• Saint Jean le Baptiste, Voix dans le désert & précurseur au seuil de l’Agneau



    🔥 Précurseur inspiré, ange terrestre du Jourdain & témoin sanglant du Christ Roi 🔪

  • ⁂ Énoncé liminaire

    Fidèle lecteur,
    Nous ne pouvons nous permettre de reléguer aux oubliettes la figure auguste, solitaire et farouche, de saint Jean le Baptiste. Il fut la vox clamantis in deserto, la voix prophétique, incarnée, tonnante — mais aussi douce dans l’attente. Il ne fut ni législateur, ni roi, ni théologien de chaise : il fut le témoin. Il précéda le Christ dans la chair comme dans la mort. Il fut la lampe qui luisait avant le soleil.

    Fils du miracle, fruit d’une stérilité levée par la faveur divine, Jean naquit déjà voué. Sa vie entière est mise en scène par la liturgie de l’Église, depuis les fonts baptismaux jusqu’aux échos du Confiteor, jusqu’à son nom inscrit dans le Canon romain.
    Nous déroulerons ici non seulement l’histoire sacrée de son existence, mais aussi son empreinte dans l’ordonnancement rituel et les fastes du calendrier liturgique de la sainte Messe, dite de saint Pie V.

    Évoquer Jean-Baptiste, c’est embrasser toute la Tradition vivante : celle de la sainte Écriture, celle des Pères, celle des Ordos sacrés. Sa voix n’est point morte : elle résonne encore, chaque fois qu’un prêtre élève l’Agneau de Dieu.


    ☧ Assise conceptuelle

    PRÉCURSEUR, subst. masc. – « Celui qui précède en annonçant, en préparant la venue de quelqu’un ».
    LITURGIE, subst. fém. – « Ensemble des rites, cérémonies et prières publics institués par l’Église pour le culte divin. »
    MARTYR, subst. masc. – « Témoin de la foi chrétienne ayant souffert la mort pour confesser Notre Seigneur Jésus-Christ. »
    VOX CLAMANTIS, loc. lat. – « Voix de celui qui crie », expression tirée d’Isaïe & reprise par les Évangiles à propos de saint Jean.
    CANON DE LA MESSE, loc. masc. – Partie centrale et sacrée du saint Sacrifice, invariable, où les saints sont nommés dans l’anaphore.


    ☩ Épigraphes préludiales

    « Il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni liqueur enivrante, & il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. »
    Évangile selon saint Luc I,15, abbé Crampon 📖
    « De ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point surgi de plus grand que Jean le Baptiste. »
    Notre Seigneur Jésus-Christ dans saint Matthieu XI,11, abbé Crampon 📖

    « Saint Jean-Baptiste est la borne extrême de l’Ancien Testament & le seuil vivant du Nouveau. »
    Saint Augustin, Sermon 293, PL 38, col. 1321 📖

    « Jean est un héraut, non un époux ; une voix, non le Verbe ; un précurseur, non le Seigneur. »
    Origène, Commentaire sur Jean, II, trad. SC n°120 📖


    Σ Arborescence des chapitres

    📜 I. Naissance miraculeuse & famille sacerdotale
    🌿 II. Vie ascétique & vocation prophétique
    🌊 III. Le baptême au Jourdain, acte inaugural du Salut
    🕊 IV. Témoignage sur Notre Seigneur & reconnaissance du Messie
    🔪 V. Martyre sous Hérode Antipas : contexte historique & théologique
    ⛪ VI. Jean le Baptiste dans la sainte Messe : du Confiteor au Canon
    📅 VII. Fêtes liturgiques tridentines & honorification dans l’année sacrée


    🕯 Évangile vivant & modèle liturgique : Jean dans le Mystère de l’Agneau

    Nous mettrons en exergue la cohérence d’ensemble de cette figure majeure, depuis les antiques prophéties d’Isaïe, jusqu’à sa mention au Missel romain. L’approche se veut scripturaire, mais également nourrie de la piété populaire & des traditions liturgiques fixées par les siècles.

