• Sionisme, chronologie d’un “nationalisme” juif avec négations du conservatisme et du véritable “messianisme”



    De Herzl à Gaza : jalons d’un foyer national juif devenu puissance géopolitique

  • ✡️ Origines séculières du foyer israélite moderne ⚔️

    Front liminaire

    Sous les fastes d’une réécriture historique devenue catéchèse officielle, le sionisme – cet avatar du nationalisme juif moderne, et « laïc » à l’origine – s’affirme, depuis la fin du XIXᵉ siècle, comme une force politique d’envergure mondiale, à la fois innovatrice (entendre : contre sa propre tradition) idéologique, territoriale et diplomatique.

    En lui s’agglutinent les nostalgies d’un peuple dispersé, les calculs d’Empire, les rivalités intra-juives, le refus théologique de l’attente messianique – et la fascination d’un monde moderne centré sur l’État-nation.

    Du pamphlet de Herzl à la « Loi fondamentale » de 2018, en passant par les affres sanglantes de la fondation d’Israël et les répliques guerrières du Proche-Orient, cette entreprise politique soulève des questionnements religieux et identitaires majeurs, tant chez les catholiques fidèles à l’enseignement traditionnel, que dans le concert géopolitique des nations occidentales.

    Tel est le dessein de cet article : reconstituer les grandes étapes du sionisme, projeté comme « nationalisme israélien », dans sa tension permanente entre aspiration eschatologique détournée et volonté de puissance communautaire et étatique.

    En effet :

    • Le sionisme politique naquit comme mouvement initialement laïc et progressiste, imitant notamment les aspirations séculières des « goyim », tout en prenant source dans des conceptions amphigouriques propre au judéo-talmudisme, empreintes de théocratie juive et messianisme terrestre/tribal.

    • Des communautés juives conservatrices – aujourd’hui minoritaires -, mais présentes tant en Occident qu’en Orient, et y compris en Israël même, s’opposèrent et s’opposent toujours à ce projet, ayant pleine conscience de leur « dispersion comme d’un décret divin », à la fois juste et irrévocable, selon eux.

    • Au cœur même du judaïsme post-chrétien subsiste une profonde désillusion quant à l’annonce messianique, éprises d’espérance temporelle (roi libérateur et souverain) méconnaissant et rejettant hélas la venue et le règne surnaturel de Notre Seigneur Jésus-Christ, véritable Messie devant le genre humain.

    • Enfin, l’idéologie sioniste, au contraire des nationalismes, porte intrinsèquement en elle-même la négation du droit naturel, se faisant l’avant-garde active d’un déracinement systématique des nations « goyim », sous prétexte antiraciste et non discriminatoire, prélude à un transhumanisme omnidirectionnel et radicalement contraire à la dignité ontologique de l’homme créé à l’image de Dieu.


    Arsenal conceptuel

    NATIONALISME, subst. masc. Doctrine politique d’exaltation de l’idée de nation, visant à affirmer sa prédominance, son indépendance et sa souveraineté.

    SIONISME, subst. masc. Mouvement politique et religieux, visant à l’établissement puis au renforcement d’un État juif en Palestine, à partir de la fin du XIXᵉ siècle. Le mot provient de Sion, colline de Jérusalem, symbole biblique d’Israël.

    CHRISTIANISME, subst. masc. Religion chrétienne, fondée sur Jésus-Christ. Se convertir au, embrasser le christianisme; les dogmes, la morale du christianisme; le christianisme naissant, primitif


    Sentences d’autorité

    « Les juifs n’ont pas reconnu notre Seigneur, c’est pourquoi nous ne pouvons pas reconnaître le peuple juif. »
    Pape Saint Pie X, audience à Herzl (janvier 1904) – Cité dans The Jewish State, Herzl, trad. fr. 1996, Paris.

    « Le nationalisme juif aura les conséquences d’une bombe diplomatique à retardement pour l’Orient et l’Occident. »
    Jacques Bainville, Chroniques politiques 1920-1935, Éd. du Trident.


