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Publié le par Pierre Joly
Ce texte d’importance, à l’origine de simples notes de travail de l’auteur, a été amendé et structuré pour la présente publication. Indulgent, et propice à l’intelligence, il ne prétend ni à la polémique gratuite et provocatrice, ni à la réfutation péremptoire, encore moins à une condamnation autoritaire. Son dessein est tout autre : exposer avec clarté ce qu’est la thèse dite de Cassiciacum, afin d’en mieux cerner les fondements.
La lecture de ce texte s’avère d’autant plus précieuse que des échanges récents, notamment ceux du Père Lavery à propos du guérardisme et de la question de la juridiction ecclésiastique, ont ravivé l’intérêt autour de cette « position théologique singulière ».
À titre indicatif, l’ensemble de l’article, dans sa version intégrale, remplit environ dix-sept pages A4. Il y est entre autres question de la mission propre à l’épiscopat dans l’économie de l’Église.
Florian Rouanet
COMPRENDRE LA THÈSE DE CASSICIACUM par PIERRE JOLY
« Nous pensons avoir exprimé la vérité. Qui n’en est pas d’accord voudra bien réfuter. Non en disant : “c’est exagéré” ; mais en poussant l’analyse assez avant pour pouvoir affirmer, respectivement, “ceci est vrai”, “ceci est faux”, des parties ainsi distinguées. » [1]
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers.
Avant toute chose, il est important de préciser que le but de ce texte n’est ni de condamner Mgr Guérard des Lauriers, ni de défendre la pensée de cet évêque.
Saint Ignace de Loyola disait : « Il faut présupposer que tout homme vraiment chrétien doit être plus disposé à justifier une proposition obscure du prochain qu’à la condamner. » [2]
Notre objectif est donc simplement d’éclaircir certains points relatifs à la tentative d’explication de la crise de l’autorité dans l’Église proposée par ce théologien Dominicain. Mais avant d’examiner en détail les tenants et les aboutissants de la thèse de Cassiciacum, [3] nous citerons d’abord quelques déclarations résumant brièvement les principes philosophiques sur lesquels reposent cette théorie…

Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Pourquoi introduire cette distinction “materialiter-formaliter” laquelle paraît être une abstraction et une complication ? Si on fait ainsi, c’est par souci de réalisme, c’est pour que le discours soit mieux conforme à la réalité. […] La distinction “materialiter–formaliter”, qui est une distinction de “points de vue”, paraît donc être plus abstraite que la distinction : “matière–forme”, laquelle est une distinction de choses. Cependant, en réalité, la distinction “materialiter-formaliter” respecte mieux la concrétude de “l’étant”, et la véritable nature des parties telles qu’elles sont réellement dans “l’étant”, et seulement dans “l’étant”. De cette conformité maximale à la réalité, il s’ensuit nécessairement que la distinction “materialiter-formaliter” a une portée analogique que ne peut avoir la distinction matière-forme : laquelle concerne, non “l’étant” comme tel, mais seulement une catégorie particulière “d’étants créés”. Le rapport qui existe entre la personne physique du Pape et le charisme papal se trouve clairement précisé au moyen de la distinction “materialiter-formaliter”. » [4]
Mgr Donald Sanborn : « Il est impossible que la matière existe sans la forme c’est-à-dire que la matière première existe en acte sans la forme substantielle. [5] […] La substance est matérielle seulement par analogie par rapport aux accidents qui lui sont propres, qui à leur tour sont formels seulement par analogie quant à la substance, en tant qu’ils en sont les perfections. De la définition d’accident on peut déduire avec évidence que la substance peut subsister sans accident. Comme il a été dit avant, un pape en tant que pape est un simple être par accident ; donc composé de matière et de forme seulement au sens large et seulement par analogie à un être par essence. » [6]
Mgr Donal Sanborn : « Les choses naturelles se composent d’une matière et d’une forme. La matière d’une chose, c’est ce dont elle est faite. […] La forme d’une chose, c’est ce qui fait d’une chose qu’elle est ce qu’elle est. » [7]
En résumé, la thèse de Mgr Guérard des Lauriers impliquerait logiquement que la forme de la papauté – c’est-à-dire l’essence même de la succession de Pierre – ne devrait pas être considérée comme substantielle, mais plutôt comme accidentelle, si toutefois l’on admet la possibilité qu’une personne puisse succéder à Pierre en puissance, sans pour autant lui succéder en acte. Autrement dit, selon ce point de vue, les sept imposteurs qui ont usurpé le Saint-Siège depuis 1958 doivent être considérés comme des “cadavres de papes” [8] ne possédant pas de juridiction. [9]
Mgr Donald Sanborn : « Il existe une autre distinction chez les “sédévacantistes” : les “totalistes” et les “matériel-formalistes”. Les premiers disent que Jean-Paul II n’est pas pape du tout, c’est-à-dire qu’il n’a pas la juridiction pontificale et que même son élection à la papauté est invalide. Les “matériel-formalistes”, eux, disent qu‘il n’est pas pape parce qu’il n’a pas la juridiction, mais que son élection à la papauté est valide, et que, par conséquent, il est en position de devenir pape. » [10]
En second lieu, afin de faciliter la compréhension de cette position théologique – que l’on désigne aussi sous le nom de “sédéprivationnisme” – nous nous contenterons simplement d’exposer quelques citations de Mgr Guérard des Lauriers, pour ensuite y ajouter un bref commentaire.
- L’église dévoyée :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Le Christ opère dans les sacrements “de toujours”, comme il l’a toujours fait. Il supplée, en faveur des fidèles, en ce sens qu’il opère immuablement, indépendamment de la médiation qu’une “église dévoyée” ne peut plus exercer. […] Nous précisons donc que, en ce qui concerne le pouvoir sacral, il y a suppléance divine en faveur des fidèles qui demeurent fidèles aux rites traditionnels. Tandis qu’il ne peut évidemment y avoir aucune suppléance divine qui rendrait valides les actes (de soi invalides) par lesquels “l’autorité” saborde les rites traditionnels. » [11]
Si en parlant d’une “église dévoyée”, Mgr Guérard des Lauriers voulait dire par là que la société dirigée par les modernistes n’est pas la véritable Église du Christ, nous ne pouvons que partager ce point de vue.

- La légitimité de Paul VI :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Paul VI, qui fut pape réellement quoique matériellement, eût acté en lui-même le charisme d’infaillibilité, s’il avait posé un acte du Magistère extraordinaire ; mais il a choisi de ne pas le faire. En d’autres termes, le charisme de l’infaillibilité appartient à la personne physique du pape ; et l’exercice en est assuré, si les conditions précisées par Pastor Æternus sont réalisées. Le pape qui l’est seulement “materialiter” est, à cet égard, réellement pape. Il jouit du charisme, s’il exerce celui-ci dans les conditions requises, quoi qu’il en soit d’intentions ou d’absence d’intention qui ne concerne pas cet exercice. Telle est la première partie de l’alternative : si l’Autorité est, elle est, “positis ponendis”, infaillible. Paul VI ne l’a pas confirmé, mais il ne l’a pas infirmé. » [12]
Admettons déjà qu’il est bien difficile de comprendre ce qu’a voulu dire Mgr Guérard des Lauriers à travers cette réflexion. Cela dit, l’opinion qu’il exprime ici – à savoir que Paul VI était réellement pape – est certainement fausse, et cela pour plusieurs raisons.
D’abord, parce que – comme nous l’a fort justement appris le pape Léon XIII – le rôle du successeur de Pierre, c’est avant tout « de supporter l’Église et de maintenir en elle la connexion et la solidité d’une cohésion indissoluble. » [13]
À ce propos, Mgr Guérard des Lauriers nous a d’ailleurs rappelé au sujet de Jean-Paul II que : « Le signe requis pour croire, de foi divine mais raisonnablement, que tel humain est pape, c’est tout simplement qu’il fasse son métier de pape… » [14]
Or, comme en témoignent les occasions de schisme provoquées par sa pseudo-réforme liturgique, Paul VI n’a jamais rempli le rôle qui incombe à la fonction papale.
Ce constat est tellement manifeste que – dans un texte qu’il rédigea sous la direction des cardinaux Alfredo Ottaviani et Antonio Bacci – Mgr Guérard des Lauriers soulignera que : « L’abandon d’une tradition liturgique qui fut pendant quatre siècles le signe et le gage de l’unité de culte », et « son remplacement par une autre liturgie qui ne pourra être qu’une cause de division par les licences innombrables qu’elle autorise implicitement, par les insinuations qu’elle favorise et par ses atteintes manifestes à la pureté de la foi. » [15]
En conséquence, prétendre que Paul VI était réellement pape serait faire preuve d’un raisonnement superficiel qui ne tiendrait compte que des apparences.
