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Publié le par Florian Rouanet
🎭 Rhétorique séduisante, ou parole digne et vraie ? 🎓
✨ Front liminaire
La parole est un glaive. Elle divise, tranche, édifie ou égare. L’histoire de la pensée humaine, depuis les rives lumineuses de l’Hellade – la Grèce antique, lyrique et éclatante – jusqu’aux fastes scolastiques médiévaux, n’a cessé de se débattre dans cette tension féconde, ou tragique, c’est selon, entre le vrai et le vraisemblable (Aristote), le sens et le spectacle, la dialectique roborative et le sophisme captieux.
La rhétorique, entendue dans son acception antique, ne visait point seulement à séduire ou émouvoir : elle devait convaincre selon la raison, non point subjuguer par l’effet – en la matière, le Maître du Logos apparaît ici plutôt comme le Maître des Gnomes.
Dès lors, si l’art de dire fut érigé en discipline maîtresse, c’est qu’il s’ancrait dans un souci plus grand, celui de dire le vrai, sous l’égide du Bien, et non d’exciper de la vacuité pour complaire aux foules, ni d’apparaître comme un pitre achevé : à l’instar d’un beau sermon sur la forme, creux sur le fond.Alain Soral suite : Ainsi donc, il va falloir en finir avec le spectaculaire du Soralisme. Le personnage, nul n’en disconviendra, tient d’un Protagoras ou d’un Prodicos de notre temps. Mais sur le fond, son propos reste nullissime. Il brode sur du vide, et il est grand temps que cela soit dit. « Applaudissez », décernez nous un satisfecit, si tel est votre désir — mais souffrez surtout, que nous soyons seuls à le signifier. Et, pourtant, la chose n’est nullement difficile à discerner : même un homme de culture médiane le remarquerait incontinent...De là naquit l’opposition, irrévocable, entre les vérités proclamées par la dialectique platonicienne, démarche progressive et ascendante, et les arguties souvent mensongères des sophistes – mais qui apportent tout de même un art !
Pourtant, dans les fastes du monde médiéval, ce sont les disputationes théologiques et les traités scolastiques qui prolongèrent l’exercice dialectique en quête de lumière, là où nos modernes débats télévisés, querelles partisanes et dialogues biaisés ne sont que farces indignement travesties.Et, en effet, l’origine contemporaine de ces artistes ambulants et théâtraux, esprits effervescents et saltimbanques inspirés, qui, étaient sous l’Ancien Régime finissant, ceux qui arpentaient les pavés des cités et des faubourgs, semant à la volée les ferments d’une pensée nouvelle.
Moquant, probablement, non sans verve ni malice, les oripeaux desdits privilèges et les apparats vides d’une noblesse engoncée, ces comédiens de foire, chansonniers ou bateleurs préparaient l’avènement des Lumières en tournant en dérision les symboles de l’autorité royale et du dogme religieux.Diffusion de l'idée par joute verbale : la tradition orale et la force du Verbe #RPZ

🧠 Arsenal conceptuel
DIALECTIQUE, subst. fém.
A. – PHILOS. Art de raisonner juste, de conduire une discussion de façon rigoureuse selon les règles de la logique formelle ; chez Platon, progression de l’âme vers la vérité par l’interrogation et le dialogue.SOPHISTIQUE, subst. fém.
A. – Ensemble des méthodes ou discours des sophistes, reposant sur l’apparence du raisonnement et visant à emporter l’adhésion par des procédés captieux.RHÉTORIQUE (subst. fém.)
Art de persuader par le discours, en utilisant des techniques d’élocution, de composition et de style pour influencer l’auditoire.SUBJECTIVISME (subst. masc.)
Doctrine philosophique selon laquelle les jugements de valeur, de vérité ou de réalité sont rapportés aux états de conscience ou aux perceptions individuelles du sujet pensant.
DISPUTATIO, subst. lat.
Forme scolaire médiévale de débat oral structuré autour d’une question, pratiqué notamment dans les écoles cathédrales et les universités afin d’établir la vérité théologique ou philosophique.
