• Les thomistes hispaniques au XXème siècle



    Thomisme hispanique : tradition ininterrompue & figures emblématiques

  • Front liminaire

    L’horizon intellectuel hispanique, bien qu’appartenant à un même mouvement général, contre la dissolution des courants scolastiques – ou autre -, dans d’autres pays européens, a maintenu une remarquable continuité de la philosophie chrétienne.

    Cette persistance, dont les racines plongent dans la Seconde scolastique du Siècle d’or espagnol (XVIᵀ-XVIIᵀ siècles), permit un enracinement doctrinal propice à une critique substantielle du libéralisme, tout en dotant le phalangisme, le carlisme (équivalent des légitimistes, dont Juan Vasquez de Mella, incarne un entre deux avec la Révolution conservatrice), le franquisme et les courants antilibéraux et anticommunistes, d’une certaine ossature philosophique.

    Cette tradition ne s’est jamais totalement éteinte, elle s’est d’ailleurs diffusée dans toute l’Amérique latine, et elle demeure vivante aujourd’hui à travers la pensée de figures contemporaines comme Miguel Ayuso, Jorge Martínez Barrera ou encore Jean-Marie Vernier.


    Première scolastique (XIIIᵉ – XIVᵉ siècle)

    Elle correspond à l’épanouissement médiéval de la pensée théologique et philosophique, dominée par saint Thomas d’Aquin (†1274), dont le thomisme deviendra la référence majeure.

    Seconde scolastique (XVIᵉ – XVIIᵉ siècle)

    Appelée aussi scolastique du Siècle d’or espagnol, elle marque un renouveau impressionnant de la pensée thomiste dans un contexte de Réforme protestante, de missionarisme global, et de consolidation impériale.

    Figures majeures : Domingo de Soto, Melchor Cano, Francisco de Vitoria (fondateur du droit des gens), Domingo Báñez (pur thomiste), Luis de Molina (molinisime et liberté humaine), Francisco Suárez (philosophe jésuite de premier plan, parfois qualifié de post-thomiste).

    Troisième scolastique (XIXᵉ – XXᵉ siècle)

    Elle se manifeste sous forme de néo-thomisme promu notamment par Léon XIII dans l’encyclique Aeterni Patris (1879). C’est une tentative de restaurer la scolastique, notamment contre l’idéalisme, le rationalisme et le modernisme.

    Espagne : moins centrale qu’au Siècle d’Or, mais la tradition thomiste reste vive dans certaines écoles dominicaines (ex. Salamanque, Comillas).

    Une tradition préservée contre vents & marées

    ✨ En effet, à rebours de l’affaiblissement doctrinal constaté ailleurs en Europe (amnésique par rapport à saint Thomas d’Aquin), l’Espagne a su préserver un horizon intellectuel marqué par la permanence de la scolastique thomiste à l’internationale, formant un humus idoine à une pensée politique structurée.. ✨

    Continuité intellectuelle & enracinement politique

    Arsenal conceptuel

    THOMISME, subst. masc.

    Doctrine philosophique et théologique fondée sur la pensée de saint Thomas d’Aquin, notamment dans son rapport au droit naturel et à la politique.

    SCOLASTIQUE, subst. fém.

    Méthode d’enseignement philosophique et théologique médiévale et ecclésiastique, reposant sur la dialectique et l’autorité des textes anciens.

    CARLISME, subst. masc.

    Mouvement politique et religieux espagnol du XIXᵉ siècle, fondé sur la défense du catholicisme traditionnel et de la monarchie légitimiste.

    Sentences d’autorité

    Dans La monarquía tradicional (1954), Elías de Tejada écrit :​

    « La monarchie traditionnelle n’est pas absolutiste ; elle est limitée par les lois de Dieu et les corps intermédiaires. »​

    Dans La tradición gallega (1944), Elías de Tejada affirme :​

    « Les peuples sont des traditions, non des nations. »

    Santiago Ramírez, O.P., Pueblo y gobernantes al servicio del bien común, p. 45 :

    « Le bien commun inmanent est un bien commun, non propre ; universel, non particulier ; social, non personnel ; public, non privé. »

    Pueblo y gobernantes al servicio del bien común, p. 47 :

    « Le bien commun inmanent de la société politique est de tous et de chacun de ses membres selon la totalité de leur essence, mais non selon la totalité de leur vertu et de leur valeur. »

    Osvaldo Lira, SS.CC. – Catolicismo y democracia (1988) :

    « La démocratie libérale permet la division de la société en partis politiques, ce qui détruit les estaments et les classes sociales, ainsi que les corps intermédiaires, provoquant finalement la destruction de la civilisation. »

    « La Nouvelle Chrétienté de Maritain est un mythe qui prétend réconcilier l’inconciliable : la foi catholique et les principes de la Révolution française. »

    — El mito de la Nueva Cristiandad, p. 112.​ Leopoldo Palacios – El mito de la Nueva Cristiandad (1952)

    « Le droit ne peut être réduit à une simple technique juridique, car il est intrinsèquement lié à la justice et à l’ordre moral. »

    — Juan Vallet de Goytisolo, La crisis del derecho, 1962.​

    « Un thomisme vivant suppose, au niveau des convictions fondamentales, que l’œuvre philosophique est toujours perfectible et que, par conséquent, il ne s’agit pas seulement de posséder, avec la plus grande fidélité possible, un riche patrimoine hérité. »

    — Guido Soaje Ramos, Sobre derecho y derecho natural, 1979.​

    « Le droit naturel, que les écrivains appellent communément jus naturale, est la liberté que chaque homme a d’utiliser son propre pouvoir, comme il le souhaite, pour la préservation de sa propre nature. »

    — Jorge Martínez Barrera, Génesis teórica del Estado, 2015.

