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Publié le par Florian Rouanet
Résumé introductif :
L’attitude des évêques allemands à l’ère du national-socialisme a connu des variations significatives au cours des années 1930. Entre une opposition doctrinale initiale et une tentative de conciliation après la signature du Concordat en 1933, cette évolution reflète des tensions entre principes catholiques, pressions politiques et aspirations nationalistes et racistes.
Les dynamiques sociales et religieuses dans des régions comme la Bavière, majoritairement catholique, ainsi que les résultats électoraux de mars 1933, offrent un éclairage indispensable pour comprendre ces rapports complexes.Sommaire :
I. Condamnation initiale : la Conférence de Fulda (1931)
II. Le Concordat de 1933 et discours favorables de certains évêques
III. Le vote catholique et protestant en 1933 (démocratie-chrétienne)
IV. Spécificités bavaroises : ancrage catholique
I. Condamnation initiale : la Conférence de Fulda (1931)
En 1931, alors que le national-socialisme prenait de l’ampleur en Allemagne, la Conférence épiscopale allemande, réunie à Fulda, adopta une déclaration catégorique rejetant toute compatibilité entre national-socialisme hitlérien et foi catholique.
Ce document semble avoir été une condamnation explicite du néo-paganisme, dudit christianisme positif, du racisme antisémite et du matérialisme politique portés par le NSDAP.Dans leur déclaration, les évêques écrivirent :
« Il est impossible d’être simultanément fidèle à la doctrine catholique et d’adhérer au programme du NSDAP. »Ce rejet témoignait d’une vigilance doctrinale, cependant, elle ne fut pas uniformément suivie d’effets dans les comportements des fidèles ou des membres du clergé local, en particulier dans des régions comme la Bavière, où la méfiance envers le communisme poussait une partie de la population à soutenir des options politiques opposées et radicales.
La conférence de 1931 n’a pas empêché un certain vote catholique de s’exprimer cela dit, sans qu’il y est certes largement des militants assidus, adhérant à la structure.
II. Le Concordat de 1933 et discours favorables de certains évêques
La signature du Concordat entre le Saint-Siège et le Reich, le 20 juillet 1933, constitua un tournant. Ce traité, négocié par Eugenio Pacelli (futur Pie XII) et Franz von Papen, ministre catholique et démo-chrétien aux affaires étrangères, visait à garantir la liberté de l’Église catholique dans un contexte de montée des persécutions à l’internationale. Pour le régime du Führer, il représentait une légitimité politique précieuse, renforçant l’idée que l’Etat allemand consolidait son autorité avec l’appui d’une institution majeure dans le paysage d’époque.
Bien que l’objectif affiché fût la protection des droits ecclésiastiques, le Concordat suscita de vives controverses. Certains prélats, tels que Mgr Gröber, adoptèrent une attitude équilibrée, mêlant défense des droits catholiques et rhétorique nationaliste. Ce basculement fut perçu comme une réponse pragmatique à la répression grandissante, mais il n’éteignit pas les critiques internes sur la moralité d’une telle entente.
L’article premier du Concordat stipulait :
« L’Église catholique jouira d’une liberté totale pour l’exercice de ses fonctions spirituelles et pastorales. »Cependant, l’opposition politique aux clercs engagés, notamment dans leurs patriotismes respectifs (Pologne, France, etc.), envenimera les relations dans le temps, mais souvent de façon équilibrée en Allemagne ; sans compter le cassus belli à partir de 1939.
Et comme on le comprends en lisant Pierre Moreau, alias Pierre Maximin, seuls les rouges ont véritablement étaient hostiles et ont résisté frontalement au régime susmentionné.Ainsi, certains membres de l’épiscopat, confrontés aux défis de la crise économique et aux humiliations postérieures au Traité de Versailles, prirent des positions teintées de nationalisme. Ces propos, bien qu’inscrits dans une logique de défense patriotique, servirent parfois les objectifs idéologiques du régime hitlérien.
