• Du repas de famille au duel verbal – Augustin



    La joute politique en famille, entre chrétienté et amour national

  • Remercions notre vaillant contributeur pour cette nouvelle offrande — la seconde en ce jour — rédigée dans un style volontairement léger, au service d’un propos simple, touchant aux fondements mêmes de ce qui nous anime !

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    Sortie de messe dominicale. Ma montre indique 12h30. Je file au repas de famille chez mon oncle Gérard. Il est un peu plus de 13h lorsque je sonne à la porte. C’est justement mon oncle qui ouvre, un verre de Ricard collé à la main.

    « Ah ! Enfin l’voilà ! S’exclame-t-il quelque peu éméché par l’anis de Provence. Nous n’attendions plus qu’toi. Le repas doit être froid maint’nant… Bravo.»

    Comment vous présenter l’individu… Oncle Gérard, aujourd’hui à la retraite, était auparavant un fonctionnaire, professeur d’éducation civique dans un petit collège de campagne pendant 40 ans pour être plus précis. Républicain, socialiste, athée convaincu et abonné au journal  »Le Monde », cela va presque de soi. Je lui trouve quelques traits communs avec un Jean-Luc Mélenchon (et pas que physiques !) garni d’une barbe grisonnante en plus et de grands yeux bleus glacials. Autant vous dire que l’excuse religieuse de mon retard est froidement incompréhensible à ses yeux.

    Les salutations faites avec le reste de la famille, nous nous installons tous à table. Oncle Gérard, s’accrochant comme si sa vie en dépendait à son quatrième jaune d’une main et à sa pipe de l’autre, lance les hostilités à mon encontre.

    « Alors mon p’tit Baptiste… T’as pas honte d’faire attendre tout l’monde pour pouvoir assister à tes conn’ries d’réunions sectaires et archaïques là ?