De plus, nous savons aussi que Mgr Guérard des Lauriers est lui-même revenu sur cette opinion en déclarant ceci : « L’occupant du Siège apostolique (le Cardinal J.B Montini – au moins après le 7 décembre 1965 – ou Mgr Luciani et Mgr Wojtyla) n’est pas Pape “formaliter”. Il ne faut pas le désigner par le mot “pape”. C’est-à-dire que ledit occupant n’est pas, en aucun de ses actes, le Vicaire de Jésus-Christ. Ces actes, en tant précisément qu’ils prétendent être actes du pape, en tant que Pape, sont nuls. Il n’y a pas à désobéir aux “ordinations” prétendument portées par Mgr Wojtyla en tant qu’il serait pape ; car il n’est pas en acte le Vicaire de Jésus-Christ ; toutes les ordinations portées à ce pseudo-titre sont vaines, nulles, sans aucune portée dans la réalité. Il faut, non désobéir, mais ignorer. L’occupant du Siège apostolique est cependant pape “materialiter”. On peut, commodément, le désigner sous le nom de “pape” : les guillemets consignifiant qu’il n’est pas pape. » [16]
Dès lors, en insistant sur le fait qu’il ne fallait pas donner à Paul VI le titre de “pape”, Mgr Guérard des Lauriers admettait implicitement qu’il avait changé d’avis, contredisant ainsi les propos qu’il avait tenu auparavant lorsqu’il écrivait que Paul VI était “réellement pape”. Cependant, il convient toutefois de noter qu’avant d’en arriver à cette conclusion, Mgr Guérard des Lauriers avait clairement exprimé des doutes sur la validité de l’élection de Paul VI.
Il écrivit en effet sur ce sujet : « La question reste ouverte de savoir si le cardinal J.B Montini n’a jamais été pape. Nous devons à la vérité de publier un important témoignage que Monsieur Winckler a bien voulu nous confier [17] ; il semble, d’après ce document, que lors de son élection, le cardinal J.B Montini avait le propos de ne pas réaliser le Bien-Fin commis à l’Église. S’il en a été ainsi, nous tenons que le cardinal J.B Montini n’a jamais été pape. Mais nous estimons que l’affirmation doit demeurer conditionnelle. Nous le répétons, seule l’autorité pourra décider catégoriquement d’une question qui concerne l’intention. » [18]
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Nous entendons en effet ne pas juger celui qui est pape, fût-ce seulement “materialiter” ; car nul ne peut porter un jugement catégorique sur tel pape, sinon un autre pape. Il faut en effet l’aide surnaturelle qui est promise à l’Église et à elle seule, pour juger catégoriquement d’une intention en elle-même, et pas seulement inductivement dans les conséquences qui la manifestent. Cette différence entre “n’avoir pas le propos de réaliser le Bien-fin” et “être schismatique”, serait-elle non consistante ? C’est-ce qu’allégueront probablement les extrémistes, pour qui Paul VI n’est plus pape, pas même “materialiter”. Ils pourront en effet estimer que “n’avoir pas le propos de réaliser le Bien-fin dont la réalisation est commise à l’Église”, c’est n’être pas en communion avec l’Église, et c’est par conséquent être schismatique. Ils croiront ainsi découvrir une contradiction dans notre propre thèse, entre les “prémisses” et la “conclusion”. » [19]
Précisons d’abord que les catholiques qui n’adhèrent pas à la thèse de Mgr Guérard des Lauriers n’ont jamais eu la prétention de juger les intentions de Paul VI. Ajoutons ensuite qu’au regard du contenu objectif de la déclaration Nostra Ætate, il est difficile d’en déduire que Paul VI fut simplement schismatique. En effet, dans ce document, Paul VI a fait l’éloge de toutes les religions.
Pourtant, dans son magistère, Pie XI enseignait que le fait d’adhérer à « la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables » revenait à « s’éloigner complétement de la religion divinement révélée. » [20]
Or, dans un article du code de droit canon promulgué par Benoît XV, il est clairement spécifié que « si une personne s’éloigne totalement de la foi chrétienne », alors « elle est apostat… » [21]
Par conséquent, nous avons parfaitement le droit de considérer Paul VI comme un apostat. Cette conclusion n’a rien d’extrémiste. Elle n’est en réalité que la stricte application de l’enseignement de l’Église.
Certains clercs adhérant à la thèse de Cassiciacum ont d’ailleurs appliqué cette conclusion à la personne de Bergoglio.
C’est par exemple le cas du Père Nicolas Desposito qui, sur le réseau social X – dans une publication datée du 27 juillet 2022 – a écrit la chose suivante : « Oui, Bergoglio est un apostat. Mais nous le savions déjà. » [22]
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Or, l’existence d’un éventuel obex, découvert a posteriori, soit dans le “conclave” qui élit, soit dans la personne ainsi choisie, ne suffit pas à infirmer que celle-ci soit, au moins provisoirement, “pape” materialiter. Car une donnée certaine, mais qui n’est pas d’ordre ontologique, ne peut pas être immanente aux normes divines elles-mêmes. Une telle donnée ne peut donc avoir valeur et force dans l’Église qu’en vertu d’une ordination et d’une promulgation faite par l’authentique Autorité de l’Église. Et comme une telle Autorité, actuellement, fait défaut, nul n’est actuellement qualifié, dans l’Église (nous entendons : la vraie Église ; et non, comme telle, l’église que préside Mgr Wojtyla) pour déclarer qu’après le 7 décembre 1965, le cardinal Montini a cessé d’être “pape” materialiter. La même observation vaut pour les occupants du Siège apostolique qui ont succédé au cardinal Montini ; cela, dans la seule mesure où une “hiérarchie” qui l’est seulement “materialiter” peut se perpétuer. Une telle perpétuation n’est pas en soi impossible. Elle requiert cependant expressément des sacres épiscopaux qui soient certainement valides. Et comme le nouveau rite est douteux, les “occupants” (du Siège apostolique) ne seront bientôt plus que des “figurants” ! » [23]
Ici, Mgr Guérard des Lauriers fait une distinction importante entre, d’un côté, la vraie Église, et de l’autre, la fausse église (c’est-à-dire la société dirigée par Jean-Paul II). Et sur ce point, nous sommes d’accord avec lui. Nous sommes également d’accord avec lui pour dire que la perpétuation de la hiérarchie matérielle de l’Église dépend de la validité des sacres épiscopaux. Or, puisque le nouveau rite promulgué par Paul VI n’est pas valide, la société dirigée par ses successeurs ne possède donc pas de véritable hiérarchie. Cependant, cet évêque prétend également que non seulement l’authentique autorité de l’Église ferait aujourd’hui défaut, mais qu’en plus, personne ne serait compétent pour déclarer que Paul VI n’est pas “pape” materialiter (c’est-à-dire que son élection est invalide).
Pourtant, le 26 mai 1983, à Acapulco, six évêques catholiques [24] ont déclaré ce qui suit : « Montini n’était pas non plus un pape légitime, car selon la bulle Cum ex Apostolatus Officio, si Roncalli n’était pas un pape légitime, et que tous ses actes étaient nuls et n’avaient aucune validité, alors l’élection de Montini au cardinalat était nulle. Montini n’a donc jamais été cardinal et n’était donc pas papabile. Le fait qu’il ait été élu ne lui confère aucune validité puisqu’il était hérétique avant son élection. » [25]
Cette déclaration commune montre bien que la majorité des évêques catholiques ne considéraient pas l’élection de Paul VI comme valide.
- La matière et la forme du pontificat :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Puisqu’en l’occurrence “être pape” fait question, il faut distinguer deux acceptions : 1) “Être pape” seulement “matériellement” (materialiter), c’est-à-dire occuper le siège apostolique ; 2) “Être pape” également “formellement” (formaliter), c’est-à-dire exercer l’Autorité au nom du Christ dans l’Église Catholique. Paul VI n’a pas cessé d’être pape “matérialiter” ; tel a été “l’apparaître”. Paul VI a cessé d’être pape “formaliter”, au moins à partir du 7 Décembre 1965 ; telle fut et telle demeure la réalité. En bref, nous introduisons trois distinctions. La première concerne la personne. La seconde concerne l’exercice de la fonction. La troisième résulte de la coordination des deux premières. Le pape occupe le Siège apostolique et il exerce l’autorité ; il est pape à la fois “materialiter” et “formaliter”. Le pape occupe le Siège apostolique, mais il est métaphysiquement non capable d’exercer l’autorité ; il est pape seulement “materialiter”, il est “l’autorité”. » [26]
La distinction entre la matière du pontificat, c’est-à-dire l’occupation du Saint-Siège par l’élection, et la forme du pontificat, c’est-à-dire l’exercice de l’autorité par le pouvoir de juridiction, se retrouve notamment dans les écrits du cardinal Saint Robert Bellarmin, qui expliquait ceci : « En créant le Pontife, les cardinaux n’exercent pas leur autorité sur lui puisqu’il ne l’est pas encore, mais sur la matière, c’est-à-dire la personne qui, par l’élection, sera disposé pour recevoir de Dieu la forme du Pontificat. » [27]
En outre, le saint docteur précisait également : « Il faut observer que dans le Pontife coexistent trois éléments : Le Pontificat lui-même, qui est une certaine forme : la personne qui est le sujet du Pontificat et l’union de l’un avec l’autre. » [28]
Cette doctrine a d’abord été développée par le cardinal Cajetan, qui soutenait que : « Dans le pape existent trois éléments : la papauté, la personne qui est pape, (par exemple Pierre), et l’union de ces deux éléments (c’est-à-dire la papauté en Pierre), et de cette union résulte “Pierre-Pape”. » [29]
D’après cette thèse, la différence entre la matière et la forme du pontificat, doit donc se comprendre comme une distinction entre la personne du pape et la fonction pontificale.
