• Conciles de Pise & de Constance, ou la nécessité d’un “chef visible”



    Dépasser un certain sédévacantisme/conclavisme stérile

  • Préambule :

    Une information d’importance vous a peut-être échappé dans le flot d’article 2024, notamment à propos du décisionnisme, et c’est pourquoi nous relançons le thème avec un double rappel (constat Sede Vacante + Concile général imparfait) :

    Dans le tumulte doctrinal qui secoue les cercles traditionnalistes contemporains, une question revient avec insistance : qu’a fait l’Église lorsqu’elle venait à manquer d’un Pape ? Cette interrogation, n’étant guère une pure spéculation, plonge ses racines dans l’histoire ecclésiastique et tient en échec une part notable du monde sédévacantiste, trop souvent figé dans l’attente éculée d’une « solution miraculeuse ».

    Or, si l’on se fie à la logique, à l’enseignement magistériel en priorité, mais également aux précédents historiques, l’Église a su pallier l’absence d’un chef visible, en régularisant, a posteriori, des mesures qui, bien que paraissant « irrégulières », étaient dictées par une nécessité supérieure. L’histoire des conciles de Pise (1409) & de Constance (1414-1418) nous éclaire à ce sujet.

    En effet, certains nous accusent de vouloir une « solution trop humaine » (sic), mais le Pape n’est pas un alien ou d’essence divine que nous sachons. Or, le fait de vouloir un chef visible à la tête de l’Église c’est une demande ordonnée à Dieu et une chose indispensable à son gouvernement, sans limite de délai, mais dans les meilleurs délais.

    À ce propos, nous recommandons la lecture de l’article de David contre le néo-pisanisme, lequel démonte pareillement la thèse d’un « conclavisme irrationnel », mystique ou trop pressé, entend imposer une élection papale sans cadre ecclésial universel et légitime.

    Sommaire :

    I. Concile de Pise (1409) : un conciliabule contesté mais structurant
    II. Concile de Constance (1414-1418) : l’aboutissement d’un processus nécessaire
    III. Le rôle de l’autorité temporelle dans la résolution des crises
    IV. Déposition possible ou non dudit Pape ?
    V. Leçons pour aujourd’hui : dépasser le sédévacantisme/conclavisme stérile

    I. Concile de Pise (1409) : un conciliabule contesté, mais structurant

    Le concile de Pise de 1409, bien que n’ayant pas résolu immédiatement le Grand Schisme d’Occident, ne saurait être qualifié de « simple réunion sans valeur ». Son but était de mettre fin à une « anomalie institutionnelle » : l’existence de deux Papes rivaux, l’un à Rome (Grégoire XII), l’autre en Avignon (Benoît XIII), qui refusaient tous deux d’abdiquer.

    Chapitre VIII – Du Concile ni manifestement approuvé, ni manifestement/entièrement rejeté

    Le quatrième est le Concile de Francfort

    Il fut célébré en l’an 794 près de Rhéginone, sous le pape Adrien Ier et Charlemagne, roi des Francs. Ce concile fut confirmé par Adrien dans certaines de ses parties et rejeté dans d’autres : ainsi, il définissait le Christ comme le Fils adopté, mais cette décision fut condamnée. De même, une partie du concile fut erronément attribuée à la septième synode.

    Le cinquième est le Concile de Constance

    Commencé en 1413 sous le pape Jean XXIII et achevé en 1418 sous Martin V et l’empereur Sigismond, ce concile, en ce qui concerne les sessions sur la primauté pontificale, fut rejeté par l’Église dans le concile de Florence et plus tard dans le concile de Latran. Cependant, en ce qui concerne d’autres sessions, Martin V approuva ce qui était en accord avec la foi catholique.

    Le sixième est le Concile de Bâle

    Il commença en 1431 et se poursuivit à Bâle, puis à Lausanne jusqu’en 1449. Sous le pape Nicolas V, ce concile fut déclaré nul par le pape Félix V. Certaines de ses décisions furent néanmoins confirmées par l’Église, notamment celles qui traitaient des bienfaits ecclésiastiques et qui favorisaient la paix et l’unité. Toutefois, ce concile fut expressément rejeté par le concile de Latran.

