• Saint Thomas d’Aquin contre les hérétiques & l’Espagne contre le protestantisme



    Parallèle et mise en application en Europe catholique

  • Saint Thomas d’Aquin, dans sa Somme théologique, aborde la question des hérétiques avec une précision et une froideur implacable, en tant que docteur préféré de l’Église catholique !

    Pour lui – et avec lui, toute l’Eglise, dans son Magistère enseignant notamment –, l’hérésie est une faute particulièrement grave, car elle sape la foi qui est la base de la société chrétienne.

    Il la définit comme « une obstination dans l’erreur concernant un dogme de foi, après avoir reçu le baptême » (Summa Theologiae, II-II, q. 11, a. 1).

    Extraits principaux et progressifs de la pensée de l’Aquinate contre les hérétiques :

    1. La gravité du crime d’hérésie :

    « L’hérétique pèche par une faute plus grave que celui qui fausse la monnaie. […] Comme la foi est un bien supérieur à l’argent, la corruption de la foi mérite une peine plus lourde que la falsification de la monnaie. » (Summa Theologiae, II-II, q. 11, a. 3).

    « C’est un crime plus grave de corrompre la foi, qui est la vie de l’âme, que de falsifier de l’argent, qui est la vie des échanges humains. Aussi, si les faussaires sont justement condamnés à mort par les autorités séculières, à plus forte raison ceux qui corrompent la foi. » (Summa Theologiae, II-II, q. 11, a. 3).

    2. Le rôle de l’Église et des autorités séculières :

    « Les hérétiques doivent être excommuniés par l’Église. Mais, après leur persistance dans l’erreur, l’Église ne les protège plus et les livre au pouvoir séculier pour qu’ils soient mis à mort. » (Summa Theologiae, II-II, q. 11, a. 3).

    Saint Thomas considère que la charité/miséricorde envers les hérétiques consiste à leur offrir la possibilité de se repentir. Néanmoins, s’ils refusent obstinément, il justifie les sanctions les plus sévères, y compris la peine de mort, car les hérétiques mettent en péril non seulement leur salut personnel, mais aussi celui de la communauté chrétienne.

    3. La justification de la peine capitale pour les hérétiques obstinés

    Confirmation du propos précédent :

    « Si le danger est imminent pour la foi, les hérétiques doivent être non seulement excommuniés, mais aussi éloignés par la mort corporelle. » (Summa Theologiae, II-II, q. 11, a. 3).

    Il s’agit d’une mesure de protection nécessaire et à appliquer.

    4. La patience envers l’hérétique repentant

    « L’Église, dans sa miséricorde, ne condamne pas immédiatement les hérétiques, mais les avertit une première et une seconde fois, comme l’enseigne l’Apôtre (Tite 3, 10). Ce n’est qu’après que l’on constate leur obstination qu’ils sont exclus de l’Église et livrés aux autorités. » (Summa Theologiae, II-II, q. 11, a. 3).

    Ainsi, le docteur angélique insiste toutefois sur la patience. Mais la préservation du Bien commun prime sur les droits individuels, et encore plus lorsqu’il s’agit de la foi, fondement de la société chrétienne :

    Protection du Bien de la Cité : Jugement, massacre et peine – Thomisme

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    Partie 2 :
    Si vous n’êtes pas familier de la nation espagnole et de sa contribution à « l’ordre universel », lisez donc les liens et le texte qui suivent :

    1. L’histoire retracée de la philosophie espagnole avec Alain Guy
    2. Entre déclin et renouveau, repenser l’Europe – José Ortega y Gasset
    3. Naissance du fascisme à l’espagnol par Ledesma Ramos
    4. Parallèles entre Don Quichotte et Le Cid
    5. Découvrir en résumé l’histoire de l’Espagne
    6. Entre déclin et renouveau – José Ortega y Gasset

    Les réactions de l’Espagne face aux premiers soubresauts du protestantisme

    L’Espagne, au XVIe siècle, sous les règnes des Rois Catholiques (Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon), puis de Charles Quint (Saint Empire romain germanique), s’est illustrée par une haute vigilance et une politique religieuse répressive contre les premières influences protestantes.

    Contrairement à d’autres royaumes européens, où le protestantisme a trouvé des appuis ou rencontré une opposition plus molle, l’Espagne a défendu avec acharnement son unité catholique.

