• “𝕿rĂšs bon auteur, trĂšs mauvais Ă©diteur”, passe d’armes entre l’abbĂ© Francesco Ricossa (Sodalitium) et Bruno Saglio (ESR)



    Joute entre scoutisme, lefebvro-guĂ©rardisme, mysticisme et complotisme… ?

  • ⚔ Duel doctrinal et Ă©ditorial autour du scoutisme, de Mgr Lefebvre,
    et des lignes traditionalistes antagonistes ⚔

    ⁂ 𝔄rĂšne des belligĂ©rants !

    ℭher lecteur, souffrez que nous ouvrions derechef les rideaux de cette petite commedia intra-traditionaliste, oĂč se croisent fine Ă©rudition, rancunes anciennes, fidĂ©litĂ©s irrĂ©ductibles et coups de plume acĂ©rĂ©s — s’incarnant ici dans une nouvelle affaire conflictuelle sous fonds de diffĂ©rends thĂ©ologico-stratĂ©giques entre deux figures connues du monde « traditionaliste » avec un Ă©change en trois actes, dense en invectives et citations !

    1. D’un cĂŽtĂ©, l’abbĂ© Francesco Ricossa, pugiliste lettrĂ© en soutane du camp guĂ©rardien au Sodalitium – intelligent, disert, volontiers polĂ©miste – mais dont nous ne partageons point la thĂšse materialiter–formaliter. Nous le suivons davantage sur ses dĂ©nonciations de Rampolla, moins sur ses vues de La Salette (Ă©tant ici neutre, comme les trans-formaliter !) ou de l’Apocalypse.
    2. De l’autre, Bruno Saglio, directeur des Éditions Saint-Remi, homme d’humeur nationaliste-royaliste, « sĂ©dĂ©vacantiste complet », qui ne rechigne pas Ă  publier Ă  foison contre-rĂ©volutionnaires, auteurs ultramontains
 et parfois — en effet, mais faut-il l’en tenir rigueur ? — quelques figures douteuses, tel le pseudo marquis de La Franquerie. Sympathique, mais ici prompt Ă  rĂ©pliquer sans mĂ©nagement.

    Le dĂ©clencheur ? Un numĂ©ro de Sodalitium (n° 74) oĂč Ricossa encense le pĂšre Jeoffroid tout en flĂ©trissant l’éditeur Saglio comme « trĂšs mauvais ». Le tout sur fond de controverse autour du scoutisme catholique, des infiltrations thĂ©osophiques, et surtout de la figure de Mgr Lefebvre, parfois honni par les uns, souvent rĂ©vĂ©rĂ© par les autres.

    đŸŽ™ïž Antenna I.O. Vox Frequencia « Choc des Titans Traditionalistes ? »

    🎙 Capsules auditives

    📄 𝔇ocumentations gĂ©nĂ©rales


    ☧ 𝔏exique de cogneur à goupillon

    SCOUTISME – Mouvement Ă©ducatif fondĂ© par Baden-Powell (1907), adaptĂ© en version « catholique » par le PĂšre Sevin, critiquĂ© pour ses infiltrations naturalistes et thĂ©osophiques.
    MYSTICISME SURNATURALISTE – Tendance Ă  exagĂ©rer le rĂŽle de la grĂące au dĂ©triment de l’ordre naturel, dĂ©rive oĂč la foi devient prĂ©texte Ă  dĂ©laisser la raison, glissant vers une religiositĂ© illuminĂ©e et peu catholique — un surnaturalisme souvent dĂ©noncĂ© par Joseph MĂ©rel et souvent proche du complotisme.
    UNA CUM – Formule liturgique exprimant la communion avec un (vrai ou faux) Pape rĂ©gnant. En contexte traditionaliste, son usage ou son rejet distinguerait au Canon de la Messe, les « una cum » et « non una cum ».
    THÈSE DE CASSICIACUM – Élaboration de Mgr GuĂ©rard des Lauriers : le SiĂšge romain serait matĂ©riellement occupĂ© par un Ă©lu illĂ©gitime (materialiter) mais dĂ©pourvu de l’autoritĂ© formelle (formaliter).
    CONCILIUM GENERALE IMPERFECTUM (CGI) – Solution prĂ©conisĂ©e pour sortir de la vacance pontificale : rĂ©union les derniers Ă©vĂȘques catholiques fidĂšles afin d’élire un Pape.


    ☩ Ancienne école éprouvée ou « invoquée »

    Plongeons dans ces citations mentionnĂ©es dans la joute, notamment une prĂ©cĂ©dent de peu le Assise ultra-ƓcumĂ©nique de Karol Wojtyla alias Jean-Paul II :

    « Nous nous trouvons vraiment devant un dilemme grave, excessivement grave, qui je crois n’a jamais existĂ© dans l’Église : Que celui qui est assis sur le siĂšge de Pierre, participe Ă  des cultes de faux-dieux. Je ne pense pas que ce soit jamais arrivĂ© dans l’Histoire de l’Église. (…) Quelle conclusion devrons-nous tirer, peut-ĂȘtre dans quelques mois, devant ces actes rĂ©pĂ©tĂ©s de communication Ă  des faux cultes ? Je ne sais pas. Je me le demande. Mais il est possible que nous soyons dans l’obligation de croire que ce pape n’est pas pape. Car il semble Ă  premiĂšre vue – je ne veux pas encore le dire d’une maniĂšre solennelle et formelle – mais il semble Ă  premiĂšre vue – qu’il soit impossible qu’un pape soit hĂ©rĂ©tique publiquement et formellement. Notre Seigneur lui a promis d’ĂȘtre avec lui, de garder sa foi, de le garder dans la foi. Comment celui auquel Notre Seigneur a promis de le garder dans la foi dĂ©finitivement et sans qu’il puisse errer dans la foi, peut-il en mĂȘme temps ĂȘtre hĂ©rĂ©tique publiquement et quasi apostasier ? »

    — Mgr Marcel Lefebvre, Sermon de PĂąques 1986, ÉcĂŽne, 30 mars 1986 (relai de l’abbĂ© Pivert). Ce fut quinze jours avant la visite annoncĂ©e de Wojtyla alias Jean-Paul II Ă  la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, et en prĂ©vision du fameux drame oecumĂ©nique d’Assise de la mĂȘme annĂ©e.

    ⟩ Contexte canonique citĂ© par Mgr Lefebvre (Droit de 1917, via le chanoine Naz) ⟧

    « Il est absolument interdit aux fidĂšles d’assister ou de prendre part activement aux cultes des a-catholiques de quelque maniĂšre que ce soit. »
    — Canon 1258 §1 (1917), citĂ© par Mgr Lefebvre, Sermon de PĂąques 1986 (p. 2/6), La Porte Latine
    « Il n’est permis ni de prier, ni de chanter, ni de jouer de l’orgue dans un temple hĂ©rĂ©tique ou schismatique en s’associant aux fidĂšles qui cĂ©lĂšbrent leur culte [
]. »
    — Dictionnaire de droit canonique (Naz), rĂ©sumĂ© et citation donnĂ©s par Mgr Lefebvre, Sermon de PĂąques 1986 (p. 2/6), La Porte Latine
    « Ceux qui participent ainsi activement et formellement au culte des non-catholiques, sont prĂ©sumĂ©s adhĂ©rer aux croyances de ces derniers. C’est pourquoi le canon 2316 les dĂ©clare suspects d’hĂ©rĂ©sie [
]. »
    — Dictionnaire de droit canonique (Naz), avec renvoi au Canon 2316 (1917), citĂ© ibid.
    « § 1. Il n’est pas permis aux fidĂšles d’assister activement ou de prendre part, sous quelque forme que ce soit, aux rites sacrĂ©s non-catholiques. »
    — CIC 1917, can. 1258 §1 (texte FR / site de rĂ©fĂ©rence) ⟩ Texte des canons (Ă©dition en ligne) ⟧
    « Qui quoquo modo haeresis propagationem sponte et scienter iuvat, aut qui communicat in divinis cum haereticis contra praescriptum can. 1258, suspectus de haeresi est. »
    — CIC 1917, can. 2316 (texte latin)


    « Il y a des relents de thĂ©osophie dans le scoutisme que l’on sait dĂ©jĂ  imprĂ©gnĂ© de protestantisme et de franc‑maçonnerie. Le scoutisme catholique, en vertu de la fraternitĂ© scoute, a des contacts avec les neutres et les protestants. » Ce qui, insiste-t-on, expose « de sĂ©rieux risques de contamination et de nombreux dangers pour le scoutisme mĂȘme catholicisĂ© »
    — Christophe Carichon dĂ©crit ainsi, de maniĂšre paraphrasĂ©e, la position de Jeoffroid (PĂšre Henri Jeoffroid, Le scoutisme catholique et la thĂ©osophie (mĂ©moire, ca 1922–1923) — ND ChrĂ©tientĂ©, Ed. Saint-RĂ©mi


    Σ Plan d’attaque par manche

    I. 📜 Le coup d’envoi de Ricossa – Louanges au P. Jeoffroid, flĂšches contre l’éditeur
    II. 📚 La contre-offensive de Saglio – DĂ©fense du catalogue et attaque sur le guĂ©rardisme
    III. 🖋 La rĂ©plique finale de Ricossa – Cassiciacum, Lefebvre et Benigni remis sur la table


    🏟 EntrĂ©e pugilistique lettrĂ©e : un duel sur fonds croisĂ©s

    Il y a dans cette affaire moins de divergences sur le pĂšre Jeoffroid que sur l’usage que l’on fait de son texte. Ricossa reproche aux ESR d’avoir flanquĂ© commercialement la banniĂšre de Mgr Lefebvre en tĂȘte d’un ouvrage anti-scout
 alors que l’archevĂȘque de Dakar fut un soutien fervent de ce mouvement. Et d’avoir relĂ©guĂ© dans l’ombre le rĂŽle cardinal de Mgr Benigni, maĂźtre et ami de Jeoffroid.
    
    Saglio, piqué au vif, défend la qualité matérielle et doctrinale de son catalogue, oppose la longue liste de ses auteurs irréprochables, et contre-attaque sur lesdites erreurs de Ricossa : La Salette, Apocalypse, Rampolla
 mais surtout la fameuse/fumeuse ThÚse de Cassiciacum.

    I. 📜 Le coup d’envoi de Ricossa

    D’entrĂ©e, Ricossa gratifie le P. Jeoffroid d’un « trĂšs bon auteur », mais assĂšne Ă  Saglio le coup du « trĂšs mauvais Ă©diteur ». Non pour la reliure – qu’il sait modeste – mais pour l’art de mĂȘler, sous la banniĂšre ESR, du solide et du friable, du documentĂ© et du fidĂ©iste sentimental.

    Il y voit, derriĂšre le cas du scoutisme, la marque d’une « école antilibĂ©rale » façon Louis-Hubert Remy : encline Ă  publier des auteurs « contaminĂ©s par le traditionalisme du XIXᔉ », ou Ă  prĂ©fĂ©rer des plumes Ă  mysticisme exaltĂ© plutĂŽt que rigueur historique.