    Ossature du sommaire

    1. 🖋 Premiers pas du sionisme politique (1896-1904)
    2. 📜 Diplomatie impériale & promesses coloniales (1917-1948)
    3. 🕍 Naissance d’Israël & consécration politico-militaire (1948)
    4. Guerres régionales & triomphe identitaire (1948-1973)
    5. 🩸 Intifadas, radicalisation & retour du religieux (1979-2023)
    6. 🔥 7 octobre 2023 : rupture stratégique ou répétition historique ?
    7. En guise de couronnement… vers une paix introuvable ?


    🖋 I. Premiers pas du sionisme politique (1896-1904)

    C’est en 1896 que Theodor Herzl, journaliste austro-hongrois au regard perçant, fait paraître Der Judenstaat, l’« État des Juifs », manifeste inaugural du sionisme politique. L’auteur y appelle à l’établissement d’un État juif indépendant, susceptible d’arracher les Juifs à l’antisémitisme européen et de les regrouper sous une forme politique moderne.
    Ce projet, fondé sur une vision laïque et rationaliste, rompt frontalement avec la « tradition religieuse juive post-chrétienne », laquelle subordonnait le retour en Terre Sainte à la venue du Messie.

    L’année suivante, en 1897, le Premier Congrès sioniste tenu à Bâle structure le mouvement. Herzl y déclare dans son journal intime : « À Bâle, j’ai fondé l’État juif. Si je disais cela aujourd’hui, on rirait de moi. Dans cinq ans, peut-être, dans cinquante, on le reconnaîtra. ».
    La prophétie, hélas, s’est exaucée !

    Cependant, ce nationalisme naissant ne fait point l’unanimité. À l’intérieur du judaïsme même, il heurte les tenants de l’assimilation, les fidèles à « l’attente messianique », et suscite la méfiance d’États chrétiens.
    L’audience de Herzl auprès du Pape Pie X en janvier 1904, où le Saint-Père rejette catégoriquement l’idée sioniste, incarne cette opposition doctrinale profonde.

    📜 II. Diplomatie impériale & promesses coloniales (1917-1948)

    Le 2 novembre 1917, une missive historique bouleverse le cours de ce nationalisme juif : la déclaration Balfour. Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, promet à Lord Rothschild un « foyer national juif » en Palestine. Ce texte, court mais décisif, intègre le sionisme à la diplomatie mondiale et l’adosse à l’Empire britannique.

    En 1922, le mandat sur la Palestine est confié officiellement à la Grande-Bretagne par la Société des Nations. Il entérine la double promesse de protéger à la fois les Juifs et les Arabes.
    Cette ambivalence nourrit une montée des tensions, jusqu’à l’explosion : entre 1936 et 1939, la grande révolte arabe embrase la région.

    Face aux violences, Londres publie le Livre blanc de 1939, limitant drastiquement l’immigration juive. Ce revirement alimente le ressentiment sioniste, qui accuse l’Angleterre d’abandon. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, les lignes sont prêtes pour une confrontation plus tragique.

    🕍 III. Naissance d’Israël & consécration politico-militaire (1948)

    Le 14 mai 1948, dans une salle austère de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame la naissance de l’État d’Israël. Les États-Unis et l’Union soviétique reconnaissent immédiatement le nouvel État.
    C’est une victoire géopolitique, s’érigeant en mythe – pour eux -, parachevée dans la foulée par une guerre contre les pays « arabes » voisins.

    Et cette fondation se paie d’un prix exorbitant : l’exode de centaines de milliers de Palestiniens, fuyant ou expulsés, événement que le monde arabe nomme la Nakba, la catastrophe. Le conflit s’institutionnalise, la mémoire se fossilise, les ressentiments s’accumulent.

    Un point d’histoire méconnu mérite attention : si l’Allemagne nationale-socialiste avait triomphé, il est plausible que le projet sioniste eût sombré, remplacé par une autonomie juive yiddish d’Europe orientale. La victoire des Alliés a été, derechef, une condition sine qua non de la création actée d’Israël.

    ⚔ IV. Guerres régionales & triomphe identitaire (1948-1973)

    À peine née, Israël doit affronter l’hostilité de ses voisins au Moyen-Orient. En 1956, lors de la crise de Suez, l’État hébreu s’allie à la France et au Royaume-Uni contre l’Égypte de Nasser – encensé par Maurice Bardèche ! Si l’opération militaire réussit, la pression américaine contraint les coalisés à se retirer : le monde a changé.

