• Au cœur du IIIᵉ Reich : l’autoblanchiment d’Albert Speer



    Nouvelle source Volvic démontée : quel pauvre Tonton mal entouré !

  • 🎭 La prétendue innocence du « bon Nazi » sous le scalpel de l’historiographie 📚
    

    Incipit pour des notes préludiales

    C’est ce qui s’appelle se refaire une virginité, ou l’art de l’auto-rédemption !
    Sus à ce lâche qui a su montrer pattes « blanches » aux Alliés, que l’opprobre soit jeté sur lui !

    Chers lecteurs, continuons d’accomplir notre mission terrestre « d’haute importance » et de justice historique, et daignez permettre que nous abordions ici un cas d’école en matière de manipulation mémorielle, version goy.
    Albert Speer, architecte du Führer devenu ministre de l’Armement, ne fut point seulement un serviteur zélé du national-socialisme au départ, mais aussi un écrivain retors, habile à maquiller ses « forfaits » sous les oripeaux d’une prose élégante et d’un « remords introspectif » plus ou moins honnête.

    Son livre Au cœur du Troisième Reich (1969), longtemps tenu pour une source capitale, se révèle aujourd’hui être une entreprise déconcertante de falsification volontaire. Cette œuvre, vantée naguère pour sa lucidité, se découvre truffée de silences, d’ellipses, de mensonges par omission ou par calcul.
    Le tout servi par une langue raffinée, une posture maîtrisée de témoin privilégié et une rhétorique subtile de l’expiation partielle. Une fiction historique érigée en témoignage, une confession sans aveu, une demi-réhabilitation feutrée : tel est le legs de Speer, désormais décortiqué et démoli par l’historiographie.

    Aussi conviendra-t-il de sonder les artifices stylistiques de cette œuvre d’autojustification, les omissions calculées qui en font la substance, et de confronter ce Speer mémorialiste à celui, réel et terriblement complice, que les chercheurs ont patiemment exhumé.

    Ceci est, dans la foulée de notre réponse très lue, faite à Stanislas Berton !

     Imposture et camouflage de la complicité par la rhétorique : dés-informateur de surcroît !


    Introït inaugural

    IMPOSTURE, subst. fém. – Action de tromper par des discours ou des apparences mensongères, de se faire passer pour ce qu’on n’est point.

    RÉÉCRITURE, subst. fém. – Action de réécrire un texte, souvent dans l’intention de modifier sa portée ou son sens initial.

    RHÉTORIQUE, subst. fém. – Art de bien parler, de persuader par les moyens du discours ; ensemble des procédés de style visant à produire un effet sur le lecteur ou l’auditeur.


    Épigraphes en guise de prélude

    « L’histoire est écrite par les vainqueurs… mais la mémoire, elle, est souvent réécrite par les survivants. »
    Gitta Sereny, Albert Speer: His Battle with Truth (1995), Vintage Books.


    Fausse citation donnée par Speer et autres commentaires sempiternels des Propos de table de Bormann :

    « Si Charles Martel n’avait pas vaincu à Poitiers […] alors, selon toute probabilité, nous nous serions convertis au mahométisme, ce culte qui glorifie l’héroïsme et qui n’ouvre le septième ciel qu’au guerrier audacieux. Alors, les races germaniques auraient conquis le monde. »
    Cameron, Norman; Stevens, R. H.; Weinberg, Gerhard L.; Trevor-Roper, H. R. (2007).Hitler’s Table Talk 1941–1944: Secret Conversations. New York: Enigma Books, p. 667. ISBN 978-1936274932.

    Sommaire

    📘 I. Posture narrative & artifices rhétoriques
    📉 II. Omissions & mensonges
    📚 III. Historiographie contre légende
    🖋 IV. Langue, ton & présentation : une esthétique au service du mensonge
    ⚖️ V. Propos imputés à Hitler : discordance historique & invention mémorielle

    📘 I. Posture narrative & artifices rhétoriques

    Dès les premières lignes de Au cœur du Troisième Reich, Albert Speer adopte une posture calculée de « témoin lucide », se réclamant à la fois acteur et spectateur d’un drame dont il se prétend partiellement dupe. Son écriture, d’une sobriété étudiée, s’emploie à susciter la confiance du lecteur en alternant récits intimes et confessions mesurées.

    Le procédé rhétorique central consiste à reconnaître une « culpabilité morale » abstraite tout en niant toute implication criminelle concrète. Speer met en scène une cécité volontaire présentée comme involontaire : « Si je ne l’ai pas vu, c’est que je ne voulais pas le voir », se justifie-t-il.

