• Introduction au thème de l’enracinement dans la dialectique barrésienne (ou le culte des morts)



    École nationaliste française classique.

  • 1) À lire: Tronquart Georges – L’enracinement barrésien ou le mystère de Barrès (publié in. Bulletin de l’Association Guillaume Budé : Lettres d’humanité, n°13, décembre 1954. pp. 137-167.

    Écrits: La forme romanesque unique et « périmée » de Maurice Barrès, son hostilité contre l’universalisme vague par excès de particularisme et ses écrits trop liés aux évènements de son temps (boulangisme, Dreyfus, A.F., etc.) l’ont fait tomber dans un tragique oubli au-delà de la sphère nationale et nationaliste.

    La mission barrésienne est telle: utilisation de la prédestination de la chair contre le libre arbitre, ou du moins, l’homme dit libre se retrouve en réalité enchaîné à sa Terre [« Tu es la conscience de notre race… Tu seras mon Moi embelli »]. Ce « cultisme » envers les hommes trépasser donne naissance à une sorte « d’égoïsme national » légitime. Un égoïsme local aussi, car son farouche orgueil lorrain va le détourner des Humanités gréco-romaines, ou du moins lui appliquer une importance plus secondaire. L’éloge de la culture provinciale et nationale permet un rapprochement avec le provençal et français Charles Maurras, chose largement opérable ici donc, excepté sur le fait que Barrès fasse de l’identité une affaire de sensibilité – sentiment qui est nonobstant un bon complément de la culture – là où le « Vieux Maître » du Sud-Est est plus intellectuel (idem pour leur conflit faisant primer soit la « conquête des âmes » soit celle du pouvoir séculier…). Signalons en passant que ce culte des morts remonte aux temps les plus reculés de la vie sur terre tant il est intrinsèque à l’homme qui est de passage ici-bas (on le retrouve chez nos braves indo-européens).

    2) À lire: La notice biographique de Barrès dans le « Dictionnaire des intellectuels français » (par Michel Winock sur 3 pages) permet également l’ajout de quelques points intéressants pour notre étude.

    Biographiquement: le combattant de Lorraine, est passé d’une « profession de foi » cosmopolite, individualiste, anarchisante, pro-germanique et anti cléricale à la droite nationaliste française et traditionnelle, quoiqu’en demeurant toujours assez syncrétique. Depuis son soutien au général Boulanger (L’Appel aux soldats), il est aussi passé du périodique Voltaire à La Cocarde, et c’est l’affaire Dreyfus qui va définitivement le faire pencher du côté des forces conservatrices du pays. Il rédige alors Les Déracinés qui marque son changement et le conduit à rejoindre les diverses Ligues patriotiques alors existantes. Il sera élu par l’Académie française en 1907 et proclamera « l’union sacrée » patriotique lors de la guerre de 1914-18.

    Enracinement: mais revenons à nos moutons à propos de notre lorrain enraciné. Barrès est le premier à intégrer ce paramètre pour nous autres par opposition à tout ce qui s’affirme faussement novateur – mais réellement destructeur. Celui-ci nous rappelle l’image de l’arbre prenant racine avant de pousser et de monter très haut, ce qui est déjà fort expressif ; cette image s’accorde d’ailleurs bien avec son personnage littéraire. Le voilà passé de l’esprit inorganique de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1789 à la diffusion systématique de l’esprit communautaire, dans lequel l’individu s’épanouit.

    Pour lui, il faut accepter le déterminisme de son pays – plus fort que soi par essence – et dire que nos morts ne sont pas ceux des autres et que leurs morts ne sont pas les nôtres – toujours contre le cosmopolitisme – et que de cette manière, notre avenir est différencié de celui des autres peuples. Le passé conditionne l’avenir et devient une base pour la nouvelle génération. C’est ainsi que ça se passe pour cette famille élargie qu’est le cercle national. Voilà comment on pourrait exprimer le « Moi national » d’un de nos doctrinaires qu’est Maurice Barrès.