    “TrĂšs bon auteur, trĂšs mauvais Ă©diteur”
 AbbĂ© Francesco Ricossa
    R.P. HENRI JEOFFROID — Notes sur le Scoutisme — ESR, Cadillac, 2022

    Dans le dernier numĂ©ro de Sodalitium (n° 73, note 297, p. 193) je commentais ainsi la prochaine publication de Le scoutisme catholique et la ThĂ©osophie du pĂšre Jeoffroid, par les Éditions Saint-Remi, Ă©ditĂ© avec le titre anodin de : Notes sur le scoutisme. Le trĂšs bon auteur est, Ă©videmment, le pĂšre Henri Jeoffroid (1880-1961) des FrĂšres de Saint-Vincent-de-Paul, ami sincĂšre de Mgr Benigni, au point d’ĂȘtre un des deux prĂȘtres Ă  avoir participĂ© Ă  ses funĂ©railles (l’autre Ă©tait le pĂšre Saubat). Le “trĂšs mauvais Ă©diteur” est Bruno Saglio, des Éditions Saint-Remi. Quand j’écris “trĂšs mauvais Ă©diteur”, je ne me rĂ©fĂšre pas Ă  la qualitĂ© matĂ©rielle des publications (comme la reliure, ou choses semblables) : nous savons bien que les poches ‘traditionalistes’ ne sont pas bien fournies. Je ne me rĂ©fĂšre pas non plus au fait que les ESR publient (uniquement) de mauvais auteurs, en effet, elles en publient (aussi) de trĂšs bons, prĂ©cisĂ©ment comme, dans notre cas, le pĂšre Jeoffroid (et je pourrais en citer d’autres : je me limiterai au pĂšre Maignen, lui aussi des FrĂšres de Saint-Vincent, et membre de la diĂšte du Sodalitium Pianum). HĂ©las, comme d’autres reprĂ©sentants de l’actuelle â€œĂ©cole antilibĂ©rale” (nous pensons Ă  Louis-Hubert Remy – passĂ© Ă  une vie meilleure – ou Ă  l’abbĂ© Grossin qui s’appelle dĂ©sormais Rolland, et Ă  d’autres), le dĂ©faut de ces Ă©ditions consiste Ă  mĂ©langer des auteurs sĂ©rieux et documentĂ©s avec d’autres complĂštement privĂ©s de ces caractĂ©ristiques ; Ă©tudes qui, nous savons, unissent doctrine orthodoxe avec sĂ©rieux scientifique et d’autres au contraire qui sont anciennes, dĂ©passĂ©es, peu documentĂ©es ; des auteurs fiables et d’autres contaminĂ©s, par exemple, par le traditionalisme fidĂ©iste du XIXe siĂšcle (voir l’article “RĂ©tractation” du n° 69-70 de notre revue).

    Nous en avons parlĂ© Ă  plusieurs reprises dans Sodalitium (par exemple dans le n° 63, juillet 2010 : Notes pour l’étude de la Sainte Écriture et des autres sciences ecclĂ©siastiques en gĂ©nĂ©ral) et derniĂšrement en septembre 2020 (toujours dans le n° 69-70 : ProblĂšmes de documentation dans certains livres antimaçonniques, article – entre autres – Ă©crit par d’autres, qui se concluait par ce programme pleinement acceptable : “rigueur et vĂ©ritĂ©â€).

    Le livre du pĂšre Jeoffroid sur les liens entre le mouvement scout et la thĂ©osophie ne rentre pas parmi les ouvrages peu fiables Ă  cause des lacunes de l’auteur : au contraire ! Nous en recommandons absolument la lecture et partageons les thĂšses de ce courageux et clairvoyant prĂȘtre, restĂ© malheureusement inĂ©coutĂ©. Sur quoi porte, alors, notre critique ? Non pas tant et non seulement sur le fait que l’éditeur ne nous plaĂźt pas, Ă©videmment, que sur la prĂ©sentation du livre et les notes du texte qui ne sont pas du pĂšre Jeoffroid mais du rĂ©dacteur, Louis-Michel Dufay, que l’éditeur lui-mĂȘme prĂ©sente ainsi : “L’auteur de la prĂ©sentation, grand connaisseur du scoutisme et fidĂšle dans une chapelle de la FSSPX, tient Ă  remercier les prĂȘtres (FSSPX et communautĂ©s amies) qui l’ont conseillĂ© et relu”. Ledit rĂ©dacteur (dont on ignore tout) a eu le mĂ©rite – non de dĂ©couvrir l’existence du texte et d’en dĂ©crire les faits, puisque ce mĂ©rite revient Ă  Christophe Carichon, dont le rĂŽle est largement diminuĂ© et dĂ©nigrĂ© par l’éditeur et le rĂ©dacteur – mais d’avoir publiĂ© intĂ©gralement le travail du pĂšre Jeoffroid : honneur au mĂ©rite, donc ! Pour le reste, nous pouvons le dire, le rĂ©dacteur a dĂ©moli le texte qu’il publie. D’autant plus qu’il dĂ©die son travail (aussi) Ă  Mgr Lefebvre par ces mots : “À Mgr Lefebvre, qui, nous a donnĂ© la lumiĂšre des principes Ă  la suite des Pontifes Romains pour nous guider en temps de crise”. Et nous qui pensions que l’éditeur Ă©tait ouvertement “non una cum” ! qu’il trouverait mĂȘme trop modĂ©rĂ©e la ThĂšse de Cassiciacum ! et au contraire, nous devons croire que parmi les lumineux principes que nous a donnĂ©s Mgr Lefebvre Ă  la suite des Pontifes Romains, il existerait l’existence de l’erreur dans le magistĂšre des susdits Pontifes Romains pour justifier la lĂ©gitimitĂ© de Paul VI, Jean-Paul Ier et II, BenoĂźt XVI et François, avec l’expulsion consĂ©quente de la FraternitĂ© de qui penserait le contraire. Mais – objectera-t-on – Mgr Lefebvre aujourd’hui serait sĂ©dĂ©vacantiste.

    Dans l’attente d’une sĂ©ance de spiritisme, exorcismes ou apparitions qui le confirment, il est certain que la FraternitĂ©, aujourd’hui encore, est parmi les peu, trĂšs peu, qui dĂ©fendent encore la lĂ©gitimitĂ© de Bergoglio dans les rangs traditionalistes
 Mais au moins Mgr Lefebvre et la FraternitĂ© Saint Pie-X ont-ils jamais dĂ©noncĂ© les infiltrations maçonniques, thĂ©osophiques et naturalistes dans le scoutisme, mĂȘme catholique ? Le faire croire est ouvertement un mensonge flagrant. J’ai sous les yeux un feuillet des “Scouts et Guides Notre-Dame de France” fondĂ©s le 17 avril 1977 au PrieurĂ© Notre-Dame du Pointet de la FraternitĂ© Saint Pie-X avec l’approbation et les encouragements de Mgr Lefebvre, qui Ă©crivait : “Le Scoutisme a Ă©tĂ© une source remarquable de gĂ©nĂ©rositĂ© chrĂ©tienne. Il a formĂ© de nombreux parents animĂ©s d’une foi vive et suscitĂ© de nombreuses vocations” (25 aoĂ»t 1977).

    Opinion respectable, certes. Mais comment la concilier avec un Ă©crit qui dĂ©nonce le scoutisme, y compris le scoutisme catholique, comme imprĂ©gnĂ© de l’esprit de la thĂ©osophie ? Quiconque a frĂ©quentĂ© ÉcĂŽne sait comment Mgr Lefebvre a accueilli et ordonnĂ© les candidats de la communautĂ© scoute de Riaumont (je me souviens bien de l’abbĂ© Philippe Peignot, tristement cĂ©lĂšbre), dont l’actuel prieur, Alain Hocquemiller, recommande Ă©videmment le livre du pĂšre Sevin contre qui Ă©crivit le pĂšre Jeoffroid.

    Sur la couverture du livre, l’éditeur et le rĂ©dacteur prĂ©sentent au lecteur les photographies des partisans et des adversaires du scoutisme, ces derniers au nombre de six. Or, on remarque l’absence de Mgr Umberto Benigni, quasi absent aussi de la prĂ©sentation de L.-M. Dufay. Pourtant, le tant dĂ©prĂ©ciĂ© Carichon avait mis en relief le rĂŽle de premier plan jouĂ© par Mgr Benigni dans toute la question du livre du pĂšre Jeoffroid, mais on voit que dans la FraternitĂ© Saint Pie-X et Ă  Cadillac Mgr Benigni est quasi inconnu ou bien ne jouit pas, pour des motifs qui me sont mystĂ©rieux, d’une bonne presse. Ayant moi aussi fait partie de la FraternitĂ©, je comprends combien il est difficile (surtout pour les sĂ©minaristes, ou au maximum pour les prĂȘtres, non pas tant pour les fidĂšles, Ă  moins qu’ils aient des intĂ©rĂȘts commerciaux Ă  sauvegarder) d’ĂȘtre cohĂ©rents avec leurs propres bonnes idĂ©es et de s’éloigner de la susdite : le rĂ©dacteur et ses collaborateurs peuvent donc avoir ma comprĂ©hension et mon indulgence. L’éditeur, non : sans raison, il a dĂ©moli un livre excellent.


    II. 📚 La contre-offensive de Saglio

    La Voix des Francs répond sur trois fronts :

    • MatĂ©riel : reliures soignĂ©es, impression Ă  la demande, justification Ă©conomique.
    • Doctrinal : dĂ©fense des auteurs publiĂ©s, rappel des grandes figures Ă©ditĂ©es.
    • Personnel : soupçon que Ricossa frappe par rejet « pur et simple » de tout ce qui ne plie pas devant Cassiciacum.

    Saglio en profite pour mettre en accusation la thĂšse guĂ©rardienne (qu’il affirme reniĂ©e par son auteur), railler les avis propres de Ricossa sur La Salette et l’Apocalypse, et rappeler ses propres analyses sĂ©dĂ©vacantistes « complĂštes », en partie hostile seulement Ă  l’hĂ©ritage de Mgr Lefebvre.

    RĂ©ponse Ă  l’article de M. l’abbĂ© Ricossa : « TrĂšs bon auteur, trĂšs mauvais Ă©diteur », paru dans
    Sodalitium (n° 74, pp 76-78)

    C’est un ami, trĂšs choquĂ©, qui nous a signalĂ© un article de M. l’abbĂ© Ricossa dans le dernier n°74 de sa revue Sodalitium1, oĂč il attaque violemment les Ă©ditions Saint-Remi et son directeur, qu’il qualifie de « trĂšs mauvais Ă©diteur » sic !