(cf. Quaestio disputata)ARGUTIE : CNRTL
Raisonnement trop subtil, voire fallacieux, visant à masquer l’absence de fond sous le brio formel.📜 Sentences d’autorité, ou non
Citations dûment référencées qui reflètent les perspectives variées de ces penseurs sur la rhétorique, la dialectique et la sophistique.
« La rhétorique n’est pas une véritable technique, mais une simple routine, une flatterie. »
Platon, Gorgias, 463a — traduction Émile Chambry (1922), Les Belles Lettres.« L’orateur doit avoir une connaissance approfondie de toutes les choses, car c’est de cette plénitude que découle l’abondance du discours. »
Cicéron, De Oratore, I, 6 — traduction Gaston Boissier, Hachette (1861).« La doctrine sacrée fait usage de la raison non pour prouver la foi (ce qui détruirait le mérite de celle-ci), mais pour rendre manifeste ce qu’elle contient. Elle use aussi de l’autorité, non pas pour appuyer son raisonnement, mais pour confondre ceux qui la rejettent. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia q.1 a.6 – traduction de l’abbé Pègues (1920)-*-
« L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu’elles sont, de celles qui ne sont pas en tant qu’elles ne sont pas. »
Protagoras, fragment cité par Platon dans Théétète, 152a — traduction Émile Chambry.« Le discours est un grand souverain qui, avec un corps très petit et très invisible, accomplit des œuvres divines. »
Gorgias, Éloge d’Hélène, §8 — traduction Claude Calame.« La dialectique éristique est l’art de la controverse, c’est-à-dire la manière de se comporter dans les disputes et de les conduire de telle sorte que l’on ait raison, donc que l’on fasse prévaloir sa thèse, que l’on ait ou non raison en soi. »
Arthur Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison, Introduction⁂
Schéma directeur
I. 🎯 De l’importance d’avoir raison : fondement éthique & doctrinal
II. 📺 Débat public ou cirque médiatique ? De la controverse noble à la polémique stérile
III. 🏛 Sophistique grecque & dialectique platonicienne : commencements philosophiques
IV. ⛪ Disputatio, scolastique & Renaissance : âge d’or de la dialectique chrétienne
V. 🧩 Modernité critique : Kant, Schopenhauer & la dialectique offensive
VI. 🗂 Tableau comparatif & synthèse conclusive : rhétorique, dialectique, sophistique
Panorama doctrinal, historique et philosophique entendant définir, distinguer et dénoncer, en explorant tour à tour les fondements, les mésusages, puis les apports durables de la rhétorique et de la dialectique dans l’histoire de l’intelligence humaine.
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I. 🎯 De l’importance d’avoir raison : fondement éthique & doctrinal
L’on croit souvent que l’essentiel, dans un débat, réside dans l’aisance de la répartie, le panache verbal, l’effet produit. Mais pareille illusion mène tout droit à la supercherie.
Avoir raison n’est pas le fruit d’un artifice rhétorique, mais l’expression d’une vérité préexistante, antérieure à son énonciation, contre tout complotisme érigé en pétition de principe. Or, lorsqu’un mensonge — fût-il élégant ou attrayant — triomphe dans la bouche d’un amuseur indigne, d’un comique achevé, sous les applaudissements d’une foule énamourée – accessoirement de demeurés -, c’est une trahison de la charité, un crime contre l’intelligence et l’ordre juste.
Le doctrinaire, soucieux de transmettre un fond solide, se doit alors de trouver un allié chez le dialecticien, pourvu que ce dernier ne se perde point dans des arguties vaines. Car la forme — noble, claire, maîtrisée — ne doit pas dominer le fond : elle doit le magnifier, l’ordonner, le rendre intelligible.
Telle est certainement la clef de l’équilibre antique et médiéval : former l’intellect sans flatter la passion.
II. 📺 Débat public ou cirque médiatique ?
De la controverse noble à la polémique stérileDans notre modernité désenchantée, l’exercice du débat a glissé vers le spectaculaire. Ce n’est plus la force d’un argument que l’on examine, mais la vivacité de son énonciateur, le style, le ton, le sourire même. L’Agora hellénique a cédé la place aux plateaux saturés de flash, aux joutes de plateau qui tiennent de la foire plus que du forum.