    Parmi ces conciles, celui de Pise, tenu en 1409 sous le pape Grégoire XII et le cardinal Alexandre V, semble n’avoir été ni formellement approuvé, ni complètement condamné.

    Bellarminus, Robertus (1605). « Caput VIII ». Disputationes De Controversiis Christianae Fidei (en latin). Vol. Tomus secundus. Ingolstadt : Sartorius. pp. 45-46

    La légitimité de ce concile a été vivement débattue. Certains canonistes le qualifièrent de conciliabolo, lui niant toute valeur et le mot se tient dans l’absolu. Cependant, sa nécessité était dictée par les circonstances, et Saint Robert Bellarmin lui-même, et d’autres, reconnut qu’il ne pouvait être ni pleinement approuvé, ni pleinement rejeté (nec approbatum, nec reprobatum).

    « Vingt-troisième session du 7 août 1409. Œcuménicité et résultats de ce Concile.

    On lut un décret qui ordonnait aux métropolitains d’assembler des Conciles provinciaux, et aux généraux d’ordre de tenir leurs chapitres, où il y aurait des présidents de la part du Pape : du reste, le Pape ratifia tout ce qui avait été fait et réglé par les cardinaux, depuis le 3 mai 1408, et particulièrement ce qui s’était passé à Pise. On régla les affaires de l’Eglise, comme on pouvait les régler prudemment, pour réparer les maux que le schisme avait causés. A l’égard de la réforme de l’Eglise dans son chef et dans ses membres, le Pape déclara qu’il la suspendait jusqu’au prochain Concile, qu’il indiqua pour l’an 1412, ne pouvant la faire actuellement à cause du départ de plusieurs prélats : ensuite il congédia le Concile, avec indulgence plénière pour tous ceux qui y avaient assisté et qui y adhéraient.

    Le Concile de Pise a été l’objet d’une vive et stérile controverse, où gallicans, ultramontains, etc., ont mêlé des questions étrangères au sujet. S’il ne fut pas œcuménique, il représenta presque toute l’Eglise : il se composait de l’élite du corps ecclésiastique. S’il ne réussit pas à éteindre le schisme, il n’en est pas moins vrai que c’était l’unique remède à employer contre ce terrible fléau, et que ce remède réussit à Constance quelques années plus tard : ne faut-il pas louer le noble effort que fit l’Eglise, à Pise, pour exterminer ce monstre cruel qui la désolait ? À Pise, elle lui porta déjà un coup qui fut le prélude de son extinction totale, comme dit Bossuet. Si le Concile de Pise ne réussit pas à éteindre immédiatement le schisme, ce ne fut pas sa faute : il prit toutes les mesures nécessaires à cet effet, et élut un Pape orné de toutes les vertus : le retard apporté à l’extinction du schisme ne doit être attribué qu’à l’obstination impie des deux prétendants, qui ne tenaient aucun compte du bien général de l’Eglise, et à l’ambition non moins scandaleuse des souverains, qui, loin de seconder les vœux, les efforts de l’Eglise, en abandonnant les prétendants, soutinrent chacun le sien, n’intervenant dans les affaires de l’Eglise que pour perpétuer la division. (Reg., tom. XXIV ; Lab., tom. XI Hard., tome IX ; Leufant, Héfélé.) »

    Mgr Paul Guérin, Les conciles généraux et particuliers (1868), p.87-88.

    Mgr Paul Guérin fut un prélat, non un évêque ; professeur de philosophie, écrivain et camérier de S. S. Léon XIII. Doué pour le travail de compilation, il est surtout connu pour être l'auteur de la série Les Petits Bollandistes : vie des saints dont les quinze volumes (1866-1869) furent plusieurs fois réédités) sur le Concile de Pise.

