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Publié le par Florian Rouanet
Résumé
Par moment, Joseph Merel a proposé une vision fascinante (et fascisante) de la civilisation occidentale, qu’il qualifie volontiers de « prométhéenne ». Inspirée par le mythe grec de Prométhée, cette vision présente l’élan européen à défier les ordres établis pour insuffler un renouveau anthropologique. Cette quête se manifeste, pour le meilleur et pour le pire, dans des moments clés tels que la Renaissance, la Révolution française ou encore les fascismes, chacun incarnant une rupture radicale avec le statu quo sclérosé ou semi sclérosé .
En croisant cette idée avec les réflexions de Paul Hazard sur la crise de la conscience européenne, nous examinerons également le rôle du renouvellement des « élites » dans la préservation d’un véritable ordre, en opposition à un conservatisme mou, stérile ou fossilisé.
Sachant qu’une loi qui n’a pas pour objet le Bien commun est une non loi, ajoutons que lorsque l’Ordre n’est plus dans l’Ordre, alors nous avons besoin d’une « révolution » pour le remettre d’aplomb,
telle est la contre-révolution dite fasciste.Sommaire
I. Prométhée et la Mythologie Grecque…
Joseph MerelII. Ordre Européen et Crise de la Conscience…
Paul HazardIII. Renouveler les Élites…
ConclusionI. Prométhée et la Mythologie Grecque : Un Archétype Révolutionnaire
Le Mythe de Prométhée
Prométhée, figure titanique de la mythologie grecque, a dérobé le feu divin aux dieux de l’Olympe pour le donner aux hommes. Ce feu symbolise bien plus qu’un simple élément physique : il représente la connaissance, la technologie, et la civilisation. En transmettant le feu, Prométhée offre à l’humanité la possibilité de se libérer de la condition primitive et de progresser, ce qui en fait un bienfait essentiel.
Ce faisant, il rompt avec l’ordre établi par Zeus, ouvrant à l’humanité une ère de connaissance et d’émancipation relative. Ce mythe, rapporté par Hésiode dans Les travaux et les jours et approfondi par Eschyle dans Prométhée enchaîné, devient un symbole de l’homme défiant les limites imposées par la tradition :
« C’est alors que le rusé Prométhée, en secret, déroba l’étincelle inextinguible du feu brillant dans le creux d’une férule. Ce feu irrita Zeus, qui tonne dans les hauteurs. Courroucé, il dit :
« Fils de Japet, habile plus qu’aucun autre, tu te réjouis d’avoir dérobé le feu et trompé mon esprit. Mais ce sera pour toi et pour les hommes qui viendront après toi une grande calamité. Je vais, pour prix du feu, leur donner un fléau dont ils se réjouiront dans leur cœur, tout en embrassant leur propre perte. » »
(Les Travaux et les Jours, vers 50-57, traduction libre)« C’est moi qui ai appris aux mortels à comprendre les signes des saisons et des astres, à lire et écrire […], leur ai donné le feu, source de toutes les techniques. »
« Je les ai détournés de contempler sans rien voir ; j’ai appris aux hommes à observer les signes des astres et la nature des saisons. […]
Moi qui ai donné aux mortels l’écriture, mémoire de toutes choses, mère des muses.
[…] J’ai donné aux hommes le feu, source de tous les arts. »
(Eschyle, Prométhée enchaîné, v. 450-470, trad. E. Chambry)Il s’agit d’un acte de rébellion et de générosité, car ce dernier se sacrifie – non comme les militantes selon Soral ! – pour la connaissance et une liberté authentique.
Application à la Civilisation Occidentale
La doctrine merelienne interprète Prométhée comme le paradigme de l’homme européen : un être en quête perpétuelle de dépassement. Cet esprit « prométhéen » se retrouve dans des mouvements aussi variés que la Renaissance, avec son retour à l’Antiquité et son exaltation de la raison humaine, ou les idéologies révolutionnaires des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Il ne s’agit pas d’un simple rejet de l’ordre, mais d’une volonté de transformation radicale, parfois à double tranchant.

II. Ordre Européen et Crise de la Conscience : La Leçon de Paul Hazard
La Crise de la Conscience Européenne
Paul Hazard, dans La Crise de la conscience européenne (1680-1715), analyse un tournant où les fondements spirituels et intellectuels de l’Europe furent ébranlés. Selon ses justes vues, avec une utilisation tout à fait autre, il illustre la tension entre tradition et renouveau, laquelle devient centrale. D’ailleurs, il fait allusion au mythe prométhéens mais dans un sens critique :
« On ne se résigne plus au joug de la coutume, on demande à la raison de trancher et de juger […] c’est la révolte de Prométhée contre Zeus. »
Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1935).