Ainsi, la controverse noble — disputatio, exposés pourquoi pas — laisse place à la polémique sensationnelle. D’un côté, l’on enseignait dans les écoles cathédrales, par un enchaînement rigoureux de thèses et objections. De l’autre, l’on se querelle bruyamment, sous les cris ou clics du public, souvent sans définir les termes ni écouter l’autre. Ce que l’on appelait débat « démocratique » n’est plus qu’une mise en scène : s’agit-il vraiment de chercher la vérité, ou seulement de “gagner” ?
En cela, les esprits de démocratico-hooligans se substituent aux esprits éclairés. Là où l’on disputait naguère pour approcher l’essence des choses, on éructe désormais pour faire du bruit, et de gigoter façon bien grasse.
⚖️ Genèse, tensions & usages de la disputatio dans l’histoire des idées 📜
III. 🏛 Sophistique grecque & dialectique platonicienne : commencements philosophiques
Dans l’Antiquité grecque, la rhétorique devint discipline à part entière, notamment par le truchement de Protagoras et Gorgias, figures tutélaires de la sophistique. Ceux-ci affirmaient, sans ambages, que « l’homme est la mesure de toute chose » (Protagoras), ou que le langage suffit à créer le réel, fût-il mensonger. Ce relativisme doctrinal (présent dans les décrets de Vatican II…), servi par une aisance oratoire prodigieuse, inquiéta les philosophes soucieux de vérité.
Platon, dans ses dialogues, s’en fit le redoutable pourfendeur. Le Gorgias et le Phèdre s’emploient à démontrer la vacuité, voire la dangerosité politique des sophistes, qui enseignaient l’art de persuader sans se soucier du bien-fondé des idées. En contrepoint, la dialectique platonicienne se voulait un cheminement ascensionnel de l’âme vers l’Idée du Bien, fondée sur le dialogue et la maïeutique – méthode socratique reposant apparemment sur l’interrogation et se proposant d’amener un interlocuteur à prendre conscience de ce qu’il sait implicitement, à l’exprimer et à le juger.
Aristote, quant à lui, codifia davantage cette dialectique : l’art de raisonner correctement selon des prémisses vraies ou probables. Il sépara rigoureusement la rhétorique — utile en politique et en morale — de la logique démonstrative, nécessaire à la science. Par là, il assignait à chaque discours sa légitimité propre, et refusait la confusion des genres.
🔗 Pour approfondir :
https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/gorgias.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rh%C3%A9torique_(Aristote)
https://plato.stanford.edu/entries/protagoras/
IV. ⛪ Disputatio, scolastique & Renaissance : âge d’or de la dialectique chrétienne
La dialectique, purifiée des ambiguïtés hellènes, trouva son véritable apogée dans la scolastique médiévale, notamment chez Abélard puis saint Thomas d’Aquin. Loin d’être un exercice d’érudition sèche, la disputatio médiévale obéissait à un plan rigoureux (que suit la Revue Catholique Sans Concession) : une quaestio, des arguments contra, puis des réponses ad hominem & enfin une réponse magistrale du maître. Cela forma l’esprit logique de générations entières d’écoliers et de clercs.
Le but n’était point de vaincre autrui, mais de faire triompher la vérité révélée par un exercice de raison droite. C’est ainsi que la théologie, « science des choses divines en tant qu’elles procèdent de Dieu », ne put se passer de la dialectique.
La Renaissance, tout en redécouvrant Cicéron & Quintilien, conserva nombre d’éléments dialectiques. Les collèges jésuites en firent encore usage jusque tard dans l’époque contemporaine. Loin des caricatures, la disputatio chrétienne fut une école d’humilité et de quête du vrai.
