• Franco, Hitler et la neutralité politique : une occasion manquée ?



    Dilemme stratégique du Caudillo et conséquences sur le conflit mondial

  • Portrait d’Espagne franquiste & IIIe Reich, France de Vichy, contexte pré-Vatican II & SGM

    Préambule :

    L’aide allemande à Franco lors de la guerre d’Espagne scella une relation a priori faite d’affinités entre l’Espagne franquiste et le IIIe Reich. Toutefois, lorsque le moment vint de rendre la pareille, Franco choisit la prudence (excessive) plutôt que l’engagement. Ce refus de s’impliquer plus activement aux côtés de l’Axe a-t-il changé le cours de la Seconde Guerre mondiale ?

    Cet état de fait sera nourri ensuite de sujets connexes de grande importance pour le français, l’européen et le catholique (que nous sommes).

    Sommaire :

    I. Allemagne et Espagne, alliance inachevée
    II. Hendaye : l’entrevue avortée
    III. Franco, l’Opus Dei et l’ombre anglaise
    IV. Quelle Espagne si le phalangisme avait triomphé ?
    V. Modernisme et déclin du catholicisme hispanique d’État
    VI. Et la France dans tout cela ? Une autre alliance possible…

    I. Allemagne et Espagne : une alliance inachevée

    Dès le début de la guerre civile espagnole en 1936, le IIIe Reich joua un rôle décisif dans le soutien au camp nationaliste espagnol – en comptant pareillement le soutien apporté par les « néo-squadristes » italiens.

    L’envoi de la Légion Condor, la fourniture d’armes et de logistique (avions notamment) permirent à Franco de s’imposer face aux républicains et ses hordes de rouges, lourdement soutenus par l’URSS et les Brigades internationales. À cet égard, le conflit espagnol représenta une sorte de préambule à l’affrontement titanesque entre le national-socialisme et le communisme.

    Néanmoins, une fois la guerre civile terminée, la relation entre l’Espagne franquiste et l’Allemagne hitlérienne ne fut pas à la hauteur des attentes du Führer – et même de la logique la plus élémentaire ! Si l’Espagne s’engagea formellement aux côtés de l’Axe par son adhésion au Pacte anti-Komintern en 1941 et en envoyant la Division Azul sur le front de l’Est, elle ne fournit pas d’effort supérieur/décisif susceptible de peser sur le cours du conflit.

    II. Hendaye : l’entrevue avortée

    Le 23 octobre 1940, équivalent de la rencontre de Montoire, Franco rencontra Hitler à Hendaye dans l’espoir de négocier l’entrée de l’Espagne dans la guerre en échange d’un soutien matériel conséquent. Mais les exigences espagnoles — principalement la récupération de Gibraltar et de territoires africains sous dépendance de la France — furent jugées excessives par Hitler, qui souhaitait une coopération plus immédiate.

    Trop méfiant, Franco usa d’une diplomatie dilatoire, freinant les velléités allemandes d’une intervention dans la péninsule ibérique. Churchill s’en félicita, sachant que le maintien de Gibraltar garantissait l’accès des Alliés à la Méditerranée. D’aucuns avancent même que cette frilosité de Franco résultait d’une pression britannique en sous-main.

    III. Franco, l’Opus Dei et l’ombre anglaise

    Comme le souligne notre lecteur « Gott Mit Uns », sur notre précédent article, le Caudillo s’évertua, à l’image de Mussolini en Italie, après Hendaye, à marginaliser les cadres germanophiles de son régime, à l’image de son beau-frère Ramón Serrano Suñer. Isolé, il leur substitua une élite conservatrice, « modérée », largement issue de l’Opus Dei, dont la ligne technocratique servit davantage la préservation des intérêts anglo-saxons qu’une fidélité à l’Axe.

    « Le crime irrémissible de Franco fut précisément de n’avoir jamais renvoyé l’ascenseur à Hitler […]. Au lieu de cela, ce poltron réactionnaire se contenta de saboter l’entrevue d’Hendaye, tout en plaçant en quarantaine les cadres germanophiles de la branche fascisante de son régime comme Serrano Suñer […], en leur substituant des conservateurs séniles tout droit sortis des fabriques de l’Opus Dei qui auront secrètement assisté l’Angleterre tout au long du conflit. »
    — Gott Mit Uns

    Cette approche permit certes à l’Espagne d’éviter les représailles alliées à la fin de la guerre, et de préserver son existence jusque dans l’odieuse Europe d’après-guerre, mais elle scella aussi son incapacité à influencer durablement l’ordre mondial, pendant et après le conflit mondial.

