• Contre-révolution, lato sensu ou catholique ?



    Anti-1789 version « païenne » ou non ?

  • Continuons donc dans notre lancée, concernant les influences contre-révolutionnaires, passées et présentes, à travers nos récentes réflexions et autres relais d’intellectuels de ce courant (le suisse Gonzague de Reynold, le britannique Hilaire Belloc, etc.).

    Et ce, en répondant à cette demande envoyée en commentaire par Lecteur rouanesque :

    « Du point de vue mérélien, pensez-vous que Mussolini et Hitler soient des héritiers du nationalisme traditionnel et de l’école contre-révolutionnaire ?
    Je suis toujours extrêmement sceptique, lorsque je lis que Jacques Ploncard d’Assac, qu’Hitler ait pu être « nationalitariste », est-ce votre cas ? »

    Joseph Mérel décrypte la gauche (partie 2) – Oremus Podcast

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    De même qu’avec le fascisme, nous pouvons identifier deux acceptions de la contre-révolution :

    Fascisme :

    – Au sens large, c’est une réaction salvatrice des nationalismes européens, voire universels, contre une situation urgente et dangereuse.

    – Au sens étroit, c’est seulement l’État italien fondé par Benito Mussolini.

    Contre révolution :

    – Au sens large, c’est le fait de s’opposer globalement à l’influence des Lumières française de 1789.

    – Au sens étroit, la contre-révolution est catholique pur jus, elle remonte et puise notamment sa source dans la Contre-Réforme anti-protestante, partant le Concile de Trente.

    Unité chrétienne :

    En effet, les luthériens ont détruit l’unité chrétienne continentale, et même avant cela, le roi François 1er, en s’alliant aux Turcs par « souverainisme » gallican, ou encore en faisant lui-même ses cardinaux, a trahi cette unité, au moins à titre géopolitique, voire religieux.

    Adolf Hitler entre de façon certaine, au moins dans la première catégorie. Car bien qu’autrichien d’origine, et croyant en la Sainte Vierge, il fut à la tête d’un pays aux deux tiers protestants et il n’a hélas pas fait grand-chose pour inverser la tendance en interne. Mais cela reste assez flou.
    Disons, qu’il n’a pas été non plus un empereur Charles Quint, champion de la religion catholique !

    Question raciale :

    Toutefois, nous ne suivons guère Jacques Ploncard d’Assac dans son raisonnement. Ce dernier s’est vraisemblablement métissé avec une femme égyptienne et rejette ainsi le racialisme.
    En soi, cette doctrine tient objectivement de l’ordre naturel et il est donc tout à fait traditionnel et bon de le défendre, dans son ordre en tout cas.
    Le nationalitaire, quant à lui, est un républicain « patriote » qui, n’osant pas le nationalisme, s’en tient à des normes administratives et assimilationnistes, contre l’ordre concret de la nature et des nations/Cités : c’est encore autre chose donc !

    1789 et les contre-révolutions :

    Par exemple, des néo-paiens issus de la Nouvelle droite, adeptes du monde antique et aristotéliciens, auront un rejet naturel de la pensée abstraite des Lumières et de nos contemporains.
    Cela fait d’eux des anti-Lumières par la force des choses, mais pas des catholiques.
    À ce propos, Julius Evola pourrait être un contre-révolutionnaire de la « catégorie au sens large », quand bien même il serait « révolutionnaire » en termes de processus, et bien qu’il ne soit pas foncièrement réactionnaire !

    Mussolini et le fascisme italien aussi entre dans la première catégorie et, nous aurons tendance à penser, davantage dans la seconde également, par l’attachement de l’Italie ainsi que de son attachement personnel à la catholicité.
    La dictature selon Donosó Cortés s’est véritablement incarnée avec Tonton Benito. Nous l’avons déjà rappelé, mais sa deuxième génération de CR n’a pas connu l’Ancien Régime (contrairement à Joseph de Maistre) et ne croit plus à son retour « comme si de rien n’était », voire tout court ! Ainsi : une république, mais traditionnelle, catholique et dictatoriale, nous disons pourquoi pas !

    Nous placions dernièrement Joseph Merel dans la génération contemporaine des « contre-révolutionnaires révolutionnaires », du reste, et c’est ce qu’il propose en effet, à raison !
    Le fascisme est ce que la Monarchie française aurait eu besoin pour se défendre en même temps d’accoucher la société contemporaine en une version traditionnelle.