    Nous n’aurions pas Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© d’une telle accusation de la part d’ennemis dĂ©clarĂ©s de l’Église, mais non, il faut que de telles accusations viennent d’un prĂȘtre sensĂ© dĂ©fendre la foi, alors que l’objectif premier de notre maison d’édition est de rééditer le meilleur de la littĂ©rature catholique pour la dĂ©fense de la foi, et que de fait nous pensons l’avoir en partie rĂ©alisĂ©, aprĂšs plus de 25 ans de travail acharnĂ©, puisque l’on trouve aux ESR plus de 1500 rĂ©fĂ©rences des meilleurs auteurs tant louĂ©s par la sainte Église, qui ont forgĂ© des gĂ©nĂ©rations de catholiques au sortir de la RĂ©volution. Les bras nous en tombent !

    C’est Ă  la suite de notre Ă©dition Notes sur le scoutisme par le pĂšre Henri Jeoffroid, que nous avons fait paraĂźtre en 2022, que l’abbĂ© Ricossa a Ă©crit son article dĂ©nigrant, rempli de faux jugements tĂ©mĂ©raires, comme nous allons le dĂ©montrer pour le bien de la VĂ©ritĂ©, et parce qu’en attaquant ainsi cette maison d’édition catholique contre-rĂ©volutionnaire, nous pensons que c’est le bien commun qui est attaquĂ©, et notre devoir est de le dĂ©fendre.

    Dans la premiĂšre partie de son article, M. l’abbĂ© Ricossa nous qualifie de « trĂšs mauvais Ă©diteur » :

    – Non pas d’un point de vu matĂ©riel, dit-il. Mais notons au passage qu’en rĂ©alitĂ© il en profite bien pour critiquer la qualitĂ© matĂ©rielle, en insinuant que n’ayant pas beaucoup de moyen, la « reliure, ou choses semblables » est de mauvaise qualitĂ©. Ne sait-il pas que depuis plusieurs annĂ©es nous proposons de nombreux titres en trĂšs belles reliures, cahiers cousus, couvertures rigides, qui justement demandent des moyens que les ESR ont acquis petit Ă  petit ? Une 60 aine de titres sont
    ainsi proposĂ©s Ă  l’heure actuelle. D’ailleurs le livre Notes dur le Scoutisme, — qui fait l’objet de son article et que M. l’abbĂ© Ricossa est sensĂ© avoir dans les mains — nous l’avons Ă©ditĂ© en cahiers cousus avec couverture souple Ă  rabats en trĂšs belle qualitĂ©. Pourquoi fait-il mine de l’ignorer ? Quant au reste du catalogue, dont les livres sont fabriquĂ©s Ă  la commande en reliure brochĂ©e, c’est-Ă -dire dos-carrĂ©-collĂ©, la qualitĂ© reste tout Ă  fait satisfaisante et de trĂšs nombreux lecteurs des ESR en sont satisfaits selon les nombreux tĂ©moignages que nous recevons depuis des annĂ©es. S’il fallait Ă©diter notre catalogue de 1500 rĂ©fĂ©rences en belles reliures avec du stock, dont certains titres entre 15 et 40 volumes (comme L’AnnĂ©e Liturgique 15 vol., Les Petits Bollandistes 20 vol., L’Histoire GĂ©nĂ©rale de l’Eglise 44 vol.), il nous faudrait un hangar gigantesque pour les stocker et plusieurs millions d’euro pour les imprimer en stock. Dieu soit louĂ© ! les nouvelles technologies nous permettent de les imprimer Ă  l’unitĂ©, certes pas en qualitĂ© optimale, mais cela reste tout Ă  fait satisfaisant, et ainsi la littĂ©rature catholique des meilleurs auteurs ultramontains et contre-rĂ©volutionnaires est de nouveau Ă  disposition des lecteurs.

    – Ensuite M. l’abbĂ© Ricossa en vient au fait et donne les raisons de fond pour lesquelles nous serions un « trĂšs mauvais Ă©diteur » : « le dĂ©faut de ces Ă©ditions consiste Ă  mĂ©langer des auteurs sĂ©rieux et documentĂ©s avec d’autres complĂštement privĂ©s de ces caractĂ©ristiques ». Nous aurions bien aimĂ© qu’il cite exactement les titres et les auteurs en question, mais il n’en fait rien, ne permettant pas au lecteur de juger sur piĂšce, et cela lui permet de mettre un discrĂ©dit complet sur notre maison d’édition, ce qu’il souhaite car dĂ©voile-t-il : « l’éditeur ne nous plaĂźt pas ». En effet sur les 1500 rĂ©fĂ©rences du catalogue, admettons qu’il y ait quelques titres pour lesquels il ne soit pas d’accord, et nous pensons savoir lesquels le dĂ©rangent, nous y reviendrons, est-ce une raison pour mettre au panier un tel catalogue unique en son genre Ă  l’heure actuelle ? Devons nous lui rappeler qu’on trouve aux ESR, les Ɠuvres complĂštes ou quasi complĂštes des meilleurs auteurs comme saint Thomas d’Aquin, de saint Alphonse, de saint Bernard, de saint Pie X, de Darras, de Mgr FĂšvre (Hisoire apologĂ©tique de la papautĂ©), de Rohrbacher, Mgr GuĂ©rin (Le Petits Bollandistes), de Dom GuĂ©ranger, de Mgr de SĂ©gur, de Mgr Gaume, des abbĂ©s LĂ©mann, du cardinal Pie, de Donoso Cortes, de Louis Veuillot, de Mgr Jouin, du pĂšre Maignen, de Mgr Delassus, du pĂšre Fahey (que nous avons fait traduire, trĂšs gros travail !), du pĂšre PĂšgues, du pĂšre Hamon, du pĂšre Garrigou-Lagrange, de Dom MonlĂ©on, de Dom Marmion, de Lecoy de la Marche, d’Alphonse Vetault, de LĂ©on Gautier, de Gougenot-des-Mousseaux, de Jean VaquiĂ©, de Pierre Virion, de LĂ©on de Poncins, etc. Nous Ă©pargnons au lecteur les autres grands noms de la littĂ©rature catholique prĂ©sents au catalogue pour ne pas alourdir notre rĂ©ponse. Mais voilĂ  les auteurs que l’abbĂ© Ricossa risque d’empĂȘcher de continuer leur action salvatrice auprĂšs des fidĂšles dissuadĂ©s d’aller voir les Ă©ditions Saint-Remi par un tel dĂ©nigrement.

    M. l’abbĂ© Ricossa ne cite pas d’auteurs de notre catalogue qui seraient mauvais, mais prĂ©tend que nous publions « des auteurs fiables et d’autres contaminĂ©s, par exemple, par le traditionalisme fidĂ©iste du XIXe siĂšcle ». Pourrait-il nous indiquer de quels auteurs de notre catalogue il s’agit ? Il cite dans d’autres n° de Sodalitium les auteurs comme Bonnety et Ventura qui ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour traditionalisme ou fidĂ©isme, mais prĂ©cisĂ©ment nous n’avons jamais publiĂ© ces auteurs, ni aucun autre qui auraient Ă©tĂ© ainsi condamnĂ©s.

    Que M. l’abbĂ© Ricossa manifeste son dĂ©saccord avec certains auteurs que nous publions sur des questions libres, comme sur des questions d’histoire ou de gĂ©o-politique, il en a tout Ă  fait le droit, mais disqualifier notre maison d’édition en nous traitant de « trĂšs mauvais Ă©diteur », pour cette raison, faisant abstraction de l’écrasante majoritĂ© des autres auteurs qu’il qualifie de bons, est dĂ©raisonnable.

    Enfin, M. l’abbĂ© Ricossa rentre plus dans son sujet en faisant une critique de notre Ă©dition Notes sur le scoutisme, objet principal de son article, pour Ă  la fois louer la publication de cet ouvrage mais aussi discrĂ©diter « Je ne me rĂ©fĂšre pas non plus au fait que les ESR publient (uniquement) de mauvais auteurs, en effet, elles en publient (aussi) de trĂšs bons ». Par cette phrase, l’abbĂ© Ricossa ne prĂ©cise pas la proportion de mauvais auteurs Ă  ses yeux par rapport Ă  celle des bons. Le lecteur pourrait penser que la proportion serait Ă©gale. Mais sur nos 1500 rĂ©fĂ©rences, pourrait-il nous dire ce qu’il en est ? Un simple examen objectif du catalogue montrera que mĂȘme aux yeux de l’abbĂ© Ricossa la proportion de ce qu’il appelle « bons auteurs » est sans commune mesure avec ceux qu’il appelle « mauvais auteurs ». L’éditeur, Ă  cause de la « prĂ©sentation du livre et des notes du texte qui ne sont pas du pĂšre Jeoffroid mais du rĂ©dacteur, Louis-Michel Dufay », qui ne plaisent pas Ă  M. l’abbĂ© Ricossa pour plusieurs raisons.

    PremiĂšre raison : Louis-Michel Dufay diminuerait et dĂ©nigrerait le rĂŽle de Christophe Carichon qui aurait dĂ©couvert le premier l’existence du texte du pĂšre Jeoffroid.

    Il est Ă©tonnant de voir M. l’abbĂ© Ricossa chercher Ă  rĂ©tablir M. Carichon, alors que celui-ci suit le sulfureux Émile Poulat non seulement dans les recherches, mais aussi dans les conclusions qui font fi de la condamnation de Saint Pie X contre le modernisme historique.

    M. Carichon n’a pas le mĂ©rite d’avoir trouvĂ© le texte du P. Jeoffroid. Celui-ci est connu depuis les annĂ©es 1990 dans la Tradition, mĂȘme s’il n’avait pas encore Ă©tĂ© rendu public, vu l’aspect dĂ©licat. Il a la responsabilitĂ© d’avoir comme « enterré » le mĂ©moire du P. Jeoffroid en faisant de celui-ci un « intransigeant » comme le montre cette phrase : « C’est pour dĂ©fendre la mĂȘme jeunesse et par amour de l’éducation et du service des enfants que ces deux prĂȘtres français, l’aumĂŽnier scout et celui des patronages se sont opposĂ©s si durement, sans se comprendre, prisonniers de leur propre subjectivitĂ©. » Au contraire, il ne s’agit nullement de « subjectivitĂ© », mais bien de principes catholiques d’éducation. Avec une telle conclusion, M. Carichon noie le poisson et invite tous les scouts Ă  ne pas approfondir le sujet, ce qu’il a magnifiquement rĂ©ussi. Et c’est un tel homme que l’abbĂ© Ricossa veut rĂ©tablir ! Donc loin de l’honneur ou du mĂ©rite, c’est un lĂąchage.

    Le mĂ©rite de Louis-Michel Dufay est donc de « dĂ©noncer » l’erreur et de rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© face Ă  M. Carichon Ă  qui il incombait de montrer que le scoutisme ne peut ĂȘtre catholique, lui qui avait eu connaissance en profondeur et avec les archives, de cet essai de condamnation, oĂč Pie XI a Ă©tĂ© manƓuvrĂ© par les libĂ©raux et les modernistes. C’est pour cela que Louis-Michel Dufay n’a pas pris le temps, puisque M. Carichon l’avait fait, de montrer la place de Mgr Benigni dans cette affaire. L’important Ă©tait de revenir sur 1924 et de montrer oĂč se situait la manƓuvre. Et ce n’est pas en 30 pages que l’on peut tout expliquer.

