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Publié le par Florian Rouanet
Front liminaire
Reprenons, si vous le voulez bien, cette série à propos des définitions, la dialectique et la compréhension des choses proposée par notre camarade.
En effet, ceci représente la faculté la plus haute de l’homme, celle de penser et d’ »intelliger » ; c’est précisément ce qui nous distingue de l’animal, avec la religiosité. Tous les sens, qu’ils soient externes ou internes, ont pour fin ultime la pensée.
Ainsi, ces bases s’avèrent indispensables si l’on ne veut pas sombrer dans une politique wish de pacotille et si l’on aspire à raisonner avec justesse, par une bonne habitude intellectuelle. En conséquence, il serait opportun de demander à Rouge & Rond (Rougeyron) et à son fameux Cercle Aristote ce qu’ils connaissent, in fine, d’Aristote lui-même.
F. Rouanet.
La définition
Si il y a bien une problématique récurrente dans les conversations humaines et plus encore dans celles techniques, c’est bien celle liée à la définition des termes et concepts.
Il n’est en effet pas rare d’engager un débat ou l’on constate rapidement, et dans le pire des cas non, que les participants ont chacun leur propre définition des termes, rendant impossible toute résolution de celui ci. Aussitôt que l’on puisse constater ce phénomène, il faut dès lors prendre un moment afin de se mettre en accord sur les définitions.
Il est parfaitement inutile de prolonger un débat dans lequel celles ci ne s’accordent pas, tout comme il est inutile de débattre d’un sujet qu’on ne maîtrise pas. L’esprit subjectiviste moderne se traduit fréquemment par des entames types tel que « pour moi » ou bien « je pense ». Mais l’acquisition de la vérité ou bien de ce qui est probable de l’être doit être la finalité de tout débat, et émettre une opinion plus ou moins arbitraire et subjectif permet rarement de s’approcher d’elle. Rappelons ici que la vérité tient à l’adéquation de l’intelligence à l’objet, et non l’inverse.
Il est également fréquent de voir des personnes changeant le sens d’un terme au fur et à mesure de la discussion. Ainsi la définition est au cœur même de la vérité, elle est l’attribution à un sujet d’un prédicat contenant l’essence même de ce sujet.

Voyons donc maintenant ce qu’est la définition dans la philosophie aristo-thomiste à travers la leçon de Roger Verneaux qu’il n’est pas ici nécessaire de synthétiser.
— Introduction générale et logique – Roger Verneaux 183 pages. Ed. Beauchesne, 1964 (LibrairieFrançaise) :
LA LOGIQUE — LA DÉFINITIONDéfinir, c’est délimiter. On pourrait donc croire que la définition concerne l’extension des concepts. Et c’est vrai, mais c’est secondaire. Puisque l’extension dépend de la compréhension, la définition consiste donc à déterminer exactement la compréhension d’un concept, afin de le distinguer des autres. Et comme le concept a plusieurs caractères, on arrive à cette détermination en exprimant, par une locution (de seconde intention), un terme complexe exprimant ce qu’est une chose. La définition est donc, en principe, réelle, c’est-à-dire portant sur une chose, et essentielle, c’est-à-dire exprimant l’essence de cette chose. La solution s’offre immédiatement de la théorie des prédicables. L’essence à définir est une espèce. Le moyen de la définir est donc de joindre son genre prochain et sa différence spécifique. Le genre est ce qui lui est commun avec quelques autres : c’est comme la matière ; et la différence qui la distingue de toute autre, c’est comme la forme. En empruntant une fois de plus le langage de la philosophie de la nature, on dira que, dans une définition, le genre est la matière et la différence, la forme. C’est le type thomiste de la définition. Il est rarement atteint, car depuis saint Thomas la plupart des sciences nous sont, le plus souvent, inconnues. On doit donc se contenter en général de définitions imparfaites. Celle qui s’écarte le plus de l’idéal est certainement la définition nominale. Elle s’oppose à la définition réelle en ce qu’elle ne définit pas une chose, mais le sens d’un mot. Ce qui peut se faire par l’étymologie ou par l’usage courant. Quoique très imparfaite, cette définition n’est cependant pas négligeable. Au moins prépare-t-elle l’esprit à une première appréhension ; Aristote, et Thomas au début d’une étude, l’emploient souvent pour débrouiller l’ignorance. Au-dessus de la définition nominale, il y a deux sortes de définitions réelles qui ne sont pas essentielles : l’une est extrinsèque et se fait par les causes ; l’autre est intrinsèque, par les propriétés. Les causes : l’une est matérielle, l’autre formelle ; l’une est efficiente, l’autre finale. On peut définir une chose, non en elle-même, mais par sa cause. Soit par sa cause efficiente : c’est, par exemple, « un Rubens » (un tableau peint par Rubens). Soit par sa cause finale : c’est, par exemple, « une statue faite pour être adorée ». Soit par sa cause exemplaire : « faire le modèle de Napoléon » (élever, par exemple, une statue de Napoléon).