• Jésus-Christ, la fin du monde et l’Église – CSC



    Une réponse à Vincent Reynouard en 4 parties

  • [Note explicative :

    Pour profiter des articles que nous publierons, si Dieu nous l’accorde, chaque semaine, il faut savoir qu’ils sont construits à la manière qu’utilise saint Thomas d’Aquin dans sa Somme théologique. Premièrement on trouve les objections qui mettent en exergue la difficulté et l’intérêt de la thèse combattue. C’est ce que nous faisons dans le « status quaestionis ». Ensuite vient l’argument « sed contra ». Bien souvent, il s’agit d’une citation de la Sainte Ecriture qui s’oppose aux objections, mais qui ne prétend pas clore la discussion. Le lecteur se trouve alors dans un dilemme auquel saint Thomas met fin en donnant immédiatement la « conclusio » en une courte sentence. C’est là que nos articles s’arrêteront. Le développement des arguments et la réponse aux objections qui, dans la Somme, figurent sous la « conclusio », paraîtront dans le numéro trimestriel suivant qui regroupera sous un même chapitre ces articles. Ici, notre but est d’amorcer le sujet et de souligner l’enjeu du problème. Pour satisfaire guider nos recherches, vous êtes invités à nous envoyer vos questions, incompréhensions, objections et suggestions de sorte à peaufiner notre réponse finale qui sera publiée dans le numéro consacré à ce sujet.

    Contact : catholiquesansconcession@proton.me]

    Status quaestionis

    Jésus-Christ a-t-il fondé l’Église ? L’a-t-il seulement pensée ? Bien sûr que non, diront certains : Jésus annonçait la fin imminente du monde. Pourquoi aurait-il fonder quoi que ce soit ? Pour preuve, lisez ses disciples qui ont transmis son enseignement. Que dit saint Jacques ?

    « Soyez donc patients, vous aussi, et affermissez vos cœurs ; car l’avènement du Seigneur est proche. Ne vous plaignez point les uns des autres, mes frères, afin que vous ne soyez pas condamnés. Voilà que le juge est à la porte. » (Jacques, V, 8-9.)

    Il n’est pas le seul. Que dit saint Paul ?

    « Que votre modestie soit connue de tous les hommes ; le Seigneur est proche. » (Philippiens IV, 5.)

    Il semble qu’il n’y ait pas d’autre conclusion : Jésus et ses disciples prévoyaient une fin du monde imminente. Par conséquent, pas d’Église, pas de sacrements.

    Sed contra

    Mais si la fin du monde était sur le point d’arriver, on attend des disciples de Jésus qu’ils prescrivent la conduite à avoir en vue de la fin de toutes choses. Étrangement, il n’en est rien. A leurs contemporains, ils enjoignent

    « de vivre en repos, à [s’] occuper de ses affaires » (I Thessaloniciens IV, 11)

    « à travailler paisiblement » (II Thessaloniciens III, 12)

    « à prier […] pour tous les hommes, pour les rois et tous ceux qui sont en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille » (I Timothée II, 1-2)

    Ce n’est pas ce qu’on attendrait d’hommes en proie à la fin terrifiante et imminente du jugement dernier.

    Conclusion

    Ce paradoxe s’explique si l’on considère les deux fins que nous a enseignées Jésus-Christ. La première, c’est la mort de chaque homme qui aura à rendre compte de ses actes au Juge suprême. Cette fin qui peut survenir n’importe quand (et la vie est courte), c’est celle que Jésus annonce dans la parabole du riche vigneron :

    « Il leur dit ensuite cette parabole : il y avait un homme riche dont le champ rapportait beaucoup de fruits ; Or il pensait en lui-même, disant : Que ferai-je, car je n’ai point où serrer mes fruits ? Et il dit : Voici ce que je ferai : je détruirai mes greniers, et j’en ferai de plus grands, et j’y rassemblerai tous mes produits et tous mes biens. Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais grande chère. Mais Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même on te redemandera ton âme ; et ce que tu as amassé, à qui sera-t-il ? Ainsi est celui qui thésaurise pour lui. et qui n’est point riche devant Dieu » (Luc, XII, 16-21).