    💠 Sources employées 📚

    Lumière brûlante au seuil du Salut, martyr couronné du désert à l’autel

    📜 I. Naissance miraculeuse & famille sacerdotale

    Le récit de la venue au monde de saint Jean le Baptiste ouvre l’un des plus bouleversants chapitres de l’Évangile selon saint Luc — précisément parce qu’il s’agit non seulement d’un prodige biologique, mais surtout d’un acte préparatoire du Salut. Dès les premières lignes, l’Écriture nous instruit que Zacharie, prêtre de la classe d’Abia, & son épouse Élisabeth, cousine de la Très Sainte Vierge Marie, étaient tous deux « justes devant Dieu, observant irréprochablement tous les commandements & préceptes du Seigneur » (Luc I,6).

    Mais leur union, bien que bénie par la foi, demeurait stérile. Élisabeth « était stérile, & tous deux étaient avancés en âge » (Luc I,7). Nous voici en présence d’un topos vétérotestamentaire : la maternité arrachée à la stérilité, comme ce fut le cas pour Sara, Rachel, Anne (mère de Samuel) — autant de figures annonçant l’élection divine des rejetés humains.

    C’est au sein du Temple, alors qu’il officiait seul dans le sanctuaire (Luc I,9), que Zacharie reçut la visite redoutable de l’archange Gabriel. Celui-ci lui annonça que sa prière était exaucée & qu’il aurait un fils dont le nom — imposé par Dieu — serait Jean (Iohannes, soit « Dieu fait grâce »).

    « Il sera pour toi un sujet de joie & d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance ; car il sera grand devant le Seigneur, et il ne boira ni vin ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. »
    — Luc I,14-15, abbé Crampon 📖

    Le silence imposé à Zacharie, devenu muet pour n’avoir point cru immédiatement à la promesse divine, s’achève au moment où, conformément à l’oracle, il confirme par écrit le nom de son fils. Alors sa langue se délie, & il entonne le magnifique Benedictus Dominus Deus Israël, hymne prophétique du salut promis à Israël — lequel, en son fils, « marchera devant la face du Seigneur, afin d’en préparer les voies » (Luc I,76).

    Élisabeth, de son côté, reçut la visite inouïe de la Vierge Marie, sa jeune parente, laquelle portait en elle le Verbe incarné. Ce fut la scène sublime de la Visitation, prélude au mystère de l’Incarnation, où Jean exulta d’allégresse dans le sein de sa mère en présence de Notre Seigneur.


    🌿 II. Vie ascétique & vocation prophétique

    « Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il demeura dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation devant Israël. »
    — Luc I,80

    Jean grandit dans l’ombre. Étrangement, son enfance et sa jeunesse s’effacent dans le silence sacré des déserts de Judée. Cette retraite n’est point oisive : elle est purification, offrande, éducation divine. L’Évangile le présente vêtu de poil de chameau, ceint d’une ceinture de cuir, mangeant des sauterelles & du miel sauvage (Matthieu III,4) — image vespérale d’un prophète à la fois hérité d’Élie et détaché de tout compromis terrestre.

    Il est l’ultime prophète de l’Ancienne Alliance, et pourtant déjà le premier témoin du Nouveau. À ce titre, son rôle fut révélé avec clarté dès les prophètes :

    « Voici que j’envoie mon ange, et il préparera la voie devant ma face. »
    — Malachie III,1, repris en Matthieu XI,10

    Jean est cette voix qui clame dans le désert (Isaïe XL,3 ; Jean I,23), non pas en guise de lamentation, mais pour réveiller les cœurs engourdis, les appeler à la conversion.

