• Deux cardinaux, deux conclaves, deux mondes : veto impérial contre Rampolla ? Fumée blanche et thèse Siri ?



    Ou saint Pie X contre Jean XXIII — Entre complotisme et sédévacantisme

  • ✝️ Cardinaux et leurres : de 1903 à 1958, miroirs d’un même combat ecclésial ✝️

    ⁂ Arène « conclaviste »

    Ô lecteur perspicace, prêtez l’oreille : voici l’esquisse d’un double affrontement où le jus exclusivae impérial semble fracasser la carrière d’un cardinal diplomate — Rampolla —, jugé douteux, tandis qu’un demi-siècle plus tard des fumées hésitantes engendrent la légende d’un pape fantôme au travers du cardinal Siri.

    Notre plume, mordante, que nous espérons probe, ouvre les coulisses de deux conclaves charnières – 1903 et 1958 – ainsi que la fabrique des complots qui, de nos jours, enflamme maintes conversations d’antichambre. Mais que le décor se précise :

    • Premier acte : en 1903, l’Empire austro-hongrois oppose son veto tonitruant à l’« homme des salons » Rampolla, propulsant l’humble Sarto au rang de Pie X, futur parangon de rigueur antimoderniste.
    • Deuxième acte : en 1958, la Sixtine se couvre d’une fumata incerta ; de ce brouillard naît la thèse Siri, puis « l’élection » — bien visible — d’Angelo Roncalli, futur Jean XXIII et héraut d’un concile avalisant le modernisme.
    • Troisième acte enfin : l’après-1965 voit proliférer brochures, “dossiers classés” et pamphlets sédévacantistes ; la dichotomie Pie X / Jean XXIII devient matrice d’innombrables récits parfois complotistes, où chaque rumeur sert d’ersatz de preuve et chaque archive, de combustible à l’imaginaire. Ainsi s’annonce notre sauce, entre chroniques avérées et fantasmagories tenaces.

    Intégralisme FM Onde Radio :

    Nota Bene :

    • Être sédévacantiste par complotisme ne relève guère de la bonne approche, car cela doit venir d’une volonté de demeurer catholique selon l’actualité et relève de la science de Dieu, de la discipline théologique.
    • Mentionnons que paradoxalement, un M. Pierre Hillard, lequel voit des « juifs infiltrés » absolument partout — Ratzinger Benoît XVI en aurait été un (sic, au micro d’Haltéro Philo) —, mais ne conclu pas pour autant la Sede vacante, ce qui est doublement lunaire.

    ☧ Sémantique qui cogne

    CONCLAVE, subst. masc. : “Assemblée fermée de cardinaux pour l’élection du Souverain Pontife.”
    JUS EXCLUSIVAE, loc. lat. : “Droit d’exclusion revendiqué jadis par certains monarques catholiques.”

    ☩ Ancienne leçon létale

    Cardinal Rampolla :

    « […] Au conclave ouvert avec la mort du Pontife [Léon XIII], l’Empereur d’Autriche François-Joseph opposa son veto, par l’intermédiaire du cardinal archevêque de Cracovie, Puzyna, à l’élection du cardinal Rampolla au Siège pontifical. »

     — Abbé Francesco Ricossa, Le cardinal Rampolla était-il franc-maçon ?, Sodalitium, 30 sept. 2020 (il relate le fait, toutefois sans croire à l’appartenance maçonnique de Rampolla) sodalitium.eu

    « Le savant Mgr Jouin fut alerté du succès imminent de leur monstrueux plan lorsque le cardinal Mariano Rampolla… entra au conclave de 1903 avec assez de faveurs pour devenir le prochain Pape. Jouin implora l’empereur François-Joseph d’Autriche d’user de son pouvoir de veto pour barrer Rampolla. »

     — Mgr Ernest Jouin, Papauté et Franc-Maçonnerie, allocution du 8 déc. 1930


    Cardinal Siri :

    « …à 17 h 55, le 26 octobre 1958, les princes de l’Église élurent le cardinal génois Giuseppe Siri pour succéder à Pie XII.
    Le nouveau pape élu accepta la charge, choisit le nom de Grégoire XVII, et l’on sut l’élection accomplie lorsque la cheminée de la chapelle Sixtine rejeta une fumée blanche… »

    — Gary Giuffre, enquêteur américain du « White Smoke 1958 »

    « Durant le conclave, un cardinal sortit de la chapelle Sixtine, rencontra des représentants de la B’nai B’rith et leur annonça l’élection du cardinal Siri. Ils répondirent que les persécutions contre l’Église reprendraient aussitôt.
    Revenu au conclave, il fit élire Montini. »

    — Louis-Hubert Rémy – publiciste français, revue Sous la Bannière, n° 6, 1986

    « Il est… certain que, lors des scrutins du conclave de 1963, Siri avait obtenu le nombre requis de voix pour devenir pape-élu… La candidature Siri fut écartée par ce qu’on a nommé la petite brutalité… Trois jours plus tard, Montini sortit élu sous le nom de Paul VI. »

    — Père Malachi Martin (ex-jésuite), Les clefs de ce sang (1991)

    Σ Plan par manche

    💠 I. 1903 — Le veto impérial contre Rampolla — avènement de saint Pie X
    🔥 II. 1958 — La fumée blanche, la thèse Siri — avènement de Roncalli/Jean XXIII
    🕳️ III. L’essor des théories complotistes : entre archives, rumeurs et sédévacantisme


    Quand le Saint-Esprit affronte loges, pressions et rumeurs


    💠 I. 1903 — Le veto impérial contre Rampolla — avènement de saint Pie X

    Histoire vraie ou fausse, elle fait réfléchir sur de potentiels et graves dangers !