Cette opinion semble avoir été empruntée au cardinal Cajetan qui admettait lui-même que : « Si quelqu’un tient raisonnablement pour suspecte la personne du Pape, il n’encourt ni le crime de schisme, ni celui d’un autre vice. » [30]
Interrogé sur ce même sujet quelques années après avoir rédigé sa thèse, Mgr Guérard des Lauriers déclarera : « L’occupant occupe le Siège d’une manière illégitime et sacrilège (puisqu’il n’est pas Pape, et se fait passer pour tel) ; mais il l’occupe. Désigner un Pape véritable requiert canoniquement d’avoir, au préalable, constaté et déclaré la vacance réelle du Siège matériellement occupé. En résumé, on peut dire, au plus tard à partir du 7 décembre 1965, il y a vacance formelle du Siège apostolique, bien que ce Siège ait été et soit occupé “materialiter” par trois personnes, toutes en état de Schisme capital. » [31]
- L’égarement de Paul VI :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « On doit donc tenir, jusqu’à preuve du contraire, que le Cardinal J.B Montini est encore pape sous le nom de Paul VI. On a cherché à prouver le contraire, en inculpant d’hérésie le Cardinal J.B Montini. Les arguments qui ont été développés sont certes impressionnants, surtout par leur convergence. Nous ne croyons cependant pas qu’ils induisent dans l’esprit la rigoureuse certitude qui seule imposerait une conclusion dont la portée est si grave. Nous tenons donc que Paul VI est encore pape, mais il l’est seulement “materialiter”. Nous voulons dire que Paul VI occupe le Siège Apostolique. Et que, par conséquent, il ne peut y avoir un autre occupant. C’est en ce sens, mais en ce sens seulement, nous allons l’expliquer, que Paul VI est notre Pontife. Mais il suffit que Paul VI soit notre Pontife “materialiter”, c’est-à-dire comme occupant le Siège apostolique, pour que nous ayons le devoir de prier pour lui ; et cela, pas seulement comme pour tout autre, mais en tant qu’il est notre Pontife. Voici maintenant le plus important. Bien que le Cardinal J.B Montini occupe le Siège apostolique, il n’est plus pape “formaliter”. Cette troisième affirmation ne contredit pas les deux premières, elle ne fait que les compléter. C’est ce qu’il convient de préciser, en vue de pouvoir le prouver. » [32]
Ici, Mgr Guérard des Lauriers semble éprouver quelques difficultés à reconnaître l’égarement manifeste de Montini.
En effet, « que Paul VI ait été personnellement hérétique » – écrivait-il – « nous pensons qu’il est impossible de le prouver avec certitude, ni par conséquent, et encore moins concevable de l’affirmer. Dans ces conditions, le fait d’avoir promulgué la déclaration Dignitatis humanae, ne constitue pas à lui seul une raison suffisante pour affirmer que Paul VI n’ait plus été pape “materialiter”. » [33]
Toutefois, après avoir émis des réserves concernant les accusations d’hérésies proférées à l’encontre de Paul VI, Mgr Guérard des Lauriers formula l’hypothèse suivante : « Si le “pape” persiste dans son erreur, il est ipso facto hors de l’Église, et n’est donc plus pape du tout, pas même “materialiter”. Si le “pape” abjure son erreur, il revient au conclave de décider de l’alternative : ou bien ce “pape” repentant redevient Pape “formaliter” ; ou bien conformément à la Bulle de Paul IV, ce “pape” a aliéné en lui par l’hérésie l’aptitude à devenir Pape “formaliter” que lui avait conféré, au regard de l’Église, le fait d’être régulièrement élu par un conclave valide. » [34]
Cette conclusion en partie exacte pouvait donc théoriquement s’appliquer au cas de Paul VI, ou même à celui de Jean-Paul II.
C’est d’ailleurs ce que ce théologien Dominicain reconnaîtra lui-même en affirmant au sujet de ces deux personnes : « Ces “papes” professent l’hérésie et sont pour le moins en état de schisme capital. Le mieux qu’il y ait à faire est, me paraît-il, de ne pas les considérer. » [35]
Bien plus, l’évêque Français ira même jusqu’à déclarer : « Il est hérétique, contraire à l’instinct de la foi, et aberrant par rapport à toute la Tradition, de prétendre que l’on puisse, et à fortiori que l’on doive, demeurer attaché à un dit “successeur de Pierre” qui profère habituellement l’hérésie, favorise en acte tout ce qui pourrait détruire l’Église, et se refuse en fait à exercer comme il se devrait le charisme de l’infaillibilité… » [36]
Néanmoins, Mgr Guérard des Lauriers a toujours refusé de se prononcer sur la question de la validité de l’élection de Paul VI.
« Le Cardinal Montini avait-il la foi lorsqu’il fut élu pape ? » – s’interrogeait-il – « L’élection fut-elle valide ? Nous nous bornons à rappeler que la question demeure ouverte. » [37]
- L’autorité de Paul VI :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Le Cardinal J.B Montini n’est plus pape “formaliter” signifie que le Cardinal Montini est privé de ce qui constitue formellement le Pape comme étant le chef en acte de l’Église militante. “Privé de” signifie que le Cardinal J.B Montini n’a plus ce qu’il devrait avoir (si tant est qu’il ne l’ait jamais eu) pour pouvoir régir l’Église militante. (C’est-à-dire qu’il est privé du droit de gouverner l’Église. Ses actes de magistère et de gouvernement sont donc, par eux-mêmes, non-valides). Ce dont le Cardinal Montini est privé, ce qui constitue le Pape comme étant le chef en acte de l’Église militante, c’est “l’être avec“ qui a été promis par le Christ. » [38]
Là-dessus, l’opinion de Mgr Guérard des Lauriers semble assez similaire à celle du théologien Jésuite Francisco Suarez, lequel a notamment écrit : « Un pape qui proclame des hérésies, n’est plus pape, et s’il erre, il n’erre plus comme pape, tout comme l’Église n’erre pas non plus, et elle pourra passer à l’élection d’un nouveau pape. » [39]
Ainsi, comme l’a correctement expliqué Mgr Sanborn, la seule conclusion qui devrait s’imposer à l’esprit des catholiques est la suivante : « Il est impossible que celui qui enseigne officiellement des doctrines contraires à la foi et à la morale catholiques, ou qui approuve ou même autorise une liturgie fausse ou des lois nuisibles pour l’Église universelle, puisse être le pontife romain. […] Ceci est vrai parce que l’hérésie publique détruit automatiquement l’effet du baptême par lequel nous devenons membres de l’Église. Mais celui qui n’est pas membre de l’Église ne peut pas être la tête de l’Église. C’est une simple question de bon sens et 99% des théologiens catholiques admettent ce principe qui est confirmé par la Bulle Cum ex apostolatus du pape Paul IV. » [40]
Mgr Guérard des Lauriers admettra lui-même cette évidence en écrivant ce qui suit : « Le Cardinal J.B Montini n’est plus pape formaliter parce que, selon l’économie qui est propre à l’ordre surnaturel, il est impossible que le Christ soit avec lui, au moins dans le gouvernement pontifical. Il est incapable d’exercer le pouvoir pontifical, parce qu’il n’est plus un sujet qui en soit métaphysiquement capable. En fait, concrètement et objectivement, fût-ce à son corps défendant, le Cardinal J.B Montini a renoncé aux clés en même temps qu’à la tiare. Aucun fidèle n’a donc plus à être soumis au Cardinal J.B Montini, selon cette soumission religieuse et théologale qui est due au Pape, en tant que celui-ci est le Vicaire de Jésus-Christ. Cela revient à dire que le Cardinal J.B Montini n’est plus “un avec” l’Église. Puisqu’en effet il est pape materialiter, s’il était “un avec” l’Église, il serait en acte le chef de l’Église militante, c’est-à-dire qu’il serait pape formaliter. Il s’ensuit qu’il faut ne pas nommer Paul VI au Canon de la Messe. Ce Canon, que le cardinal Montini a tenté d’abroger, simplement en le substituant par un autre canon, […] doit demeurer vierge du nom de Paul VI. Nous devons prier pour celui qui occupe materialiter le Siège apostolique, mais nous devons refuser de le considérer comme ne faisant qu’un (una cum) avec l’Église Catholique. Il faut, au “Te igitur”, dire : “una cum Sede apostolica”, et non : “una cum famulo tua papa nostro P.” Voilà donc ce que nous entendons, en disant que le Cardinal J.B Montini n’est plus pape formaliter. Le Christ n’est plus avec lui, au moins dans le gouvernement pontifical. Parce que le Christ, comme Il l’a promis, est avec l’Église, et que le Cardinal Montini n’est plus avec l’Église. » [41]
- La papauté matérielle :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Le Cardinal J.B Montini a été pape “materialiter”, mais qu’il a cessé de l’être “formaliter” au moins à partir du 7 décembre 1965. » [42]
Si en utilisant l’expression de “pape materialiter”, Mgr Guérard des Lauriers entendait désigner par-là un faux pape, il serait alors difficile d’être en désaccord avec lui sur ce point, d’autant plus que le simple fait de recevoir la matière du pontificat ne constitue pas, en soi, un critère suffisant pour être considéré comme un souverain pontife légitime.