    C’est un appel à la vigilance comme on en retrouve en plusieurs endroits.

    La seconde fin concerne tous les hommes ; c’est la fin du monde où reviendra le Fils de l’homme. Mais de cette fin-là, personne n’en sait ni le temps ni l’époque. C’est la seule chose qu’en dit saint Paul :

    « Mais pour ce qui est des temps et des moments, vous n’avez pas besoin, mes frères, que nous vous en écrivions ; Parce que vous-mêmes savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. » (I Thessaloniciens, V, 1-2.)

    Status quaestionis

    « – Quel intérêt que cette question ? S’il s’est trompé en y ayant cru, peu nous importe, nous n’y sommes plus.

    – Bien au contraire ! Si le chef des Apôtres s’est trompé là-dessus, qui nous dit qu’il ne s’est pas trompé sur d’autres sujets ? Et de plus, si le retour du Christ était imminent, la fin du monde aussi, alors pourquoi Jésus-Christ aurait fondé une Église ? Son royaume était sur le point d’arriver. N’est-ce pas ce qu’ont compris ses disciples et Pierre ne dit-il pas :

    « Or la fin de toutes choses est proche. Soyez donc prudents et veillez dans la prière. […] Car voici le temps où doit commencer le jugement par la maison de Dieu. Or s’il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui ne croient pas à l’Évangile de Dieu? Et si le juste est à peine sauvé, l’impie et le pécheur, où se présenteront-ils? » (I Pierre IV, 7 et 17-18)

    Puisqu’il apparaît clairement que Jésus-Christ a enseigné à ses Apôtres son retour et la fin du monde « avant que ne passe cette génération », il n’aura pas voulu fonder d’Église.

    Sed contra

    Si saint Pierre s’imaginait que le Christ reviendrait sous peu et qu’il s’imaginait aussi qu’Il lui ait confié la garde de son Église, pourquoi dans cette même épître parle-t-il de son organisation et de sa hiérarchie ?

    « Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par nécessité, mais spontanément selon Dieu; non point en vue d’un gain honteux, mais de plein gré, Et non comme dominant sur l’héritage du Seigneur, mais vous faisant de cœur le modèle du troupeau. » (I Pierre V, 2-3)

    Pourquoi mentionne-t-il l’évangélisation en progrès à travers le monde, ce qui n’aurait aucun sens si la fin du monde était pour demain.

    « Résistez [au démon], forts dans la foi, sachant que la même affliction est commune à vos frères qui sont dans le monde. » (I Pierre V, 9)

    Pourquoi finalement cite-t-il l’Église de Rome ?

    « L’Église qui est dans Babylone [métaphore classique pour désigner Rome], élue comme vous, et Marc, mon fils, vous saluent. » (I Pierre V, 13)

    Conclusion

    Dans les écrits apostoliques, il faut distinguer : 1) la fin du monde ou Parousie lorsque Jésus-Christ reviendra juger tous les hommes (ex. : II Pierre III, 8) et 2) la fin particulière de chaque homme à sa mort. C’est le cas ici. Saint Pierre exhorte les fidèles à la vigilance par l’exercice des bonnes œuvres :

    « Or la fin de toutes choses est proche. Soyez donc prudents et veillez dans la prière. Mais avant tout, ayez les uns pour les autres une charité constante; car la charité couvre la multitude des péchés. Exercez l’hospitalité entre vous sans murmure; Chacun de vous mettant au service des autres la grâce qu’il a reçue, comme de bons dispensateurs de la grâce multiforme de Dieu. Si quelqu’un parle, que ce soit comme des paroles de Dieu ; si quelqu’un exerce un ministère, qu’il le fasse comme par la vertu que Dieu donne ; afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, à qui est la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Amen. » (I Pierre IV, 7-11)