    Les premières mesures préventives (1520-1530)

    Alors que Martin Luther amorce sa Réforme en Allemagne en 1517, l’hérésie protestante, dites réformistes, commencent à se diffuser en Europe. Dès les années 1520, les autorités espagnoles prennent conscience de cette menace idéologique et réagissent immédiatement :

    1521 : La censure des livres (comme les NAZIS !!!)
    Lors de la Diète de Worms (1521), Charles Quint condamne Luther et interdit ses écrits dans l’ensemble de ses territoires. En Espagne, cette interdiction est renforcée par un contrôle strict des importations de livres étrangers. La création de listes d’ouvrages (genre d’Index) prohibés devient une priorité.
    1525 : Un édit royal contre l’hérésie
    Charles Quint signe un édit interdisant explicitement tout prosélytisme protestant en Espagne. Cet édit vise non seulement les étrangers, mais aussi les Espagnols soupçonnés d’être influencés par les idées réformées.

    Le rôle de l’Inquisition espagnole

    L’Inquisition, déjà active depuis 1478 pour lutter contre les pratiques judaïsantes et musulmanes parmi les convertis, devient l’outil juridique « moderne » et principal de la lutte contre le protestantisme.

    Sous l’archevêque Fernando de Valdés (inquisiteur général à partir de 1547), l’Inquisition multiplie les procès contre les protestants vrais ou présumés.

    En 1559, l’Inquisition organise un auto de fe (procès public suivi d’exécutions) à Valladolid, où plusieurs luthériens espagnols sont brûlés vifs.
    • Les foyers de protestantisme en Castille et en Andalousie, bien que marginaux, sont éradiqués grâce à une surveillance constante et à des dénonciations.

    Une Espagne courageuse, mais isolée

    Les universités espagnoles, comme celle de Salamanque, accusée de rester sur de vieilles positions scolastiques et thomistes, se montrent hostiles à toute tentative de réforme religieuse. Et l’Église espagnole reste fidèle à la papauté et refuse les propositions prônées par les réformateurs.

    L’Espagne participe activement au Concile de Trente (1545-1563), qui réaffirme les dogmes catholiques (sa « monarchie papale » !) et fournit une base doctrinale solide pour lutter contre le protestantisme.

    Comparaison avec la France et l’Europe centrale

    Royaume de France : une répression tardive et inefficace

    En France, la Réforme protestante gagne du terrain dès les années 1520, notamment à travers des figures comme Jean Calvin, la famille des Châtillon et les huguenots. Malgré les édits royaux (comme celui de Fontainebleau en 1540, qui réprime sévèrement les protestants), les guerres de Religion (1562-1598) plongent le pays dans une guerre civile sanglante. L’Édit de Nantes (1598) finit par accorder une tolérance religieuse, laissant le protestantisme s’implanter durablement dans certaines régions (notamment dans le grand sud-ouest).

    L’Europe centrale : des divisions irréparables

    En Europe centrale, la Réforme protestante triomphe largement, appuyée de surcroît par le gallicanisme des rois de France, soutenant les princes protestants afin de déstabiliser ses voisins (type cardinal de Richelieu).

    En Allemagne, le poisson pourrissant toujours par la tête, à ses princes luthériens qui obtiennent la reconnaissance de leur « foi » avec la Paix d’Augsbourg (1555), entérinant la primauté de la catholicité de façon durable.

    La Bohême et la Hongrie connaissent des conflits similaires, exacerbés plus tard par la Guerre de Trente Ans (1618-1648). Ces divisions entraînent un affaiblissement des États catholiques.

    Conclusion : Le choix espagnol, une exception en Europe

    L’Espagne, grâce à une répression rapide et systématique, a empêché toute implantation durable du protestantisme sur son territoire, empêchant tout type d’expansion, de déstabilisations et de guerre civile.

    Ce choix espagnol a renforcé son identité catholique et évité les guerres civiles religieuses : certes, au détriment d’un certain isolement culturel et intellectuel par rapport au continent et à l’Europe du Nord.

    Sa ligne de conduite correspond complètement aux enseignement thomistes et néothomistes, c’est pourquoi nous avons fait le choix d’établir ce parallèle en deux parties conjointes !

    L’hitléro-thomisme n’est pas un mème : la pensée d’Hitler proche de l’aristotélo-thomisme


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  • 7 commentaires




    […] Saint Thomas d’Aquin contre les hérétiques & l’Espagne contre le protestantisme […]


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    […] Philippe II considérait, à raison, le protestantisme et ses avatars comme une hérésie destructrice de la foi, de l’unité religieuse et politique de ses royaumes. En Espagne, il s’appuya sur l’Inquisition pour extirper toute influence réformée de façon chirurgicale et thomiste. […]


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