    En juin 1967, la guerre des Six Jours consacre la suprématie militaire israélienne. En six jours, Israël écrase ses opposants et annexe Jérusalem-Est, la Cisjordanie, Gaza, le Sinaï et le Golan.

    Mais en 1973, la guerre du Kippour vient rompre cet enchantement : l’Égypte et la Syrie attaquent par surprise. Israël, déstabilisé, riposte et reprend l’initiative. Ce conflit engendre une nouvelle dynamique diplomatique, menant aux accords de Camp David avec l’Égypte (1979).

    🩸 V. Intifadas, radicalisation & retour du religieux (1979-2023)

    À la fin des années 1980, le conflit entre dans une phase populaire et insurrectionnelle : la première Intifada islamique éclate en 1987. Les pierres des adolescents palestiniens défient les fusils israéliens. Cette révolte débouche sur les accords d’Oslo (1993), censés instaurer une coexistence pacifique : illusion brève.

    En 2000, la seconde Intifada se révèle autrement plus violente. Les attentats-suicides palestiniens se multiplient ; l’armée israélienne répond par des opérations massives. Le cycle sanglant reprend, impitoyable. Ariel Sharon, devenu Premier ministre, se retire unilatéralement de Gaza en 2005.

    En 2006, Israël affronte le Hezbollah au Liban. Désormais, ce sont des acteurs groupés mais non-étatiques, qui contestent sa légitimité. En 2018, la Loi fondamentale consacre Israël comme « État-nation du peuple juif », affirmant une vision ethno-nationaliste et théocratique assumée.

    🔥 VI. 7 octobre 2023 : rupture stratégique ou répétition historique ?

    L’aube du 7 octobre 2023 s’ouvre dans le sang. Le Hamas, semble-t-il, dans une opération d’ampleur inédite, massacre plus de nombreux civils israéliens. La riposte étatico-militaire est foudroyante. Gaza redevient le théâtre d’un conflit sans fin.

    Ce carnage remet au cœur de l’agenda international la question israélo-palestinienne, ainsi que le projet de Grand Israël.

    ✉ VII. En guise de couronnement… vers une paix introuvable ?

    Le sionisme, depuis Herzl, s’est affranchi du véritable Messie pour couronner l’État ethnique, substituant au Roi des Nations, une armée politique. Son chemin fut celui de la conquête et de la réécriture historique.

    Les clivages internes au judaïsme, les hostilités géopolitiques et islamiques, le refus des puissances catholiques traditionnelles indiquent les limites de ce projet.

    Pareille affliction appelle une solution politique et un retour aux sources surnaturelles de l’ordre – là où le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ ne connaît ni guerre, ni fin.

    Σ


    Pour approfondir

    ARTICLES

    Saint Pie X contre le sionisme de Théodore Herzl

    «Qu’est-ce que le fascisme ?» de Maurice Bardèche (seconde partie internationale – extraits)

    Dignité humaine vraie ? Héritage catholique contre mirages modernistes & maçonniques

    Distinction entre expansionnismes israélien et allemand

    L’histoire du sionisme – Maxime Sanial (Arts Enracinés)

    L’Israël d’Ancien et du Nouveau Testament & antimarcionisme

    « Par crainte des juifs » – Père François Chazal (CMSPX)

    Éric Cartman et les Juifs dans South Park

    11 rabbins à propos d’Israël-Occident-Islam

    Des 12 tribus d’Israël aux 12 apôtres & histoire de Ruth

     

    Du nationalisme au populisme : naufrage de la droite traditionnelle

    Sociétés occidentales modernes, tiraillées entre judaïsme et christianisme sécularisés

     

     

     

     

     

     

     


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  • 6 commentaires




    L'entité judéo-sioniste finira par être détruite lorque le messie Issa (Jésus) aura tué le Dajjal (Antéchrist ou faux messie). L'un des points faibles des juifs est le conflit interne entre orthodoxes et laics, entre autres.


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