    Par ailleurs, nous accuser de ne pas parler de Mgr Benigni, quand on cite pour approfondir le sujet du Sodalitium Pianum, l’ouvrage de Mgr Ducaud Bourget, Maçonnerie noire ou la vĂ©ritĂ© sur l’intĂ©grisme, cela ne montre pas un grand amour de la vĂ©ritĂ©. C’était pour un lecteur scout, averti en dĂ©faveur par des auteurs comme M. Carichon, le meilleur moyen de prĂ©parer le terrain au retour en grĂące de Mgr Benigni. Encore une fois, M. l’abbĂ© Ricossa, manie Ă  merveille le procĂšs d’intention. Qu’il se rassure, malgrĂ© son peu de bienveillance, nous continuerons Ă  dĂ©noncer le scoutisme, en rappelant aussi, c’est bien notre intention, le combat de Mgr Benigni Ă  ce sujet, que nous n’avons pu traiter faute de place et de temps, pensant qu’il valait mieux rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© sur l’affaire de 1924.

    Quant Ă  la date et Ă  l’importance de Mgr Benigni dans l’affaire de Rome, voici ce que l’on peut dire selon les sources que nous avons consultĂ©es : C’est Mgr Benigni qui transmet le rapport Ă  la R.I.S.S.,
    cĂ©lĂšbre publication anti-libĂ©rale et anti-maçonnique de la pĂ©riode. La transmission du mĂ©moire Jeoffroid Ă  la RISS n’est peut-ĂȘtre pas ce qui inquiĂšte les Scouts De France, les documents de l’époque (notamment une lettre du Chanoine Cornette du 31 mars 1924) rapportent que c’est le fait d’une attaque virulente Ă  l’AssemblĂ©e des Cardinaux et des ArchevĂȘques de France, qui d’ailleurs a Ă©tĂ© mis en annexe par Louis-Michel Dufay, mĂȘme si celle-ci a lieue en mars, que Mgr Benigni donne
    le rapport en mai, et qu’à la fin du mois le P. Sevin est Ă  Rome. Alors Ă  force de vouloir mettre Mgr Benigni partout Ă  la premiĂšre place, l’abbĂ© Ricossa finit-il par dire des choses inexactes ? En tous cas, il ne cite pas de source.

    1 « Pourtant, le tant dĂ©prĂ©ciĂ© Carichon avait mis en relief le rĂŽle de premier plan jouĂ© par Mgr Benigni dans toute la question du livre du pĂšre Jeoffroid, mais on voit que dans la FraternitĂ© Saint Pie-X et Ă  Cadillac Mgr Benigni est quasi inconnu ou bien ne jouit pas, pour des motifs qui me sont mystĂ©rieux, d’une bonne presse. » Dans l’article de M. l’abbĂ© Ricossa.

    DeuxiĂšme raison : M. l’abbĂ© Ricossa nous accuse de dĂ©molir le texte du pĂšre Jeoffroid parce que les ESR ont autorisĂ© Louis-Michel Dufay, fidĂšle qui pratique Ă  la FraternitĂ© Saint-Pie-X, Ă  Ă©crire la dĂ©dicace suivante : « À Mgr Lefebvre, qui, nous a donnĂ© la lumiĂšre des principes Ă  la suite des Pontifes Romains pour nous guider en temps de crise. » C’est un peu fort de cafĂ© ! Nous rĂ©pondons que la dĂ©dicace est signĂ©e de l’auteur et non des ESR. De plus, mĂȘme si nous pensons que Mgr Lefebvre a malheureusement eu des incohĂ©rences sur sa position concernant l’usurpation du siĂšge de Pierre par les anti-papes modernistes1, et que finalement il n’a pas voulu trancher en les dĂ©clarant « anti-papes »2, il n’en reste pas moins que c’est en grande partie grĂące Ă  lui que le Sacerdoce et la Foi catholique ont pu subsister dans cette crise unique de l’Église. Faut-il rappeler Ă  M. l’abbĂ© Ricossa qu’il a Ă©tĂ© formĂ© au sĂ©minaire d’ÉcĂŽne et ordonnĂ© par Mgr Lefebvre (d’ailleurs
    au cours d’une cĂ©rĂ©monie una cum
), et que par consĂ©quent sans Mgr Lefebvre il n’aurait pas Ă©tĂ© prĂȘtre et son institut l’IMBC n’aurait pas existĂ© ? Et parce que nous avons laissĂ© Louis-Michel Dufay Ă©crire cette petite phrase de dĂ©dicace Ă  Mgr Lefebvre, M. l’abbĂ© Ricossa prĂ©tend que nous ne sommes pas ouvertement « non una cum ». Jugement tĂ©mĂ©raire que cela. Il semble que toute rĂ©fĂ©rence favorable Ă  Mgr Lefebvre fasse perdre la raison Ă  M. l’abbĂ© Ricossa.

    1 Notez qu’alors le terme de sedevacantiste ne correspond pas vraiment Ă  la rĂ©alitĂ©, le siĂšge n’est pas vacant mais occupĂ© par des usurpateurs. Nous prĂ©fĂ©rons nous appeler catholique et rien d’autre que catholique. 2 Rappelons tout de mĂȘme que Mgr Lefebvre, bien qu’il n’ait malheureusement pas voulu trancher, et nous le dĂ©plorons, a exprimĂ© publiquement lors de son sermon de PĂąques 1986 Ă  ÉcĂŽne, la doctrine permettant de dĂ©clarer que ce « pape » n’était pas pape (Jean-Paul II Ă  l’époque, et cela s’applique aux « papes » de Vatican II) :

    Quant à la question de savoir si Mgr Lefebvre était pro-scout, on ne peut pas affirmer décemment une telle chose.

    Mgr Lefebvre a donnĂ© des principes qui sont les enseignements des Souverains Pontifes notamment dans ces cours d’actes du MagistĂšre. S’il n’est pas d’accord avec cela et cite Mgr en 1977, tolĂ©rant une fondation scoute et encourageant les personnes, il faudrait qu’il rejette aussi les Papes Ă  partir de saint Pie X, qui a donnĂ© via Mgr Merry del Val la bĂ©nĂ©diction apostolique aux scouts catholiques belges, jusqu’à Pie XII qui a largement encouragĂ© les Scouts.

    Qu’il ait pu encourager des personnes Ă  faire comme elles savaient faire, comme un Pie XI ou Pie XII, c’est indĂ©niable, pour autant affirmer qu’il Ă©tait pro-scout, serait tordre la rĂ©alitĂ©. Mgr Lefebvre a lui-
    mĂȘme connu, estimĂ© et pratiquĂ© le patronage dans la rĂ©gion de Lille en 1930 (Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre une vie, p. 87). Par ailleurs comme le rapporte Mgr Tissier de Mallerais dans sa biographie, il connaissait la congrĂ©gation du R.P. Jeoffroid et l’apprĂ©ciait, il connaissait notamment les PĂšres Paisant (p. 435) et Reynaud dont on apprend ceci dans Le Lien n°86 : « 1969 – 1977 : Sous l’influence de Mgr Lefebvre qu’il rencontre en 1962 et 1974, et par fidĂ©litĂ© Ă  ses engagements religieux
 Lors de l’une de ses entrevues avec Mgr Lefebvre, il entend celui-ci lui dire : « Gardez les yeux fixĂ©s sur le cap de la vĂ©ritĂ© » 
 1983 – 1997 : Nantes. Il exerce son ministĂšre auprĂšs du PrieurĂ© de la FraternitĂ© Sacerdotale Saint Pie X de Nantes. AprĂšs quelque temps, il s’installe de façon dĂ©finitive chez les Religieuse du Rafflay dont il devient l’AumĂŽnier. A de nombreux enfants, il enseigne le catĂ©chisme et applique les principes du Patronage. » Si le R.P. Reynaud applique les principes du Patronage, c’est bien que Mgr Lefebvre le laissait faire. Et Mgr Lefebvre Ă©tait prĂȘt Ă  envoyer des sĂ©minaristes chez les FrĂšres de Saint-Vincent-de-Paul : « Mgr Lefebvre ne s’avoue pas encore vaincu , si l’on peut dire : « Je cherchais en France dĂ©sespĂ©rĂ©ment. Cependant, les FrĂšres de Saint-Vincent-de-Paul Ă  ÉrignĂ© acceptaient deux sĂ©minaristes
 » (p. 435). Membre de la Croisade Eucharistique en 1920 (p. 29) ; ConfĂ©rence de St Vincent de Paul (p. 32), PrĂ©fet de congrĂ©gation mariale (p. 29). Il n’a jamais eu le temps de se pencher sur ce problĂšme, tout comme les Papes ci-dessus, et a en outre peut-ĂȘtre Ă©tĂ© trompĂ©. Il se chargeait de la formation des prĂȘtres et tout Ă©tait Ă  faire. Il estimait grandement Mgr Chollet, l’un des plus grands adversaires du scoutisme Ă  l’AssemblĂ©e des Cardinaux et ArchevĂȘque de France de 1924, la fameuse qui dĂ©clencha l’affaire de
    Rome, et le dĂ©placement du P. Sevin pour se dĂ©fendre. Vouloir montrer qu’il encourage les scouts sans rappeler cela est-il vraiment juste ? On voit bien que partisan de ses idĂ©es propres, l’abbĂ© Ricossa ne peut supporter que Mgr Lefebvre soit donnĂ© en exemple.

    Enfin examinons la conclusion de M. l’abbĂ© Ricossa qui manifeste sa comprĂ©hension au rĂ©dacteur et Ă  ses collaborateurs mais pas Ă  l’éditeur, sic ! Pourquoi les Ă©ditions Saint-Remi donnent-ils de l’urticaire Ă  M. l’abbĂ© Ricossa, au point de faire des jugements si ridicules ? C’est probablement parce que nous publions un certain nombre d’ouvrages qui lui apportent la contradiction sur ses positions personnelles quelque peu choquantes pour des catholiques. – Erreurs sur la ThĂšse de Cassiciacum (Materialiter-Formaliter), inventĂ©e par le dominicain, futur mgr GuĂ©rard des Lauriers, thĂšse reniĂ©e par son auteur avant sa mort, malgrĂ© les cris d’orfraie de M. l’abbĂ© Ricossa et des siens.