C’est pourquoi « Les “papes” de Vatican II ne sont pas de vrais papes » – précise Mgr Sanborn – « puisqu’ils font obstacle à la réception de l’autorité du Christ. […] Il en va ainsi de celui qui est légalement désigné comme pape, mais qui a l’intention de nuire à l’essence même de l’Église : il ne peut pas recevoir l’autorité du Christ pour gouverner l’Église et il reste simple élu au pontificat jusqu’à ce que sa désignation lui soit légalement retirée. La thèse affirme aussi que les “papes” de Vatican II accèdent à la papauté en tant qu’élus légalement désignés, et qu’ainsi ils constituent matériellement la succession de Saint Pierre. Cela signifie que les “papes” de Vatican II ont été légitimement désignés pour être de vrais papes, mais qu’il leur manque la juridiction, à cause de l’obstacle qu’ils opposent à la réception de l’autorité. » [43]
Or, a contrario, si cette notion de “pape materialiter” tendait à signifier qu’un vrai pape pourrait éventuelle être dépourvu d’un pouvoir de juridiction, alors cette opinion serait incompatible avec le dogme catholique.
En effet, « Si quelqu’un dit que le pontife romain » – déclarait le pape Pie IX – « n’a qu’une charge d’inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l’Église, non seulement en ce qui touche la foi et les mœurs mais encore en ce qui touche la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier, ou qu’il n’a que la part la plus importante et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n’est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles : qu’il soit anathème. » [44]
- La question du “pape” hérétique :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Pareillement, un pape qui, par son comportement habituel et notoire, rend impossible que lui soit communiqué par le Christ “l’être avec” qui le constituerait pape “formaliter”, un tel pape perd de droit divin, c’est-à-dire en vertu de la sainteté du Christ et de l’Église, tous les attributs se rattachant à l’autorité pontificale. Un tel pape demeure, nous le répétons, pape “materialiter”, il est un sujet immédiatement capable de devenir ou de redevenir pape “formaliter” s’il renonce à ses errements. Mais tant qu’il persiste à en demeurer prisonnier, il n’est pas un sujet capable d’exercer l’Autorité. » [45]
Le problème ici, c’est que Mgr Guérard des Lauriers n’explique pas vraiment comment un individu pourrait conserver la matière du pontificat sans en avoir reçu la forme. La question qui se pose est donc la suivante : est-il déjà arrivé, dans l’histoire de l’Église, qu’un homme validement élu au souverain pontificat soit tombé dans l’hérésie ? Certains théologiens ont envisagé cette hypothèse…
Par exemple, Saint Alphonse de Liguori a écrit ceci : « Mais, dit-on encore, si le Concile peut déposer un pape hérétique, il peut aussi le déposer pour d’autres délits également préjudiciables à l’Église ; d’où il résulte que le concile est au-dessus du pape. On répond que c’est l’hérésie seule, et non les autres délits, qui rendent le pape inhabile à remplir sa charge ; et dans le cas où le pape devient hérétique, le concile n’est pas pour cela supérieur au pape ; car, comment peut-il être supérieur au pape, s’il n’y a pas de pape ? Mais alors le Concile déclare que le pape est déchu du pontificat, de la même manière que celui qui professe une fausse doctrine, ne peut plus être docteur de l’Église. Que si le pape se rend coupable d’autres délits, alors nous lui devons obéissance aussi longtemps qu’il n’enseigne pas de doctrine erronée conformément à l’obligation que nous impose le Seigneur dans ces paroles de Saint Matthieu : “Observez tout ce qu’ils vous disent ; mais ne faites pas ce qu’ils font.” (Matthieu 23 ; 3). » [46]
L’Abbé Constant ajoutait sur ce point : « Le clergé et le peuple de Rome crurent qu’il importait au bien de l’Église de mettre fin au schisme qui la désolait depuis deux ans ; ils donnèrent leurs suffrages à Vigile, qui devint ainsi pape légitime. Chose remarquable ! à dater de ce moment, Vigile est entièrement changé : l’élection canonique avait fait du loup un agneau, de l’ennemi un défenseur et du blasphémateur un apôtre. » [47]
Cette citation semble confirmer l’hypothèse selon laquelle la validité d’une élection pontificale empêche l’élu de tomber dans l’hérésie.
Par ailleurs, Mgr Sanborn rappelait à juste titre que : « Le cardinal choisi en conclave devient immédiatement pape dès qu’il accepte sa charge, [48] mais à condition bien sûr qu’il n’oppose aucun obstacle à cette charge. » [49]
Or, cet évêque Américain soutient en outre que : « L’hérésie n’est pas un obstacle au pouvoir de désigner, mais au pouvoir de gouverner. Car par son hérésie, l’hérétique se sépare dans les faits de l’Église et devient, par conséquent, radicalement incapable de gouverner l’Église. Mais comme les cardinaux ne sont pas hérétiques dans l’ordre légal [50] – c’est-à-dire qu’ils n’ont pas été légalement déclarés hérétiques – ils demeurent capables d’actions qui relèvent de l’ordre purement légal, comme par exemple l’élection d’un candidat au pontificat. » [51]
Cette théorie ressemble un peu à celle du Révérend Père Joaquin Saenz, que nous allons exposer ici très brièvement : « Tant par l’autorité que par la raison, il est prouvé que le “pape” hérétique n’est pas déposé si ce n’est par Dieu lui-même. La déclaration [de sa déposition] ne serait qu’un acte juridique, qui rendrait publique la condition déjà existante dans le Pontife. Bien que cette déclaration légale et formelle ne soit pas faite, nous pouvons penser à raison – du moins je le pense – que les actes invalides d’un “pape”, qui devant Dieu n’est plus pape, pour avoir perdu la foi et pour avoir cessé d’être membre de l’Église, ont cependant leur valeur juridique en raison du principe générale du droit : “En cas d’erreur commune l’Église supplée.” » [52]
Cependant, ce prêtre mexicain en arrivait à une conclusion radicalement différente de celle de Mgr Donald Sanborn, comme en témoigne la suite de son propos : « Le “pape”, qui est tombé dans l’hérésie, bien qu’il conserve son pouvoir sacramentel d’évêque qui est indélébile, [53] ne conserve pas et ne peut pas regagner le pouvoir suprême de juridiction, ce qui, de l’avis des Saints-Pères, est irrécupérable. Et la même chose peut être dite des évêques et des cardinaux qui ont commis une hérésie ou un schisme. » [54]
Dans un de ses ouvrages, Saint Robert Bellarmin rappelait également : « De plus, les saints pères enseignent à l’unanimité que les hérétiques ne sont pas seulement en dehors de l’Église, mais qu’ils sont privés, par le fait même, de toute juridiction et de toute dignité ecclésiastique. Cyprien (livre 2, épitre 6) écrit : « Nous disons que tous les hérétiques et tous les schismatiques n’ont ni pouvoir ni droit. » Et (au livre 2 de son épitre 1), il enseigne que les hérétiques qui retournent à l’Église doivent être reçus comme des laïcs, même s’ils étaient antérieurement, dans l’Église, prêtres ou évêques. […] Les hérétiques, en effet, sont, même avant l’excommunication, en dehors de l’Église, et privés de toute juridiction, car c’est par leur propre jugement qu’ils ont été condamnés, comme l’enseigne l’apôtre à Tite 3, c’est-à-dire qu’ils sont séparés du corps de l’Église sans excommunication, comme l’explique saint Jérôme. » [55]
- La légitimité de Jean-Paul II :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Et il peut être préférable pour le bien de l’Église que le Siège demeure occupé avec possibilité de rétablissement, plutôt qu’il soit vacant. Nous estimons qu’il en est ainsi ; mais nous sommes prêts à changer d’avis, s’il est établi par argument certain que le cardinal Wojtyla n’est Pape d’aucune façon. […] Concluons donc que le cardinal Wojtyla est encore pape materialiter, “en puissance” à le devenir formaliter… ; à moins qu’il soit tout simplement un personnage de comédie qui, “mis en place” par le pouvoir occulte dont le but est de ruiner l’Église, n’est Pape d’aucune façon. » [56]
Saint Alphonse de Liguori écrivait : « Du reste, si Dieu permettait qu’un Pape fût notoirement hérétique et contumace, il cesserait d’être Pape, et le pontificat serait vacant. » [57]
Dès lors, la deuxième hypothèse exposée par Mgr Guérard des Lauriers est sans doute la plus véridique. Ainsi, pour reprendre les mots employés par le théologien Dominicain, nous avons le droit de croire que Jean-Paul II ne fut qu’un personnage de comédie mis en place par le pouvoir occulte dans le but de ruiner l’Église, et que ce dernier n’est pape d’aucune façon.