    À l’orée du XXᵉ siècle, selon la tradition, les soixante-deux princes de l’Église se claquemurent dans la chapelle Sixtine, afin de désigner le digne héritier de Léon XIII. Favori des chancelleries, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro mène la danse : diplomate affûté, il porterait l’espoir d’une politique d’accommodement avec les régimes sécularisés. Dans les couloirs, pourtant, bruissent des allégations de collusion maçonnique qui, faute de documents irréfutables, demeurent rumeurs, mais ternissent durement l’image du personnage.

    Or, le 2 août, un coup de théâtre survient : le prince-évêque Jan Puzyna, mandataire de l’empereur François-Joseph, brandit le jus exclusivae et fulmine : « Nous écartons Rampolla ! ». L’assemblée, médusée, y aurait vu une ingérence séculière d’un autre âge, plusieurs cardinaux parlant d’« affront à la dignité du Sacré-Collège ». Rampolla, fièrement, se retire mais conserve vingt-neuf suffrages au scrutin suivant, preuve que ses partisans ne faiblissent pas tant que cela en.wikipedia.org.

    Cependant, la majorité se fragilise à ce niveau. Les voix glissent vers Giuseppe Sarto, patriarche de Venise, homme de prière plus que de salon. Au septième tour, il récolte cinquante bulletins ; le tailleur (sarto) devient Pie X, canonisé un demi-siècle plus tard. À peine intronisé, il abolit le droit d’exclusion, scellant la fin du sabre impérial dans les affaires augustes.

    Analyse. — Cette élection illustre l’étreinte paradoxale entre Providence et politique : le veto, intolérable en principe, aura pourtant sans doute détourné le gouvernail vers un autre pontificat, certes de restauration : vigoureuse condamnation du modernisme comprise.
    Ironie de l’Histoire : la dernière intrusion d’un monarque aura hissé sur la chaire de Pierre l’un des saints les plus vénérés du XXᵉ siècle.

    Nota Bene I. : On raconte souvent (encore un propos diffus qui reste à prouver/confirmer…) que le jeune Pie XI avait des tendances libérales, mais qui se changeront bien vite — lors de son pontificat — en antilibéralisme virulent dans son Syllabus

    Nota Bene II. : Cette hostilité anti-Rampolla date notamment de ladite politique de « ralliement » sous Léon XIII —, mais l’expression — non d’origine catholique — émane de monarchistes issues de l’Action française.


    🔥 II. 1958 — Fumées hésitantes, « thèse Siri » — avènement de Roncalli/Jean XXIII

    Conclave moderniste sans légitimité : ou le "complot" conciliabulaire

    Cinquante-cinq ans plus tard, l’Europe est divisée par le rideau de fer rouge ; l’Église, elle, traverse une phase d’incertitude après la longue vigie du Pape Pie XII. Le 26 octobre, deux panaches blanchâtres seraient successivement montés au-dessus de la Sixtine : la place Saint-Pierre exulte, Vatican Radio proclame l’élection, puis se rétracte quand la fumée tourne à l’anthracite en.wikipedia.org. Les ballots détrempés, éclairés maladroitement par un projecteur vespéral, ont trompé la foule — toutefois, ce phénomène, déjà constaté lors de conclaves antérieurs, à cause de la chimie incertaine du mélange paille-goudron explique autrement fort bien hull.ac.uk.

    De ce quiproquo naît la « thèse Siri » : le cardinal génois Giuseppe Siri, dit-on, aurait été élu deux fois sous le nom de Grégoire XVII — cela signifie qu’il a même accepté Vatican II durant toute la période Jean XIII —, avant de céder sous des menaces soviétiques ou judéo-maçonniques. Les partisans convoquent dépêches radio, mémos prétendument déclassifiés, témoignages tardifs de Malachi Martin ou Paul L. Williams – mais aucun procès-verbal conclaviste ne corrobore cette abdication forcée ; Siri lui-même restera silencieux et loyal en.wikipedia.org.

    Le 28 octobre, au onzième scrutin, émerge finalement Angelo Roncalli, ancien patriarche de Venise et futur traître de Vatican II — il fut rappelé en Italie par Pie XII, après avoir été écarté en mission, du reste, exactement comme le cardinal Montini, futur pseudo-Paul VI.

    Analyse : La confusion visuelle d’une fumée (probablement grise prise pour blanche) a suffi à enfanter un récit alternatif où services secrets, loges et bombes atomiques ourdissent la succession de Pierre.