    On ne trouve nulle annonce d’un cataclysme, d’une conflagration générale, de fracas ou de frayeurs qui précéderont le retour du Juge suprême. Ce n’est qu’un encouragement à souffrir la persécution dans la joie uni au Christ, dans l’assurance de recevoir la Récompense :

    «  Mes bien-aimés, ne soyez pas surpris du feu ardent qui sert à vous éprouver, comme si quelque chose d’extraordinaire vous arrivait; Mais participant ainsi aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin qu’à la révélation de sa gloire vous vous réjouissiez aussi, transportés d’allégresse. Si on vous outrage pour le nom du Christ, vous serez bien heureux, parce que l’honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son Esprit reposent sur vous. Mais qu’aucun de vous ne souffre comme homicide, ou voleur, ou médisant, ou avide du bien d’autrui. Et si c’est comme chrétien, qu’il ne rougisse point, mais qu’il glorifie Dieu en ce monde. Car voici le temps où doit commencer le jugement par la maison de Dieu. Or s’il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui ne croient pas à l’Évangile de Dieu? Et si le juste est à peine sauvé, l’impie et le pécheur, où se présenteront-ils? Ainsi, que ceux-là mêmes qui souffrent selon la volonté de Dieu, remettent au Créateur fidèle leurs âmes avec leurs bonnes œuvres. » (I Pierre IV, 12-19)

    Bande dessinée de la semaine :
    @crédits – Klopenn – 97diwaller@gmail.com

    Status quaestionis

    Les articles précédents (liens) ont insisté sur les dangers à mal interpréter les textes du Nouveau Testament : on en viendrait à nier l’origine divine de l’Église, car, si Jésus-Christ prévoyait une fin du monde imminente, il n’aurait jamais fondé d’Église. Or cette croyance, diront certains1, il l’avait ! La preuve : ses Apôtres l’enseignaient :

    « Mes petits enfants, cette heure-ci est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’Antéchrist vient, il y a maintenant beaucoup d’Antéchrists : d’où nous savons que c’est la dernière heure. » (I Jean II, 18)

    « Or toutes ces choses leur arrivaient en figure, et elles ont été écrites pour nous être un avertissement à nous pour qui est venue la fin des temps. Que celui donc qui se croit être ferme prenne garde de tomber. » (I Corinthiens X, 11)

    Ainsi sommes-nous en mesure de conclure, pensent-ils, que l’Église et sa hiérarchie n’ont été instituées qu’après coup, après que l’attente du retour triomphant de Jésus n’ait été déçu.

    Sed contra

    Ce raisonnement aurait quelque fondement si les expressions « les derniers jours », « la dernière heure », « le déclin des siècles » étaient synonymes de « fin du monde ». Pourtant, c’en serait forcer leur signification et bien mal connaître la manière de s’exprimer des Auteurs sacrés. En effet, ces expressions sont reprises aux prophètes de l’Ancien Testament, qui, de l’aveu même de l’exégèse rabbinique, désignent purement et simplement les temps du Messie et de sa loi :

    « Il est dans la tradition des anciens hébreux que par la formule novissimi dies (derniers jours) sont désignés les temps messianiques »2

    Conclusion

    Ces expressions ne peuvent pas se comprendre comme pour signifier un bref intervalle de temps jusqu’à la catastrophe finale. Non, elles désignent le dernier âge de l’humanité et de la Religion qui vient d’être parachevé par le Messie et qui, parfait, ne sera plus remplacée par aucune autre. Ce dernier âge, selon la comparaison de saint Augustin, n’a pas de borne, comme l’est la vieillesse pour l’homme. Il a un début, mais pas de limite. Il peut être plus ou moins long, sans moins être pour autant le « dernier âge » :

    « Les dernières heures ou les expressions similaires employées dans la Sainte Écriture ne peuvent désigner une certaine quantité de temps. Elles ne signifient pas un court intervalle, mais elles signifient le dernier état du monde qui est pareil au dernier âge : l’espace de temps que dure le dernier âge n’est pas défini, de même que la vieillesse, le dernier âge de l’homme, n’a pas de fin définie »3

    1 Vincent Reynouard, Le catholicisme romain, un concept ignoré de Jésus. Pourquoi je ne suis plus catholique. 2024, p. 67.