- La conversion de Jean-Paul II et de ses successeurs :
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Or, qui fera perdurer l’authentique et plénière “Missio” dans l’Église en état de privation ? Serait-ce Wojtyla, qui profère habituellement l’hérésie, et qui a poussé l’outrecuidance jusqu’à blasphémer la Très Sainte Trinité, serait-ce sur Wojtyla qu’il convienne de compter pour perpétuer l’authentique “Missio” ? Métaphysiquement, pareille hypothèse n’est pas impossible. Mais pratiquement, elle est si improbable qu’elle n’est même plus une possibilité. » [58]
Ici, Mgr Guérard des Lauriers reconnaissait que la conversion de Jean-Paul II était malheureusement improbable.
L’Abbé Francesco Ricossa écrivait sur cette question : « Un retour des évêques et/ou du “pape” materialiter à la profession publique de la Foi serait (ou sera) par ailleurs un miracle d’un ordre moral tellement extraordinaire qu’il serait à mettre sur le même plan que la conversion de saint Paul. En quelles circonstances cela adviendra-t-il, nous l’ignorons. » [59]
Or, puisque cette conversion ne s’est pas réalisée pour Jean-Paul II, ni pour Benoît XVI, ni pour François, rien ne nous garantit qu’elle se réalisera pour Léon XIV. Du reste, rien ne prouve également que cette hypothétique conversion constituerait nécessairement un miracle.
Au sujet de la révélation par le moyen d’une inspiration intérieure, le Père Édouard Hugon expliquait la chose suivante : « Ceci n’est pas à proprement parler un miracle, mais plutôt une loi de la grâce : Dieu se doit à lui-même de pourvoir au salut de chacun d’après sa condition. […] Si l’homme n’y met point obstacle par sa résistance, Dieu lui procurera le don de la foi par une illumination intérieure ou par le ministère des créatures. [Mais] Nous avons expliqué aussi que cette intervention n’est pas à proprement parler un miracle, qu’elle rentre dans le plan divin. » [60]
- La mission de l’épiscopat :
Certains opposant à cette thèse ont prétendu qu’en soutenant que « l’évêque est établi sur le troupeau par l’Esprit-Saint et non par l’évêque de Rome », [61] Mgr Guérard des Lauriers aurait implicitement nié le pouvoir suprême du pape, tombant ainsi sous la condamnation du canon stipulant que si quelqu’un dit que le pouvoir du pontife romain « n’est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles : qu’il soit anathème. » [62]
Sauf qu’ici, Mgr Guérard des Lauriers parlait uniquement de la “Missio”, qui concerne le pouvoir d’ordre, et non pas de la “Sessio”, relative au pouvoir de juridiction.
Dans ce même article, Mgr Guérard des Lauriers écrivait d’ailleurs que : « L’évêque n’a de juridiction que de par l’Évêque de Rome, par participation à celle de l’Évêque de Rome. » [63]
Cette réflexion de Mgr Guérard des Lauriers reste donc compatible avec l’enseignement de Pie XII selon lequel : « Le pouvoir de juridiction qui est conféré directement au souverain pontife par le droit divin, les évêques le reçoivent du même droit mais seulement à travers le successeur de Pierre. » [64]
En outre, d’autres personnes reprochèrent aussi à Mgr Guérard des Lauriers d’avoir soutenu que : « Tout ce qui concerne la “Missio” a été conféré également aux autres apôtres, en même temps qu’à Pierre et en stricte parité avec Pierre. » [65]
Selon certains, cette affirmation serait contraire au canon dans lequel il est écrit : « Si quelqu’un donc dit que le Bienheureux Pierre n’a pas été établi par le Christ notre Seigneur chef de tous les apôtres et tête de l’Église militante ; ou que ce même Apôtre n’a reçu directement et immédiatement du Christ notre Seigneur qu’une primauté d’honneur et non une primauté de juridiction véritable et proprement dite, qu’il soit anathème. » [66]
Mais là encore, Mgr Guérard des Lauriers parlait uniquement de la “Missio”, car selon lui : « La “Sessio” et la “Missio”, réellement distinctes et organiquement liées ont été d’abord promises (Matthieu 16 ; 18-19), puis conférées (Jean 21 ; 15-19) à Pierre seul. » [67]
Cette explication rejoint la pensée de Saint Jean Bosco qui écrivait ceci : « Jésus-Christ n’a donné aux Apôtres la faculté de lier et de délier que lorsqu’Il l’eut déjà donné séparément et entièrement à Pierre seul, et cela montre que pour garantir l’unité de l’Église, Il a soumis le pouvoir des autres Apôtres à celui de Pierre. Lorsque Jésus-Christ a donné ce pouvoir aux autres Apôtres, Saint Pierre était parmi eux. Par conséquent, en plus d’avoir reçu un pouvoir qui est commun à tous, il a également reçu un pouvoir spécial en tant que Chef suprême, et c’est pourquoi Pierre est à la foi pape et évêque : pape par le pouvoir donné à lui seul comme pasteur de tous ; [et] évêque par celui qu’il a reçu avec les autres Apôtres. » [68]
Don Bosco justifiera son propos en précisant ce qui suit : « Le nom de père et de pasteur peut néanmoins convenir à d’autres qu’au Souverain Pontife, notamment aux évêques et aux prêtres qui, par la prédication et la distribution des sacrements engendrent des fils à Dieu tels des pères spirituels, leur donnant par ces mêmes moyens leur nourriture et les maintenant en vie, c’est-à-dire dans la grâce de Dieu. Pareillement, le nom de père des pères, de pasteur des pasteurs, et de père des pauvres, pourrait s’appliquer de la même manière à un évêque, qui a en dessous de lui d’autres pères et d’autres pasteurs d’âmes que sont les prêtres. D’ailleurs, dans les premiers siècles de l’Église, les évêques étaient aussi désignés du nom de “pape”. » [69]
C’est dans ce sens que Saint Paul disait que c’est du « Père de Notre Seigneur Jésus-Christ » que « toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre » (Ephésiens 3 ; 14-15).
En conséquence, nous pouvons affirmer sans crainte que, même si, de par leur pouvoir d’ordre, les Apôtres ont une mission similaire à celle de Pierre, en revanche, Pierre n’en possède pas moins une autorité supérieure, de par son pouvoir de juridiction.
De là, Saint Alphonse de Liguori en conclut que : « Saint Paul fut donc égal à Saint Pierre quant à la prédication de la doctrine, mais non quant à l’exercice du pouvoir dans le gouvernement universel de l’Église. » [70]
Cependant, comme le rappelle Don Bosco : « Jésus-Christ a également donné à chacun des Apôtres le pouvoir de lier et de délier ; il a également fait de grandes promesses au collège apostolique, qui représentait l’Église enseignante ; mais néanmoins, on ne peut pas en déduire que les évêques successeurs des apôtres sont supérieurs ou égaux au pape. » [71]
Donc, sur ce point, l’opinion de Mgr Guérard des Lauriers demeure conforme au magistère de l’Église qui nous enseigne que : « c’est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa résurrection, conféra la juridiction de souverain pasteur et de chef sur tout son troupeau (Jean 21 ; 17). » [72]
Néanmoins, nous verrons par la suite que son opinion sur l’épiscopat comporte une contradiction…
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Mais mon opinion à moi est : que, premièrement, l’ensemble des “Évêques-Thuc” n’est hiérarchisable ni en droit, ni en fait : et que, deuxièmement, cet ensemble expressément ordonné à la Missio, et étranger à la Sessio, est métaphysiquement et juridiquement inapte à constituer la personne morale. » [73]
Ici, nous voyons que Mgr Guérard des Lauriers prétendait que les évêques consacrés par Mgr Thuc étaient inaptes à constituer la hiérarchie de l’Église. Or, dans un entretien publié un an avant la déclaration retranscrite ci-dessus, Mgr Guérard des Lauriers expliquait au contraire que les personnes consacrées par Mgr Thuc furent les seules à être de véritables évêques (en raison de l’invalidité des consécrations épiscopales effectuées au sein de la société dirigée par Jean-Paul II).
