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Publié le par Florian Rouanet
Préambule :
Carl Gustav Jung, figure majeure de la psychanalyse et fondateur de la psychologie analytique, a développé une vision de l’âme humaine qui diffère en bien des points de celle du catholicisme traditionnel. L’auteur est toutefois bien plus lisible et potable qu’un juif sécularisé et charlatant tel que Sigmund Freud – la psychanalyse freudienne informe plus de la pensée juive, notamment l’hystérie, et donc surtout de ses tares, que de la psyché humaine universelle à proprement dit !
Cependant, si certaines de ses idées doivent/peuvent être amendées, d’autres aspects de sa pensée pourraient être intégrés dans une perspective chrétienne, sous réserve d’une lecture critique et d’un cadrage doctrinal rigoureux.
De plus, pour donner un peu de crédit à Étienne Couvert, Jung était bien un gnostique, et son père était franc-maçon : il est possible de lire son livre sur le prophète Job pour s’en convaincre.
Un prêtre catholique anglais a longuement correspondu avec Jung sur la question du mal. Il défend que Jung pouvait être « catholicisé », mais devait abandonner un présupposé kantien. Les correspondances ont été publiées et on trouve des critiques de celles-ci comme sur ce site.
P.S. Merci aux camarades Paul et Bruno pour leurs documentations respectives.
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Définition
En effet, bien qu’ayant vu le jour officiellement au XIXème siècle, la psychologie relève d’une partie de la philosophie, c’est celle qui étudie en profondeur l’individu et sa psyché : elle doit faire partie des sciences sociales, sans être ni méprisée, ni être prise pour un absolu.
En ce sens, nous pouvons établir une sorte de fil conducteur de la pensée « psychologique » en Occident en remontant à l’Antiquité et en poursuivant jusqu’au Moyen Âge, en tenant compte que, bien que le terme « psychologie » ne fût pas encore en usage, nombre d’auteurs et de textes abordaient déjà les questions de l’âme, des passions et de la conduite humaine – Psaumes, Évangiles, Les confessions de saint Augustin, philosophie grecque de Platon et d’Aristote, les stoïciens et les épicuriens, Boèce durant l’antiquite ou le Pseudo-Boèce durant la Renaissance, etc.
PSYCHOLOGIE, subst. fém.
Science qui étudie les faits psychiques. (…)
a) Vieilli. Partie de la philosophie qui étudie l’âme, ses facultés, son activité. La psychologie est-elle donc toute la philosophie? Et, à part de la psychologie, la philosophie générale n’a-t-elle pas aussi quelque axiome certain et indubitable à nous fournir? (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 137).
La psychologie, que l’on s’est habitué à considérer comme la philosophie tout entière n’est après tout qu’une science comme une autre; peut-être n’est-ce pas même celle qui fournit les résultats les plus philosophiques (Renan, Avenir sc., 1890, p. 155).
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Sommaire :
I. Peut-on « baptiser » Jung ?
II. Le problème du mal : une correction nécessaire
III. Dieu chez Jung : archétype ou réalité transcendante ?
IV. Individuation et sainteté : deux voies irréconciliables ?
V. L’expérience intérieure et la vérité objective
VI. Structure de la psyché jungienne et théologie chrétienne
VII. Jung et la question du mal : une correction nécessaire !
VIII. Conclusion : une récupération partielle possible☧
I. Peut-on « baptiser » Jung ?
L’œuvre de Jung ne saurait être assimilée sans discernement dans la pensée catholique, car elle demeure imprégnée d’une vision du monde éloignée du réalisme thomiste, en étant notamment imprégné de thématiques gnostiques peu louables et parfois dangereuses.
Toutefois, en rectifiant ses « erreurs les plus fondamentales » – notamment sur la nature du mal, la vision de Dieu et la finalité de l’âme humaine – il devient envisageable de tirer profit de certains de ses concepts.
Nous avions connaissance par le passé d’un clerc attitré et attesté qui avait formulé une possible assimilation de Hegel pareillement, en amendant toutefois sa pensée dans un cadre catholique, tout comme ce fut le cas historiquement avec la sagesse antique païenne, intégrée puis « purifiée », tant Platon par saint Augustin d’Hippone qu’Aristote par l’Aquinate.