    Ce n’est point l’Homme-Dieu qu’il incarne, mais le seuil. Il n’est ni l’Époux, ni même l’ami de l’Époux : il est la voix. Son humilité est sans faille, sa mission inaliénable. Il baptise dans l’eau, en annonçant Celui qui baptisera dans le Feu et l’Esprit-Saint. Ce feu — que déjà Élie annonçait sur le Carmel — est désormais tout proche. Jean le sait, et il s’efface avec majesté :

    « Il faut qu’il croisse, et que je diminue. »
    — Jean III,30

    Dans ce cri prophétique, toute la théologie de la vocation s’abîme en prière. Jean ne fut jamais tenté de se faire Messie. Sa force réside dans son effacement : il est minister, serviteur, voix sans verbe propre, mais tendue tout entière vers l’Agneau.

    C’est pourquoi, lorsqu’il voit Notre Seigneur Jésus-Christ s’approcher du Jourdain, il s’écrie :

    « Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi. »
    « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui efface les péchés du monde. »
    — Jean I,29

    Ce crile plus grand de l’histoire humaine hormis ceux de la Passionest repris lors de chaque sainte Messe dans le rite tridentin, avant la communion. Il scelle pour jamais la vocation de Jean : il est celui qui montre, celui qui désigne, celui qui prépare les cœurs à recevoir.

    À la suite de ce cri, Notre Seigneur demande le baptême. Jean s’en défend, mais y consent, et c’est là que le ciel s’ouvre. L’Esprit-Saint descend en forme de colombe. Le Père fait entendre sa voix. Et le Fils est révélé.

    La mission de Jean touche alors à sa fin : il n’a plus qu’à livrer son sang, dans la pureté d’un martyre sans défense, face au tyran Hérode Antipas.

    🌊 III. Le baptême au Jourdain, acte inaugural du Salut

    Le baptême que dispensait Jean, austère sentinelle du désert, n’était point un sacrement, mais une figure. Il lavait les corps, afin de réveiller les âmes. Il proclamait la venue de Celui qui ôte le péché du monde, mais n’avait pas le pouvoir de l’ôter lui-même. Et cependant, cette immersion prophétique opérait un bouleversement dans l’âme du peuple juif. C’était un rite de pénitence, de préparation, de confession publique.

    Le lieu même du baptême — le Jourdain — n’est point fortuit. C’est au seuil de ce fleuve que Josué fit entrer les Hébreux dans la Terre Promise (Josué III,14-17). C’est aussi là que le ciel, désormais, se déchira.

    « Or il arriva que, comme tout le peuple se faisait baptiser, Jésus ayant été aussi baptisé, priait ; et le ciel s’ouvrit. »
    — Luc III,21

    Jean, voyant le Christ venir, s’émeut jusqu’au trouble. Il dit :

    « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par vous, et vous venez à moi ? »
    — Matthieu III,14

    La réponse du Sauveur est d’une majesté paisible :

    « Laisse faire maintenant ; car il sied que nous accomplissions ainsi toute justice. »
    — Matthieu III,15

    Hoc est, la justice de Dieu n’est point de domination, mais d’accomplissement. Jean consent. L’Agneau entre dans les eaux.

    Alors survient l’ineffable :

    • Le Saint-Esprit descend comme une colombe — symbole de paix, de pureté, de l’amour incréé.

    • Le Père fait entendre sa voix depuis le Ciel :

      « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. »
      (Matthieu III,17)

    Nous sommes ici à l’orée de l’épiphanie trinitaire. Jamais, avant ce moment, la Trinité n’avait été manifestée d’une manière si éclatante.

    Jean n’est ni acteur principal, ni figurant. Il est le seuil. Il baptise l’Agneau, mais en réalité c’est lui qui est sanctifié par la présence du Nazaréen. Saint Augustin commente à juste titre :

    « Jean ne sanctifia point le Christ dans les eaux, mais fut sanctifié par Lui. »

    Ce baptême inaugure le ministère public de Notre Seigneur. Par ce geste d’humilité, Il se solidarise avec les pécheurs, tout en étant sans péché. Il descend dans les eaux pour les sanctifier, prémices du baptême sacramentel, où non plus l’eau mais le sang effacera le péché du monde.