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Tous les fidèles estiment que l’Église doit durer. De par la promesse divine, ils sont certains que l’Église durera. Or, point d’Église sans Hiérarchie. Comment la Hiérarchie peut-elle durer ? Formellement, par la transmission de la Sessio : Oui. Cependant, cette transmission, à elle seule, ne suffirait pas. L’élu d’un Conclave valide est Pape au moment où il accepte l’élection ; à la condition cependant qu’il s’engage à recevoir, s’il ne les possède pas déjà, tous les degrés de la Hiérarchie sub ratione ordinis : ce qui ressortit expressément à la Missio. L’“élu” du “mandat romain”, qui inaugure la cérémonie du Sacre épiscopal, n’est pas créé Évêque par la lecture du “mandat”. Il ne devient Évêque qu’en recevant la Consécration épiscopale. Et si l’acte devant conférer cette Consécration est invalide, le “mandat romain” tombe dans le vide. Sans Missio, plus de Sessio, ni de Hiérarchie, ni donc d’Église. (C’est en train d’arriver… pour l’église wojtilienne. Les “consécrations épiscopales” y sont-elles encore valides ? On peut en douter très sérieusement. Et donc, de par le tutiorisme requis, il faut répondre : non. Dans ces conditions, le vestige résiduel de Sessio qui pourrait encore subsister en la personne de Wojtyla, ne peut être communiqué. D’ici peu, en toute objectivité, les fonctionnaires de l’église officielle ne pourront être appelés “évêques” qu’à la faveur d’une totale équivocité. Y avez-vous réfléchi, Père de Blignières et autres, qui dénigrez et refusez les Évêques de la lignée Thuc ? Avant deux décennies, ils seront, sur terre, les seuls à être Évêques ! à moins évidemment que Mgr Lefebvre se décide enfin à en consacrer… sans s’engager à reconnaître Wojtyla comme étant l’“Autorité”). S’il est vrai que la Missio, à elle seule, est impuissante à enfanter la Sessio, la Sessio, à elle seule, est vouée à une mort lente, et ce ne sont pas les astuces des canonistes qui la ressusciteront ! Si donc l’Église doit durer – et il le faut, et elle durera ! – alors Il faut poursuivre la Missio. Et même, doit-on préciser d’après ce qui précède immédiatement, il faut que subsiste la plénitude de la Missio “rationes ordinis”, c’est-à-dire qu’il faut consacrer des Évêques. » [74]
Par conséquent, puisque l’Église ne peut pas exister sans hiérarchie et que la société gouvernée par Jean-Paul II fut incapable de nommer de vrais évêques, il nous paraît donc évident que, de fait, les évêques consacrés par Mgr Thuc étaient parfaitement hiérarchisables…
Mgr Adolfo Zamora Hernandez : « En développant l’idée que “l’Église supplée la juridiction”, je dois vous dire que Notre Seigneur Jésus-Christ utilise ordinairement les ministres de son Église pour communiquer sa grâce divine ; les évêques ont un double pouvoir d’ordre et de juridiction ; et ils le partagent avec d’autres prêtres. Ainsi établi hiérarchiquement par Notre Seigneur Jésus-Christ qui est le chef invisible de son Église ; le Pape légitime en est le chef visible, mais le “pape” illégitime n’est pas le successeur de saint Pierre. Si le Pape légitime fait défaut, l’intermédiaire de la juridiction passe directement par les évêques, même si ce n’est pas avec la même qualité ou la même valeur que par les souverains pontifes, c’est clair. S’il n’y avait plus d’évêques, l’intermédiaire moral de la juridiction cesserait de continuer et de réserver le droit de participer directement à la juridiction. Mais nous n’avons jamais envisagé une telle hypothèse, car nous n’avons jamais manqué d’évêques, et même s’il n’en restait qu’un, il y’en a toujours eu, comme nous le savons de par l’histoire de l’Église. Et nous avons vu de nos jours qu’il restait deux archevêques : Thuc et Lefebvre, qui étaient libérés de cette apostasie fatale. Depuis le 13 décembre 1984, il n’en reste plus qu’un seul des deux : Lefebvre. Mais heureusement, il existe d’autres évêques de la lignée catholique orthodoxe de l’archevêque Thuc. Je ne sais pas ce qu’il en est de Lefebvre. Souvenez-vous que vous ne pouvez pas manquer la promesse divine de la présence de Notre Seigneur Jésus-Christ dans votre Église. Nous comptons tous dessus. Pour la même raison, en l’absence de Pape légitime, Mgr Thuc a consacré et transmis le double pouvoir susmentionné en l’exprimant textuellement ainsi : “Avec tous les droits propres à cette dignité.” Il a lui-même déclaré à plusieurs reprises qu’il se sentait obligé de faire tout ce qu’il pouvait pour que la Succession Apostolique, c’est-à-dire les évêques, puissent continuer, et il en a consacré trois, car il ne pourrait bientôt plus le faire à cause de sa vieillesse. Il nous a donc délégué cette mission en nous confiant très sérieuse ment la tâche de chercher des candidats pour l’épiscopat et de les consacrer. » [75]
Par ailleurs, Mgr Guérard des Lauriers pensait qu’il n’y avait pas de suppléance de juridiction pour le clergé traditionnel…
Mgr Michel-Louis Guérard des Lauriers : « Aux prêtres “fidèles” qui contestent, comme étant une “nouveauté suspecte”, la distinction réelle entre la Missio et la Sessio, je me borne à poser une question. Vous confessez les fidèles. Vous en avez reçu le Pouvoir, lors de votre ordination sacerdotale. Voilà, très précisément, la Missio, en la seconde de ses fonctions (“baptisez”, administrez tous les sacrements). Mais, de qui, de quelle personne morale ou physique, tenez-vous “les pouvoirs” qui, d’après le Concile de Trente, sont requis pour que vous puissiez user validement du Pouvoir reçu lors de votre Ordination ? Non, vous n’avez pas “ces pouvoirs”, encore moins s’il se peut, si vous êtes d’Écône car vous reconnaissez alors officiellement être “suspens a divinis”. Vous répondez : “l’Église supplée”. Mais cette “suppléance” est assurée, dans l’Église en ordre, par une loi purement ecclésiastique ; laquelle, comme toutes les lois de cette sorte, est actuellement privée de force exécutoire. Il n’y a donc pas de “suppléance”. La Vérité est que vous pouvez user du Pouvoir, sans avoir les “pouvoirs”, parce qu’actuellement le Décret de Trente est privé de force exécutoire. La Vérité est par conséquent que vous exercez la Missio, bien que vous soyez privé de la participation normalement requise à la Sessio… Par cette raison que toute l’Église militante est elle-même dans ce même état de privation (par rapport à la Sessio) dont vous vous trouvez affecté. » [76]
Or, s’il n’y avait pas eu de suppléance de juridiction de la part de l’Église, cela signifierait alors que toutes les absolutions données par les membres du clergé traditionnel étaient invalides.
D’après le pape Jules III : « Comme il est de la nature du jugement que la sentence soit portée sur des sujets, le saint concile [de Trente] confirme que l’absolution donnée par un prêtre à celui à l’égard duquel il n’a pas une juridiction ordinaire ou subdéléguée n’a aucune valeur. » [77]
Le pape Pie XII enseignait au sujet des évêques que : « s’ils jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le souverain Pontife. » [78]
Mais ce pouvoir ordinaire de juridiction ne doit pas être confondu avec le pouvoir de juridiction supplée (qui peut s’exercer en cas d’impossibilité d’avoir recours au pape).