II. Le problème du mal
Jung conçoit le mal comme une force inéluctable qu’il conviendrait d’accepter, afin d’atteindre une complétude psychique. Cette approche repose sur l’idée que l’homme doit embrasser son « Ombre » – cette part obscure de lui-même – sous peine de rester fragmenté.
Dans la perspective catholique, une telle vision est erronée :
- Le mal n’est pas une composante positive, mais une privation du bien, conformément à la doctrine catholique, notamment augustinienne.
- L’Ombre peut être reconnue, mais seulement pour être réorientée vers le bien et purifiée par la grâce. Il a repris certainement ce concept de Giordano Bruno.
- L’homme ne se réalise pas dans l’acceptation passive de ses tendances déchues, mais dans leur dépassement par l’union avec Dieu – le christianisme est un exotérisme et non un ésotérisme !
Si Jung avait mieux saisi ces vérités, sa pensée eût été plus aisément intégrable dans une anthropologie chrétienne.
III. Dieu chez Jung : archétype ou réalité transcendante ?
Jung conçoit Dieu comme un « archétype », c’est-à-dire une image fondatrice de l’inconscient collectif. Dès lors, s’il combat l’individualisme, il réduit toutefois la divinité à un produit de la psyché humaine, ce qui pose de graves problèmes doctrinaux.
Dans la foi catholique :
- Dieu est un être réel et personnel, non une construction psychique.
- L’inconscient collectif peut contenir des traces de la vérité divine, mais il n’est pas en lui-même une source « révélatoire » autonome.
- Le christianisme n’est pas un simple mythe structurant, mais la révélation objective de Dieu à l’homme.
Jung, en spiritualisant la psyché humaine, tombe dans un immanentisme dangereux, pouvant mener au relativisme religieux, ou encore à un genre de marcionisme coupant Dieu entre l’Ancien testament et le Nouveau – sur lequel nous reviendrons en chapitre six.
IV. Individuation et sainteté : deux voies irréconciliables ?
L’« individuation », processus central chez Jung, consiste à intégrer toutes les facettes de sa psyché pour devenir pleinement soi-même.
Dans la perspective chrétienne, cette quête intérieure ne saurait suffire :
- L’homme ne trouve pas son accomplissement en lui-même, mais en Dieu. Toutefois, nous parlons de deux plans différents ici.
- La sainteté transcende l’individuation, car elle repose sur un appel à l’amour divin et non sur une simple harmonie psychique.
- L’homme ne se sauve pas seul, n’accomplit pas son être que par lui-même, car il a besoin de la grâce pour être restauré dans son état originel.
La vision jungienne reste trop auto-référentielle et risque d’alimenter une forme de spiritualité gnostique centrée sur le moi plutôt que sur Dieu.
V. L’expérience intérieure et la vérité objective
Jung accorde une place importante à l’expérience intérieure, ce qui rejoint en partie la mystique catholique. Toutefois, il en tire des conclusions problématiques :
- Il favorise un relativisme spirituel, où chaque individu forge sa propre « vérité ».
- Il ne reconnaît pas la Révélation comme une vérité absolue.
- Il sous-estime l’action de la grâce, qui dépasse la seule « transformation psychique ».
Une authentique théologie spirituelle doit intégrer l’expérience intérieure tout en l’ordonnant à une vérité objective, extérieure à l’individu.
VI. Structure de la psyché jungienne et théologie chrétienne
L’organisation de l’âme chez Jung est plus riche que celle de Freud, mais présente certaines compatibilités avec l’anthropologie chrétienne :
- La conscience (le Moi)
- L’inconscient personnel (souvenirs refoulés, pulsions cachées)
- L’inconscient collectif (patrimoine psychique commun et universel)
- Le Soi (unité ultime de l’être humain)
Cette vision a du mérite, car :
- Elle admet une dimension spirituelle, et communautaire, de l’homme.
- Elle reconnaît la puissance des symboles religieux.
- Elle permet une meilleure compréhension de la psyché humaine.
Cependant, plusieurs ajustements sont nécessaires :
- L’individuation doit être subordonnée à la vie spirituelle et non l’inverse.
- L’inconscient collectif ne doit pas être perçu comme une source de vérité absolue.
- Le Soi ne saurait être confondu avec Dieu, car la finalité de l’homme n’est pas son propre épanouissement, mais une vie quotidienne remplie, animée par la vision béatifique.