À la définition causale se rattache la définition génétique, qui indique la manière dont une chose est produite. Exemple : le mulet est un croisement de cheval et d’âne ; le bronze est un alliage de cuivre, de zinc et d’étain. La définition descriptive est intrinsèque et s’approche de l’essence sans toutefois l’atteindre. Elle consiste à indiquer une ou quelques propriétés d’une chose. La propriété n’a pas de caractère essentiel ; mais elle découle nécessairement de l’essence, de sorte qu’elle fait deviner celle-ci, et qu’elle se trouve dans tous les individus qui ont cette essence. Cette sorte de définition est la plus employée dans les sciences de la nature. La définition essentielle n’a pas besoin de règles ; sa propre définition en tient lieu : si elle ne se fait pas par le genre prochain et différence spécifique, elle n’existe pas, simplement. Les autres sont guidées par les règles suivantes : 1° qu’elle soit plus claire que le défini ; 2° qu’elle soit plus connue ; 3° qu’elle convienne à tout le défini et à lui seul (toto et soli definito) ; 4° qu’elle soit brève ; 5° qu’elle ne soit pas négative. Tout cela va de soi. Il faut seulement remarquer que la règle 5 est tout à fait inexacte. Il est requis, pour la clarté d’une définition, qu’elle soit affirmative ; mais cela souffre quelque restriction. Si l’objet à définir est privatif, la définition ne peut être que négative. Et si l’objet, quoique privatif en réalité, ne nous est connaissable que par négations, la définition doit contenir une négation ; puisqu’alors nous ne pouvons penser ainsi qu’à l’aide de négations. Ainsi en va-t-il pour certains attributs de Dieu : simple (non composé de parties), infini (non fini), éternel (non temporel), immense (non contenu dans un lieu). Reste pour finir un point important à signaler : c’est qu’il est impossible de tout définir, autrement dit qu’il y a des termes indéfinissables. Il ne s’ensuit pas que l’expérience dispense de la définition. L’expérience est sans doute nécessaire à la genèse de la définition ; elle est irremplaçable, en ce sens qu’une définition n’équivaudra jamais à l’expérience de l’objet. Mais elle ne dispense aucunement de fournir une définition. D’abord parce qu’elle n’est pas plus claire qu’une définition : elle a sa clarté propre, qui est sensible parce qu’elle est sensible ; mais elle n’a pas la moindre clarté rationnelle. Ensuite, parce qu’elle ne présente qu’un cas particulier, alors que la définition dégage l’essence. On peut voir des diamants sans savoir ce qu’est le diamant. Les termes indéfinissables sont, d’une part, les genres suprêmes et transcendantaux, et d’autre part les individus. Il s’agit d’une impossibilité spéculative : pour les premiers, faute de genre supérieur ; pour les seconds, faute de différence spécifique.… Pour les premiers, on peut les expliquer tant bien que mal ; pour les seconds les cerner tant bien que mal, mais on ne peut pas les définir à proprement parler. Pour les premiers, c’est clair. Ils n’ont pas de genre prochain d’où l’on pourrait les faire ressortir en ajoutant une différence spécifique. Il faut donc avouer maintenant que nous avons eu tort de dire plus haut que la substance se définissait par rapport à l’existence. La substance ne se définit pas, parce qu’elle n’a au-dessus d’elle que l’être, qui n’est pas un genre. Il en va de même pour les autres prédicaments, et à plus forte raison pour l’être et ses propriétés. Pour les individus, il faut préciser que ce qui est indéfinissable, c’est l’individualité de l’individu, ou l’individu en tant que tel. Car on peut très bien (en principe) définir l’essence d’un individu. Seulement, cette essence ne le définit pas dans son individualité, car elle est commune à tous les autres individus de l’espèce. Pourquoi l’individu est-il indéfinissable ? Il a bien un genre prochain ; mais il n’a pas de différence spécifique. Ce qui revient à dire que sa compréhension est infinie, et donc imprisable par concepts. D’où l’adage courant dans l’École : individuum est ineffabile. V — LA DIVISION La division est une opération parallèle à la définition. La définition est une analyse de la compréhension ; la division est une analyse de l’extension. On les confond souvent. Il suffit de parcourir les premiers Dialogues de Platon pour voir que les interlocuteurs de Socrate croient définir une vertu en donnant quelques exemples : ils remplacent la définition demandée par une division, et mauvaise de surcroît. La division est un terme complexe distribuant un tout en ses parties. Il y a plusieurs sortes de tout et de parties, donc aussi plusieurs espèces de division. Mais il va de soi que la logique ne considère que le tout logique et ses parties subjectives. D’où suit que la division, à proprement parler, consiste seulement à passer d’un genre à ses espèces. Mais on peut évidemment continuer, en considérant chaque espèce obtenue comme un genre, et en le divisant à son tour. Cette nouvelle division est alors appelée subdivision. Dans les sciences de la nature, spécialement en botanique et en zoologie, où le procédé est un moment important de la méthode, une série de divisions et de subdivisions est appelée une classification. Mais, à vrai dire, une division quelconque, prise à part, est déjà une classification : les deux mots sont synonymes, car les parties sont des classes contenues dans une classe plus large.
Toute la difficulté de l’opération consiste à trouver les différences qui distinguent les parties. On peut au moins formuler les règles d’une bonne division : 1° Qu’elle soit complète, ce qui ne signifie pas qu’elle doive nécessairement descendre jusqu’à l’espèce dernière, mais qu’à chaque niveau, elle ne laisse échapper aucune partie. 2° Qu’elle soit exacte, c’est-à-dire que les parties soient distinctes entre elles et distinctes du tout ; autrement dit qu’elles ne se « chevauchent » pas. 3° Qu’elle ait toujours le même fondement, c’est-à-dire qu’elle se fasse au même point de vue. Si l’on change de point de vue en cours de route, ce n’est plus le même tout qu’on divise. La division la plus rigoureuse est la dichotomie, qui consiste à diviser un genre en deux espèces par la présence et l’absence du même caractère. Par exemple, la quantité se divise en continue et discontinue ; la substance en simple et composée ; le corps en vivant et non-vivant. Ce procédé est le plus rigoureux, parce qu’il est fondé sur le principe de contradiction, qui n’admet pas d’intermédiaires. Mais il peut être généralisé sans artifice, de sorte que, malgré sa rigueur, il a eu mauvaise réputation en philosophie.Les relations entre termes (II) — Thibault Le Malouin
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