• Quand le Menhir invoquait pieusement la république démocratique…



    Jean-Marie Le Pen, entre doxa démocratique, verbe républicain et contestations d’antan…

  • Il finissait par croire, définitivement hélas,
    au bienfait du régime "démocratico-républicain", en tant que tel !

    ⁂ Arène du quadrilatère

    Ô lecteur radical, tisonne ta sagacité : voici que nous dressons, sur le tatami de l’histoire « d’extrême droite » récente, la silhouette paradoxale de Jean-Marie Le Pen. Après le thème du cosmopolitisme, surgit ici celui de l’esprit démocrateux, au nom d’une praxis électorale.

    Tantôt tribun criant à la « République une et indivisible », tantôt « démocrate churchillien » – à l’instar de sa profession de foi du 13 février 1984 sur Antenne 2 –, le « Menhir » varie parfois, cabotine, virevolte ; il brandit la démocratie comme un bouclier avant de la brocher tel un soufflet à l’Assemblée.

    À rebours, le doctrinaire Jean Haupt, dans Le Procès de la démocratie, cogne plus fort encore, réclamant la pure dissolution de la démos parlementaire.

    I. 🎭Le Pen : Démocrate ou Républicain ?
    II. 🧐Le Pen: Évolution sur l’Immigration et l’Assimilation


    ☧ Sémantique qui ne cogne pas

    DÉMOCRATIE : « Régime politique… dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’ensemble des citoyens — souvent par délégation ou représentants. » — (cnrtl.fr)
    RÉPUBLIQUE : « Organisation politique d’un État où le pouvoir est non héréditaire, partagé et exercé par les représentants, souvent élus dans un cadre plus ou moins stricte. » — (cnrtl.fr)


    ☩ Ancienne leçon létale ?

    « La démocratie est probablement un très mauvais système, mais je n’en connais pas d’autre. »

    — Jean-Marie Le Pen, L’Heure de vérité, 13 février 1984 (lemonde.fr)


    « La Démocratie est un dogme inviolable, formulant un nouveau commandement : de la Démocratie ne médiras, sous peine des pires châtiments. »
    « Les effets de la démocratie seront d’autant moins désastreux que le régime sera moins démocratique. »
    « Quand le gouvernement dépend d’un vote de confiance, il n’y a plus d’État fort ; il n’y a qu’une dictature masquée du nombre. »
    « Pour “sauver” la démocratie, il faut supprimer la démocratie ! »

    — Jean Haupt, Le Procès de La Démocratie | PDF


    Σ Plan par manche

    Sommaire serré disséqué en trois assauts/estocs respectifs, éclairant ce ballet d'illusion
    • 🗳️ I. – Les propos démocratiques : Le Pen, « démocrate churchillien »
    • 🇫🇷 II. – Les propos républicains : plaidoyer pour la République indivisible
    • ⚔️ III. – De l’anti droite radicale à la contre-attaque antidémocratique : Jean Haupt et le procès de la dèmos


    🗳️ I. – Les propos démocratiques : Le Pen, « démocrate churchillien »

    Ô lecteur, quand bien même Jean-Marie Le Pen glosait sur les affres du « Système », il savait flatter la dèmos à l’heure utile, ainsi qu’une lyre alternant les modes majeur et mineur.

    « Je suis, dans le fond, un démocrate churchillien, c’est-à-dire que je me réfère au fameux aphorisme de Churchill : « La démocratie est probablement un très mauvais système, mais je n’en connais pas d’autre ».

    — L’Heure de vérité, Antenne 2 (13 février 1984) ; retranscription publiée par Le Monde, 15 février 1984.

    Sous l’élégance laconique de l’aphorisme churchillien, le tribun endossait le rôle de gardien des urnes (et non des burnes) : reconnaissance tactique d’un cadre dont il dénonçait pourtant l’atonie.
    Vingt-trois ans plus tard, à la veille de la présidentielle de 2007, le même homme s’émeut d’un Parlement « qui ne représente pas 50 % des électeurs » ; il martèle qu’« un régime démocratique a besoin d’une adhésion » populaire, faute de quoi la légitimité chancelle. (lemonde.fr)

    Entre ces bornes, surgit le 6 juin 2002 une revendication de proportionnelle :

    « Dans un régime démocratique représentatif, on doit souhaiter que les familles politiques françaises soient représentées au Parlement. Or, les gens qui nous dirigent, à droite et à gauche, sont hostiles à cette preuve élémentaire de démocratie. » (vie-publique.fr)

    — Jean-Marie Le Pen, Propos prononcés le 6 juin 2002, rapporté par Vie Publique

    Ainsi le Menhir joue du suffrage universel — ce qui pourrait s’entendre avec le fait de vouloir tout de même « changer » le cadre une fois aux affaires — comme l’escrimeur de la pointe : il s’en sert pour percer l’oligarchie partisane, mais toujours in fine pour consacrer sa propre bannière.
    La démocratie, chez lui, n’est pas un dogme oui, mais c’est son arme rhétorique qu’il manie en alternance, bouclier contre le « Système » ou levier pour légitimer son ascension relative.


