus et erreurs, il convient de revenir à l’équilibre philo-théologique de ces deux docteurs et de cet Ordre naturel (crée par Dieu) et surnaturel (« Divin »).

    Saint Augustin et saint Thomas, loin d’être opposés, offrent une vue non contradictoire/complémentaire :

    •Saint Augustin, « prophète de la grâce », montre que la nature humaine est insuffisante par elle-même, mais sauvée et élevée par Dieu.

    •Saint Thomas, « apôtre de la raison », démontre que la nature et la grâce, bien ordonnées, collaborent pour atteindre la fin ultime qu’est la vision béatifique.

    Une juste lecture de leurs œuvres permet de rejeter les excès de l’un ou l’autre bord, le « double » mot d’ordre sera ainsi :

    •Ni un fidéisme désespérant qui méprise la nature humaine,

    •Ni un rationalisme idéologique qui évacue la grâce divine.

    Conclusion

    Au final, comme lors de la Renaissance, avec cette idée de rapprocher ou de « réconcilier » les courants platoniciens et aristotéliciens, nous tentons une approche complète et conciliatrice.

    Mais ces hommes renaissants, d’ailleurs incompris de leur temps – pourtant préparé par saint Thomas d’Aquin –, ont porté des vérités. Mais incompris plus tard, ils ont aussi servi à accoucher le monde moderne, avec ses horreurs.
    Et même, c’est cette incompréhension qui prépare ensuite l’incompréhension des catholiques vis-à-vis du fascisme…

    Enfin, il est grand temps de redécouvrir la richesse d’une théologie articulant harmonieusement nature et grâce, foi et raison. Les abus passés, qu’ils soient jansénistes ou personnalistes, montrent les dangers d’une lecture biaisée des grandes figures de la tradition.
    En rendant justice à saint Augustin et à saint Thomas, nous renouons avec un héritage chrétien équilibré, où l’homme, humble créature, participe activement à son salut par la grâce divine.

    Pour approfondir :

    « La Cité de Dieu » de saint Augustin (traduction de l’abbé Morel).

    « Somme théologique » de saint Thomas d’Aquin, Ia-IIae, q. 109-114 (sur la grâce et la nature).

    « Pascendi dominici gregis », encyclique de saint Pie X contre le modernisme.

    Saint Augustin « républicain », Chrétienté et régimes politiques

    Personnalisme contre Bien commun

    Innocent XI condamnant le quiétisme

    Quietisme politique, virus surnaturaliste

    Contre le parti hypocrite démocrate-chrétien – Adolf Hitler

    “Théologie désespérée” sédévacantistes et romantisme fasciste

    Léon XIII et cardinal Pie contre surnaturalisme

    Protection du Bien de la Cité : Jugement, massacre et peine – Thomisme

    Super Conspi Ier, le Sage

    Baptême de Clovis : mission chrétienne et non naissance (sic) de la France

    Avoir la crainte de Dieu est une bonne chose – Thomisme

    Saints et « antipapes » : cas de conscience et canonisations


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