En effet, selon le droit canon : « En cas d’erreur commune, qu’elle soit de droit ou de fait, ainsi qu’en cas de doute positif et probable de droit ou de fait, l’Église supplée la juridiction, même exécutive, tant pour le for externe que pour le for interne. » [79]
Le Chanoine Raoul Naz commentera ce canon en écrivant ceci : « On entend par erreur commune celle qui affecte l’ensemble des membres d’une communauté au sujet de l’existence de la juridiction ordinaire ou déléguée qui est faussement attribuée à quelqu’un. […] Le prêtre, conscient de son défaut de juridiction, peut-il se prévaloir de l’erreur commune pour faire des actes de juridiction ? Le fidèle, au courant de l’erreur commune, peut-il recourir à la juridiction du prêtre, qui ne la possède que par suppléance de l’Église ? Quant à la validité de l’acte, il n’y a pas de doute. L’Église supplée pour tous ceux qui s’adressent au prêtre en cas d’erreur commune. Quant à la licéité de ce recours, tout motif raisonnable suffit, à notre avis, pour que le fidèle, même au courant de la situation, fasse appel à cette juridiction. Puisque l’Église supplée, le fidèle peut profiter de la situation créée malgré lui, même s’il est informé de l’absence de juridiction normale. Le Can. 209 dit : “l’Église supplée”, c’est-à-dire, elle rend directement valable l’acte qui par défaut de concession normale de juridiction eut été nul sans cette suppléance. » [80]
Quant à la question de savoir d’où vient cette juridiction suppléée, Mgr Angelini déclarait à ce propos : « De là, il est nécessaire, dans la personne de l’évêque, de faire la distinction entre la juridiction particulière visant à gouverner telle ou telle église (un droit qui est obligatoirement conféré par le Pape) et la juridiction générale ou universelle que l’évêque reçoit de par et en vertu de son ordination, c’est-à-dire, lorsqu’il devient membre du corps épiscopal et qu’il obtient conséquemment le droit d’enseigner et de gouverner dans l’Église. » [81]
Comme le rappelait l’Abbé Anthony Cekada : « La juridiction est “un pouvoir moral de gouverner des sujets dans les choses qui se rapportent à leur fin surnaturelle.” (Merkelbach 3 : 569). » [82]
Or, « l’épiscopat, plénitude du sacerdoce, donnant le pouvoir de conférer les Ordres, d’instruire et de gouverner les fidèles » [83], il est clair que cette juridiction subsiste toujours dans l’Église.
Le cardinal Louis-Édouard Pie exposait cette évidence en ces termes : « En effet, une société religieuse quelconque ne peut exister qu’au moyen d’un sacerdoce, et une société chrétienne en particulier ne peut vivre et se perpétuer qu’autant qu’elle est présidée par des évêques qui transmettent et communiquent le caractère de la juridiction, et par des prêtres qui administrent les sacrements. » [84]
En bref, bien que la thèse de Cassiciacum soit critiquable, il serait néanmoins imprudent d’affirmer que Mgr Guérard des Lauriers était un hérétique. Alors certes, il est vrai que cet évêque s’est plusieurs fois contredit : d’abord, en considérant Paul VI comme un pape ; ensuite, en soutenant qu’il ne l’a peut-être jamais été ; et enfin, en l’accusant d’avoir occupé le Siège Apostolique de manière illégitime et sacrilège. Mais cela ne suffit pas à prouver qu’il était de mauvaise foi. N’oublions pas que Saint Vincent Ferrier a lui-même succombé à une faiblesse bien plus grave quand il accorda dans un premier temps son soutien à l’antipape Benoît XIII (dont il était à l’époque le confesseur) [85] avant de rompre toute communion avec celui-ci. [86]
Saint Jean Bosco rappelait d’ailleurs la chose suivante : « À la mort d’un pape, il arrive qu’après que son successeur ait été légitimement élu, ou durant le temps même de l’élection, survint quelques ambitieux, qui, désirant la première dignité du monde et ne supportant pas d’être repoussé et oublié, cherchait des faveurs pour être élu par quelques partisans. Si l’orgueilleux réussissait à parvenir à ses fins perverses de division, il arrivait que quelques chrétiens obéissaient au pape légitimement élu, pendant que d’autres, en toute bonne foi ou par malice obéissaient à l’intrus. Les choses restaient ainsi jusqu’à ce que la vérité venant à être reconnue, et l’arrogance et les ambitions de grands cessant, tous reconnaissent pour vicaire du Christ le vrai pape, terminant ainsi les schismes et les discordes. » [87]
Depuis la mort de Pie XII, nous pourrions en dire autant de bien d’autres clercs qui, malgré leurs mérites incontestables, ont parfois manqué de clairvoyance dans leur jugement face à cette crise inédite dans l’histoire de l’Église…
[1] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), p. 113
[2] Livre de prières de chants et d’exercices spirituels. Deuxième édition (1974), Exercices spirituels, p. 348
[3] Cassiciacum est un petit bourg situé à environ 40 Kilomètres au Nord de Milan, dans lequel Saint Augustin s’est retiré pendant plusieurs mois, afin de se préparer à recevoir le sacrement du baptême.
[4] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[5] Saint Thomas d’Aquin : « En effet, si la matière informe avait précédé par la durée, elle aurait déjà existé en acte ; car l’acte est impliqué par la durée ; le terme de la création est en effet l’être en acte. Or, cela même qui est en acte, c’est la forme. Donc affirmer qu’il y eut d’abord de la matière sans forme, c’est dire qu’un être en acte fut sans acte, ce qui est contradictoire. » (Cf. Somme Théologique, Prima Pars, Question 66, Article 1).
[6] Article : La Papauté matérielle, publié dans le n°49 de la revue Sodalitium en novembre 1999, p. 36
[7] Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard des Lauriers (29 juin 2002), p. 4
[8] Mgr Donald Sanborn : « Imaginez un cadavre qui ressemble dans une certaine mesure à une personne vivante, et qui, par la puissance de Dieu, pourrait ressusciter d’entre les morts, mais qui reste mort. On peut comparer la hiérarchie du Novus Ordo au cadavre de la véritable hiérarchie catholique. Ainsi, la thèse n’envisage pas le Novus Ordo de la même manière qu’elle envisage les schismatiques Grecs et les Luthériens. Ceux-ci ont été légalement rejetés par l’Église. […] Le Novus Ordo, lui, n’est pas catholique dans les faits ; c’est une secte de par l’apostasie qu’il professe, mais il n’a pas été légalement retranché de l’Église catholique. » (Cf. Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers, 29 juin 2002, p. 6).
[9] Mgr Donald Sanborn : « Personne, à mon avis, ne peut nier que les “papes” du Novus Ordo sont au moins dans la même situation que les “évêques” schismatiques Grecs qui occupent les sièges apostoliques. […] Les “totalistes” vous diront que la situation de ces “papes” n’est pas meilleure que celle des schismatiques grecs, c’est-à-dire qu’ils jouissent de la succession matérielle mais sans désignation légitime. Les “matériel-formalistes”, eux, disent qu’ils ont la succession matérielle mais avec la désignation légale et légitime. Les deux s’accordent pour dire qu’ils n’ont pas de juridiction et sont par conséquent de faux papes. » (Cf. Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers, 29 juin 2002, p. 4).
[10] Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers (29 juin 2002), p. 1, 2, 3, 5, et 11.
[11] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), p. 8-9
[12] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi. (Mai 1979), p. 11
[13] Encyclique Satis Cognitum (29 juin 1896).
[14] Cahiers de Cassiciacum n°6, Études de Sciences religieuses, p. 119
[15] Bref examen critique du Nouvel Ordo Missae (3 septembre 1969).
[16] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[17] Lettre de Monsieur Winckler (11 Février 1977) : « Je fus invité à la première réunion d’après-guerre des principales personnalités de la communauté juive à Rome. […] À l’occasion des réunions organisées par l’Association des diplômés d’Université, ces personnes tinrent à me présenter l’aumônier de cette association. C’était Mgr Montini, alors substitut au secrétariat d’État. […] Dans son bureau, Mgr Montini était très actif, direct et précis. Il aurait souhaité que je pousse, à Paris, à la création d’une association semblable à la sienne. […] Quoi qu’il en soit, depuis l’arrivée de Jacques Maritain comme ambassadeur auprès du Saint-Siège, […] j’avais cessé de servir la Messe à Mgr Montini. Car en cette conjecture, les membres de l’association ne se génèrent plus pour affirmer leur progressisme. Mes amis, disons le mot, étaient franchement modernistes. Maritain avait envahi le groupe de Montini, et il y’en avait plus que pour l’humanisme intégral. J’avais fui. » (Cf. Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi, mai 1979, Annexe I, p. 102-104).
[18] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre IV, p. 88
[19] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre IV, p. 79-80
[20] Encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928).
[21] Code de droit canonique de 1917, Livre III, Partie IV, Can. 1325, § 2.
