-
Publié le par Florian Rouanet
Conception, conclusion et citations longues
Préambule :
Œuvre majeure de la philosophie antique, Le Banquet de Platon, rédigé aux alentours de 380 av. J.-C., est un dialogue consacré à la nature de l’amour (Eros).
Dans le cadre d’un festin, plusieurs personnages, dont Phèdre, Aristophane, Agathon et Socrate, prennent successivement la parole pour en donner leur propre définition.
Cet échange met en exergue diverses conceptions de l’amour, allant de la passion sensuelle à l’élévation spirituelle, jusqu’à l’idée platonicienne de l’amour comme quête du Beau absolu.En effet, c’est se retrouver soi dans l’autre, les « passions joyeuses » de Spinoza. Être libre, c’est être chez soi dans l’autre chez Hegel, dans la Phénoménologie de l’esprit, mais ceci n’a rien à voir avec l’amour, il s’agit de politique. C’est ne pas se sentir aliéné par les valeurs d’une société complètement opposées aux nôtres, c’est se sentir représenté et reconnu dans nos idées et nos valeurs par la société.
La conception virile de l’amitié aristocratique chez les Allemands, au final chez tous les Européens, mais ce sont les Allemands qui l’ont théorisée au travers du révolutionnaire conservateur Hans Blüher, c’est le Männerbund (ligue masculine). La véritable amitié, réelle, virile, de Cicéron, dudit Männerbund.
P.S. Cette chose est irréalisable dans une société trop malade, où, en réaction, la mentalité conspirationniste faite de méfiance ultra, finit par prévaloir.
Amour platonique. Amour qui exclut les relations charnelles.
Être atteint d’amour platonique; inspirer un amour platonique.⁂