    Aveux de rétractation de Mgr Guérard des Lauriers sur sa thÚse dite de Cassiciacum1

    « Cher Monsieur,
    J’ai trouvĂ©, en arrivant ici, votre envoi et votre lettre. MERCI.
    Je conserve donc, au moins provisoirement (vous me direz), l’étude de A. Denoyelle. En ce qui me concerne personnellement, je souscris Ă  toutes ses conclusions. Son Ă©tude est excellente ! Maintenant, je crois que ma thĂšse contient des erreurs thĂ©ologiques Ă©normes.
    En fervente union, au service de la Vérité et dans la priÚre.
    M. L. G. des Lauriers, O.P. »

    1 Explications de M. Denoyelle qui a publiĂ© ce mot de Mgr GuĂ©rard des Lauriers : « Ce mot du P. GuĂ©rard est bel et bien authentique. Il Ă©tait adressĂ© Ă  un correspondant suisse qui me l’a transmis (puisque j’y Ă©tais mentionnĂ©). Ce mot, non datĂ© mais dĂ»ment signĂ© et Ă©crit entiĂšrement Ă  la main, avait Ă©tĂ© reçu par mon correspondant, quelques mois avant le dĂ©cĂšs du P.GuĂ©rard. »

    Erreurs sur La Salette, allant jusqu’à interdire la lecture du Secret aux fidĂšles (brochure rĂ©digĂ©e en ce sens) dont il prĂ©tend qu’il aurait Ă©tĂ© condamnĂ© et interdit de diffusion par le Saint-SiĂšge, malgrĂ© les approbations et les dĂ©monstrations factuelles des magouilles d’un certain nombre de prĂ©lats corrompus farouchement opposĂ©s au secret de la Salette, alors que celui-ci a Ă©tĂ© donnĂ© par la Reine du Ciel en personne, au nom de la TrĂšs Sainte TrinitĂ©.
    Erreurs sur l’Apocalypse : dont il prĂ©tend qu’elle n’est pas une prophĂ©tie des 7 Ăąges de l’Église jusqu’à la fin des temps mais concerne le passĂ©, Ă  l’encontre de l’enseignement de la Tradition. Que M. l’abbĂ© Ricossa Ă©tudie le VĂ©nĂ©rable Holzhauser, l’abbĂ© Duprat et le P. de CloriviĂšre (tous rééditĂ©s par les ESR), ouvrages de valeur qui infirment en tous points ses thĂ©ories fumeuses et scandaleuses (qu’il relise dans l’Apocalypse ce qui est promis Ă  tous ceux qui s’en prennent au livre prophĂ©tique
).
    Erreurs sur le Cardinal fĂ©lon Rampolla. L’abbĂ© Ricossa a dĂ©fendu bec et ongle le grand fĂ©lon italien Rampolla del Tindaro. Mise sous le boisseau du tĂ©moignage capital de Marc Winckler, rĂ©digĂ© Ă  la demande du RP [Mgr] GuĂ©rard des Lauriers (dont se rĂ©clame pourtant l’abbĂ© Ricossa), texte capital paru dans le numĂ©ro 1 des Cahiers de Cassiciacum, en 1979. Il y a chez lui un refus obstinĂ© de voir l’action d’un rĂ©seau de hauts fĂ©lons incrustĂ© dans l’Église pour mieux la dĂ©truire de l’intĂ©rieur, et de considĂ©rer que, de Roncalli Ă  Bergoglio, nous avons affaire Ă  des anti-papes, Ă  des ennemis affiliĂ©s aux SociĂ©tĂ©s SecrĂštes de la Contre-Eglise ! Il y a une volontĂ© non moins obstinĂ©e de ne pas vouloir considĂ©rer que leurs Ă©lections sont nulles, que tous les actes posĂ©s depuis 1958 sont nuls et non avenus, parce que ces imposteurs sont tous excommuniĂ©s, ipso facto, en tant que membre des chapelles de l’Ennemi !

    Voici quelques ouvrages en question qui le poussent Ă  ne pas aimer les ESR. Il faut remarquer que le dĂ©nominateur commun du rejet de ces ouvrages est la non-compatibilitĂ© avec la thĂšse de Cassiciacum. Faisant de cette thĂšse un dogme de Foi, au point de ne pas accepter dans son sĂ©minaire des candidats qui n’accepteraient pas cette thĂšse, nous pensons que l’attitude hostile de M. l’abbĂ© Ricossa envers les ESR trouve sa source en notre rejet de cette thĂšse.

    Bruno Saglio.


    III. 🖋 La rĂ©plique finale de Ricossa

    Cela se rĂ©pĂšte, mais se prĂ©cise aussi : dans sa « Voix de Rome », derechef, Ricossa nuance – il n’a rien contre Saglio en tant que chrĂ©tien – mais persiste sur le reste :

    • L’édition du Jeoffroid sous patronage Lefebvre est trompeuse.
    • Le rĂŽle de Benigni est injustement occultĂ©.
    • Le mĂ©lange ESR inclut bel et bien des auteurs au fidĂ©isme, sinon au naturalisme tout aussi pĂ©rilleux.

    Et il renvoie Saglio Ă  ses propres penchants pour un « Grand Monarque » annoncĂ© par des prophĂštes douteux, pour des livres « mis Ă  l’Index », ou pour un Mgr Lefebvre qu’il sacraliserait malgrĂ© ses consĂ©crations « una cum ».

    La Voix de Rome (réponse à La Voix des Francs)

    Bruno Saglio, des Éditions Saint-Remi, a rĂ©pondu sur sa revue (La Voix des Francs Catholiques, N° 73, juillet 2024) Ă  ma recension intitulĂ©e Bon auteur, trĂšs mauvais Ă©diteur, publiĂ©e sur Sodalitium n° 75 (n° 74 dans l’édition française), oĂč le bon auteur Ă©tait le pĂšre Jeoffroid, et le trĂšs mauvais Ă©diteur, prĂ©cisĂ©ment, Bruno Saglio. Je comprends que le terme un peu fort de “trĂšs mauvais Ă©diteur” puisse avoir heurtĂ© le responsable des Éditions Saint-Remi, auquel cas je l’assure de ma comprĂ©hension. La rapide intervention de l’abbĂ© Grossin, dĂ©sormais Rolland, venu immĂ©diatement Ă  son secours, tout content de mettre en garde – pour la Ă©niĂšme fois – contre “l’abbĂ© Ricossa”, pourra le consoler : Grossin-Saglio, mĂȘme Ă©cole (celle de LHR), mĂȘme mentalitĂ©, “mĂȘme combat”. Il ne s’agit pas en effet d’une diatribe entre personnes (de ce point de vue, je n’ai rien contre B. Saglio, que je considĂšre ĂȘtre un bon chrĂ©tien) mais d’une question – au minimum – sinon de doctrine, certainement de mentalitĂ©. Ce qui n’est pas sans portĂ©e dans la formation de nos lecteurs.

    Une victime ? Je ne crois pas


    LVDF se plaint d’avoir subi une “attaque violente”, et ajoute : “Nous n’aurions pas Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© d’une telle accusation de la part d’ennemis dĂ©clarĂ©s de l’Église, mais non, il faut que de telles accusations viennent d’un prĂȘtre sensĂ© dĂ©fendre la foi” (“sensĂ© dĂ©fendre la foi” : chers Ă©diteurs : on Ă©crit “censĂ©â€ et non “sensĂ©â€Â ; l’erreur est reprise Ă  la p. 4, c’est pourquoi il ne semble pas que ce soit une inadvertance). L’abbĂ© Ricossa devrait dĂ©fendre la foi, mais ne sera-t-il pas, au contraire, un “ennemi de l’Église” bien que non dĂ©clarĂ©, mais caché ? C’est ce que LHR (Louis-Hubert Remy), l’abbĂ© Grossin, B. Saglio, “F. Causas”, “H. Barbier”, etc. soutiennent publiquement depuis des annĂ©es, c’est pourquoi je suis surpris de leur Ă©tonnement si quelqu’un, aprĂšs tant de bastonnades, ose objecter quelque chose. Mais pour LVDF, il ne s’agit pas de lĂ©gitime dĂ©fense, puisque par principe l’article de Sodalitium est “dĂ©nigrant” “rempli de faux jugements tĂ©mĂ©raires”, tandis qu’attaquer les Éditions Saint-Remi veut dire, ipso facto, attaquer ni plus ni moins que “le bien commun” (et non seulement le bien de l’éditeur en question).

    Petit espace publicitaire

    Avant d’entrer in media res, l’éditeur (pp. 3-5) vante sa maison d’édition, la qualitĂ© de ses livres, les auteurs publiĂ©s, etc. Je trouve normal qu’un commerçant fasse de la publicitĂ© de ses articles, c’est pourquoi, pour Ă©viter tout malentendu, je peux prĂ©ciser que les Éditions Saint-Remi sont exceptionnelles, inĂ©galĂ©es, du point de vue matĂ©riel (reliures, etc.) et, comme je l’ai dĂ©jĂ  Ă©crit, elles publient (aussi) de trĂšs bons auteurs. Parlons d’autre chose ! Et avant tout, parlons de l’édition de l’écrit du pĂšre Jeoffroid contre le scoutisme.

    Mes deux critiques de l’édition de l’écrit du pĂšre Jeoffroid contre le mouvement scout

    Je rappelle donc mes deux critiques de l’édition du texte inĂ©dit du pĂšre Jeoffroid (Ă©dition en soi digne d’éloges). La premiĂšre : mettre cette Ă©dition sous l’égide de la FraternitĂ© Saint Pie-X et de Mgr Lefebvre. La seconde : mettre en relief des acteurs secondaires de l’opposition au mouvement scout, et en particulier dans l’affaire du mĂ©moire du pĂšre Jeoffroid, et cacher pour ainsi dire complĂštement le rĂŽle de Mgr Benigni, qui fut le maĂźtre et l’ami du pĂšre Jeoffroid, en collaborant activement Ă  la diffusion du texte en question.

    Un (trĂšs bon) livre contre le scoutisme sous l’égide de Mgr Lefebvre

    Le livre en question

    Je l’ai dĂ©jĂ  Ă©crit et je le rĂ©pĂšte : le dossier que le pĂšre Jeoffroid Ă©crivit contre le mouvement scout, y compris sa version “catholique” du pĂšre Sevin, est excellent. Le rendre publique et accessible encore aujourd’hui est donc digne de louanges, et notre revue n’a pas manquĂ© d’en recommander la lecture. La critique de Sodalitium ne concerne donc pas le texte du pĂšre Jeoffroid, qui dĂ©montre les liens Ă©troits entre le mouvement scout et la thĂ©osophie, mais l’édition de ce texte (de la part des rĂ©dacteurs et de l’éditeur) qui place l’Ɠuvre du pĂšre Jeoffroid contre le scoutisme sous l’égide de Mgr Lefebvre qui fut toujours en faveur du scoutisme. Le lecteur est ainsi trompĂ©, et la vĂ©ritĂ© piĂ©tinĂ©e. De plus, de la part d’un Ă©diteur qui se dit “sĂ©dĂ©vacantiste” et qui critique violemment la “thĂšse de Cassiciacum” parce que pas suffisamment “sĂ©dĂ©vacantiste”, faire l’éloge publiquement de Mgr Lefebvre – qui expulsa de la FraternitĂ© tous ceux qui n’étaient pas en communion avec Paul VI et Jean-Paul II, qu’ils fussent “sĂ©dĂ©vacantistes” ou “Cassiciacum” – est une tromperie pour les lecteurs et une injure Ă  la vĂ©ritĂ©. Il s’agit en tout cas d’une tendance qui se manifeste souvent chez de nombreux soi-disant “sĂ©dĂ©vacantistes” qui accusent Mgr GuĂ©rard des Lauriers, mais qui ont un culte jamais dĂ©menti, et vraiment rĂ©vĂ©lateur, pour Mgr Lefebvre.