    Par cette litote inversée, il se forge l’image d’un homme séduisant et trompé par la grandeur architecturale et le charisme d’un Hitler auquel il attribue, en privé, des défauts notoires – nous tenons là le double traître parfait.

    Le récit de ses soi-disant désillusions progressives, ses doutes sur les derniers mois de guerre, et sa prétendue opposition au décret Néron de 1945 – promulgué par Adolf Hitler, dans ses ultimes semaines. Cet ordre radical prescrivait la destruction systématique de toutes les infrastructures allemandes, afin d’empêcher leur utilisation par les forces alliées en progression, leur laissant derrière une terre « brûlée ».

    Ces récits contribuent à sculpter la figure d’un ministre repenti devenu humaniste. Speer use d’un ton modéré, feint la distance critique et affecte une pudeur vertueuse : ce sont là autant de ressorts d’un art consommé de la mise en scène narrative.

    📉 II. Omissions & mensonges

    Le silence comme stratégie de camouflage : telle est la clef de voûte du texte de Speer. Il tait méthodiquement les éléments les plus accablants de son action au sein du régime national-socialiste. La conférence de Posen (octobre 1943), où Himmler dévoila une forme de « solution finale » devant une assemblée dont Speer faisait partie, est totalement occultée dans ses mémoires.

    Plus tard, au gré du vent, confronté aux preuves de sa présence, Speer se retrancha dans le déni public, tout en confessant en privé l’avoir bel et bien entendu…

    La politique d’esclavage industriel à laquelle il présida, en tant que ministre de l’Armement, est elle aussi gommée ou reportée de façon guignolesque sur son subalterne Sauckel.

    Speer passe sous silence l’exploitation massive de détenus juifs et étrangers dans les camps-usines comme Dora-Mittelbau. Il s’efforce également de falsifier a posteriori les documents compromettants. Ces omissions délibérées et mensonges par défaut, achèvent de discréditer la prétendue sincérité de son témoignage.

    📚 III. Historiographie contre légende

    Durant près de deux décennies, Au cœur du Troisième Reich fit autorité. Speer y était vu comme un technocrate apolitique et repenti, en contraste frappant avec les caricatures de dignitaires fanatiques. Mais à partir des années 1980, une série d’études critiques – Schmidt, Sereny, van der Vat, Kitchen, Brechtken – ont méthodiquement déconstruit ce récit.

    L’historiographie a mis au jour les incohérences, les omissions volontaires, les réécritures intéressées. Sereny montre un Speer manipulateur, sachant cloisonner ses vérités privées et publiques. Tooze, quant à lui, relativise le mythe du génie industriel, révélant que la hausse de production avait précédé son entrée en fonctions. Kitchen et Brechtken, enfin, dévoilent un Speer impliqué dans le système, loin de la figure du simple exécutant pris dans la tourmente. La légende de l’architecte lucide et tardivement éclairé s’effondre ainsi sous le poids des faits, laissant place à un portrait bien plus sombre : celui d’un acteur conscient du crime.

    🖋 IV. Langue, ton & présentation : une esthétique au service du mensonge

    Speer écrivit avec soin, dans une langue épurée, sobre et cultivée. Ce style, conjugué à un ton mesuré, rehaussa sa respectabilité. L’auteur se fit discret, jamais emphatique, affectant un recul presque stoïcien. Il fit preuve d’une rhétorique de l’équilibre, avouant çà et là des erreurs techniques ou des ambitions personnelles, pour mieux occulter ses « compromissions » majeures.

    La présentation éditoriale servit cette imposture littéraire. Aidé par des éditeurs et intellectuels bienveillants (Siedler, Fest), Speer bénéficia d’un lancement calibré, d’une couverture sobre et d’un titre alléchant. Le récit y fut structuré pour capter l’attention, alternant portraits, introspection et fresques historiques.

    En somme, la forme et le fond conspirèrent à séduire un lectorat occidental avide de « comprendre » l’époque. Le style classique de Speer fut ainsi l’écrin d’un mensonge moderne.

    ⚖️ V. Propos imputés à Hitler : discordance historique & invention mémorielle

    Dans les Mémoires d’Albert Speer, derrière la trame autobiographique et la confession politique, affleurent des propos prêtés à Hitler qui détonnent par leur étrangeté, sinon par leur invraisemblance.