Conceptions de l’amour dans Le Banquet
1. L’amour, source de noblesse et de courage (Phèdre)
Phèdre est le premier à s’exprimer : il considère Eros comme le plus ancien des dieux et le plus grand inspirateur de vertu. L’amour, selon lui, pousse l’amant et l’aimé à rechercher l’excellence et le sacrifice, ce qui le rend essentiel à la grandeur humaine.2. L’amour et sa dualité (Pausanias)
Pausanias distingue deux types d’amour : l’amour vulgaire, purement charnel et éphémère, et l’amour noble, qui repose sur un lien durable et vertueux. Ce dernier est associé à l’intelligence et à l’élévation morale.3. L’amour comme harmonie universelle (Eryximaque)
Médecin de profession, Eryximaque adopte une approche scientifique et voit en Eros un principe d’harmonie qui régit aussi bien le corps humain que l’univers.4. Le mythe de l’androgyne (Aristophane)
Aristophane propose une explication poétique et mythologique de l’amour. À l’origine, les humains étaient doubles : hommes-hommes, femmes-femmes ou mixtes. Zeus, craignant leur puissance, les coupa en deux, condamnant chaque moitié à rechercher son complément perdu. L’amour serait donc la quête de l’unité perdue.5. L’éloge de la jeunesse et de la beauté (Agathon)
Agathon célèbre Eros comme un dieu jeune et gracieux, source de bonheur et d’harmonie. Pour lui, l’amour est perfection et équilibre.6. L’amour comme quête philosophique du Beau (Socrate & Diotime)
Les réflexions prêtées à Socrate sur l’amour, en le faisant ainsi « revivre » (!), fait écho à la littérature classique sur les notions de l’amitié, notamment masculine – incompréhensible pour les femmes -, laquelle demande nécessairement une certaine affectivité.Socrate, reprenant l’enseignement de Diotime, dévoile la nature véritable de l’amour : ce dernier n’est ni un dieu ni un mortel, mais un intermédiaire entre les hommes et le divin. Né de la pauvreté et de l’abondance, il oscille entre désir et sagesse. L’amour véritable ne se limite pas à l’attirance physique, mais conduit à une ascension progressive :
-
L’amour des beaux corps
-
L’amour des belles âmes
-
L’amour des institutions et des sciences
-
La contemplation de l’idée du Beau absolu
C’est en s’élevant ainsi que l’âme humaine parvient à la sagesse et à la béatitude.
Conclusion : l’amour, moteur de l’élévation spirituelle
À travers Le Banquet, Platon dépasse une simple réflexion sur le désir charnel pour faire de l’amour une dynamique d’élévation vers l’absolu. Loin d’être réductible à une simple passion humaine, Eros devient le moteur de la connaissance et de la transcendance. Cette vision influencera profondément la philosophie occidentale et les conceptions médiévales de l’amour courtois et mystique.
☧
Citations essentielles :
« Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. »
« La vraie voie de l’amour, c’est de partir des beautés sensibles et de monter sans cesse vers cette beauté surnaturelle […], pour aboutir à cette science qui n’est autre chose que la science de la beauté absolue. »
– “Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour”
– “Les yeux de l’esprit ne commencent à être perçants que quand ceux du corps commencent à baisser”
– “Si la vie vaut jamais la peine d’être vécue, cher Socrate, c’est au moment où l’homme contemple la beauté en soi”
– “La vraie voie de l’amour, c’est de partir des beautés sensibles et de monter sans cesse vers cette beauté surnaturelle en passant par échelons d’un beau corps à deux, de deux à tous, puis des beaux corps aux belles actions, puis des belles actions aux belles sciences, pour aboutir à cette science qui n’est autre chose que la science de la beauté absolue”
Long extrait de Socrate :
Socrate parle ensuite, mais c’est pour se faire le porte-parole de Diotime. Mais avant cela, il utilise la méthode de questionnement socratique (maïeutique) sur Agathon, avec la logique suivante :
– L’amour est l’amour d’un objet.
– L’amour est désir de l’objet.
– On ne désire que ce dont on ne dispose pas (on peut désirer le maintien de ce que l’on a déjà).
– Celui qui aime ne détient pas l’objet de son désir.
Si Agathon a dit que “les dieux firent le monde à partir de l’amour des belles choses car il n’y avait pas d’amour de la laideur” alors Eros doit être l’amour de la beauté et non de la laideur. Et si Eros désire la beauté, c’est qu’il ne la possède pas. L’argumentation d’Agathon est ainsi détruite, et lui-même admet qu’il ne savait pas ce dont il parlait.
Socrate poursuit ainsi :
– L’amour ne possède pas les belles choses
– Les bonnes choses sont belles
– L’amour ne détient pas les choses bonnes
Socrate laisse finalement Agathon et procède à une description de ce qu’il a appris de Diotime sur l’amour.
Diotime révèle (en utilisant la même méthode d’enseignement dialectique) qu’il y a une zone intermédiaire entre la beauté et la laideur, tout comme, par exemple, l’opinion se trouve entre la connaissance et l’ignorance. Eros n’est ni beau ni laid, ni bon ni mauvais, mais quelque chose entre les deux extrêmes. De même elle soutient, qu’Eros n’est ni un mortel ni un dieu, mais quelque chose entre les deux – celui qui opère la médiation entre les hommes et les dieux.
Diotime répond à la question de Socrate sur l’origine d’Eros avec l’histoire de sa naissance. Il est le fils de la pauvreté et de la richesse. Eros oscille donc entre les deux.
Diotime nous fait découvrir la cause de l’amour et du désir, qui est commun aux animaux et aux hommes, et qui leur fait engendrer et nourrir et protéger les choses qu’ils détiennent, même si cela leur coûte la vie. Ce désir est évidemment causé par le désir d’immortalité.
Voici donc l’échelle qui doit être montée pour atteindre le sommet de l’amour :
– Trouver un seul corps et l’aimer
– Apprécier la beauté de tous les corps
– Apprécier la beauté des âmes
– Trouver la beauté dans les lois
– Trouver la beauté dans la connaissance
Il y a donc une ascension du sensible (les beaux corps) vers l’intelligible (l’idée du Beau). L’amour est une expérience positive pour le philosophe car elle permet de se tourner vers le Ciel des Idées, monde de la connaissance et de la sagesse.
⁂

https://www.youtube.com/watch?v=xSXDj68Xaa4
☧
Ken 2 : entre virilité et spiritualité, les symboles chrétiens cachés
-

5 commentaires
Réagissez à cet article !