    Encore sur Mgr Lefebvre : La Voix des Francs en faveurs des consécrations una cum

    Si le N° 73 de La Voix des Francs attaque le soussignĂ©, le N° 74 soutient ouvertement les sacres Ă©piscopaux en communion avec Jean-Paul II, opĂ©rĂ©s par Mgr Lefebvre, et espĂšre, en mĂȘme temps, de nouveaux sacres Ă©piscopaux au sein de la FraternitĂ©, et par consĂ©quent en communion (Ă  l’époque) avec Bergoglio. En commentant la mort de Mgr Tissier de Mallerais, l’éditorial de Bruno Saglio, en effet, manifeste la “vive inquiĂ©tude” du mĂȘme (c’est-Ă -dire de Saglio) : il ne reste plus que deux Ă©vĂȘques au sein de la Fraternité ! Et alors, direz-vous, quid ad nos ? Mais Saglio s’inquiĂšte pour les sĂ©minaristes de la Fraternité : que deviendront-ils ? “Prions pour que la FSSPX ouvre enfin les yeux
” et reconnaisse la vacance du SiĂšge, direz-vous ? Mais non ! “
qu’elle ouvre enfin les yeux sur l’urgentissime nĂ©cessitĂ© de la transmission valide des sacrements, en procĂ©dant Ă  de nouveaux sacres solennels comme son fondateur l’avait voulu (
) Que la FSSPX suive l’exemple de Mgr Lefebvre qui avait eu le courage avec Mgr de Castro Mayer de consacrer il y a 36 ans de sacrer 4 Ă©vĂȘques sans mandat apostolique”.

    En vĂ©ritĂ©, dans cette cĂ©rĂ©monie sacrilĂšge, fut lu un grotesque “mandat apostolique” reçu soi-disant de l’Église, et non du Pape qui Ă©tait cependant reconnu solennellement comme tel. Or, B. Saglio voudrait que se rĂ©pĂšte le forfait pour donner au monde d’autres Ă©vĂȘques una cum, alors que nous avons des Ă©vĂȘques non una cum, et que nous en avons mĂȘme trop [critique radicale des lignĂ©es lefebvriennes et thuciennes…]. À lire La Voix des Francs, cependant, il semblerait que ces Ă©vĂȘques n’existent pas, et que la validitĂ© des sacrements dĂ©pende uniquement de la FraternitĂ© Saint Pie-X, qui a un si grand respect de ladite validitĂ© qu’elle fait cĂ©lĂ©brer et confesser des prĂȘtres “ordonnĂ©s” avec le nouveau rite ou fait administrer les confirmations de maniĂšre invalide par de simples prĂȘtres de la FraternitĂ©. (Nous nous demandons alors comment des prĂȘtres ordonnĂ©s par des Ă©vĂȘques non una cum peuvent entretenir de bons rapports avec qui a une aussi mesquine considĂ©ration desdits Ă©vĂȘques). Mais La Voix des Francs me reprochera l’ingratitude envers Mgr Lefebvre et la Fraternité : “Faut-il rappeler Ă  M. l’abbĂ© Ricossa qu’il a Ă©tĂ© formĂ© au sĂ©minaire d’ÉcĂŽne et ordonnĂ© par Mgr Lefebvre (d’ailleurs au cours d’une cĂ©rĂ©monie una cum
), et que par consĂ©quent sans Mgr Lefebvre il n’aurait pas Ă©tĂ© prĂȘtre et son institut l’IMBC n’aurait pas existé ?”. Mais peut-ĂȘtre faut-il rappeler aux Éditions Saint-Remi que l’abbĂ© Ricossa et ses confrĂšres ont publiĂ© une “Amende honorable publique” pour avoir rĂ©pandu les erreurs de la FraternitĂ© Saint-Pie-X, et que je rĂ©pĂšte aussi cette amende honorable pour avoir reçu une ordination una cum, quand j’aurais trĂšs bien pu recevoir le sacerdoce des mains de Mgr GuĂ©rard des Lauriers. Mais B. Saglio ne se souvient de cet Ă©vĂȘque que pour le dĂ©nigrer, alors que quand il Ă©crit sur Mgr Lefebvre il semble “perdre la raison” (pour reprendre l’accusation que lui-mĂȘme m’adresse), au point de publier un livre de l’abbĂ© Lafitte (“un des prĂȘtres formĂ©s par Monseigneur Lefebvre”, Ă©crit le catalogue ESR, bien que l’éditeur n’ignore pas qu’il serait mieux de se taire que de parler) intitulĂ© “L’esprit de Mgr Lefebvre”. Sans haine, animositĂ© ou rancƓur, et sans nier les nombreuses qualitĂ©s de Mgr Lefebvre, personne ne peut nier que, si la FraternitĂ© Saint-Pie-X reconnaĂźt et impose de reconnaĂźtre la validitĂ© du N.O.M. et la lĂ©gitimitĂ© de Paul VI et ses successeurs, cela est dĂ» au choix que Mgr Lefebvre accomplit en 1979.

    Il n’est donc pas vrai que Mgr Lefebvre – Ă  propos de la lĂ©gitimitĂ© de Paul VI et de ses successeurs “n’a pas voulu rĂ©soudre la question” (p. 8 : “il n’a pas voulu trancher”). MalgrĂ© les frĂ©quentes variations de la pensĂ©e de Mgr Lefebvre, les faits parlent d’eux-mĂȘmes : en 1979, Mgr Lefebvre a “tranchĂ©â€ avec sa “Position de la FraternitĂ© sur la Messe et le Pape” et dĂšs 1982 il a en consĂ©quence obligĂ© tous les ordinands Ă  signer le fameux serment dans lequel on reconnaissait la lĂ©gitimitĂ© de Jean-Paul II. Point. Quant au scoutisme, Saglio objecte que les Papes aussi l’ont approuvĂ© (pp. 9-10). Certes. Et de fait, nous ne contestons pas Ă  Mgr Lefebvre d’avoir lui aussi approuvĂ© les mouvements scouts, y compris Riaumont – mais nous contestons Ă  l’édition du livre du pĂšre Jeoffroid d’“enrĂŽler” Mgr Lefebvre dans une condamnation du mouvement scout qu’il n’exprima pas (au contraire). Son soutien aussi (aussi) au systĂšme des patronages ne signifie pas qu’il avait compris ou dĂ©noncĂ© les origines maçonniques et thĂ©osophiques du scoutisme. “L’abbĂ© Ricossa ne peut supporter que Mgr Lefebvre soit donnĂ© en exemple” (p. 10), Ă©crit Saglio. Cela dĂ©pend en quoi il est donnĂ© en exemple : comme exemple de condamnation du scoutisme, certainement pas. B. Saglio conclut : “il semble que toute rĂ©fĂ©rence favorable Ă  Mgr Lefebvre fasse perdre la raison Ă  M. l’abbĂ© Ricossa” (p. 9) ; je pourrais dire au contraire que toute rĂ©fĂ©rence Ă  Mgr Lefebvre met des peaux de saucisson devant les yeux de l’éditeur Saglio, comme, avant lui, de LHR et mĂȘme – en remontant les branches – du notoirement mĂ©disant BOC (Bulletin de l’Occident ChrĂ©tien, dans lequel Ă©crivaient sous pseudonyme Tailhades, Remy et Bonnet de Villers). MĂ©disant erga omnes
 sauf Ă  l’égard de Mgr Lefebvre !

    Les sacres épiscopaux de Mgr Lefebvre en 1988

    Mgr Benigni dans l’ombre. Et encore nous ne comprenons pas pourquoi


    L’éditorial de LVDF ne nie pas, et mĂȘme admet, que le rĂŽle de Mgr Benigni dans l’affaire Jeoffroid a Ă©tĂ© par eux laissĂ© dans l’ombre. La raison donnĂ©e est ridicule : “Louis-Michel Dufay n’a pas pris le temps, puisque M. Carichon l’avait fait, de montrer la place de Mgr Benigni dans cette affaire” (p. 6) (mais il a eu le temps de parler d’autres auteurs – certes de grand mĂ©rite – qui n’ont eu aucun rĂŽle dans cette affaire). Nous n’avons presque pas parlĂ© de Mgr Benigni ? “faute de place et de temps” (p. 7). Et en tout cas, l’abbĂ© Ricossa dit des choses inexactes “à force de vouloir mettre Mgr Benigni partout Ă  la premiĂšre place” (p. 7). Voici : la gĂȘne qui transparaĂźt contre Mgr Benigni – bien plus que le manque de temps et de place – semble ĂȘtre le vĂ©ritable motif de l’attitude des Éditions Saint-Remi envers sa personne. Et pourtant
 le fait que le pĂšre Maignen, des FrĂšres de Saint-Vincent, fĂ»t un dirigeant et un collaborateur du Sodalitium Pianum de Mgr Benigni et que le pĂšre Jeoffroid, de la mĂȘme congrĂ©gation, ait Ă©tĂ© un des deux prĂȘtres fidĂšles prĂ©sents aux funĂ©railles de Mgr Benigni (ce qui dĂ©montre une proximitĂ© et une intimitĂ© certainement pas accidentelles), ne dit rien Ă  M. Saglio ?

    Si, comme je crois, subsiste cette gĂȘne envers la figure de Mgr Benigni, il reste Ă  comprendre pourquoi, Ă©tant donnĂ© que, par exemple, les ESR publient de maniĂšre louable, plusieurs Ă©crits de son Ă©troit collaborateur que fut le pĂšre Maignen. Ignorance (au sens de non connaissance) ? BarriĂšre linguistique ? DĂ©fiance envers un auteur qui avait un fort esprit critique et de profondes et sĂ©rieuses Ă©tudes acadĂ©miques ? Toutes ces choses ensemble ? Si les ESR Ă©taient sincĂšres, elles pourraient rĂ©soudre facilement le petit mystĂšre.