    🕊 IV. Témoignage sur Notre Seigneur & reconnaissance du Messie

    La grandeur de Jean culmine dans son humilité. Ce qu’il proclame au Jourdain, il le confirme derechef devant ses disciples. Voyant passer Notre Seigneur Jésus-Christ, il répète :

    « Voici l’Agneau de Dieu. »
    — Jean I,36

    Ses disciples — dont André, frère de Simon Pierre — quittent alors le Baptiste pour suivre le Christ. Loin de s’en formaliser, Jean se réjouit :

    « Celui qui a l’Épouse est l’Époux ; mais l’ami de l’Époux, qui se tient là & l’écoute, est ravi de joie à la voix de l’Époux. »
    — Jean III,29

    Ce langage nuptial est d’une richesse théologique saisissante. Jean se dit ami de l’Époux, expression rare dans l’Écriture, plus élevée encore que celle de prophète. Il n’a pas besoin d’occuper la place centrale. Sa joie est d’avoir écouté l’Époux. Le mot grec (χαρά) employé par saint Jean l’évangéliste pour désigner cette joie est le même que celui de la Très Sainte Vierge lors du Magnificat : c’est une jubilation eschatologique, celle des saints qui voient la lumière du Verbe incarné.

    Jean témoigne aussi en affirmant avec une netteté sans égal :

    « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui. […] et moi j’ai vu, et j’ai rendu témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu. »
    — Jean I,32-34

    Ce témoignage, en termes juridiques, constitue un acte de reconnaissance. Il établit publiquement la messianité du Doux Nazaréen. Jean parle comme témoin oculaire, il fait fonction de héraut devant les foules et face aux puissants.

    Enfin, ce témoignage coûte à Jean tout son crédit mondain. Lorsqu’il reproche à Hérode Antipas son union incestueuse avec Hérodiade, il ne fait qu’accomplir sa mission prophétique jusqu’à l’ultime vérité.

    Sa fidélité le conduit à la prison, puis au glaive. Même là, il demeure le précurseur !

    🔪 V. Martyre sous Hérode Antipas : contexte historique & théologique

    Le sang du Précurseur ne fut point versé par les païens, mais par un tyran juif corrompu, tétrarque par la grâce romaine : Hérode Antipas. Fils d’Hérode le Grand, le même qui fut l’auteur du Massacre des Saints Innocents (Matthieu II,16), Antipas hérite d’une portion de la Palestine au démembrement du royaume héréditaire. Son règne, soumis à l’approbation de Rome, est entaché de compromissions, de débauches et d’asservissement doctrinal.

    Jean le Baptiste ne pouvait taire ce scandale public : Hérode vivait en union illégitime avec Hérodiade, épouse de son frère Philippe. La loi mosaïque l’interdisait formellement :

    « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. »
    — Marc VI,18

    Cette parole résonne comme une imprécation antique. Elle évoque les réprimandes d’Élie contre Achab, ou de Nathan contre David. Mais elle tombe dans une cour où règnent la volupté et la haine du vrai. Hérodiade en conçut une rancœur furieuse, et, à l’occasion d’un banquet d’anniversaire — sinistre parodie d’une fête royale — elle ourdit son crime.

    Sa fille, traditionnellement nommée Salomé, danse devant le roi & ses convives. Le texte est pudique, mais le contexte laisse entendre la nature lascive de cette exhibition. Antipas, échauffé par l’ivresse et le désir, lui promet tout ce qu’elle demandera. Conseillée par sa mère, elle réclame :

    « La tête de Jean-Baptiste sur un plat. »
    — Marc VI,25

    Le roi, bien que réticent, est lié par son serment — ou plutôt par sa vanité. Par respect humain, il sacrifie un saint. Le bourreau est envoyé. La tête du Baptiste est livrée, dans l’un des tableaux les plus lugubres de l’histoire évangélique.