L’auteur explore avec une acuité remarquable les bouleversements intellectuels et spirituels qui marquent l’Europe à la fin du XVIIᵉ siècle et au début du XVIIIᵉ siècle, autrement dit : il accuse la rupture/cassure/césure de 1789 :
« Partout, les esprits s’interrogent, examinent, doutent. L’autorité chancelle ; les certitudes tombent ; l’inquiétude devient la règle. »
« Ce siècle fut celui où la raison, revendiquant son autonomie, osa braver les vérités immémoriales et poser des questions que nul auparavant n’avait osé formuler. »
« Les hommes commencent à croire en eux-mêmes. Ils ne veulent plus accepter une vérité imposée d’en haut, mais entendent la chercher par eux-mêmes. »
« L’esprit critique, armé de la science et de la philosophie, s’élève contre la superstition, les préjugés, et la foi aveugle, préparant ainsi la voie à un monde nouveau. »
« Une bataille sourde s’engage entre deux conceptions de l’univers : celle de l’ordre éternel et divin, et celle du mouvement, de la transformation, du progrès. »Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1935).
L’Ordre et le Désordre Créatif
L’ordre européen, dans cette perspective, ne saurait être figé. L’esprit prométhéen implique un ordre en perpétuel rééquilibrage, fondé sur l’effort intellectuel et moral, plutôt qu’un statu quo rigide, contre tout besoin de changements positifs.
La Révolution française illustre cette tension, où l’élan de liberté déboucha sur des excès, et des points inacceptables, mais ouvrit aussi la voie à de nouveaux possibles, entre mondes ancien et nouveau.
III. Renouveler les Élites : L’Aristocratie Contre le Conservatisme Fossilisé
L’Aristocratie comme Principe d’Excellence
Merel reprenant une lignée néothomisme, défend une vision aristocratique de l’ordre, où les meilleurs gouvernent en vertu de leur mérite, justice, tempérance et de leur vertu. Aussi, il est question d’allier monarque, aristocratie et peuple en faveur d’une plus grande unité morale et organique.
Cette conception s’oppose clairement au relativisme gauchiste, mais aussi au conservatisme sclérosé, protégeant des élites devenues inertes, dépassées ou corrompues.
Saint Paul, dans ses épîtres, critiquait déjà ce danger, dénoncé des révolutionnaires-conserva-tueurs (!) :
« La lettre tue, mais l’esprit vivifie. »
(II Corinthiens 3:6).
Contre le Conservatisme Fossilisé
Le conservatisme stérile, souvent porté par Jean-Royco le Faiblichon, que nous associerons à la « lettre morte », s’oppose au véritable esprit chrétien, et prométhéen en ce sens exclusif. C’est l’idée de renouveler les élites, non pour détruire, mais pour régénérer la société.
Cette pensée rejoint l’idéal grec de l’aristoi (« les meilleurs »), mais dans une dynamique de perpétuel dépassement. Si cela n’est pas saisi, il est possible d’analyser les états sociaux d’une Cité donnée avec Oswald Spengler.
Conclusion : La Civilisation Européenne comme Quête Inachevée
La vision prométhéenne de Joseph Merel offre une clef de lecture intéressante et stimulante afin de comprendre les mutations (relatives) de la civilisation occidentale. En défiant les ordres établis, l’Europe a su se réinventer à maintes reprises, mais non sans ambiguïtés et risques.
Entre mythologie, histoire et philosophie, cette quête d’un ordre juste, sans tomber dans le chaos, reste une question ouverte, où l’élan prométhéen doit s’équilibrer avec la sagesse des anciens.
Références Utiles
1.Eschyle, Prométhée enchaîné (v. 450-470.
2.Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1680-1715), 1935.
3.Saint Paul, Épître aux Corinthiens II, 3:6.
4.Joseph Merel, Pour une contre-révolution révolutionnaire (entre autres).
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Si vous désirez approfondir un des chapitres, vous pouvez développer davantage chaque point ou rechercher des références complémentaires :
Importance des bonnes Lois et de la « Vertu populaire » – Thomisme
Comportement de l’aristocratie française avant l’éclatement de 1789

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