VII. Jung et la question du mal : une correction nécessaire !
Il s’agit ici d’un grand point à creuser, car il faut commencer par dénoncer son manichéisme tenant le bien en équivalence du mal, ce qui est proprement gnostique.
Carl Gustav Jung, malgré son ancrage théiste, développe une approche du mal nécessitant une rectification à la lumière de la doctrine chrétienne traditionnelle. Son concept de l’« Ombre » — cette part inconsciente refoulée, associée au chaos et à la destruction —, laquelle a sa part de vérité, tend à instaurer une équivalence entre le bien et le mal, rappelant ainsi un dualisme manichéen qui ne saurait être admis par le christianisme orthodoxe.
En effet, selon la foi chrétienne, le mal n’est point une entité autonome mais une privation du bien, un désordre issu de la corruption d’un ordre initialement parfait.Cette vision jungienne semble par ailleurs influencée par une lecture gnostique de l’Ancien Testament, où le Dieu biblique, particulièrement dans ses manifestations de justice, est opposé à la figure du Christ perçu comme un principe salvateur totalement distinct.
Une telle interprétation évoque le marcionisme, cette hérésie du IIᵉ siècle qui rejetait le Dieu de l’Ancien Testament comme un démiurge inférieur, séparé du Dieu d’amour révélé par Notre Seigneur Jésus-Christ. Il convient donc de réintégrer l’unité de l’économie divine pour éviter l’écueil d’une philosophie/théologie erronée.Et en effet, l’homme ne doit pas intégrer une quelconque féminité mais confronter au réel un idéal féminin fantasmé et réciproquement pour la femme.
Jung se démarque toutefois nettement de Freud – tout comme Lacan à sa manière -, dont l’ancrage dans la pensée talmudique est manifeste. La psychanalyse freudienne, bien plus qu’un simple outil d’exploration de l’inconscient, s’apparente à une herméneutique infinie, où l’inconscient joue un rôle analogue à celui de la Torah dans la tradition rabbinique : un texte crypté, qu’il faut sans cesse interpréter et réinterpréter sans jamais atteindre une vérité définitive.
Loin de cette approche, Jung ne cherche pas à « réparer » l’homme selon un schéma de type tikkoun olam, mais plutôt à l’accomplir, à le rendre pleinement conscient de son être profond.Dès ses premières années, Jung fut marginalisé au profit de Freud, dont la doctrine se vit érigée en dogme psychologique dominant. Cette éviction n’est pas anodine : la pensée jungienne, malgré ses erreurs, s’avère souvent plus pertinente et plus universelle que celle du « fondateur de la psychanalyse », tributaire de ses propres biais culturels.
Ainsi, en corrigeant la vision erronée du mal et en l’intégrant à une anthropologie chrétienne, l’œuvre de Jung pourrait bien retrouver une juste place dans la compréhension de la psyché humaine.VIII. Conclusion : une récupération partielle possible
La pensée de Jung ne saurait être adoptée en bloc, mais elle peut être lue et utilisée sous conditions.
✔ Ce qui peut être retenu :
- Une meilleure compréhension de la complexité psychique de l’homme.
- Une reconnaissance du rôle du symbolisme religieux dans la psyché.
- Une approche plus holistique de l’âme humaine, échappant au matérialisme freudien.
✘ Ce qui doit être rejeté ou corrigé :
- Une conception erronée du mal.
- Une vision trop psychologique et subjective de Dieu.
- Une finalité humaine autocentrée plutôt qu’ordonnée à Dieu.
En définitive, si Jung avait compris que la plénitude de l’homme ne se trouve pas en lui-même mais dans son Créateur, sa psychologie aurait pu devenir un instrument plus fécond pour la pensée nationale, universelle et catholique. Il est plus assimilable que Freud et nous pourrions le mettre à profit, si nous en avions une lecture objective, et catholique, intransigeante.
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Pour approfondir :
- Dom Jean-Baptiste Chautard, L’âme de tout apostolat.
- Boèce : De consolatione philosophiae.
- Platon : Ses dialogues, notamment le Phèdre et la République.
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Quand gauche et sciences sociales réprouvaient ladite homosexualité : une mémoire oubliée
Le psychanalyste français Lacan : révolutionnaire du langage & anti-Freud ?
Carl Gustav Jung : inconscient collectif, spiritualité et rupture avec Freud
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