    P.S.: j’avais terminĂ© ce petit chapitre de mon article, quand je me suis aperçu du fait que non seulement les ESR ignorent Mgr Benigni mais, quasi certainement sans le savoir, en un certain sens, l’attaquent. Tandis que notre Centro Librario Sodalitium a publiĂ© (en italien) la Storia sociale della Chiesa de Mgr Benigni (et Radio Spada une histoire de l’Église traduite en italien Ă  l’époque par le pĂšre Rosa s.j., ennemi mortel de Benigni), les Éditions Saint-Remi ont publiĂ© Histoire partiale, histoire vraie de Jean Guiraud (1866-1953), (2024, réédition de l’édition de 1911, 4 volumes, 100 €), alors enseignant Ă  l’UniversitĂ© de Besançon, une histoire apologĂ©tique contre les manuels laĂŻcistes de l’époque. Mais les ESR ignorent peut-ĂȘtre la violente polĂ©mique intervenue Ă  propos du volume IV entre Guiraud, prĂ©cisĂ©ment, et I. de RĂ©calde (c’est-Ă -dire l’abbĂ© Paul Boulin, bras droit de Mgr Benigni en France et rĂ©dacteur Ă  la R.I.S.S.) qui Ă©crivit mĂȘme tout un volume pour rĂ©pondre aux accusations de Guiraud : Histoire JĂ©suite, Histoire vraie (si B. Saglio dĂ©sire, je peux lui envoyer en PDF). De la part de prĂ©tendus experts de lâ€™â€œĂ©cole antilibĂ©rale”, on s’attendrait Ă  une meilleure connaissance des faits.

    Mes deux critiques en gĂ©nĂ©ral aux Éditions Saint-Remi (et pas seulement)

    Jusqu’à prĂ©sent, je me suis limitĂ© Ă  revenir sur ma critique Ă  l’édition du trĂšs bon livre du pĂšre Jeoffroid, Ă  cause 1) du soutien Ă  la FraternitĂ© Saint-Pie-X et Ă  Mgr Lefebvre, quand ils dĂ©fendirent et dĂ©fendent le scoutisme 2) sur la question de Mgr Benigni. Toutefois dans ma recension je mentionnais deux erreurs plus gĂ©nĂ©rales que je perçois dans la ligne Ă©ditoriale des ESR et plus gĂ©nĂ©ralement dans la soi-disant â€œĂ©cole antilibĂ©rale” telle que conçue, Ă  l’époque, par plusieurs personnes, mais particuliĂšrement par Louis-Hubert Remy. La premiĂšre erreur consiste Ă  inclure, sans distinction, dans la dite â€œĂ©cole antilibĂ©rale” (en bonne partie du XIXe siĂšcle) des auteurs influencĂ©s par le “fidĂ©isme traditionaliste” du XIXe siĂšcle ; la seconde, dans la diffusion (aussi) d’auteurs peu sĂ©rieux, ce qui est dĂ» d’une part Ă  un prĂ©jugĂ© contre les Ă©tudes “universitaires” (sans les distinctions qui s’imposent) et d’autre part par une forte tendance pseudo-surnaturaliste. Les deux erreurs proviennent probablement d’une mĂȘme racine.

    Le fidĂ©isme “traditionaliste”

    Dans l’éditorial du N° 73 de La Voix des Francs contre Sodalitium, Bruno Saglio Ă©crit : “M. l’abbĂ© Ricossa ne cite pas d’auteurs de notre catalogue qui seraient mauvais, mais prĂ©tend que nous publions des ‘auteurs fiables et d’autres contaminĂ©s, par exemple, par le traditionalisme fidĂ©iste du XIXe siĂšcle”. B. Saglio nous demande quels sont ces auteurs, aprĂšs avoir Ă©numĂ©rĂ© pour sa dĂ©fense une longue liste des “meilleurs auteurs” en circulation (pp. 4-5). Il ne s’aperçoit pas non plus que dans cette liste il a, prĂ©cisĂ©ment, inclus certains de ces auteurs qui, bien que mĂ©ritants Ă  de nombreux points de vue et excusables Ă  tant d’autres, sont justement parmi ceux qui ont subi l’influence de ce courant de pensĂ©e. Parmi certains de ceux citĂ©s, nous avons dĂ©jĂ  parlĂ© sur les pages de Sodalitium, de Donoso CortĂ©s (Sodalitium n° 50 [Ă©d. fr.] et n° 51 [Ă©d. ital.]) ou de Mgr FĂšvre, en parlant duquel l’abbĂ© Pinaud fait l’éloge de Bonnetty (Sodalitium n° 69-70, p. 29). Un autre maĂźtre de la Contre-rĂ©volution, et de ce point de vue louable, prĂ©sent dans le catalogue des Éditions Saint-Remi, est le comte Joseph de Maistre, qui Ă©tait sans doute “traditionaliste”, ainsi que franc-maçon, bien que contre-rĂ©volutionnaire (cf. Sodalitium n° 49 : Joseph de Maistre Ă©sotĂ©rique ?). Parmi les auteurs publiĂ©s par Saglio ne manque pas le rabbin converti Paul Drach (trĂšs estimĂ© par Louis-Hubert Remi) et ses disciples (comme les frĂšres LĂ©mann), pourtant lui aussi “traditionaliste” vĂ©hiculant (de bonne foi – je pense) la grave erreur d’une bonne Cabale Ă  cĂŽtĂ© d’une Cabale dĂ©voyĂ©e (cf. Sodalitium n° 69-70). L’énumĂ©ration pourrait continuer, et d’ailleurs nous n’avons pas Ă©tĂ© les premiers Ă  observer ce problĂšme de fond dans la prĂ©tendue â€œĂ©cole antilibĂ©rale” du XIXe siĂšcle rĂ©pandue par Remy et ses Ă©pigones : un Ă©lĂšve de l’abbĂ© Belmont – le sĂ©minariste Athanase-Henri Sauget – le fit dĂ©jĂ  dans son Ă©crit Mgr Gaume et le Traditionalisme, une Ă©tude de 31 pages qui date de novembre 2014. Nous ne sommes donc pas les seuls, et peut-ĂȘtre pas non plus les premiers, Ă  avoir constatĂ© depuis longtemps et Ă  plusieurs reprises cette erreur de l’école de pensĂ©e Ă  laquelle font rĂ©fĂ©rence (aussi) les Éditions Saint-Remi. Une autre critique de notre part Ă  cette â€œĂ©cole de pensĂ©e” n’est pas non plus une nouveautĂ©. Elle concerne en gĂ©nĂ©ral – parmi les Ă©tudes catholiques – la nĂ©cessitĂ© de suivre une ligne de “rigueur et de vĂ©ritĂ©â€. Ce n’est pas par hasard que nous citions, dans notre recension, l’article programmatique “Notes pour l’étude de la Sainte Écriture (et des autres sciences ecclĂ©siastiques en gĂ©nĂ©ral” (Sodalitium n° 64, mai 2010 ; ed. française n° 63), ainsi que “ProblĂšmes de documentation dans certains livres antimaçonniques” (Sodalitium n° 70-71, septembre 2020 ; Ă©d. française n° 69-70). Dans l’exĂ©gĂšse, dans la thĂ©ologie, dans l’histoire ecclĂ©siastique, dans la nĂ©cessaire documentation contre la “judĂ©o-maçonnerie”, les Éditions Saint-Remi et semblables prĂ©fĂšrent des auteurs peu documentĂ©s et peu fiables. On ne combat pas la franc-maçonnerie avec les lĂ©gendes Ă  la LĂ©o Taxil, ni mĂȘme, comme dĂ©montrent les auteurs citĂ©s dans l’article en question, avec la lĂ©gende “Pike-Mazzini” ou autres.

    B. Saglio m’attaque ensuite, dans le sillage de l’abbĂ© Paladino et de plusieurs autres, pour l’exĂ©gĂšse de l’Apocalypse dont il est question dans le n° 49 d’avril 1999, Ă  laquelle il oppose l’exĂ©gĂšse du vĂ©nĂ©rable Holzhauser (p. 12). Dommage que Holzhauser (qui par ailleurs, comme l’abbĂ© Grossin dĂ©sormais Rolland, croyait aux pseudo-prophĂ©ties du pseudo-Malachie) place l’avĂšnement de l’AntĂ©christ en 1855 et prĂ©tend qu’il mourra Ă  l’ñge de 55 ans et demi. Mais comme avec les TĂ©moins de JĂ©hovah, certaines personnes ne se laissent pas convaincre par la non rĂ©alisation de leurs prophĂ©ties, et en changent les dates Ă  leur grĂ©. Mais quel est le motif, profondĂ©ment exĂ©gĂ©tique, pour lequel L.-H. Remy d’abord et B. Saglio maintenant croient fermement Ă  l’exĂ©gĂšse de Holzhauser ? Parce qu’il annonçait la venue du “Grand Monarque” et du “Saint Pape”, auxquels Ă©videmment en Bretagne on croit presque comme Ă  un dogme de foi. Et en effet, les Éditions Saint-Remi ont publiĂ© plusieurs ouvrages sur le “Grand Monarque”, parmi lesquels Le Grand Monarque Ă  venir, et la paix sous son rĂšgne de l’abbĂ© Franz Spirago (1862-1942). Je n’ai pas lu le livre, mais la prĂ©sentation qu’en fournit l’éditeur m’a suffi, Ă©tant donnĂ© qu’auteur et Ă©diteur donnent du crĂ©dit Ă  Adrien PĂ©ladan (Le dernier mot des prophĂ©ties) et Ă  Nostradamus ! Si ce dernier est cĂ©lĂšbre, peut-ĂȘtre que ne l’est pas autant Adrien PĂ©ladan pĂšre (1815-1890), militant monarchiste et “catholique” mais occultiste, digne pĂšre de JosĂ©phin (1858-1918), connu pour l’Ordre de la Rose-Croix kabbalistique, fondĂ© par lui avec Stanislas de Guaita et GĂ©rard Encausse dit “Papus”, et d’Adrien PĂ©ladan fils (1844-1885), mĂ©decin homĂ©opathe victime de ses mĂȘmes mĂ©decines et lui aussi spĂ©cialiste en sciences occultes : une belle famille, c’est certain ! Il n’y a pas besoin de Paul Airiau (Le Grand Monarque dans le catholicisme français, XIXe-XXe siĂšcles) pour reconnaĂźtre dans le mythe du Pape AngĂ©lique et du Grand Monarque une ascendance joachimite et millĂ©nariste Ă©vidente, associĂ©e parfois Ă  des dĂ©viations peu orthodoxes comme celle de la doctrine de la rĂ©novation du chanoine Emmanuel Chabauty (1827-1914) et d’autres. Son livre, “Études scripturales, patristiques, thĂ©ologiques et philosophiques, sur l’avenir de la religion catholique selon le plan divin ou la rĂ©gĂ©nĂ©ration de l’humanitĂ© et la rĂ©novation de l’univers” (1890-1893) fut mis Ă  l’Index des livres interdits (1896) avec quatre autres de ses ouvrages sur le “SystĂšme de la rĂ©novation”. Cela n’empĂȘche pas de mentionner favorablement Chabauty dans le catalogue des auteurs des Éditions Saint-Remi. Par ailleurs, le catalogue des Éditions de B. Saglio n’en a que faire de l’Index des livres interdits : en dĂ©crivant le livre de DĂ©odat Lapilli “Le message de La Salette commentĂ© par MĂ©lanie Calvat et son confesseur”, il Ă©crit au sujet d’un livre de l’abbĂ© Gilbert Combe (le confesseur de MĂ©lanie, justement) : “il est vrai que la diffusion de ce livre fut rapidement freinĂ©e par sa mise Ă  l’Index le 12 avril 1907. Cette affaire mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©e, car elle est rĂ©vĂ©latrice de l’hostilitĂ© rencontrĂ©e par le Secret de La Salette auprĂšs d’une faction de l’épiscopat français et d’autres clercs qui n’acceptaient pas que l’ImmaculĂ©e vienne se faire l’écho des menaces bibliques contre les ministres de Dieu” (notez que le Pape en 1907 Ă©tait saint Pie X). Dans son Ă©ditorial (p. 12) contre l’abbĂ© Ricossa, La voix des Francs lui impute des “erreurs sur La Salette” “allant jusqu’à interdire la lecture du Secret aux fidĂšles”, ce que je n’ai jamais dit ou Ă©crit, me limitant Ă  publier une collection de tous les actes du Saint-SiĂšge Ă  ce propos (qui effectivement en interdisaient la lecture).