    Tradition et modernité :

    Tout comme chez les révolutionnaires conservateurs de l’entre-deux-guerres allemand, il s’agit d’admirer chez le réactionnaire, le fait qu’il soit porteur de principes de fond vivant, sans qu’il ne s’agit de conserver benoîtement la lettre morte du Sanhédrin, selon les enseignements saint-pauliens.

    Épîtres, Saint Paul :
    Il y souligne l’importance de l’esprit de la Loi par rapport à la lettre de la Loi. Par exemple, dans la deuxième épître aux Corinthiens (3:6) :

    « La lettre tue, mais l’Esprit vivifie. »

    Et tout comme le fait d’être de droite est d’accepter l’Ordre naturel, et tout ce qui en découle, principes hiérarchiques compris, le fait d’être gôche et dégénéré tente à subvertir l’Ordre naturel et à prétendre le réinventer (ma subjectivité est maîtresse : « j’ai décidé aujourd’hui d’être un trans noir, merci ! »).
    Ces dernières réflexions sont des parallèles, et le sujet paraît assez délicat, en effet. Mais voilà quelques humbles éléments de réflexion afin de situer les choses historiquement et doctrinalement.

    Merci encore à cet internaute qui n’en est pas à sa première demande pertinente !
    Il provoque chez nous une belle émulation de pensée !


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  • 6 commentaires




    Le père Ploncard voulut voir en Hitler un « nationalitariste » (horresco referens), dans la mesure où il pensait (à tort) que le Führer réduisait la nation au critère ethnique, sans tenir compte de la formation historique (rien de plus faux puisqu'il souhaitait recouvrer les frontières naturelles du Saint-Empire telles qu'elles étaient avant la fissure provoquée par les guerres de conquête napoléoniennes), et tendait à établir un parallèle entre la conception völkisch professée par les NS, et celle des thuriféraires libéraux du droit naturel, parce que tous deux inclinaient à subordonner l'État à l'idée nationale. Ploncard se contentait d'adopter à son compte les critiques que fît déjà Maurras en son temps à l'adresse du national-socialisme, et qui avait en fait tendance à assimiler primairement aux Lumières tout ce qui faisait référence de près ou de loin au germanisme. Notre cher Stepinac a scrupuleusement réfuté ces amalgames faussés, en démontrant qu'Hitler tirait bien du nationalisme orthodoxe opposé à la Révolution, contre laquelle les pangermanistes firent front dès le début. En outre, rappelons de plus belle qu'Hitler était un disciple du monarchiste viennois Karl Lueger, qui lui transmît ses vues sur le péril juif (son antisémitisme n'était guère racial nonobstant), la question sociale (corporatisme compris), ainsi que sur la structure organisationnelle de son propre mouvement - laquelle était directement calquée sur la hiérarchie catholique et l'État habsbourgeois -, dans cette Autriche en laquelle le Führer naquit et connue pour avoir toujours été un terreau de la contre-révolution depuis François Ier. Hitler avait même de l'admiration pour Andreas Hofer, régent du Tyrol qui résista aux troupes jacobines françaises.


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    « […] On ne doit pas opposer un Maurras contre révolutionnaire à un Hitler révolutionnaire. Ils appartenaient tous les deux au grand courant contre-révolutionnaire né en opposition à la Révolution française. Mais ils s’étaient appropriés tant de traits révolutionnaires qu’ils paraissaient souvent plus semblables à leurs ennemis qu’à leurs amis conservateurs , Maurras d’une manière voilée, Hitler, de façon plus évidente […]. » (Ernst Nolte, lors d'un entretien accordé à Dominique Venner, repris in. "la Nouvelle Revue d’Histoire", mai-juin 2003, n°6).


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    […] Alors que la République se consolidait dans le sang, en France, Napoléon Bonaparte, en prenant le pouvoir par coup d’éclat et d’État, jonglait entre l’héritage révolutionnaire et une volonté de réconciliation avec les traditions monarchiques, cherchant à restaurer une certaine stabilité. Sa politique de pacification des provinces vendéennes, doublée de son attitude ambivalente à l’égard des « royalistes », traduisait la complexité d’une France déchirée, rappelant des décennies plus tard, dans un cas pratique, les divisions entre collaboration et résistance en 1940. À l’instar d’Honoré de Balzac, dans Les Chouans, certains écrivains et historiens témoignèrent de cette guerre civile, perçue par certains comme la “contre-Révolution de France”. […]


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