🔗 Pour approfondir :
https://plato.stanford.edu/entries/abelard/
https://www.unifr.ch/biblio/assets/files/documents/publications/bulletin/BibliothequeUnifr_Bulletin35.pdf
https://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/thomasdesaquin/sommetheologique1.htm
V. 🧩 Modernité critique : Kant, Schopenhauer & la dialectique offensive
Aparté Alain Soral (Nationalisme & Marxisme ?) : En effet, si le nationaliste souhaite l’unité nationale, il refuse la guerre de classes marxiste, ou du moins cette dernière doit être très cadrée.À rebours du populisme, exaltant les passions populaires, jouant de la démagogie démocratique et télévisuelle : le nationaliste est partisan d’un populisme tempéré. En effet, le chef prime, son élite ensuite, soit entourage proche (jadis, l’aristocratie), et enfin le peuple en tant qu'entité collective, légitime, que l’on tente d’hisser vers le haut, toutefois par logique méritocratique, soit une responsabilisation individuelle, sinon collective !
D’abord, l’époque moderne s’est intéressée derechef à la dialectique, mais selon des modalités plus critiques, parfois désenchantées. Kant, dans sa Critique de la raison pure, évoque une dialectique transcendantale, là où la raison outrepasse les bornes du possible, se forgeant des illusions. La dialectique y devient piège autant qu’outil, exigeant de la vigilance.
Ensuite, plus radical encore, Arthur Schopenhauer, dans son célèbre L’Art d’avoir toujours raison, dressa une typologie des stratagèmes de la mauvaise foi, pour dévoiler les roueries de ceux qui, sans vérité, veulent avoir gain de cause. C’est là une rhétorique sans éthique, mais dévoilée pour mieux s’en garder.
Et enfin, Nietzsche, dans sa verve provocatrice, dénonça, en partie du moins, la logique dialectique comme résidu du ressentiment platonicien et chrétien. À ses yeux, le langage lui-même est suspect, car toute formulation est déjà trahison du réel. La vérité deviendrait alors création plutôt que découverte, l’ordre naturel n’est plus externe mais internaliser, ce qui constitue une rupture irrévocable avec les antiques visions, grecques et chrétiennes.
🔗 Pour approfondir :
https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_d%E2%80%99avoir_toujours_raison
https://plato.stanford.edu/entries/kant/
https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-2002-2-page-273.htm
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🧾 Panorama raisonné des auteurs-clés & périodes décisives 📖
VI. 🗂 Tableau comparatif
Tradition Finalité recherchée Outil principal Rapport au vrai Figures emblématiques Sophistique Convaincre / Gagner Effets de langage Indifférence au fond Gorgias, Protagoras Rhétorique Plaire, émouvoir, convaincre Eloquence Vérité relative ou utile Cicéron, Quintilien Dialectique Dire vrai / Approfondir Raison / Dialogue Vérité en soi (Logos) Platon, Aristote, saint Thomas Polémique moderne Briller / Dominer Provocation / Buzz Cynisme / Nihilisme Schopenhauer, Nietzsche
📚Scellement tactique : Rhétorique, dialectique, sophistique…
Il convient donc, en toute clarté, de restaurer une forme noble de dialogue, héritée de Platon, perfectionnée par l’Église, et hélas affadie dans notre modernité tapageuse. Las (!) de ce nivellement général par le bas, auquel Alain Soral participe d’une façon ou d’une autre.
La dialectique vraie ne saurait être réduite à une joute médiatique ou un jeu de posture : elle engage la vérité, la charité, le bien, l’ordre du monde et les âmes.
Quiconque s’en écarte devient histrion patenté, philistins consommés, farceur de haute volée et autre bouffon diplômé pseudo-impressionnant !
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Signé : La Rédaction
ARTICLES
DEBORD, Débat, dialectique, VR FR, MK, convaincre, barrésien reconquête âme…
Extraits: Commentaires sur la société du spectacle par Guy Debord
De l’apostasie de Vincent Reynouard – Abbé Louis Arsille #CSC
Le Livre (à l’envers) est une Arme (à blanc), à la rescousse de M. Alain Soral
Dialecticien, contradiction nécessaire et joute – Florian Rouanet
Introduction au thème de l’enracinement dans la dialectique barrésienne (ou le culte des morts)

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