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Publié le par Florian Rouanet
Nous avons appris, non sans joie, que la revue du Sodalitium de l’IMBC – titré ainsi en référence au Sodalitium pianum anti-moderniste sous S.S. le Pape saint Pie X –, sous la plume de l’abbé Ricossa, a assez récemment (été 2023) dédié un « numéro spécial, en défense de Mgr benigni », précisément en juillet 2023, n°73. La cinquième partie porte sur les liens de Mgr Benigni avec les fascistes.
L’abbé Ricossa est un habitué du sujet, il avait déjà donné un cycle de conférence, ainsi qu’un entretien à Rivarol à cet effet, intitulé : « Comment évaluer le fascisme d’un point de vue intégralement catholique » et conférences de l’abbé Ricossa.
Et en effet, l’italien Mgr Umberto Benigni, avec le slovaque Mgr Joseph Tiso, sont des références en matière de ce que l’on nommera plu tard, peu ou proue, le fascisme clérical. Et, précédemment, nous avons fait ce même travail en 3 parties, côté allemand, avec Pierre Maximin sur Mit brennender Sorge, ou encore, les vues du cardinal Faulhaber sur l’Ancien testament et le « racialisme » de Mgr Gröber.
Il nous faut être sur tous les fronts et répondre à tout le monde, comme nous l’avions effectué par le passé, par exemple contre les légitimistes, bien qu’ici, le document n’est pas tant à charge et nous sommes plutôt en accord avec l’essentiel du propos !
Chapitrage :
PREMIÈRE PARTIE : SAINT PIE X ET LES CATHOLIQUES INTÉGRAUX p. 14
DEUXIÈME PARTIE : CATHOLIQUES INTÉGRAUX, BENOÎT XV, PIE XI, ET LEUR SECRÉTAIRE D’ÉTAT, LE CARDINAL GASPARRI
TROISIÈME PARTIE : LE VIRAGE DE BENOÎT XV (1914-1922)
QUATRIEME PARTIE : SOUS PIE XI
CINQUIÈME PARTIE : Mgr Benigni, le Risorgimento, le fascisme
SIXIÈME PARTIE : Mgr Benigni et la Compagnie de Jésus
5e chapitre détaillé :
L’accusation de don Nitoglia
Première partie : Mgr Benigni et le Risorgimento italien.
Grande Guerre et Concordat
Mgr Benigni et le Sodalitium Pianum pendant la Grande Guerre Mgr Benigni et le Concordat italien (1929)
Deuxième partie : Mgr Benigni et le fascisme
Mgr Benigni (et les intégraux italiens) et le fascisme : la question spéculative
Mgr Benigni et le fascisme. Après le virage de 1923, que faire ?
Mgr Benigni et le fascisme. Le « fiduciario n° 42 »
Troisième partie : l’I.R.D.S. (ou E.R.D.S.) et la collaboration sociale avec les acatholiques : une violation du confessionnalisme catholique intégral ?
L »Internationale antisémite » et la Défense Sociale
Appendice : le père Rosa s. j., La Civilta Cattolica et l’antisémitisme
Encore sur le père Rosa et l’antisémitisme
Pour conclure : Mgr Benigni, le fascisme et le Risorgimento
Ce qui donne un total d’environ 33 pages

Le dossier commence donc en page 88, ce qui ne s’invente pas ! Le double 8 rappelant la 8e lettre de l’alphabet, formant ainsi les initiales HH du Heil Hitler.
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Ces extraits vont montrer à quel point le contexte international n’était pas en faveur de l’émergence d’un catholicisme d’intégral des masse. Cette analyse va s’opérer sur essentiellement trois tableaux : Première guerre mondiale, Risorgimento et l’Empereur François-Joseph.
Première guerre mondiale et Risorgimento :
La thématique Benigni/Risorgimento peut s’articuler en deux questions : la position de Mgr Benigni durant la Grande Guerre d’un côté, le Concordat entre le Saint-Siege et l’Italie [partie 2], de l’autre. (…)
Cela constitue effectivement un point de départ, car 1) les anciens combattant deviendront en bonne partie fasciste et que 2) le Risorgimento peut faire office de référence unitaire et patriotique italienne, malgré ses sources maçonniques, libérales et bourgeoises, hostiles à la Chrétienté et à la véritable Tradition…
L’école catholico-intégrale, comme il est connu, est rigoureusement anti-libérale et contrerévolutionnaire : le Risorgimento italien est donc vu de manière négative et Mgr Benigni ne fait pas exception, étant donné son long militantisme au sein des catholiques intransigeants. Le Risorgimento doit être jugé négativement non tant pour la question de savoir si l’Italie doit être unie, fédérale, ou divisée (comme elle l’était sous les états pré-unitaires), mais si l’Italie doit être intégralement catholique ou non (144). (…)
Son milieu se nommait l’E.R.D.S. (Entente romaine de défense sociale) :
Pour l’Entente, il était favorable aux Empires Centraux, pour les Empires Centraux il prenait position pour la France ou pour la Russie. (…)
Le programme du Sodalitium Pianum (n° 11) à l’époque non suspect (1913) était clair :
« Nous sommes pleinement : (…) contre le nationalisme païen, pendant du syndicalisme areligieux, l’un considérant les nations comme l’autre les classes, c’est-à-dire des collectivités où chacune peut et doit pousser amoralement vers ses intérêts propres, complètement en dehors et à l’encontre de ceux des autres, selon la loi brutale dont nous venons de parler; et en même temps contre l’antimilitarisme et le pacifisme utopiste, exploités par la Secte dans le but d’affaiblir et d’endormir la société sous le cauchemar judéo-maçonnique; pour le patriotisme sain et moral, patriotisme chrétien dont l’histoire de l’Église catholique nous a toujours donné des exemples splendides » (POULAT p. 121, Disquisitio, p. 265).