    Nota Bene I. : ce qui demeure exacte est que le cardinal Siri était réputé comme étant un cardinal conservateur et quasiment un « Pie XII bis », si l’on veut…

    Nota Bene II. : cette histoire étrange reste moins lunaire que la « survivance d’un vrai Paul VI antimoderniste ». Mais même si le cardinal Siri a été été élu, même très temporairement, cela n’en ferait pas non plus un Pape visible de l’Église catholique. On ne peut décréter ainsi une Papauté secrète.


    🕳️ III. L’essor des théories complotistes : entre archives, rumeurs et sédévacantisme

    Sous les voûtes numériques où le moindre feuillet d’archives devient totem pour salon antique et divinatoire, les récits parallèles de 1903 et de 1958 s’entrelacent désormais en une fresque de soupçon permanent.

    L’on passe, sans ciller, de la politique diplomatique de Léon XIII et du veto autrichien fulminé contre Rampolla, au secret présumé de la fumata bifide qui aurait couronné Siri en Grégoire XVII — nom d’ailleurs très prisé des sectes mysticistes canadiennes et « palmariennes »…

    Deux épisodes, deux matrices plutôt imaginatifs, et un même ressort : la hantise d’une Église capturée. Or, cela n’existe pas dans l’ecclésiologie catholique : l’Église ne peut être torturée ou empêchée par ses ennemis dans son « être surnaturel ».

    « Si le diable ne peut vaincre le rocher, qu’il enfume la chapelle ! » — Maxime de sacristie (ou  de bistro)…

    1. Des papiers poussiéreux aux “dossiers classés”

    • Rampolla : depuis Mgr Jouin jusqu’aux blogueurs contemporains, des brochures prétendent exhumer son appartenance aux hauts grades d’Orient ; or les procès-verbaux conclavistes n’en soufflent mot, sinon des accusations post factum fatima.orgvwbora25.wordpress.com.

    • Siri : le fil se tend lorsqu’en pleine guerre froide surgissent de vagues télégrammes, puis, dans les années 1980-1990, les livres de Malachi Martin et de Gary Giuffré. Aujourd’hui encore, des sites comme Novus Ordo Watch citent des “notes FBI” introuvables ailleurs, tandis que sur un forum tel que Reddit on recycle la rumeur à l’infini, en y ajoutant parfois sa sauce en.wikipedia.orgnovusordowatch.orgreddit.com.

    2. Le terreau sédévacantiste

    Le sédévacantisme naît d’un axiome intransigeant : Vatican II a corrompu la Chaire de Pierre ; donc celle-ci est vide. Mais la thèse Siri fournirait ici une pièce manquante : un “vrai” Pape encore vivant (ou mort dans l’ombre) aurait empêché la déchéance. Des brochures PDF circulent, minimalistes de preuves mais maximalistes d’affirmations, substituant la créance à la démonstration novusordowatch.org.

    Inversement, les apologistes “conciliaires” rappellent le canon fondamental : fumée blanche + acceptation publique = Pape valide. La garantie dogmatique s’érige ainsi contre toute spéculation inductive catholic.comcatholic.com.

    3. La dichotomie Pie X / Jean XXIII : matrice d’un duel

    • Saint Pie X : figure de granit, restaurateur, canonisé – il incarne l’âge d’or auquel les traditionalistes se réfèrent à raison comme à un étalon doctrinal.

    • Jean XXIII : bonhomie joviale, il a prétendu soumettre l’Église à l’esprit du monde, en icône d’un virage libéral et usurpateur.

    Cela dit il serait trop facile et non catholique d’affirmer benoîtement “Sarto élu par miracle, Roncalli imposé par la Loge.” De la nuance, point ; de la rhétorique eschatologique, pléthore.


    🛎 Sentence par KO

    Ô lecteur, quand bien même les archives s’ouvriraient jusqu’au dernier bulletin brûlé, l’imagination complotiste demeure insatiable ; elle se nourrit moins de faits que de fissures — et quand bien même, si leurs documents étaient vrais, ils ne changeraient rien à l’histoire —, de ces minuscules interstices où l’on peut glisser menace nucléaire, franc-maçonnerie tentaculaire ou chantage d’ambassades.

    Ce que révèlent 1903 et 1958, c’est la fidélité paradoxale de la Providence : un veto jugé scandaleux débouche sur la sainteté de Pie X ; une fumée incertaine, sur l’annonce d’un conciliabule destructeur.

    Croyons-nous à la main de Dieu ? Alors, il nous sied de croire également à la visibilité de Son Église. Les rumeurs, elles, passent ; la dévotion et la raison demeurent, pour qui veut bien résister aux mirages du soupçon systématique. Quelles que soient les pressions mondaines, la divine Providence triomphe toujours des intrigues humaines, laissant à chacun le choix de la foi ou de la crédulité.

    Post-Scriptum : « Le bruit court plus vite que la grâce, mais la grâce arrive toujours à bon port. »

    La Rédaction


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