    « Le droit naturel n’est pas une construction humaine, mais une participation à la loi éternelle, accessible par la raison. »

    — ​Miguel Ayuso Torres – Derecho natural. Defensores e impostores (2024)


    Schéma directeur

    📜 I. Le thomisme hispanique : une tradition ininterrompue 🏛 II. Thomisme & politique : figures emblématiques du XXᵀ siècle ⚖️ III. Critique du libéralisme & défense du bien commun 🔥 IV. Une pensée encore vivante aujourd’hui

    📜 I. Le thomisme hispanique : une tradition ininterrompue

    Le fil d’or de la pensée thomiste n’a point été (totalement) rompu en Espagne. Tandis qu’en France, le XVIIIᵀ siècle fut marqué par un affaiblissement progressif de la philosophie chrétienne, les Lumières ne trouvèrent un terrain fécond qu’à la toute fin du XVIIIᵀ siècle en Espagne. Jusque-là, le thomisme y demeura prépondérant, donnant naissance à une troisième scolastique qui, loin d’être une résurgence, s’inscrivait dans la droite ligne d’une tradition jamais interrompue.

    Cette permanence intellectuelle eut un effet roboratif sur la formation du clergé et des intellectuels engagés dans les combats politiques du XIXᵀ et XXᵀ siècles. Le dominicain Francisco Rambio, apologiste contre-révolutionnaire, critiqua la constitution de Cadix (1812) avec l’acuité scolastique qui lui venait de son ordre. Cette continuité doctrinale expliqua aussi la vigueur du carlisme et sa résistance opiniâtre aux assauts du libéralisme.

    Plus tard, Francisco Elías de Tejada consacra son œuvre à l’histoire des idées politiques hispaniques, cherchant à démontrer que la pensée politique espagnole était fondamentalement enracinée dans la tradition thomiste, et ce, malgré l’existence de figures comme « l’anti-franquiste » Unamuno.

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    🏛 II. Thomisme & politique : figures emblématiques du XXᵀ siècle

    Le XXᵀ siècle vit l’émergence de penseurs exceptionnels ancrés dans cette tradition vivace. Santiago Ramírez, dominicain et métaphysicien, consacra des travaux de première importance à la doctrine politique de saint Thomas d’Aquin. Son livre Pueblo y gobernantes al servicio del bien común (« Le peuple et ses gouvernants au service du bien commun ») demeure un jalon incontournable de la philosophie politique thomiste, ou néothomiste si l’on veut !

    Le père Osvaldo Lira, chilien de naissance mais espagnol d’adoption, fut un ardent défenseur de la tradition antilibérale. Son ouvrage Catholicisme et démocratie constitue une critique vigoureuse des illusions démocratiques modernes, dans la lignée du carlisme et du traditionalisme politique.

    Enfin, Leopoldo Palacios, professeur de logique à Madrid, se fit d’abord l’avocat de Jacques Maritain avant de s’en détacher radicalement. Son ouvrage Le mythe de la Nouvelle Chrétienté constitue l’une des plus pertinentes réfutations du personnalisme politique (portée des démocrates chrétiens et modernistes ; une dénonciation à l’instar du thomiste argentin et pro-fasciste abbé Julio Meinvielle), affirmant la primauté absolue du bien commun contre l’individualisme moderne.

    ⚖️ III. Critique du libéralisme & défense du bien commun

    Des intellectuels comme Juan Vallet de Goytisolo, juriste éminent, ont critiqué le libéralisme sous l’angle du droit naturel et de la vie. Son ouvrage La crise du droit (1962) est une charge contre la dérive positiviste et relativiste des institutions modernes.

    De son côté, Miguel Ayuso Torres, professeur de droit constitutionnel à l’Université Pontificia Comillas, s’est imposé comme une figure incontournable du thomisme juridico-politique en Espagne. À la tête du Consejo de Estudios Hispánicos Felipe II, il préside également l’Union Internationale de Juristes Catholiques et dirige la revue Verbo, consacrée à la pensée traditionaliste espagnole.

    Guido Soaje Ramos et Jorge Martínez Barrera ont poursuivi cette œuvre critique en défendant la prééminence du droit naturel sur les législations positivistes contemporaines, voire maurrassiennes.

    🔥 IV. Une pensée encore vivante aujourd’hui

    Le thomisme hispanique ne se borne point à un intérêt historique et étroitement hispanique. Il irrigue encore aujourd’hui les cercles intellectuels catholiques espagnols, sud-américains et au-delà. La revue Verbo, fondée par Vallet de Goytisolo et dirigée aujourd’hui par Miguel Ayuso, demeure un carrefour de pensée pour les tenants du droit naturel et de la politique traditionnelle.

    Des professeurs toujours actifs, tels que le français Jean-Marie Vernier et Jorge Martínez Barrera, poursuivent l’œuvre critique du thomisme appliqué à la politique et au droit. Vernier a récemment publié Principes de politique chez Hora Decima, tandis qu’Ayuso a dirigé un ouvrage collectif sur la notion de bien commun.

    L’œuvre de ces penseurs offre une critique implacable des déviances libérales et modernistes, tout en proposant une alternative fondée sur la primauté du bien commun. En ces temps où le relativisme ronge les fondements mêmes du politique, il convient de redonner sa place à cette tradition robuste, seule capable de structurer un ordonnancement juste et conforme à la nature des choses.

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    La Rédaction.

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