    • Je suis navré de vous avoir fait attendre. Je vous présente toutes mes excuses. Cependant, mon oncle, je vous avais prévenu que je ne pourrai être présent avant 13h. Sachant cela, vous auriez peut-être pu décaler l’heure du repas un peu plus tard. Sans vouloir vous vexer, bien sur. Et ce ne sont pas des réunions  »sectaires » et  »archaïques » comme vous dites mais des messes catholiques pratiquées avec foi par nos aïeux depuis des siècles.
    • Des messes… Gna gna gna… Et il en pense quoi, monsieur l’catho, de toutes ces guerres de religions dévastatrices faites par les chrétiens ? Maugréa oncle Gérard, le teint rubicon, les oreilles fumantes.
    • Mon oncle, vous n’êtes pas sans savoir que le XXème siècle fut de loin le plus meurtrier et ce n’était pas des guerres de religions. Sans compter les fameux six millions… hein… quand même !
    • Je n’ai aucune leçon à recevoir de toi, p’tit insolent. La plupart d’entre vous n’sont même pas démocrates… Qu’est ce vous voulez ? Un r’tour à la dictature c’est ça ?! Au moyen-âge tant qu’on y est ?! Bordel ! Mais z’êtes inconscients ou quoi ! Bande d’incultes…
    • Et bien, tout dépend par ce que vous entendez par démocratie. Pour ma part, et tout à fait consciemment mon oncle, je pense qu’une démocratie locale communale peut tout à fait s’exercer, car cela est dans la capacité du peuple de traiter des choses de son quotidien. Par contre, pour ce qui est de la démocratie nationale, il faut se rendre à l’évidence, le peuple n’est pas les facultés de décider de quoi que ce soit, car il n’a pas les connaissances politiques nécessaires pour élire un vrai chef. La politique est une matière à part entière qui demande énormément de compétences et de savoirs. Prenons un exemple tout simple, pensez-vous que la plupart des gens soient capables d’élire, parmi une liste, le meilleur chirurgien ? Et ce, juste sur un programme ? Bien sur que non, puisque la plupart des gens n’ont aucune connaissance médicale et encore moins chirurgicale. Cela semble tout à fait logique. Comment des personnes ignorantes dans un domaine pourraient-elles désigner le meilleur expert dans ce même domaine ? À bien y réfléchir, c’est insensé vous en conviendrez, n’est- ce pas ? Nous n’en n’avons pas les compétences et ce n’est pas le rôle naturel d’un peuple. Et puis un vrai chef ne vient quasiment jamais au pouvoir par les urnes, il y parvient en s’imposant comme une évidence.  »Le pouvoir par le peuple » n’est qu’une illusion, une escroquerie de plus pour nous manipuler et nous affaiblir. Il joue sur nos égos surdimensionnés, ce n’est ni sain ni efficace.
    • Écoutez-le donc c’ui-là ! Monsieur  »j’sais tout »! N’importe quoi ! Pourquoi tu crois qu’on r’nouvelle le président tous les 5 ans ? Je vais t’dire mon p’tit gars, c’est pour donner au peuple l’occasion d’réparer une éventuelle erreur et pour éviter qu’une personne mal intentionnée d’extrême droite s’approprie le pouvoir pour toujours. Il nous imposerait presque un dictateur cet imbécile ! Ben alors ? Y répond quoi à ça l’génie des utopies religieuses ?
    • Par  »dictateur », vous voulez parler de monarchie mon oncle ? Monarchie qui veut dire, le pouvoir d’un seul. Afin d’être clair, permettez-moi une comparaison cher oncle. Imaginez deux maisons mon oncle. La première est en location et ses locataires changent tous les cinq ans. La deuxième est une maison familiale habitée par son propriétaire qui devra la garder toute sa vie et éventuellement la transmettre à sa descendance. Selon vous mon oncle, quel maison sera la mieux entretenue ? Celle qui aura vu passer des dizaines de locataires n’ayant aucun intérêt à l’entretenir, puisque ceux-ci ne sont que de passage ? Ou alors celle qui aura été transmises de père en fils sur plusieurs générations ? La réponse paraît évidente. Plus un habitant restera longtemps dans une maison, plus il en prendra soin. C’est la deuxième maison qui sera mieux entretenue et rénovée au fil des années, il s’agit d’un simple bon sens. Elle est un héritage. Un père fera naturellement tout son possible pour laisser à son fils une maison la plus solide possible. Et bien maintenant remplacez les habitants par des chefs d’États et les maisons par des États ou pays. Voilà ma réflexion mon oncle… Lorsque l’on comprend les mécanismes et logiques naturelles de la Création de Dieu, on comprend beaucoup de chose. Quelques livres spirituels associés à de bons livres d’histoire éclairent bien l’esprit. Tenez, la charité par exemple…
    • Ha ! Le v’la qui m’parle de charité ! T’es un peu gonflé toi non ? L’aut’ fois sur BFM, ils faisaient parler un d’vos curés là, un cul-béni comme j’les appelle ceux-là… Ben y disait qu’il fallait privilégier les français pauvres avant d’envoyer de l’aide aux aut’ pays ! Et ça parle d’charité ! Facho ! Raciste ! Extrême drouuuaate ! Beugla l’oncle tout en gesticulant comme une marionnette, l’intellect noyé dans son verre de… rouge.
    • Calmez-vous oncle Gérard. Ce n’est pas bon pour votre cœur, puis vous risquez de casser votre pipe… Je conçois que la vérité soit parfois douloureuse à entendre. Si vous voulez bien m’accorder deux minutes, je vais tenter de vous expliquer brièvement l’idée de charité qu’avait cet homme d’Église. Nous autres catholiques, pensons que pour que la charité soit efficace, il faut qu’elle soit ordonnée. Naturellement, nous nous occupons des membres de notre foyer avant de nous occuper du voisin. Nous venons en aide à notre communauté avant de venir en aide aux communautés voisines et ainsi de suite. C’est cela la charité bien ordonnée. Rajoutons que la charité est comme l’ampoule qui nous éclaire, mon oncle. Regardez sa lumière, plus vous êtes proche de celle-ci plus vous y voyez clair. En revanche, quand vous vous en éloignez, la lumière est moins vive et vous y voyez de moins en moins bien. La charité bien ordonnée adopte la même logique. Plus la personne est proche de nous, plus nous serons d’une aide efficiente Avouez, mon oncle, que si tout le monde remettait de l’ordre dans sa charité, nous n’en serions pas là. Je crois que c’est ce qu’a voulu expliquer cet abbé. Rassurez-vous, cela ne nous empêche pas de prier pour toutes les personnes dans le besoin, y compris nos ennemis. À ce propos, savez-vous qu’en France comme ailleurs, les premiers  »hôpitaux » étaient en fait les églises ?
    • Oui c’est ça, allez stop ton charabia ! J’en ai assez entendu ! J’vais aux toilettes. J’vais vomir !!
    • Vous êtes malade oncle Gérard ? Soyez rassuré, je prierai bien pour vous. »

    Par ce bref, et caricatural dialogue, j’ai voulu montrer qu’au-delà d’avoir des arguments complexes, il suffit parfois d’un peu de bon sens. Face à des personnes plus ou moins dénuées de vraies réflexions politiques, ces  »arguments » peuvent faire mouche. Ensuite bien évidemment, la lecture régulière de bons livres viendra affûter notre argumentaire. Le tout n’est pas de vouloir convaincre à tout prix et immédiatement, cela n’arrive quasiment jamais. Non, le plus important est de  »planter une graine » lors de ces joutes verbales sans rien en attendre en retour. Et surtout, appliquons-nous à briller tels de bons catholiques, à travers nos tâches, nos actions ainsi que nos prières quotidiennes.

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