    Le concile de Pise, bien que n’ayant pas suffi à régler le schisme, posa un précédent décisif en démontrant que l’Église pouvait, « en dernier recours », se réunir pour trancher en l’absence d’une autorité centrale efficace, et en vue d’en obtenir une ! Ainsi, si la pratique fut « maladroite » et le résultat « infructueux », cet « évènement » a préparé la solution (divine et providentielle par définition) acceptée de l’Église catholique : d’échec en échec jusqu’à la « victoire » !

    II. Concile de Constance (1414-1418) : l’aboutissement d’un processus nécessaire

    Cinq ans après l’échec de Pise, la situation était toujours chaotique. Trois « Papes » se disputaient alors la tiare :

    1. Jean XXIII (élu à Pise en 1409)

    2. Grégoire XII (Rome)

    3. Benoît XIII (Avignon)

    Face à cette impasse, le concile de Constance fut convoqué, notamment sous l’action de l’Empereur Sigismond du Saint Empire romain germanique. Là encore, on pourrait arguer que sa légitimité était contestable puisqu’il se réunissait sans « l’aval d’un Pape reconnu de tous » – et il n’y en avait pas, ou du moins, il était difficile d’identifier un Pape, faisant tous l’objet de « vice de procédure ». Pourtant, ce Concile, mit fin au schisme en déposant les trois prétendants, et en élisant Martin V (1417).

    « Quoi qu’il en soit, si le lamentable schisme de l’Occident divisé, pendant quarante ans, entre l’obédience de deux papes, ne put être évité, ce fut moins la faute de la législation que celle des hommes. Afin d’y mettre un terme, le concile de Constance, pour une fois seulement et dans ce cas extraordinaire, modifia quelque peu la procédure électorale, en décidant qu’à l’élection du nouveau pontife, qui devait être le romain Martin V, prendraient part tous les cardinaux nommés par les trois papes compétiteurs [l’un était en Avignon, l’autre était à Rome, et le dernier élu était à Pise… chacun prétendait être l’unique pape légitime] ainsi que cinq prélats de chacune des six nations représentées au Concile (1417). »

    Le conclave de 1894 par Mgr Joseph Guthlin – Chapitre 3, pp. 101-102.

    Cette élection fut l’aboutissement d’un principe supérieur « semblant déroger » à la règle générale : celui de la nécessité absolue de pourvoir au Siège Apostolique.

    III. Le rôle de l’autorité temporelle dans la résolution des crises

    Bien que cet aspect de soutien politique ne soit pas absolument nécessaire pour l’Eglise, il facilite hautement les choses : un élément crucial souvent ignoré dans ces débats est le rôle de l’autorité temporelle dans la résolution des crises ecclésiales.

    • En 325, c’est l’empereur Constantin qui convoqua le concile de Nicée.
    • En 1414, c’est l’empereur Sigismond Ier qui impulsa le concile de Constance.
    • Entre 1862 et 1870, c’est Garibaldi qui envahit les États pontificaux (expédition de l’Aspromonte en 1862, bataille de Mentana en 1867, prise de Rome en 1870), mais de façon anticatholique… – on pourrait imaginer aujourd’hui une attaque de la Rome moderniste par des « armées politiques » catholiques traditionnalistes.

    Le modèle de la Chrétienté reposait alors sur une synergie entre le pouvoir spirituel & temporel, permettant de trancher en cas de crise extrême, réunissant les évêques de façon publique et universel à la face des catholiques.
    Aujourd’hui, il n’existe hélas plus ni roi de France, ni d’empereur germanique, d’où la difficulté accrue d’undit conclavisme contemporain, qui entend procéder à une élection universelle en l’absence de cadre structurant.