Mgr Benigni fut également fidèle à ce programme pendant et après la Grande Guerre, comme nous verrons par la suite, en commentant une importante série d’articles sur le nationalisme et l’internationalisme, publiés en 1927 sur Fede e Ragione (Foi et Raison). (…)
À l’opposé, les membres français (qui semblent maintenir une correspondance plus importante avec notre prélat) font des concessions à l’esprit du temps, montrant leur hostilité pour les « boches » : il n’y a pas lieu de s’étonner en connaissant les Français ! (VALBOUSQUET, Antimodernisme…, pp. 231-234) ;
ils demandent et obtiennent ainsi l’expulsion de Joncks (148). Aux intégraux français, cependant, Mgr Benigni recommande une ligne « apolitique » (p. 226) et eux-mêmes évitent de tomber dans le mysticisme patriotique’ de ceux qui voudraient l’image du Sacré-Cœur sur le drapeau national français (149) et condamnent (par exemple, Rocafort, autrefois membre du S.P. et toujours proche de Benigni) les invectives contre le Vatican et le Pape qui viennent des milieux « modérés » (qu’on lise : les philomodernistes d’antan) comme le cardinal Amette et le père Sertillange, qui loue du haut de la chaire le refus par Clémenceau des propositions de paix avancées par Benoît XV (p. 225). (…)
Comme Benoît XV, Mgr Renigni fut donc attaqué par les parties opposées dans le conflit, comme lui-même eut l’occasion de le faire remarquer dans une lettre au cardinal De Lai du 2 janvier 1917:
« Donc, en Allemagne, je serais vendu à la Russie; en France, je serais vendu à l’Allemagne! » (151).
Les modernistes ou modernisants français, crus par Mgr Baudrillart, répandent alors la fausse rumeur d’un Benigni opposé à la France, et favorable aux Empires Centraux (p. 229) (152). (…)
Des sentiments italophiles de Mgr Benigni nous en avons trace aussi dans une note de l’Office Central des Investigations (de l’État italien) du 2 juin 1917 qui écrit de lui :
« Il est indiqué comme sincèrement attaché à l’Italie et dès le début de notre guerre il a déploré la cécité de tous ces milieux ecclésiastiques qui ne prévoyaient pas ou ne désiraient pas la victoire de l’Entente. Il avait connu la politique allemande dans le domaine politique avant que tant l’aient suspecté dans le domaine politico-international. (…)
Empereur François-Joseph de l’Autriche-Hongrie :
Le journal du Vatican rappelait « les attaques du judaïsme maçonnique » contre François-Joseph à l’occasion du congrès eucharistique de Vienne de 1912, « l’amour de véritable vénération » de la part des différentes nationalités de l’Empire, « la fermeté de sa foi et la vivacité de ses sentiments religieux » , raison pour laquelle on pouvait voir en lui « un fils dévoué et affectionné du Saint-Siège et du Pontife Romain, ne laissani passer aucune occasion de faire voir son inaltérable attachement à la personne auguste du Vicaire de Jésus-Christ » (156). (…)
Les traditionalistes catholiques, ayant dépassé avec raison le libéralisme de la droite risorgimentale, ont par réaction vu dans l’Autriche et en François-Joseph le bastion du catholicisme. C’est une affaire compréhensible (…)
Mais le tournant catholique ne fut que de courte durée: après la défaite contre les Prussiens de 1866, le parti libéral commença à dominer en Autriche et en Hongrie, avec des premiers ministres protestants, et des nouvelles lois opposées au Concordat, jusqu’à ce que – par haine de la définition dogmatique de l’infaillibilité pontificale durant le concile Vatican I – François-Joseph non seulement n’intervint pas pour soutenir le Pape Pie IX et éviter l’occupation sacrilège de Rome, mais décida au contraire de dénoncer unilatéralement le Concordat de 1851 et de soutenir la secte des « vieux catholiques ». Dans la même période, et jusqu’à environ 1885, le chancelier allemand protestant von Bismarck, lançait contre l’Eglise une véritable bataille culturelle et juridique passée à l’histoire sous le nom de Kulturkampf. Avec l’Allemagne anticatholique, l’Autriche-Hongrie s’allia militairement dès 1873, pour ensuite former avec l’Italie risorgimentale et maçonnique la Triple Alliance, qui dura de 1882 à 1914. L’anti-judaïsme de l’Autriche des Habsbourg sur le déclin est une chose ridicule, l’Empire était au contraire un paradis pour les israélites, favorisés et respectés dans le cadre d’un état multi-religieux, au point qu’à quatre reprises François-Joseph refusa de confirmer l’élection comme bourgmestre de Vienne du chrétien social (et « antisémite ») Karl Lueger. (…)
En somme, si les puissances de l’Entente (l’Angleterre protestante, la Russie schismatique, la France laïque et maçonnique) ne donnaient pas de garanties à l’Eglise, celle des Empires Centraux (avec l’allié turc, coupable de l’extermination des Arméniens) ne pouvait pas non plus se dire fiable (…)
Le centre névralgique de l’article se situera donc en deuxième partie avec son traitement entre le régime fasciste et le Concordat de 1928 – accords du Latran.
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Notre conférence sur le squadrisme – ainsi que ses extraits –,
lequel a préparé l’avènement du fascisme italien

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