    Enfin, l’éditorial de La Voix des Francs m’accuse Ă  nouveau d’avoir dĂ©fendu “le grand fĂ©lon italien Rampolla del Tindaro” (autrement dit le cardinal secrĂ©taire d’État de LĂ©on XIII nommĂ© secrĂ©taire du Saint-Office par saint Pie X qui, entre parenthĂšses, Ă©tait italien lui aussi). Peut-ĂȘtre est-il opportun de rappeler que nous n’avons jamais dĂ©fendu le cardinal Rampolla del Tindaro – dont nous dĂ©sapprouvons la politique religieuse et diplomatique – mais la vĂ©ritĂ© historique. Quant au tĂ©moignage que j’aurais cachĂ© “sous le boisseau” (p. 12), que B. Saglio sache que je l’ai fait par respect de la mĂ©moire d’un vieil ami (et je peux mieux m’expliquer en privĂ© avec B. Saglio, s’il le dĂ©sire). C’est la mĂȘme vĂ©ritĂ© historique que j’ai dĂ©fendue Ă  propos de la soi-disant rĂ©tractation de Mgr GuĂ©rard des Lauriers, publiĂ©e Ă©galement par les Éditions Saint-Remi Ă  la suite de L.-H. Remy, et que j’ai amplement rĂ©futĂ©e.

    B. Saglio conclut avec deux affirmations catĂ©goriques, toutes les deux tout aussi catĂ©goriques que fausses : la premiĂšre est que notre “rejet de ces ouvrages” aurait comme “dĂ©nominateur commun” leur “non-compatibilitĂ© avec la thĂšse de Cassiciacum”. Non, Monsieur Saglio. Plusieurs ouvrages de votre catalogue ne sont pas incompatibles avec la thĂšse de Cassiciacum, mais avec la raison, le bon sens, la vĂ©ritĂ© historique. Il peut y avoir – et il y a – des personnes qui suivent la thĂšse de Cassiciacum et croient au Grand Monarque, hĂ©las, et B. Saglio les connaĂźt bien. La seconde est que “nous faisons de cette thĂšse un dogme de Foi”. Cette affirmation aussi est complĂštement infondĂ©e, alors qu’il est vrai que nous n’acceptons dans notre sĂ©minaire que ceux qui adhĂšrent Ă  la thĂšse (tandis que nous administrons les sacrements mĂȘme Ă  ceux qui n’y adhĂšrent pas). La thĂšse n’est pas une vĂ©ritĂ© de Foi, elle est simplement vraie. Enfin, je voudrais avertir B. Saglio, qui croit que le prochain Pape sera nommĂ© directement par saint Pierre, qu’à Palmar de Troya saint Pierre aurait dĂ©jĂ  Ă©lu – Ă  la mort de Paul VI – son successeur en la personne de Clemente Dominguez-GrĂ©goire XVII. B. Saglio n’y croit pas ? Il est un dangereux rationaliste qui ne croit pas aux “prophĂ©ties”
 exactement comme moi !

    Mgr Umberto Benigni

    P.S. : Peut-ĂȘtre ai-je compris le motif de tant de froideur envers Mgr Benigni de la part d’un certain traditionalisme dont nous nous sommes occupĂ©s. Il suffit de relire certains passages du programme du Sodalitium Pianum approuvĂ© et louĂ© par saint Pie X :

    “14. contre l’enseignement philosophique, dogmatique et biblique «modernisé», qui, mĂȘme quand il n’est pas tout Ă  fait moderniste, est tout au moins rendu pareil Ă  un enseignement archĂ©ologique ou anatomique, comme s’il ne s’agissait pas d’une doctrine immortelle et vivificatrice que tout le clergĂ©, sans exception, doit apprendre surtout pour son ministĂšre sacerdotal ; pour l’enseignement ecclĂ©siastique inspirĂ© et guidĂ© par la glorieuse tradition de la Scolastique, des Saints Docteurs de l’Église et des meilleurs thĂ©ologiens du temps de la Contre-RĂ©forme, avec toutes les aides sĂ©rieuses de la mĂ©thode et de la documentation scientifiques.

    15. contre le faux mysticisme Ă  tendances individualistes et illuministes ; pour la vie spirituelle intense et profonde, selon l’enseignement doctrinal et pratique des saints auteurs et des mystiques louĂ©s par l’Église”.

    J’ai mis en caractĂšres gras les points qui risquent d’ĂȘtre indigestes pour nos amis : un digestif efficace est urgent !

    La rĂ©daction de ce prĂ©sent article Ă©tait dĂ©jĂ  terminĂ© quand m’est parvenu, samedi 12 juillet Ă  22 h 30, un mail des Éditions Saint-Remi contenant un communiquĂ© de Henri Barbier et Felix Causas (deux pseudonymes) contre Adrien Abauzit Ă  propos de la question du cardinal Rampolla. Je tiens Ă  prĂ©ciser que j’étais totalement dans l’ignorance de la vidĂ©o d’Adrien Abauzit (mise en ligne au mois de juin) et que j’en ai dĂ©couvert l’existence uniquement par leur communiquĂ©, qui met Ă©galement en cause ma personne. Quant Ă  moi, je ne peux faire autrement que rĂ©affirmer ce qui est Ă©crit dans les diffĂ©rents articles dĂ©diĂ©s Ă  ce sujet et publiĂ©s sur Sodalitium (numĂ©ros 60 et 65 de l’édition italienne et n° 62 de l’édition française avec un appendice non prĂ©sent dans l’édition italienne. La recension sur le conclave de 1903 publiĂ©e sur le n° 65 de l’édition italienne n’a malheureusement pas Ă©tĂ© traduite et publiĂ©e, me semble-t-il, sur l’édition française).


    🛎 Sentence par KO ?

    Les deux marquent certes quelques points chacun ; nous restons toutefois mitigés, ou du moins nuancés, selon le sujet, comme mentionné en introduction.

    En vĂ©ritĂ©, cher lecteur, nous sommes lĂ  devant un combat emblĂ©matique du « microcosme tradi' » : les plus petites diffĂ©rences sont les plus insupportables, et, d’un cĂŽtĂ© l’érudit sourcilleux sur la rigueur, de l’autre le compilateur militant soucieux de nourrir les troupes avec tout ce qui lui semble utile.

    Sur le fond, nous le clamons : le traditionalisme a besoin d’évĂȘques non una cum, garants de la succession apostolique. L’initiative des sacres de 1988, bien que entachĂ©e dudit una cum (?), a tout de mĂȘme permis une certaine survivance « matĂ©rielle » des sacrements – et cela mĂ©rite reconnaissance, sans taire les incohĂ©rences doctrinales ou autres…

    Et, nous, contre l’attentisme lefebvro-guĂ©rardien, tenant du Concilium Generale Imperfectum, professons que l’élection pontificale revient, de droit/devoir, aux derniers Ă©vĂȘques fidĂšles. Et nous restons rĂ©solument Ă  rebours de tout mysticisme surnaturaliste ou des rĂȘveries millĂ©naristes.

    Mais enfin, Ă  la diffĂ©rence Ă©galement de M. Saglio, prĂ©fĂ©rons utiliser la tournure « non Pape » car mĂȘme la qualitĂ© d’anti-pape mĂ©diĂ©val donnerait trop d’importance aux modernistes-clown installĂ©s Ă  Rome.

    N.B.
    Nul guĂ©rardien ici, nous nous montrons rĂ©solument opposĂ© Ă  cette thĂšse, bien que nous entendons le fait que ses adeversaires tiennent parfois de la « foire thĂ©ologique Ă  roulette », et qu’il soit malaisĂ© pour le fidĂšle de s’y retrouver — n’en tenons pas rigueur Ă  ce dernier. La seule vraie paix est l’autoritĂ© rĂ©tablie par la ligne du « concile gĂ©nĂ©ral imparfait » telle que dĂ©fendue par Mgr Musey et dĂ©jĂ  prĂ©sente chez saint Robert Bellarmin.


    📚 Pour approfondir

    • PĂšre Henri Jeoffroid, Notes sur le scoutisme (Ă©d. Saint-Remi, 2022)
    • AbbĂ© Francesco Ricossa, Sodalitium n° 74 – Texte
    • Bruno Saglio, La Voix des Francs Catholiques n° 73 – RĂ©ponse
    • AbbĂ© Ricossa, La Voix de Rome – RĂ©plique

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    Pourquoi l’Église convoque-t-elle des conciles ? Les SiĂšges vacants ipso facto et les conciles gĂ©nĂ©raux parfaits et imparfaits

    RĂ©quisitoire distinguant l’évolution interne entre vĂ©tĂ©ro-guĂ©rardien et nĂ©o-guĂ©rardien

    Pierre-Édouard StĂ©rin : fortune catholique, tempĂȘte mĂ©diatique et gauchiste colique

    Le sociabilisme “NUC” guĂ©rardien : pourquoi cette thĂšse est Ă©trangĂšre Ă  la Tradition catholique

    Petit historique du scoutisme

    Contre les conspirationnistes

    Étiologie du complotisme – David Veysseyre

    De Montini Paul VI à Wojtyla Jean-Paul II : la messe dominicale anticipée du samedi soir

    FSSPX : exclusions et départs à motifs variés dans son histoire et leurs suites entre Ralliés, Résistance, et Sede vacante

    1962 et ses suites, aux origines prĂ©ventives du constat Sede vacante – les combats du pĂšre Saenz y Arriaga

    Praxis Mgr Lefebvre-FSSPX, de la fondation Ă  nos jours : relations houleuses avec la Rome-clown post-Vatican II

    Jeffrey Herf et l’organisation sociale-Ă©conomique du labeur « moderniste rĂ©actionnaire »


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