    🇫🇷 II. – Les propos républicains : plaidoyer pour la République indivisible

    Quand le Menhir invoque la République, il le fait en majesté, drapé dans l’étoffe jacobine et le souvenir de Valmy :

    « Oui, tous — non pas Français de souche ou de papier, mais Français de cœur et d’esprit — nous pouvons constituer cette armée des soldats de Valmy rassemblés autour d’une même idée : celle de la République, une et indivisible, fière de son histoire et assimilatrice, respectueuse de la liberté et soucieuse des humbles, et plus que tout éprise de justice et d’égalité , celle de la République, selon notre Constitution : Laïque, Démocratique et Sociale. »

    — Jean-Marie Le Pen, Réunion politique du 1ᵉʳ mai 2002 (fr.wikipedia.org)

    Cinq ans plus tard, à la Trinité-sur-Mer, l’orateur ressasse la même antienne, ajoutant que la République « entend rester maîtresse chez elle ». (euppublishing.com) Ici, l’héritage valmyote (de Valmy) sert de roman national : Le Pen se peint en continuateur d’une France révolutionnaire, laïque et sociale, tout en fustigeant la classe dirigeante qui trahirait « l’idée de nation ».
    Ce déplacement — de l’ethnique au civique, du « Français de souche » au citoyen assimilé — atteste une certaine plasticité : le populiste se grime tour à tour en chantre de la res publica, apôtre de l’unité territoriale ou défenseur de la préférence nationale, en cadre républicaniste.

    Cette républicanisation sans doute stratégique, puis de principe — il pensa comme il agissait in fine —, culmine lorsque Le Pen salue, lors des débats constitutionnels de 1962, « la démocratie directe » que représenterait l’élection du Président au suffrage universel ; il prétend alors qu’elle seule « fera vivre en France une démocratie de type occidental ». Ainsi, le gaullisme plébiscitaire devient pour un temps la cuirasse républicaine du tribun.

    « La démocratie directe, qui implique l’élection du président de la République au suffrage universel, a été l’aboutissement logique de l’évolution des régimes de presque toutes les grandes nations occidentales… Cette élection constitue probablement le seul moyen de faire vivre en France une démocratie de type occidental. »
    — Jean-Marie Le Pen, débats parlementaires sur la révision constitutionnelle, Assemblée nationale. (droitpolitique.com)


    ⚔️ III. De l’anti droite radicale à la contre-attaque antidémocratique : Jean Haupt et le procès de la dèmos

    🗳️🇫🇷 Regard croisé sur la « démocratie churchillienne » (mdr) du Menhir
    et la charge de Jean Haupt contre le suffrage universel et les Partis

    JMLP appréciait les phares médiatiques et ne pouvait franchir le Rubicon, alors il canalisa la droite radicale depuis le système démocratique et médiatique — ce qui n’empêche certes pas des mérites, un certain bien provoqué et des propos éclairés d’autre part, évidemment.

    « En juillet-août 2006, j’ai confié au Choc du mois avoir, toute ma vie durant, “traîné l’extrême droite comme un véritable boulet”. »

    — Jean-Marie Le Pen, propos rapportés plus tard dans un article-bilan intitulé « L’élection présidentielle de 2007 » (Alain de Benoist, Le Choc du mois, PDF).


    « Mon plus grand mérite est d’avoir fait entrer toutes les familles d’extrême droite dans le jeu démocratique : je les ai mises dans l’urne, pas dans la rue. C’est un clin d’œil au système, mais c’est la règle du jeu politique. »

    — Jean-Marie Le Pen, propos tenus au Figaro Magazine (entretien du 10 avril 2010 : « Je pars le cœur tranquille »).

    Et pourtant, Jean Haupt — comme Jacques Ploncard —, fut un auteur dont JMLP avait dû entendre dans ses plus jeunes années !

    Tandis que Le Pen cajole la foule, Jean Haupt — franc-tireur érudit, né à Oran — instruit le réquisitoire. Dans Le Procès de la démocratie (1971), ouvrage réédité en 2020, il tranche sans ambages :

    « Pour sortir de l’impasse, il faut sortir de la démocratie. »

    — Jean Haupt, Le Procès de La Démocratie | PDF

    Haupt ne propose point de retour monarchique doucereux : il exige la fin du suffrage de masse, l’avènement d’un pouvoir qualitatif, sélectionné pour la valeur intrinsèque — auctoritas — et non pour l’arithmétique des voix. Là où Le Pen plaide pour davantage de proportionnelle, Haupt voit dans tout mécanisme électif un creuset de médiocrité ; là où l’un réclame l’assentiment populaire, l’autre cherche une hiérarchie organique, affranchie du tumulte des urnes.

