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Publié le par Florian Rouanet
Entre message universel et traditions asiatiques
Après avoir traité de Ken Le Survivant, d’Age of Empires ou encore Secret of Evermore, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?
L’univers de Dragon Ball, œuvre phare d’Akira Toriyama, s’inscrit dans un syncrétisme culturel, mêlant traditions asiatiques et influences occidentales.
Si son inspiration première repose sur le Voyage en Occident, roman chinois du XVIᵉ siècle relatant les aventures du roi singe Sun Wukong (dont Son Goku est l’adaptation libre), la saga intègre aussi des éléments du shintoïsme, du bouddhisme, et même du christianisme.Ce dernier aspect, bien que rarement explicite, transparaît dans des thèmes universels tels que le sacrifice rédempteur, la résurrection et la lutte du « Bien contre le Mal ». Dans ce contexte, Dragon Ball se présente comme un pont entre deux mondes, l’une tournée vers la « réincarnation et l’équilibre cosmique », l’autre vers le salut et la transcendance.

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Sommaire
I. Influences chrétiennes : figures messianiques et eschatologie
- Goku, figure du sauveur et du sacrifice
- La résurrection et la vie après la mort
- La lutte du Bien contre le Mal
- Le symbolisme des anges et des divinités
II. Bouddhisme et shintoïsme : aspects proprement japonais
- Le cycle des réincarnations
- L’ascèse et l’entraînement spirituel
- La nature sacrée des dragons
- Le respect des ancêtres et des maîtres
- L’équilibre cosmique et la dualité
III. Synthèse : convergence des mythes ou universalité de l’œuvre
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I. Influences chrétiennes : figures messianiques et eschatologie
1. Goku, figure du sauveur et du sacrifice
La trajectoire de Sangoku, héros central de Dragon Ball, présente des similitudes troublantes avec la figure christique. Dans Dragon Ball Z, il incarne le Juste qui se sacrifie pour le salut des autres :
- Il meurt en affrontant Raditz pour sauver la Terre, offrant sa vie en gage de protection.
- Lors de la saga Cell, il se sacrifie une seconde fois pour empêcher l’explosion qui détruirait la planète. Il meurt, mais son sacrifice permet aux autres de triompher.
Ces épisodes évoquent, sans complétement la caricaturer, la Passion du Christ, qui donne sa vie pour racheter les péchés du monde.
Dans un parallèle saisissant, Goku meurt, mais ressuscite, puis revient du monde des morts avec une sagesse accrue, après un passage au Paradis, à l’image du Christ glorifié après la Résurrection.2. La résurrection et la vie après la mort
La résurrection, élément central du christianisme (de l’âme quittant le corps à la mort physique), apparaît fréquemment dans Dragon Ball, notamment par le biais des Dragon Balls qui permettent de ramener les morts à la vie.
Si le principe de retour à la vie est courant dans la mythologie et la culture asiatique, il évoque aussi pour un regard chrétien : la promesse de la vie éternelle. Notamment, Goku et ses alliés ne reviennent pas simplement à la vie, mais souvent transformés, purifiés, plus puissants qu’auparavant, dans une dynamique qui rappelle la « glorification des saints et des martyrs » après leur mort terrestre.
3. La lutte du Bien contre le Mal
Bien que le manichéisme tient plus du gnosticisme que du catholicisme, l’affrontement constant entre Goku et ses ennemis n’est pas seulement une opposition entre forces guerrières, mais une véritable bataille morale :
- Freezer, tyran galactique, symbolise le mal absolu, la volonté de destruction.
- Cell, être artificiel, incarne l’orgueil et la perversion de la nature, fruit de l’hubris scientifique.
- Buu, entité amorphe et chaotique, rappelle le péché originel, nécessitant une purification totale du monde pour être éradiqué.
Ce schéma évoque les récits bibliques du combat spirituel, où les justes doivent résister aux forces du mal. En ce sens, Goku, bien qu’humain, se bat pour protéger la Création et incarne un guerrier de lumière.
4. Le symbolisme des anges et des divinités
Dans les arcs postérieurs, notamment Dragon Ball Super, l’introduction de personnages comme Whis ou les Kaioshins rappelle les hiérarchies célestes du christianisme.
- Whis, guide et mentor, est une figure angélique, au service d’une puissance supérieure (Beerus).
- Les Kaioshins, sages cosmiques, évoquent les archanges, veillant sur l’univers et intervenant ponctuellement dans l’histoire humaine.
Bien que relevant du panthéon japonais initialement, ces figures entrent en résonance avec les conceptions chrétiennes des esprits célestes guidant le monde.