    L’un d’eux, notable entre tous, prête au Führer une admiration assumée pour l’islam, allant jusqu’à regretter que cette religion n’ait pas conquis l’Europe à la place du christianisme. Selon Speer, Hitler aurait affirmé que si Charles Martel avait échoué, le monde aurait été islamisé, ce qui eût, selon lui, mieux convenu à la nature guerrière du peuple germanique.

    Or, cette déclaration ne repose sur aucun fondement dans les discours publics d’Hitler, ni dans ses directives officielles, ni dans ses nombreux écrits. Aucune trace de tels propos ne figure dans Mein Kampf, dans ses discours radiodiffusés, ni dans les archives officielles du Reich. Les seules occurrences comparables se trouvent dans les « Propos de table » (ou Table Talks), compilés par Martin Bormann, dont la fiabilité demeure sujette à caution et dont le ton, ne révèle qu’un pragmatisme opportuniste teinté d’orientalisme sommaire.

    De surcroît, ces prétendues louanges du prophétisme islamique contredisent frontalement l’idéologie du régime national-socialiste, axée sur une exaltation de la germanité et des mythes teutoniques. L’islam, dans les rares cas où il fut évoqué par le régime, servit d’outil de propagande contre les Anglais ou les Soviétiques, notamment par le biais de contacts tactiques avec le mufti de Jérusalem – alliances de circonstance, sans aucune portée spirituelle véritable.

    Qu’Albert Speer rapporte de tels propos sans la moindre mise en garde critique ni contextualisation interroge sur ses intentions. Soit il s’agit d’un ornement mémoriel destiné à complexifier artificiellement le personnage d’Hitler pour mieux en souligner la dimension tragique ou paradoxale – et donc rehausser son propre rôle de témoin –, soit Speer prête à Hitler des pensées qu’il juge rétrospectivement séduisantes pour un lectorat des années 1960, gagné aux sirènes de l’exotisme culturel et du relativisme religieux.

    Dans tous les cas, nous sommes là face à une parole rapportée, isolée, sans corroboration dans les archives, ni dans les témoignages fiables. Ces propos, qui font florès aujourd’hui dans certains milieux hostiles à l’héritage chrétien de l’Europe, relèvent d’une imposture intellectuelle plus que d’une observation fondée. Ils détournent l’attention du véritable noyau doctrinal du national-socialisme – racialiste, néopaïen, aryanisant – pour en faire un conglomérat hybride et sans racine, ce qu’il ne fut jamais.

    Ainsi, à travers cette falsification discursive, Speer se commet non seulement dans une manipulation des faits, mais aussi dans une instrumentalisation des mots d’autrui à des fins de construction de soi. L’historien, armé de rigueur, se doit de rectifier ces glissements : non, Hitler ne fut pas l’admirateur secret de l’islam qu’on voudrait nous peindre. En effet, Speer fut le metteur en scène d’une « mémoire sélective », dont les faux-semblants se fissurent à la lumière de la critique documentaire exigeante.

    Scellement tactique : légende démantelée

    La figure du « bon Nazi » incarnée par Speer a vécu. Le mythe forgé dans ses mémoires – celui d’un homme éclairé, rédimé par le remords et la culture – a cédé devant le patient travail de l’historiographie critique. La vérité n’émergea point du récit inaugural, mais des marges, des silences, des archives que Speer tenta d’effacer.

    Il aura fallu des décennies pour que « l’opinion » accepta de regarder autrement ce mémorialiste séduisant. Il aura fallu la rigueur d’historiens officiels pour démasquer la forfanterie.

    Ainsi se clôt le chapitre d’une auto-justification magistralement orchestrée, que l’Histoire, en bonne justicière, aura fini par démanteler point par point.

    Aux poubelles !

    Σ


    Pour approfondir la fabrique d’une légende

    Voici, chers lecteurs, animés de saine curiosité, la liste des documents, articles et études utilisés et cités dans cette démystification du mythe Speer :


    La Rédaction

    “Source” Martin Bormann suite – Aryan France

    Nulle charge contre le christianisme dans « Mein Kampf » – Aryan France

    Sociétés occidentales modernes, tiraillées entre judaïsme et christianisme sécularisés

    Contribution à une éthique raciste ? René Binet (Partie I)

    Royalisme migratoire, le rêve cosmopolite sacrifiant sur l’autel de la couronne

    Fausse espérance : du trône royal vacant à la Papauté en plastoc !

    Dragon Ball Z : esthétique du Surhomme : entre mythe “aryen” version nippon, ordre traditionnel & réminiscences nationales-socialistes

    Mon combat, visions d’Athéna en BD – Scipion de Salm


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