Mgr Gröber, archevêque de Fribourg, déclara en 1934 (contextualisation à trouver davantage !) :
« La restauration de l’honneur allemand, après les humiliations imposées par Versailles, est un devoir auquel aucun citoyen, et aucun chrétien, ne saurait se dérober. »
III. Le vote catholique et protestant en 1933
Les élections de mars 1933, convoquées par Hitler pour « appuyer et confirmer son pouvoir », marquèrent un moment clé dans la consolidation du régime national-socialiste. Les résultats électoraux révèlent des tendances significatives en fonction des affiliations religieuses.
En Bavière, région catholique, le Centre catholique (Zentrum) conserva un électorat important, mais une proportion notable des catholiques se tourna vers le NSDAP, en dépit des doutes de l’épiscopat. À l’inverse, les régions protestantes, historiquement plus favorables à un État centralisé et autoritaire, fournirent un soutien plus massif à Hitler.
Une somme approchante d’après certaines estimations historiques :
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Environ 40 % des électeurs catholiques votèrent pour le NSDAP en mars 1933, contre près de 60 % des électeurs protestants.
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Les bastions catholiques, comme la Rhénanie et la Bavière, se gardèrent plus de à la vague national-socialiste que les zones de la Prusse orientale ou de la Saxe, car ils avaient leur « propre parti » avec le Zentrum.
Le catholique avait sa représentation politique « officielle », non forcément validée de saint Pie X et de Benoît XV d’ailleurs, à travers les démocrates chrétiens, pré-modernistes, ce qui explique une réduction des intentions de vote catholique. Toutefois :
« « […], on ne peut nier que, à quelques exceptions près, le peuple catholique s’est tourné avec enthousiasme vers le nouveau régime », rapporta Cesare Orsenigo, nonce apostolique à Berlin, à Rome, le 22 mars [1933]. Un jour plus tard, le Parti du Centre approuva la Loi d’habilitation et, le 28 mars, les évêques allemands retirèrent les interdictions et les avertissements antérieurs contre le national-socialisme. »
« On dit que Mgr Hudal a reçu un « Golden Party Badge », mais cela est contesté. »
(Wikipedia anglais)Et cet attrait n’est pas si étonnant, en comparaison du passé de la nation allemande, entre la république libérale de Weimar et le kulturekampf de Bismarck !
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En effet, autrement, il faut reconnaître que le Zentrum et le Parti populaire bavarois avaient le monopole de l’électorat catholique pendant toute la République de Weimar. En juillet 1932, par exemple, seuls 16% des catholiques ont voté pour le NSDAP.
C’est seulement après l’arrivée au pouvoir du Führer en janvier 1933 que les catholiques se sont de plus en plus ralliés au régime. Lors des élections du 5 mars 1933, augmentation moyenne, 28% des catholiques ont voté pour le NSDAP.
Après le ralliement du Zentrum et des autres partis catholiques au régime (23 mars 1933) et la signature du Concordat avec le Saint-Siège (20 juillet 1933), les catholiques ne formèrent plus aucune opposition, et cela se remarquera lors des élections de novembre 1933 et le plébiscite d’août 1934.

IV. Spécificités bavaroises : ancrage catholique
La Bavière, profondément enracinée, notamment dans la foi catholique, fut une région où les tensions entre foi et nationalisme s’exacerbèrent. Le Zentrum y jouissait d’un soutien historique, mais la crise économique et la montée du communisme eurent pour effet de détourner une partie de l’électorat vers le NSDAP, réussissant.
Dans les campagnes bavaroises, la propagande NS joua sur les nécessités et les dangers légitimes liés au communisme, mais aussi sur le ressentiment collectif contre le Traité de Versailles. Ce double axe permit au NSDAP de percer dans des segments de la population catholique qui, tout en restant en partie méfiante, voyait en Hitler une figure capable de restaurer la grandeur allemande.

Autres lectures :
https://integralisme-organique.com/2024/10/religion-et-race-selon-larcheveque-grober-en-1937/
https://integralisme-organique.com/2025/01/lathee-michel-onfray-et-lhitler-catholique/
https://integralisme-organique.com/2024/10/aide-memoire-conciliabule-vatican-ii-arnaud-de-lassus/
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