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Publié le par Florian Rouanet
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L’enlèvement des Sabines est l’un des épisodes majeurs de la fondation mythique de Rome, rappelant à nous un fait d’ordre naturel, où le socle familial, plus petit, est aussi le premier de la société.
Cette histoire met en lumière une jeune cité, dominée par des hommes, cherchant à assurer sa pérennité par la force, mais aussi par la création d’un nouvel ordre social. Les Sabines, bien que d’abord victimes, acceptent de devenir les mères fondatrices d’une civilisation qui alliera virilité, autorité et continuité générationnelle.
Sommaire
I. Rome naissante : une cité masculine et un besoin vital
II. L’enlèvement des Sabines : une ruse pour assurer l’avenir
III. Les Sabines, mères de Rome : de la contrainte à l’acceptation
I. Rome naissante : une cité masculine et un besoin vital
La fondation de Rome est traditionnellement datée de 753 av. J.-C., sous la direction de Romulus – fils de la louve –, son premier roi. Les récits légendaires, notamment rapportés par Tite-Live dans son Histoire romaine et Plutarque dans sa Vie de Romulus, décrivent une cité « jeune et dynamique », mais marquée par un déséquilibre fondamental : une population composée exclusivement d’hommes, pour beaucoup des marginaux ou fugitifs venus chercher refuge.
Pour assurer l’avenir de Rome, une condition essentielle manquait : des femmes pour fonder des familles et perpétuer la civilisation. Romulus et ses compagnons se heurtèrent au refus des cités voisines de leur accorder leurs filles en mariage. Face à cet obstacle, Romulus opta pour une solution radicale et audacieuse : prendre les épouses par la force.
Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, Livre II :
« Romulus, considérant que les villes voisines ne s’uniraient pas volontairement avec les Romains, encore peu nombreux et sans prestige, résolut de provoquer des mariages par l’enlèvement des jeunes filles. »
II. L’enlèvement des Sabines : une ruse pour assurer l’avenir
Romulus invita les Sabins, un peuple voisin, ainsi que d’autres tribus environnantes, à une grande fête en l’honneur de Neptune. Cet événement, connu sous le nom de « Consualia », se déroula avec faste et attirait nombre de familles. Pendant que les Sabins, confiants, assistaient aux réjouissances, les Romains mirent leur plan à exécution : sur un signal donné, ils enlevèrent les jeunes filles présentes.
Tite-Live rapporte l’épisode avec précision :
« À un signe convenu, les jeunes Romains se précipitèrent pour enlever les jeunes filles. La plupart furent capturées par des Romains de haute naissance, qui les emportèrent dans leurs demeures en disant qu’elles deviendraient leurs épouses. » (Histoire romaine, I, 9).L’acte, brutal et masculin dans son exécution, ne visait pas seulement à garantir des unions. Romulus et ses compagnons prétendaient offrir aux Sabines un avenir supérieur, intégrant une société d’avenir et conquérante. L’ordre des générations, indispensable pour stabiliser cette jeune cité, était en jeu.
- Plutarque, Vie de Romulus, XIV :
« Ce fut dans le quatrième mois après la fondation de Rome que Romulus exécuta l’entreprise hardie de l’enlèvement des Sabines. » - Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 9 :
« Romulus invita les peuples voisins à des jeux solennels en l’honneur de Neptune, et, sur un signal donné, les jeunes Romains enlevèrent les jeunes filles. »
III. Les Sabines, mères de Rome : de la contrainte à l’acceptation
Si l’enlèvement des Sabines est d’abord marqué par la violence, il se conclut par une réconciliation et l’établissement d’une harmonie entre les nouveaux couples, puis entre les deux peuples. Selon la tradition, les Sabines, d’abord indignées, furent conquises par l’attention et la virilité des Romains. Elles furent traitées comme des épouses légitimes, et leurs enfants devinrent les premiers citoyens d’une Rome agrandie et unifiée.
Cet épisode rappelle à nous le fait que le seule la virilité est appréciée des femmes et se conclut de manière symbolique lorsque les Sabines, déjà mariées aux Romains et mères de leurs enfants, s’interposèrent entre leurs maris et leurs pères lorsque ceux-ci vinrent réclamer vengeance. Ce geste mit fin aux hostilités, comme le raconte Plutarque encore :
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Plutarque, Vie de Romulus, XIX :
« Les Sabines, enjambant les cadavres, se précipitèrent avec des cris vers leurs pères et leurs maris, suppliant de cesser le combat. »
« Ce furent leurs femmes qui arrêtèrent la bataille en se jetant entre les deux armées, implorant leurs pères et leurs frères de ne pas les rendre veuves, et leurs maris de ne pas les priver de leurs pères. » (Vie de Romulus, 19).
Zezipare -
Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 13 :
« Les Sabines, les cheveux épars et les vêtements déchirés, dominèrent leur crainte et osèrent se jeter au milieu des traits volants pour séparer les armées ennemies. »
Conclusion
L’enlèvement des Sabines illustre un aspect fondateur de la Rome antique : une Cité qui s’affirme par la force, mais qui sait aussi intégrer et ordonner au Bien commun. Cet épisode mythique célèbre la vision de l’homme masculin, audacieux et conquérant, tout en posant les bases d’une civilisation où l’ordre générationnel et familial demeure central et vital. La force initiale, loin de détruire, se transforme en un moteur bâtisseur, de cohésion et de pérennité.

Nicolas Poussin
Pour aller plus loin :
- Texte intégral de Tite-Live, Histoire romaine
- Plutarque, Vie de Romulus (Remacle)
Dina Sanichar et Victor de l’Aveyron : récits d’enfants-loups !
- Plutarque, Vie de Romulus, XIV :

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