    IV. Quelle Espagne si le phalangisme avait triomphé ?

    Un autre lecteur assidue formule un regret intéressant :

    « Si seulement Primo de Rivera et Ledesma Ramos avaient pu survivre à la guerre civile et imposer une ligne réellement fasciste à l’Espagne…
    Le cours de la Seconde Guerre mondiale aurait pu être bien différent. »

    Et nous précisons :

    « Bien différent dans le sens où l’Espagne aurait été moins neutre et ainsi plus engagée en faveur du IIIe Reich, ainsi plus engagée dans l’anticommunisme et l’antilibéralisme dans le monde. »

    Effectivement, l’élimination précoce de José Antonio Primo de Rivera et de Ramiro Ledesma Ramos priva l’Espagne d’une orientation plus radicale, susceptible de l’aligner pleinement avec l’Axe. L’engagement militaire espagnol, notamment dans le verrou stratégique du détroit de Gibraltar, aurait sans doute affaibli considérablement la position britannique et remodelé le théâtre méditerranéen.

    Mais l’histoire est ce qu’elle est. Toujours est-il que nos commentateurs nous contraignent à faire cet autre papier afin de compléter et de préciser notre propos !

    V. Modernisme et déclin du catholicisme d’État

    Autre chose…, au-delà des considérations géopolitiques, un autre problème majeur de l’Espagne franquiste réside dans son évolution religieuse. Si Franco se présentait comme le champion du catholicisme face au péril rouge interne, son régime finit pourtant par céder aux sirènes du modernisme, particulièrement après le non-concile Vatican II.

    En effet, dès les années 1950 – et même avant en réalité, avec la prolifération des démo-chrétiens en Europe -, des signes avant-coureurs d’un glissement doctrinal se manifestèrent. L’ouverture progressive du régime à des principes libéraux et la montée en puissance de technocrates liés à l’Opus Dei conduisirent à des réformes mettant à mal l’unité catholique de l’Espagne.

    En 1967, sous l’influence de ces milieux, la Loi sur la liberté religieuse fut adoptée, retirant de la Constitution espagnole le principe de catholicité de l’État, pourtant sacralisé par le Fuero de los Españoles. Cette loi était directement inspirée des doctrines condamnées par Quanta Cura de Pie IX et Quas Primas de Pie XI, mais promues par Dignitatis Humanae, document issu du faux concile susmentionné.

    Comme le souligne l’analyse détaillée du site Intégralisme Organique :

    « Franco, au lieu de défendre l’unité catholique de l’Espagne contre la subversion moderniste, se laissa influencer par la fausse autorité conciliaire et accepta l’hérésie sur la liberté religieuse par mégarde. »
    Intégralisme Organique, « Quand le général Franco a accepté la fausse autorité conciliaire et l’hérésie sur la liberté religieuse par mégarde », 2019.

    Là où le bât blesse, c’est qu’un gouvernement véritablement phalangiste, appuyé sur la doctrine sociale traditionnelle, et méfiant envers les clercs modernistes ou modernisants, aurait pu empêcher cette dérive ! On ne peut que le supposer, mais force est de constater que la modernisation du franquisme a surtout préparé le terrain à la sécularisation accélérée de l’Espagne post-1975 (après la mort du général), et de son horrible Movida (mouvement culturel émergeant à partir de là et jusque dans la fin des années 1980 – il s’agit d’une sorte de mai 68 espagnol)…

    Ces informations mettent le catholique traditionaliste typique et « conforme » d’aujourd’hui, littéralement en PLS.

    VI. Gibraltar, Malte et l’Afrique : une bascule stratégique ignorée

    En ce sens, l’hésitation de Franco à fermer Gibraltar fut-elle l’un des tournants majeurs de la Seconde Guerre mondiale ? À en croire des analyses éclairées, la question mérite d’être posée.

    Le Royaume-Uni, conscient de l’importance capitale du verrou ibérique, mit tout en œuvre pour garantir sa mainmise sur le détroit. Il est donc hautement probable que Franco ait été « soudoyé » ou du moins incité à maintenir une neutralité bienveillante à l’égard des Alliés. En effet, en maintenant Gibraltar sous contrôle britannique, Churchill garantissait un accès sûr à la Méditerranée et donc à l’Afrique du Nord, empêchant l’Axe d’y opérer sans entrave.

    Un commentateur nous rappelle cependant que cette question ne saurait être analysée isolément :

    « Après, est-ce que cela aurait empêché Benito de faire la bêtise monumentale d’envahir la Grèce ? Pas sûr, surtout que cette dernière a âprement résisté face aux Allemands et Italiens, elle a même eu droit aux honneurs militaires après la victoire coûteuse de l’Axe. Sans l’aide anglaise, cela dit, la Grèce aurait-elle résisté longtemps ? »

    C’est une interrogation légitime. L’intervention mal avisée de Mussolini en Grèce en octobre 1940 obligea Hitler à détourner de précieuses forces pour venir au secours de son allié défaillant. Mais il est vrai qu’avec des si, il est possible de mettre Paris en bouteille !