[22] https://x.com/FrDesposito/status/1552078760924643328?t=lT7Ib3t7m7bfFLQLeLAUVQ&s=19
[23] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[24] Il s’agissait de Mgr Jésus Roberto Martinez Gutierrez, de Mgr Benigno Bravo Valades, de Mgr Adolfo Zamora Hernandez, de Mgr Moïsés Carmona Rivera, de Mgr Louis Vezelis et de Mgr Pierre-Martin Ngô Đình Thục.
[25] https://www.contre-revolution.fr/declaration-acapulco-vacance-du-siege-mgr-thuc/
[26] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi. (Mai 1979), p. 21-22
[27] De Romano Pontife, Livre XI, Chapitre 30, p. 418
[28] De Romano Pontife, I, 2, c. 17.
[29] De comparatione Auctoritatis Papæ et Concili, chapitre XX.
[30] Commentaire n° VII de la Somme théologique de Thomas d’Aquin, 2a 2ae, question 39, article 1.
[31] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[32] Cahiers de Cassiciacum n°1, Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre II, p. 36
[33] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), p. 21-22
[34] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[35] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[36] Article : Vie de Mgr Guérard des Lauriers écrit par l’Abbé Giuseppe Murro et publié dans le n°18 de la revue Sodalitium.
[37] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Annexe 2, p. 108
[38] Cahiers de Cassiciacum n°1. Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre III, p. 37
[39] Defensio Fidei, lib. V. De antichristo, Tom. XX., Cap. XXI,7.
[40] Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers (29 juin 2002), p. 3-4
[41] Cahiers de Cassiciacum n°1, Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre III, p. 39
[42] Cahiers de Cassiciacum n°1, Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre IV, p. 77
[43] Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers (29 juin 2002), p. 5-6
[44] 4ème session du concile du Vatican (18 juillet 1870), Constitution dogmatique Pastor Æternus, Chapitre 3.
[45] Cahiers de Cassiciacum n°1, Études de sciences religieuses. Le Siège Apostolique est-il Vacant ? Lex orandi, lex credendi (mai 1979), Chapitre IV, p. 90
[46] Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, éd. H. Casterman (1867), Vérité de la Foi, Partie III, Chapitre IX, p. 220
[47] L’histoire et l’infaillibilité des papes. Recherches critiques et historiques sur les actes et décisions pontificales, Tome II, Chapitre XI, p. 45
[48] Code de droit canonique de 1917, Livre II, Partie I, Section I et II, Titre 4 et 7, Canons 176 (§ 2) et 219 : « Par son acceptation, l’élu, s’il n’a pas besoin de confirmation, acquiert immédiatement plein droit ; sinon, il n’acquiert qu’un droit conditionnel à obtenir l’office. […] Le Pontife romain, légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. »
[49] Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers (29 juin 2002), p. 8
[50] Mgr Robert Fidelis McKenna : « Or, alors que les “papes” de Vatican II, y compris l’actuel Benoît XVI, peuvent fonctionner sur le plan purement naturel en dirigeant l’Église en tant qu’organisation ou corporation légale, ils n’ont sur le plan surnaturel – compte tenu de leur folie spirituelle – aucune autorité divine pour parler au nom de l’Église en tant que corps mystique du Christ ou pour gouverner les fidèles en son nom ; c’est-à-dire qu’ils n’ont aucun pouvoir de fonctionner précisément comme Vicaire du Christ tant que cette folie persiste. » (Cf. Article publié dans la revue On Keeing catholic).
[51] Article : Explication de la thèse de Mgr Guérard Des Lauriers (29 juin 2002), p. 7
[52] Sede Vacante : Paul VI n’est pas un pape légitime. Chapitre IV.
[53] Précisions toutefois que – comme l’avouait lui-même Mgr Guérard des Lauriers – ce pouvoir sacramentel ne peut être conservé qu’à la seule condition que celui qui a usurpé le Siège de Pierre eut été auparavant validement consacré.
[54] Sede Vacante : Paul VI n’est pas un pape légitime. Chapitre IV.
[55] Les controverses de la foi chrétienne contre les hérétiques de ce temps. Tome I, 3ème controverse, Livre II, Chapitre 30.
[56] Cahiers de Cassiciacum n°3 et 4. Études de sciences religieuses. La conscience faussée et la pathologie de la Foi. Deuxième partie : le schisme (1980), Chapitre IV, p. 144-146
[57] Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, Vérité de la Foi, de la vraie Église contre les sectaires, évidence de la foi catholique. éd. H. Casterman (1867), Partie III, Chapitre VIII, p. 162
[58] Article : Consacrer des Évêques ? publié dans la revue Sous la Bannière (supplément n°3) en février 1986 et paru dans le n°16 de la revue Sodalitium en avril 1988.
[59] Article : L’élection du pape, publié dans le n°54 de la revue Sodalitium en décembre 2002, p. 17
[60] Hors de l’Église point de salut. éd. Pierre Tequi (1927).
[61] Article : Consacrer des Évêques ? publié dans la revue Sous la Bannière (supplément n°3) en février 1986 et paru dans le n°16 de la revue Sodalitium en avril 1988.
[62] Pie IX, 4ème session du concile de Vatican I (18 juillet 1870), Constitution dogmatique Pastor Æternus, Chapitre 3.
[63] Article : Consacrer des Évêques ? publié dans la revue Sous la Bannière (supplément n°3) en février 1986 et paru dans le n°16 de la revue Sodalitium en avril 1988.
[64] Encyclique Ad Sinarum Gentem (7 octobre 1954).
[65] Article : Consacrer des Évêques ? publié dans la revue Sous la Bannière (supplément n°3) en février 1986 et paru dans le n°16 de la revue Sodalitium en avril 1988.
[66] Pie IX, 4ème session du concile de Vatican I (18 juillet 1870), Constitution dogmatique Pastor Æternus, Chapitre 1.
[67] Article : Consacrer des Évêques ? publié dans la revue Sous la Bannière (supplément n°3) en février 1986 et paru dans le n°16 de la revue Sodalitium en avril 1988.
[68] Les conciles généraux et l’Église catholique. Conversations entre un Curé et un jeune paroissien. XB éditeur (2020), p. 42-43
[69] L’Église catholique et sa hiérarchie, XB éditeur (2020), chapitre V, p. 66
[70] Œuvres complètes de S. Alphonse de Liguori, Tome II, Vérité de la Foi. De la vraie Église contre les sectaires. Évidence de la foi catholique. éd. H. Casterman (1867), Partie III, Chapitre VII, § I-II, p. 146
[71] Les conciles généraux et l’Église catholique. Conversations entre un curé et un jeune paroissien. XB éditeur (2020), p. 42
[72] Pie IX, 4ème session du concile de Vatican I (18 juillet 1870), Constitution dogmatique Pastor Æternus, Chapitre 1.
[73] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[74] Article : Consacrer des Évêques ? publié dans la revue Sous la Bannière (supplément n°3) en février 1986 et paru dans le n°16 de la revue Sodalitium en avril 1988.
[75] https://fundacionsanvicenteferrer.blogspot.com/2010/09/carta-de-mons-adolfo-zamora-hernandez.html
[76] Interview publiée dans le n°13 de la revue Sodalitium en mai 1987.
[77] 14ème session du concile de Trente (25 novembre 1551), Doctrine sur le sacrement de pénitence, Chapitre 7.
[78] Encyclique Mystici Corporis Christi (29 juin 1943).
[79] Code de droit canonique de 1917, Canon 209.
[80] Traité de droit canonique, Tome I, p. 361, § 1 à 6.
[81] 9ème session de la commission préparatoire du concile de Vatican I, 17 mai 1868. Cité dans : Mansi, Sacrorum Conciliorum nove et amplissima collection, 49, 1923, col. 495
[82] https://www.etudesantimodernistes.fr/2016/09/pretres-traditionnels-sacrements-legitimes.html
[83] Catéchisme de la doctrine chrétienne publié par ordre de S. S le pape Pie X (1912), Partie III, Chapitre VII, p.97-98
[84] Seconde lettre pastorale et avertissement aux dissidents de la petite église (21 novembre 1853).
[85] P. Andrew Pradel : St. Vincent Ferrer. The Angel of the Judgment, Tan Books (2000), p. 39
[86] Traité du schisme moderne, Partie I, Chapitre 3 ; éd. BAC : San Vincente ferrer, Biografia y escritos (1956).
[87] L’Église catholique et sa hiérarchie, XB éditeur (2020), Chapitre V, p. 67
Léon moins XIV : actualité du modernisme en chape, sous haute continuité “conciliaire”
FSSPX et arguments (?) FSSP du “ralliement” — face au droit romain “postconciliaire”
Ces pseudo-sédévacantistes ultra minoritaires arrêtant la Papauté à Pie XI, voire saint Pie X
La Corédemption mariale : genèse théologique, reconnaissance magistérielle
Lecture traditionnelle de la loi morale : mise en garde contre le proportionnalisme

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