    Tête de saint Jean Baptiste - Louvre site des collections

    L’Église y a toujours vu un martyre éminent. Car Jean ne meurt pour la foi. Il est, à ce titre, martyr de la vérité, défenseur de l’indissolubilité du mariage, voix des sans-voix, conscience vivante du peuple élu.

    « Il a précédé le Christ dans sa naissance ; il l’a précédé dans sa prédication ; il le précède enfin dans sa mort. »
    Saint Bède le Vénérable, Homélies évangéliques, II, 20

    Son martyre préfigure celui du Sauveur : il est arrêté injustement, victime de la trahison, sacrifié par les puissants. Son corps est livré à ses disciples qui lui donnent une sépulture. Rien ne manque.


    ⛪ VI. Jean le Baptiste dans la sainte Messe : du Confiteor au Canon

    La mémoire liturgique de saint Jean le Baptiste occupe, dans le rite romain traditionnel, une place d’honneur, et non d’appoint. À l’instar de saint Michel archange, de saint Pierre et saint Paul, il est cité invariablement dans plusieurs moments du saint Sacrifice.

    a) Dans le Confiteor

    Dès le début de la Messe, le Confiteor, que le prêtre récite d’abord à voix basse, puis le servant en retour, contient cette prière de confession :

    « Confiteor Deo omnipotenti, beatæ Mariæ semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Ioanni Baptistæ, sanctis Apostolis Petro et Paulo… »

    Jean y est nommé immédiatement après saint Michel et avant les Apôtres, soulignant ainsi son rôle unique de pont entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Cette invocation n’est point anodine : elle signifie que le prêtre, avant d’approcher de l’Autel, invoque celui qui prépara les voies du Seigneur.

    b) Dans le Canon de la Messe

    Au Canon romain, immuable depuis saint Grégoire, Jean le Baptiste est cité dans deux moments clefs :

    1. Dans le Communicantes (au Te igitur), en premier lieu parmi les saints :

    « Communicantes, et memoriam venerantes, in primis gloriosæ semper Virginis Mariæ, Genetricis Dei… sed et beati Ioannis Baptistæ… »

    1. Dans la prière du Nobis quoque peccatoribus :

    « Sed et beatorum Apostolorum ac Martyrum tuorum, Petri et Pauli, Andreae, Jacobi, Joannis, Thomae… Ioannis… »

    Là encore, son nom précède celui de bien d’autres martyrs, soulignant son éminence.

    c) Dans les oraisons propres

    L’Église célèbre deux fêtes majeures et une commémoration propre à Jean :

    • La Nativité de saint Jean-Baptiste – 24 juin, seule nativité fêtée avec celle du Christ et de la Vierge : preuve de sa sainteté prénatale.

    • La Décollation de saint Jean-Baptiste – 29 août, jour de son martyre.

    • La Visitation – 2 juillet, où il tressaillit de joie dans le sein d’Élisabeth.

    Durant le IIIᵉ dimanche de l’Avent (Gaudete), l’Évangile est consacré à Jean, questionné par les envoyés des pharisiens (Jean I,19-28). Il est alors présenté comme la voixvox clamantis in deserto — ce qui prépare liturgiquement à la venue du Verbe.

    Enfin, chaque fois que le prêtre proclame Ecce Agnus Dei, c’est la parole même de Jean qui résonne, soulignant qu’il demeure vivant, actif, présent, au cœur du Sacrifice de l’Agneau, renouvelé et non sanglant, lors de chaque sainte Messe.

    📅 VII. Fêtes liturgiques tridentines & honorification dans l’année sacrée

    Il sied à l’Église, notre Mère, d’ordonner l’année autour des mystères du Christ, & des figures saintes qui l’annoncent, l’entourent & témoignent de lui. Or, saint Jean-Baptiste, de tous les saints, est celui dont la présence liturgique est la plus solennelle après celle de Notre Seigneur Jésus-Christ & de la Très Sainte Vierge Marie.