    De même, si l’Espagne avait participé activement à une offensive conjointe sur Gibraltar, Malte aurait pu être laissée à son sort et l’ensemble du dispositif britannique en Méditerranée se serait effondré. Cela aurait entraîné un autre effet domino :

    « Puis, avec Malte laissée pour compte et la fermeture de Gibraltar, les Anglais se seraient retrouvés dehors et, par conséquent, il n’y aurait pas eu de front possible en Afrique du Nord. Ainsi, le Reich aurait pu avoir les mains libres pour écraser les Russes et récupérer le pétrole du Caucase, avec pourquoi pas le soutien moral des Turcs, afin de poursuivre l’attaque éclair. »

    Là encore, cette hypothèse uchronique repose sur un postulat que beaucoup de stratégistes ont défendu : la guerre sur le front de l’Est fut perdue par manque de ressources énergétiques et par l’éparpillement des forces allemandes..

    Ainsi, ces éléments confirment l’importance cruciale de l’Espagne franquiste dans le déroulement du conflit. Le refus de Franco d’ouvrir la voie à une stratégie méditerranéenne cohérente a sans doute contribué à l’échec final de l’Axe.

    Nos commentateurs soulèvent donc un point fondamental : le Caudillo, en protégeant Gibraltar par passivité, a peut-être scellé bien plus que le destin de l’Espagne, mais celui de l’Europe tout entière.

    L’axe ibérique et l’Angleterre, entente historique :

    Il ne faut pas oublier que l’Espagne et le Portugal, malgré des régimes conservateurs et autoritaires, sont restés en bonne entente avec l’Angleterre, pourtant immédiatement capitaliste et maçonnique dans son État.

    L’Angleterre, puissance maritime par excellence, a historiquement cherché à contenir toute hégémonie continentale, en attisant les guerres intestines entre la France et l’Allemagne. Ce schéma classique s’est répété au XXe siècle, l’Angleterre jouant une fois de plus la carte de la division, cette fois en s’assurant que l’Espagne franquiste ne vienne pas renforcer le bloc continental.

    VIII. Et la France dans tout cela ? Une autre alliance possible

    L’observation sur l’Espagne nous amène naturellement à considérer la position française dans ce vaste échiquier. Si Franco choisit la prudence en maintenant une neutralité « de façade », la France, après la défaite de 1940, se trouva dans une situation plus délicate, où un choix plus audacieux aurait pu être fait.

    Un « autre camarade enrichissant le propos, contribuant au tout » avance ainsi une réflexion NAZIE intéressante :

    « Oui, et sans vouloir manquer de respect à Pétain, un Doriot ou un Déat à la tête de la France aurait été préférable et aurait vraisemblablement changé tout le cours de la guerre, en renversant les alliances et en rejoignant pleinement le camp de l’Axe. »

    Effectivement, si le régime de Vichy, sous l’autorité du Maréchal Pétain, s’efforça de préserver une souveraineté relative, dite de résistance, tout en ménageant les rapports avec l’Allemagne, une direction plus engagée aurait pu entraîner la France dans une tout autre dynamique. Une collaboration active, professée par Pierre Laval, mais surtout sous l’impulsion de figures comme Jacques Doriot (leader du PPF) ou Marcel Déat (fondateur du RNP), aurait peut-être permis à la France de réintégrer la guerre, de compter à l’international, et dans un cadre continental, contre l’Angleterre et l’URSS, rebattant les cartes de l’équilibre des forces en Europe.

    Là encore, il s’agit d’une uchronie, mais l’histoire regorge de ces instants décisifs où un choix différent redessine le destin d’un pays comme d’un continent entier.

    Articles ponsorisé clavardage intégral

    -*-

    Notre spéciale Franco :

    Quand Hitler soutint décisivement Franco pour la victoire nationaliste

    Quand le général Franco a accepté la fausse autorité « conciliaire » et l’hérésie sur la liberté religieuse par mégarde…

    Messages de félicitations de Pie XII à Franco

    Ultra-nationalisme de Castro et pan-hispanisme de Franco

    ESPAGNE :

    Philippe II d’Espagne : monarque catholique contre protestantisme

    L’histoire retracée de la philosophie espagnole – Alain Guy

    EUROPE GERMANIQUE :

    Ordre Teutonique sous Hermann von Salza : SERG, Église et conquêtes

    Europe unifiée de la Méditerranée au Septentrion – Henri Pirenne

    D’où vient l’Allemagne ? (Gonzague de Reynold)