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    Déterminisme: l’enracinement ainsi que la connaissance de l’histoire de la terre sur laquelle nous sommes nés – et d’où nous venons – nous rendent heureux et en fin de compte redevables et débiteurs… La terre et les morts de Barrès comme « foyer de passions joyeuses », c’est chose évidente : par sa pensée déterministe et sentimentaliste, il n’est guère étonnant d’établir un lien maintenant entre sa pensée et celle de Baruch Spinoza:

    3) À lire: Écrits de Paris, mars 2017 « Comment rationaliser, dynamiser et élever les groupements politiques de jeunes dans les milieux nationalistes ? » par David Veysseyre :

    « Notre raison, cette reine enchaînée, nous oblige à passer nos pas sur les pas de nos prédécesseurs. » Maurice Barrès.

    Il n’est guère osé d’opérer une certaine liaison entre la pensée de Barrès et de Spinoza, quand on constate qu’il est davantage sentimentalisme que rationaliste et surtout déterministe, vulgairement : suivre l’idéal de la « Terre et les Morts » (Barrès) nous provoquent des « passions joyeuses » (Spinoza).

    « Plus on n’avait de connaissances, plus on progressait dans notre liberté par la connaissance de nos déterminismes et partant notre sentiment d’être souverain sur nous-mêmes en accédant à la connaissance d’être une partie intégrée à une totalité divine. Derouen donne l’exemple de Barrès et de sa définition du nationalisme comme prise de conscience d’un déterminisme. Cette définition prend une saveur, un relief et une acuité extraordinaires, quand on la lit en effet à la lumière de Spinoza.

    Barrès ayant commencé à l’extrême gauche, il a dérivé peu à peu vers l’extrême droite. C’est sa trilogie des romans de l’énergie nationale: Les Déracinés, L’Appel au soldat et Leurs Figures qui inaugure son évolution à droite. Dès 1897, il publie Les Déracinés où il fustige et flétrit l’universalisme républicain et le néo-kantisme officiel de la IIIe République: on ne fait pas avec des petits Lorrains, avec des enfants de la tradition, des citoyens de l’univers, des hommes selon la raison pure.

    « Barrès est passé de l’individualisme anarchisant au nationalisme conservateur, un homme libre qui se serait donc volontairement attaché au déterminisme de la Terre et des Morts… A ses yeux, Barrès avait suivi une évolution logique : « au fond, le travail de mes idées se ramène à avoir reconnu que le moi individuel était tout supporté et alimenté, je suis passé par les diverses étapes de cet acheminement vers le moi social ». Le nationalisme comme élargissement et aboutissement du moi. Ainsi, à la lumière de nos développements précédents, nous pourrions considérer, selon Derouen, le ré-enracinement comme la première étape de la remise sur pied d’un individu qui se vivait comme mutilé et tronqué, faute de conscience du déterminisme qui le meut. S’abîmer dans la tradition, dans les antiquités nationales, dans l’histoire, nous imprégner de l’énergie nationale nous rendraient donc libres et forts, on aurait ici les alexipharmaques contre l’anomie, la dépression, l’ignorance et la servitude. La remarque est très bien trouvée et je salue la lecture qui est faite du nationalisme barrésien à la lumière de Spinoza, reste à savoir si Barrès avait Spinoza en tête, quand il a commencé à écrire le chef-d’oeuvre des Déracinés. Mobiliser cette remarque de Barrès sur le nationalisme n’est pas sot, mais le déterminisme dont parle Spinoza est total, il est relié à tout, il faut tout connaître. »

    Contextualisation: Sous la IIIe République, il était limite conformiste de se dire « patriote » ; les temps ont tout de même bien changé !

    Pour compléter en beauté avec quelques citations patriotiques:

    « Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut. »
    Frédéric Mistral.

    « L’amour de la patrie est la première vertu de l’homme civilisé. »

    « La patrie ne saurait être voyageuse ; elle est immuable et toute sur le sol sacré qui nous a donné naissance et où reposent les ossements de nos pères. »
    Les maximes et les pensées de Napoléon Bonaparte – Compilation.


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