    Dès lors, notre triptyque s’achève en contraste : entre la démocratie-outil du populiste, la République-totem du nationaliste, et l’antidémocratisme doctrinal de Haupt, s’esquisse une querelle vieille comme 1789 : qui doit détenir la souveraineté ? le peuple-nombre, la Nation républicaine, ou une élite censitaire ? Trois réponses, trois voies, un même champ de bataille idéologique — où, comme toujours, il incombe au lecteur de discerner le juste et le malhabile.


    🛎 Sentence par K.O.

    Ô lecteur, l’ultime gong retentit. Entre la démocratie brandie par calcul électoral jusqu’à sa croyance définitive, puis le reflet de la République invoquée comme « roman national », et l’antidémocratisme nationaliste de M. Haupt, la trajectoire populiste lepéniste dévoile une triste flexibilité idéologique où la démos sert tour à tour de caution, d’épouvantail ou de chair à slogans, aux antipodes de la « droite historique ».


    📚 Pour approfondir

    • Jean-Marie Le Pen, Pour la France, Carrère-Lafon, 1986.
    • Jean Haupt, Le Procès de la démocratie, Éditions de Chiré, 1971/2020. (amazon.fr)
    • Pierre Milza, Discours du Front national

    La Rédaction


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    Le Menhir, qui a maintes fois reconnu que le national-socialisme avait assis ses structures dans la plus parfaite légalité (chose ayant valu une condamnation à l'adresse de notre ex-député poujadiste), vit certainement dans l'exemple hitlérien le modèle stratégique le plus opportun pour plébisciter la défense de l'identité nationale au moyen du suffrage électoral. Seulement, c'était oublier que, depuis la chute du Reich, nos gouvernants ont quasi-militarisé leurs dogmes institutionnels, en posant l'impérieuse allégeance aux idéaux jacobins comme condition sine qua non pour avoir la possibilité d'être mandaté, s'assurant par-là qu'il n'y ait point de résurgence du phénomène fasciste. Contre cette démocratie renouant avec ses fondements implicitement totalitaires, Jean-Marie Le Pen crut être en mesure de la jouer fine, en épousant sans retenue ses thèmes, fut-ce pour ratisser large et contrecarrer les avancées du progressisme. Mais, tout en ayant servi - de plein gré ou à son insu - Mitterrand par la diabolisation promotionnelle que celui-ci lui assénât en vue de siphonner les voix de ladite droite gaulliste (qui n'est qu'une gauche masquée), Le Pen - oublieux que les adhésions officielles ne sont pas anodines quant à leur impact sur les convictions intérieures réelles - se retrouva piégé par son machiavélisme de bonne volonté, sitôt qu'il embrassât la notion de liberté d'expression, au point de renier peu à peu ses antécédents contre-révolutionnaires, et accepter inéluctablement les règles du jeu de la démocratie. Du reste cet échec est aussi significatif chez ses émules en Europe (songeons à Gianfranco Fini en Italie ou bien à Jorg Haider en Autriche). Le Pen s'employa dès lors à édulcorer le caractère néo-fasciste de son mouvement, se mit à dos les hérauts de la Collaboration qui l'adoubaient (Pierre Bousquet, François Brigneau), adopta des positions atlantistes (avec support d'Israël par anti-soviétisme), noua des intrigues avec la « droite » parlementaire, se compromit vis-à-vis du révisionnisme historique, et finit par s'accommoder de « l'ordre » républicain établi. Son malheureux discours prononcé à Valmy, sous l'impulsion de la salopette marxisante Alain Soral (l'homme qui a le plus subverti le FN ; ce que Megret peina à concrétiser, le « chevalier Bayard » auto-proclamé le réussit avec d'autant plus de subtilité), devait entériner cette dédiabolisation, où Le Pen, en assumant la symbolique révolutionnaire, trahit fondamentalement aussi bien sa lignée bretonne que le nationalisme traditionnel en lui-même. Avant de percer politiquement, l'inclination maurrassienne de Le Pen lui fit plaider un temps en faveur d'une monarchie (orléaniste hélas) dont il souhaitait se faire le régent, mais, faute de réalisation, il adopta ensuite une formule républicaine plus conventionnelle. Ceci dit, il semblerait que cette aversion initiale envers la démocratie n'ait guère été entièrement balayée du tréfond de sa conscience, voici un témoignage lucide de sa part : « La déclaration des droits de l’Homme marque le début de la décadence de la France […], le rejet de l’ordre naturel et divin […], nie le principe général d’autorité […], ne reconnaît pas les droits de la famille, de la nation et ceux liés à la survie et à la pérennité de la lignée » (Jean-Marie Le Pen, discours à la Trinité-sur-mer, 26 août 1989).


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