    IV. Déposition possible ou non dudit Pape ?

    Par principe de certitude et pour se prémunir de tout schisme, cette maxime de nature théologique et canonique a existé :

    « Papa dubius, papa nullus. »

    « Un pape douteux est un pape nul. »

    Maxime attribuée aux temps post-tridentin, bien qu’elle ne figure pas explicitement dans les textes officiels du Magistère, parfois associée à la pensée de saint Robert Bellarmin (1542-1621), docteur de l’Église

    Si la proposition « juridique » de l’abbé Georges de Nantes, appelant les cardinaux à revenir sur leurs choixqu’ils aient été faits sous pression ou non — contre Paul VI, différait sensiblement de la position de Mgr Lefebvre et se rapprochait du guérardisme de Mgr Guérard des Lauriers en son temps ; elle ne tient pas devant les arguments canoniques.

    En effet, le Pape étant la plus haute autorité sur terre et ne peut être déposé par personne, si ce n’est qu’il cesse d’être Pape par profession d’hérésie ou par une « élection non universelle », devant Dieu et aux yeux des catholiques.

    Et s’il ne peut être considéré qu’un « mauvais Pape hérétique » puisse exister, également, l’idée de rejeter toute solution de « crise » par un Concile général imparfait témoigne d’une profonde méconnaissance de l’histoire et de la doctrine de l’Église. Nous allons démontrer ici, sources à l’appui, que l’Église a déjà exercé son autorité pour mettre un terme à des crises pontificales.

    Le Canon n° 188 du Code de Droit Canonique de 1917 établi par Benoît XV, décrète :
    « En vertu de la renonciation tacite admise ipso jure, sont VACANTS ‘ipso facto’ et sans AUCUNE déclaration, quelque office que ce soit si le clerc : {…} 4e point : APOSTASIE publiquement la foi catholique. »

    « Lorsqu’il serait nécessaire de procéder à l’élection du Souverain Pontife, s’il s’avérait impossible d’appliquer les directives du droit papal, comme ce fut le cas du temps du Grand Schisme d’Occident, on doit accepter sans difficulté que le pouvoir d’élection puisse être transféré à un concile général. »
    — Cardinal Billot, De Ecclesia Christi

    V. Leçons pour aujourd’hui : dépasser le sédévacantisme/conclavisme stérile

    L’enseignement de ces conciles est clair : le Siège de Pierre ne peut rester vacant indéfiniment, avec notre acquiescement, d’autant plus lorsque nous sommes davantage éclairés comme le sont les « catholiques de tradition de constat dit sédévacantiste », sous peine de nier l’essence visible et monarchique de l’Église, par un anarchisme fait de prêtres gyrovagues inédits et odieux…

    Cependant, cela ne signifie pas que l’on doive improviser une élection sans cadre légitime. Selon les modalités de Dieu et son Église, la situation actuelle, où l’autorité capable de fédérer l’Église en un Concile général imparfait se situe au niveau des évêques sacrés dans le « rite de toujours », et surtout des mieux éclairés (!), nous place ici dans une « crise » sans précédent.

    Le « conclavisme néo-pisan », qui prétend élire un Pape dans l’urgence sans reconnaître les conditions nécessaires à une telle élection, serait encore plus délicat de nos jours, donnerait un « Pape douteux donc nul », et constituerait ainsi une impasse pure et simple, ignorant les réalités ecclésiologiques, juridicistes et historiques en s’isolant dans l’illusion.

    Mais l’histoire nous enseigne que les solutions aux grandes crises ecclésiales n’ont jamais été parfaites ni immédiates. Elles furent parfois étrange au premier abord, mais toujours ordonnées par une nécessité impérieuse.

    À rebours des illusions conclavistes ou d’une attente stérile dite « sédévacantiste complet », il s’agit de penser un modèle de restauration qui tienne compte de l’absence actuelle d’un pouvoir temporel chrétien, tout en préservant l’unité de l’Église.

    L’Église a triomphé du Grand Schisme d’Occident non pas en restant figée, mais en agissant dans les meilleurs délais et de bonne sorte. Une leçon à méditer pour ceux qui se contentent de l’expectative et du « miracle », en niant toute action humaine ordonnée à la fin poursuivie (Dieu et son Église, les âmes), ainsi que les lois et l’essence de l’Église.

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