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Publié le par Florian Rouanet
Afin d’humer toute la quintessence de l’expression Al Tradistan/Catholifat, faisons un peu de sociologie autour des structures et des positions théologiques du milieu catholique, au moins d’intention et de mœurs, au sens hyper large du terme.
Cette schématisation propose un arbre généalogique des « dissidences », apparentes ou non, à nos lecteurs, comme un « guide de survie », si l’on veut, en plus d’une « compréhension générale » assez résumée des événements !
Ce qui est très dommageable est que ces distinctions, pour ne pas dire divisions (scandaleuses par définition), viennent souvent en raison de conforts mentaux ou bien d’orgueils et que ces conflits, d’abord théologiques en réalité, en l’absence « d’autorité légitime », semblent démontrer un manque d’unité, qui est pourtant une note par laquelle l’Église, pure de toute erreur, se reconnait et se confirme.
Échelons :
Diocèses/Ecclesia Dei ; lefebvristes FSSPX & williamsoniens ; sédéprivationnistes guérardiens ; Petite église d’Utrecht & Vieux catholiques ; sédévacantistes dits complets ; « conclavistes ».
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Du moins au plus radical :
– Au strict minimum, considérons les diocèses pro-Benoit XVI, faisant de la liturgie de la messe véritable, un « rite extraordinaire » dans leur discours. Vous avez la Communauté de Saint-Martin qui tient ce « type d’attitude », et qui donne, in fine, une messe un peu bâtarde avec du « neuf » et de l’ancien, en français et en latin.
Il arrive parfois qu’ils soient sédé-benoîtistes, c’était lorsque Ratzinger/Benoit XVI était encore en vie, contre la reconnaissance de Bergoglio/François. Sinon, ils se défendent au nom d’une mythique « herméneutique de la continuité » depuis Vatican II.– Les ralliés type FSSP, Institut du Christ-Roi, Institut du Bon Pasteur et consorts : se font la guerre pour de détails, des raisons de terrain ou sociologiques (bourgeoisie oblige, il faut la particule « de » quand on est au Christ-Roi comme l’Action française post-45 par exemple !). Leurs rites y sont moins flous, mais mêlés entre tradition et nouveauté douteuses encore.
Un point commun avec les sédévacantistes est de défendre généralement la notion d’infaillibilité pontificale, mais en l’appliquant aux « papes de Vatican II », ainsi à « l’Église de toutes les religions », ce qui est proprement déplacé. En termes magistériel, cela donnerait un Jean-Paul II contre Léon XIII, un François zéro contre saint Pie X, etc.
Ces deux catégories citées ci-dessus forme la mouvance/communauté dite des Ecclesia Dei.– Les catholiques traditionalistes FSSPX, avec d’autres antennes comme la Fraternité de la Transfiguration (fondée par un ancien « orthodoxe »), représentent une assez nette majorité dans le monde grâce au charisme et au travail de l’évêque français, Mgr Marcel Lefebvre.
C’est la ligne « reconnaître et résister », c’est-à-dire que ses adeptes reconnaissent les papes de Vatican II comme autorité « légitime », tout en leur désobéissant sur la doctrine, ainsi que sur les « réformes » entreprises depuis : il y a un même immobilisme que chez les sédévacantistes par rapport à l’évènement Vatican II.
Du fondateur de la structure à nos jours, ses membres traitent cependant avec le Vatican. L’opinionisme sur la vacance du Saint-Siège y est relativement acceptée au grand maximum (chose plus aisée aux Amériques cependant). À partir de cet échelon, les rites et sacrements de l’Église catholique « de toujours », (pré-Vatican II), sont exécutés.– Quoiqu’en état de rupture, similaires aux précédents, vous avez les lefebvristes williamsoniens. Les dominicains d’Avrillé et l’Union sacerdotale Marcel Lefebvre en tête, avec un bon lot d’évêques, incarnent ladite « résistance » par la force des choses, en ne traitant jamais avec la « Rome apostate ». Pour le reste, les conceptions y sont très proches en comparaison avec la FSSPX ; ses protagonistes admettent parfois la validité des rites dits conciliaires et parfois non (du reste, étonnamment ou non, l’abbé Rioult de La Sapinière, pense « positivement » comme cela aussi).
– À partir d’ici, nous entrons dans le sédévacantisme par la petite porte. Il existe une « thèse intermédiaire » qui est le sédéprivationnisme que porte l’IMBC en Europe (celui-ci représente une majorité de sédévacantistes en termes de clergé sur le vieux continent) et la RCI aux Amériques. Ce combat est partit de prêtres Italiens et de Mgr Guérard des Laurriers, sacré par le vietnamien Mgr Thuc, avec sa thèse de Cassiciacum : dans ce raisonnement, les prétendus Papes ne le sont pas, car ils professent un enseignement et posent des actes contraires à la foi de l’Église catholique, soutenue par le Saint-Esprit.