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II. Bouddhisme et shintoïsme : aspects proprement japonais
Il est important de connaître les non-religions étrangères, afin de savoir ce qu’elles ont de similaires et d’inconciliables, servant pour l’apologétique, la philosophie et la conversion des peuples jaunes notamment.
1. Le cycle des réincarnations
Dans la saga, l’idée de renaissance est omniprésente. L’exemple le plus frappant est Uub, réincarnation de Buu, qui renaît sous une forme purifiée, suivant le principe bouddhiste du karma.
Cette conception s’oppose radicalement au christianisme, nous qui postulons une seule vie terrestre suivie du Jugement dernier.
2. L’ascèse et l’entraînement spirituel
L’obsession de Goku pour l’entraînement n’est pas qu’un simple exercice physique, mais il s’agit d’une quête d’élévation personnelle et spirituelle.
- La salle de l’Esprit et du Temps évoque les temples bouddhistes, où le « temps s’écoule différemment » et où le pratiquant doit « surmonter ses limites » à l’instar de Bouddha.
- Le séjour de Goku sur la planète de Kaio rappelle les « retraites des moines », où l’isolement et la discipline permettent d’atteindre un « niveau supérieur d’existence » (gnostique également)
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3. La nature sacrée des dragonsDans Dragon Ball, le dragon Shenron est une figure divine, exauçant les vœux des hommes. Cette croyance vient directement du shintoïsme, où les dragons sont des kami, esprits bienveillants liés aux éléments (genre de paganisme/nature à la japonaise).

One Two Three, Viva l’Algérie
4. Le respect des ancêtres et des maîtres
Un aspect essentiel du shintoïsme et du bouddhisme japonais est le culte des ancêtres et le respect absolu des maîtres. On retrouve cela dans Dragon Ball, avec les figures de Tortue Géniale, Maître Kaio, et même Végéta, son opposant qui, bien qu’extrêmement orgueilleux (algérien ?), finit par honorer Goku en tant que maître d’arts martiaux !
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III. Synthèse : convergence des mythes ou universalité de l’œuvre
Le génie de Dragon Ball réside dans sa capacité à synthétiser différentes traditions pour s’adresser aux marchés à la fois asiatiques et occidentaux:
- Pour un chrétien, l’histoire de Goku et sa nature sacrificielle peut évoquer le Messie, son combat pour le Bien et Sa Résurrection, bien que cela prend une toute autre forme (un peu comme le lion Aslan dans Narnia !).
- Pour un Japonais bouddhiste ou shintoïste, l’œuvre illustre des principes de réincarnation, d’équilibre cosmique et d’ascèse physique et mentale.
Loin d’être un unique loisir, Dragon Ball est une fresque mythologique moderne, tentant à puiser dans les « sagesses » existantes, afin de créer un récit universel. L’histoire de Goku, dans sa simplicité, rejoint les grandes quêtes du héros, offrant à chacun une « lecture adaptée ».
Ainsi, derrière les explosions et les combats (dont le niveau intellectuel n’est certes pas bien élevé !), Dragon Ball n’est pas qu’un récit d’action, mais un conte formateur avec son cheminement, où chaque génération peut trouver un écho à sa propre quête spirituelle.
P.S Attention cependant, à ne pas tomber dans une hérésie post protestante avec le Gokuïsme !

Pour approfondir ces influences (français et anglais) :
- Japon: l’évangélisation par les mangas? – Causeur
- Dragon Ball Z and Buddhism: Connecting Two Cultures with One Book – The New School Free Press
- Gokuism – The Church of Goku | The Dao of Dragon Ball

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