    Le calendrier du missel tridentin (édition typique de 1962) lui attribue donc :

    1. 🎂 La Nativité de saint Jean-Baptiste – 24 juin

    Fête de Iᵉ classe, avec vigile & octave jusqu’en 1955, elle est unique dans tout le sanctoral : seul Jean, en dehors du Christ & de Marie, voit sa naissance célébrée. L’Introït est tiré d’Isaïe :

    « Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère, dès les entrailles maternelles il a prononcé mon nom. »
    (Dominus possedit me ab initio, Is. XLIX)

    L’Église proclame alors l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe, et reconnaît en Jean l’astre qui précède l’aurore.

    2. 🩸 La Décollation de saint Jean-Baptiste – 29 août

    Fête de IIIᵉ classe dans le calendrier de saint Pie V, elle commémore son martyre sanglant. Le texte d’Évangile choisi est celui de saint Marc VI, 17-29, sobre, terrible, poignant. L’Église y voit une figure du témoignage sans concession rendu à la vérité, et une anticipation du martyre du Christ.

    Caput Joannis in disco.
    — « La tête de Jean sur un plat. »

    De nombreuses messes votives anciennes se sont inspirées de cette fête pour supplier Dieu de susciter d’autres « voix prophétiques » en temps d’apostasie.

    3. 🤰 La Visitation de la Très Sainte Vierge – 2 juillet

    Bien que centrée sur Notre Dame, la Visitation est aussi une fête implicite de Jean : car c’est à ce moment-là qu’il tressaille de joie in utero. Il est ainsi le premier à reconnaître le Verbe incarné.

    Et exsultavit infans in utero eius.
    — Luc I,41

    Ce passage inspira d’innombrables oraisons, et des images d’Épinal profondes : Jean est le premier adorateur du Christ, bien avant sa naissance.

    4. 📯 Dimanches de l’Avent – notamment le IIIᵉ

    La figure de Jean reparaît chaque année liturgique à l’approche de Noël. Le IIIᵉ dimanche de l’Avent (Dominica Gaudete) lui donne la parole, dans l’Évangile de Jean I, 19-28. Le Précurseur est interrogé : Es-tu le Christ ? Es-tu Élie ? Es-tu le prophète ? À chaque fois, il répond par la négative, mais déclare :

    Ego vox clamantis in deserto : Dirigite viam Domini.
    — Jean I,23

    Cette sobriété, cette effacement total, le rend encore plus lumineux : il est la voix ; le Verbe est l’Autre.

    Ainsi, du sein de sa mère à l’Avent de l’Église, Jean n’est point oublié : il est comme une antienne perpétuelle, scandant la venue du Christ.


    卐 Synthèse conclusive

    En parcourant, fidèle lecteur, la vie, la mission, le martyre et la mémoire liturgique de saint Jean le Baptiste, nous mesurons combien l’Église, dans sa sagesse surnaturelle, l’a honoré d’une manière éminente. De son nom prophétique jusqu’à son nom inscrit dans le Canon de la Messe, tout en lui respire la grandeur humble, la rigueur lumineuse, l’attente féconde.

    Jean fut le seuil du Salut — la dernière figure de l’Ancien Monde, mais déjà baignée de la lumière du Nouveau. Il est la passerelle entre la Loi & la Grâce. Sa voix s’éteint quand le Verbe commence à parler. Sa parole annonce celle du Maître ; sa mort prépare la Croix ; son isolement annonce le silence du Sépulcre.

    Aussi, dans la prière du Confiteor, lorsque le prêtre l’invoque, n’y voyons point une formule désuète, mais un appel vivant : « Toi, Jean, qui as reconnu l’Agneau, daigne encore aujourd’hui préparer nos âmes à le recevoir. »

    La voix du désert ne s’est point tue. Elle crie dans les âmes désolées, dans les consciences rétives, dans les déserts de l’apostasie. Il nous faut, à notre tour, devenir les échos de cette voix.

    Car peu nous en chaut, les discours des modernes sycophantes – marcionites ou autres -, si l’Agneau est là. Et Jean, toujours, le montre du doigt.

    ✍️ La Rédaction


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