    2 Rosenmüller, in Isaïe, II, 2 et cetera.

    3 Saint Thomas d’Aquin, Suppl., q. 88, a. 3, ad 3um.

    Jésus-Christ, la fin du monde et l’Église (4/4)

    Status quaestionis

    Avez-vous oublié la raison de cette série d’articles dont nous vous présentons le dernier aujourd’hui ? Rappelez-vous : certains nient que l’Église ait été fondée par Jésus-Christ, car

    « croyant en l’imminence de la venue du royaume des Cieux, Jésus-Christ n’a fondé aucune Eglise »1

    D’abord, le fondement de ce raisonnement (Jésus prévoyant l’imminence de la fin du monde) est grandement contestable, comme nous l’avons montré (liens). Mais allons plus loin et admettons que Jésus-Christ croyait la fin du monde pour demain. Est-ce pour autant qu’il n’aurait pas fondé l’Église ? Traversons les siècles et prenons un contre-exemple.

    @crédits – LeKrif – 97diwaller@gmail.com

    Le principe de la réponse

    Lors de son procès, le commandant du camp d’Auschwitz, Rudolf Höss, déclara que c’est le Führer lui-même qui donna l’ordre d’exterminer les Juifs. Bien sûr, cet aveu était indispensable à la thèse holocaustique. Comment aurait-on pu faire croire que 6 000 000 d’individus aient été gazés sciemment sans l’aval de la plus haute autorité du Reich ? Les tenants de la thèse exterminationiste avaient besoin d’appuyer ce principe que tout effet a une cause proportionnée. Par exemple, si je frappe un petit coup de marteau, le clou ne s’enfoncera pas de beaucoup, mais si je donne un grand coup, il s’enfoncera profondément. Donc pour exterminer tant de gens, un ordre d’Hitler était nécessaire. Malheureusement, cet ordre ne fut jamais retrouvé2 ! Quant aux aveux de Rudolf Höss, c’est depuis belles lurettes que les historiens ne leur accordent plus aucun crédit, sachant comment ont-ils été extorqués3. Sans ce mandat d’Hitler, la thèse officielle est mise à mal et les conclusions des révisionnistes s’avèrent véridiques.

    Conclusion

    Quel rapport avec l’Église et Jésus ? direz-vous. Eh bien, comme nous l’avons vu, tout effet est proportionné à sa cause et sans cause, il ne sert à rien de rechercher l’effet. L’extermination de 6 000 000 d’individus requérait un ordre explicite du Führer. Comme il n’y en a pas, ne nous étonnons pas qu’il n’y ait eu aucun génocide. Inversement, l’Église, elle, existe bien et dès l’origine se réclame de Jésus-Christ4. Pour qu’une telle institution existe avec ses institutions et ces millions de baptisés et, depuis 2 000 ans, soit restée fidèle à Jésus, il faut bien qu’il l’ait voulue et fondée, que vous reconnaissiez ou non l’authenticité de saint Matthieu :

    « Aussi moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux; et tout ce que tu délieras sur la terre, sera aussi délié dans les cieux »5.

    Crédits : LeKrif – 97diwaller@gmail.com

    1Vincent ReynouardLe catholicisme romain : un concept ignoré de Jésus. Pourquoi je ne suis plus catholique. Septembre 2024, p. 69.

    2Carlo MattognoHitler et l’ennemi racial, La Sfinge, Rome, 2010.

    3Voir Rudolf Höss au procès de Nuremberg, VHO, Belgique, 2000.

    4Actes des Apôtres, II, 22 et 38, III, 6 et 21 ; II Corinthiens IV, 8-12.

    5Matthieu, XVI, 18-19.

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