Seulement, l’élection des « cardinaux » romains actuels et apparents, est actée comme valide : ainsi Jean XXIII, comme Paul VI, et même François Zéro, seraient des « non-Papes » formellement, quand même Pape « matériellement ». Les noms de ces « non-papes » ne sont pourtant pas cités au canon de la messe.– Faisons brève impasse sur la Petite église d’Utrecht aux Pays-Bas qui dénient la papauté au Vatican depuis l’après-Révolution française (Pie VII étant dénoncé comme pactisant avec la Révolution française contre Pie VI via l’Empereur Napoléon 1er ; Léon XIII avec la démocratie politique, etc.) et sur les Vieux catholiques, lesquels nient la Papauté depuis le concile du Vatican, proclamant l’infaillibilité pontificale. De même, rares sont les sédévacantistes arrêtant la Papauté à Pie XI, celle-ci prendrait donc fin officiellement en 1958, à la mort de sa S.S. le Pape Pie XII. C’est la prétention, juste ou non, de vouloir « rester catholiques malgré Rome ».
– Ensuite, vous avez les sédévacantistes complets (parfois dit simpliciter, semper idem, etc.). Différents abbés comme l’abbé Grossin/Roland en Bretagne en est, l’abbé Maréchal également. Ils sont en combat plutôt équilibré dans le monde avec lesdits sédéprivationnistes.
Cette position nous paraît déjà plus logique, tout en n’étant pas indemne de défauts (sédévacantisme incomplet !). On ne reconnaît ici aucune légitimité aux envahisseurs du Vatican actuel. Cela ne veut pas dire que ses clercs disent assumer toute la juridiction de l’Église, en revendiquant bien souvent, eux aussi, celle de suppléance qui, en droit canonique, est en réalité très réductrice en comparaison des actions qu’ils mènent (impressions de revues, activités publiques, enseignement en jetant des anathèmes, voire gouvernement en excluant un membre, etc.).
Parfois, ses adeptes accusent un peu vite, c’est-à-dire sans autorité effective, le moindre tradi’ laïc d’hérétique et de schismatique. Certains revendiquent davantage l’appui de prophéties, de l’apocalypse ou d’apparitions pour légitimer leur conception également (abbé Zins, abbé Roger…).
Cependant, le plus gros souci reste ici l’acéphalie qui en résulte. Nous avons des prêtres/groupes plus ou moins autonomes, vagus, etc. Et nous nous accommodons, très volontiers, de l’absence de Pape, à durée indéterminée : quelle horreur !– Enfin, vous avez ce que nous professons. Ce que l’abbé Gleize, théologien en chef de la FSSPX, nommerait logiquement « sédévacantisme complet + conclavisme ». Le terme est certes une insulte, lorsque l’on cherche seulement à être pleinement catholique. L’évènement appelé, techniquement, se dit Concile général imparfait (CGI).
Nous pouvons citer la CMRI (Congrégation Marie Reine Immaculée) de Mgr Pivarunas qui, bien que discrète, en accepte le principe en théorie (elle est la plus grande structure sédévacantiste au monde, développé davantage aux Amériques). Vous pouvez lire ce que nous écrivons à propos des clercs français, ou clercs en France, actuels, qui le professent ou connaissent du moins le sujet. Pour les plus engagés, vous trouverez l’Amérique latine avec le courageux Argentin Mgr Squetino en tête (Fraternité Saint-Vincent Ferrier).
Paradoxalement ou non, contre la tentation de l’esprit sectaire, ces milieux recherchent davantage l’unité des catholiques et acceptent, discrètement, que leurs fidèles profitent de sacrements, émanant d’autres associations que les leurs, FSSPX comprise par exemple. Cela n’est pas vrai pour la totalité de ces prêtres/évêques toutefois.
Nous n’acceptons pas ici le résultat desdits conclaves romains depuis Vatican II : disons qu’une majorité de gens, même non pratiquants, croient que les « papes » qui en sont issus sont valides. Cependant, même la qualité d’antipape leur donnerait trop d’importance, car la situation est sans commune mesure avec les exemples passés, ce n’est même pas leur élection qui est douteuse : ce sont carrément des apostats et des renégats de la foi.
Néanmoins, disons enfin qu’il faut au gouvernement de l’Église une tête visible pour tous les fidèles. Tout comme au concile de Constance, avec l’église une fois réunie, nous mîmes fin au grand schisme d’Occident, ainsi qu’à ses antipapes, après quelques échecs de forme, à Pise notamment.
Vous avez, parmi les fidèles, et même parfois les clercs, certains qui professent la nécessité d’un CGI dans toutes les structures précédemment énumérées, en dehors des ralliés de tout poil évidement.

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