• Analyse: Commentaires sur la société du spectacle par Guy Debord (Florian Rouanet)



    Incontournable de la littérature française récente

  • Après un compte-rendu sur René Binet, notre socialiste goy quelque peu « raciste-spinoziste » (pour viser son déterminisme absolu de la race !), voyons maintenant l’œuvre essentielle de Guy Debord, ou plutôt son résumé. C’est un penseur réputé à gauche, mais pas inintéressant. Cet ouvrage est un incontournable de sa bibliographie d’ailleurs. Il voulait en finir radicalement avec le chancre moderne du spectacle de l’écran, car celui-ci fausse la société, les rapports humains, et le bon sens. Avec Jean-Claude Michea et Michel Clouscard, on peut dire que sa pensée relève du crypto-rouge brun malgré lui. C’est ce qui se passe dès qu’un auteur donne une production intéressante, on a toujours plus d’une once d’ordre naturel en elle.

    De même que nous apprécions quelques auteurs originaux et autres productions de la Nouvelle Droite (côté radical, sans être primaire) avec Méridien Zéro, Réfléchir et Agir, Philippe Baillet, etc., nous accordons ainsi le crédit qui revient à cette gauche dissidente. Plus proche de nous, il y a eu cette gauche réfractaire qui a été progressivement évincée des médias à partir de 2003, notamment celle socialo-communiste et pro-palestinienne (Alain Soral, Michel Collon, Jean Bricmon, Pascal Boniface) alors qu’en même temps commençaient à paraître l’horrible Marine Le Pen et Éric Zemmour à la télévision. Désormais, seule subsiste la version télévisuelle likoudnique en France.

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    Nul besoin de lire « La société du spectacle » en son entier, cet ouvrage est plus long, trop jargonnant et dépassé par certains aspects (il fallait préparer la révolution par ladite cellule marxiste), cantonnez-vous donc à ses Commentaires (HTML) ! Cela dit, la préface reste imprégnée de cette marque périmée, vous aurez peut-être droit à la préface de la IVe édition italienne de l’ouvrage susmentionné.

    Le sommet de l’ouvrage demeure dans sa définition du « spectacle intégré », c’est-à-dire que celui-ci se fortifie en interne par une sorte de dialectique d’opposition (concept marxisto-hégélien). Cette situation ne peut être vaincue que par son dépassement. Pour saisir quelques bases en la matière sans trop d’effort, vous pouvez vous enquérir du « Hegel et l’hégélianisme » aux éditions « Que-sais-je » (CAIRN).

    De nombreux points positifs :

    Le point le plus plaisant, même s’il est discret est que, de fait, notre auteur du jour conjure la médiocrité, défend la tradition, la transmission et le principe de vérité contre toute forme d’opposition contrôlée, de gloriole, de théâtre du mensonge et de l’imposture, tout manque de contact avec le réel. Les usurpateurs sévissent aujourd’hui et à tout niveau. On admira son génie rhétorique dans de multiples circonstances.  Il y a une sorte de « révisionniste » chez lui, lorsqu’il détruit le fanatisme de certains et le déconstructivisme gauchiste. Il est même discrètement et à sa façon en faveur de la décentralisation, du corporatisme bien compris, et provincialiste. Parfois, on se dit que ses réflexions sont très actuelles et indémodables, on croit y déceler tantôt « Le meilleur des mondes », et tantôt l’ère post-Covid qui constitue un accélérateur supplémentaire de cette a-société collectiviste et mentalement robotique (pré-transhumaniste, surveillance numérique – idem pour le scientisme vaccinal).

    Il saisit bien « l’incarnation du néant » que portent nos contemporains, cohortes de râleurs obéissants et autres incultes sont cloués aux piloris, eux qui préfèrent toujours la copie (acceptable) à l’original (Sarkozy à JMLP en 2007 ?). On continue ensuite avec les thématiques de voyous, les méthodes mafieuses, les marchés de l’alcool puis des stupéfiants, la dégénérescence du monde journalistique et artistique. On nous voue à l’admiration non plus des héros et des saints, mais des sportifs crétins et de cyniques malfrats.

    L’homme anti-spectacle dénoncera la perversion des mots avec la même rigueur, tout comme une série de penseurs et d’auteurs de Platon à Orwell. Souvent, sa réflexion est universelle et ne prend ainsi pas une ride. Le non-art contemporain se trouve rejeté par quelques paragraphes aussi, cela aussi passerait très mal sur un plateau TV. Tous les mécanismes profonds de « Big Tech » – sa course à la sécurisation d’État – sont épinglés au demeurant, notamment en décodant les mécanismes du capitalisme de surveillance alors naissant.

    Analyse critique :

    Guy fait du spectacle un genre de Golem ultime, voire unique (on fait peur au peuple avec le Golem dans la culture juive pour faire que celui-ci se tienne à carreau), qui rase tout sur son passage, toutefois si l’analyse demeure incomplète, elle n’est toutefois pas démentie par les faits comme il s’en vante à quelques reprises. Au moins, on peut notamment lui reconnaître de vivre sa thèse à pleins gaz. Mais tout le reste des problèmes découlerait de ce Golem, mono causal donc. Dans son référentiel particulier de gauche, il est assez anarchisant (anti-Étatisme primaire) et dit voir en Mai 68 un échec faisant suite à une bonne intention, mais manquant de formation. On ne peut lui donner tort sur le dernier point. Quelques décennies plus tard, le résultat en est un rouleau compresseur de déchéances…

    Dans le monde professionnel et au-delà, a contrario, disons que c’est aussi une bonne chose que le peuple, et que tout un chacun puisse produire de la culture, mais la situation manque de cercle aristocratique pour cadrer le phénomène. Actuellement, le politique dit faire de la science pure et dure, et c’est là qu’un verrou saute, pour ne citer que cet état de fait. Demain, une prostituée pourra prétendre être philosophe prétextant la définition du mot « péripatéticien ». Rien n’est plus à sa place. Les compétences sont trop spécialisées, distribuées à tout va, on manque de vue générale et de plus, le niveau baisse par-dessus le marché ! Un peu de démocratie n’est pas une hérésie, trop oui.

    Néanmoins, il est vrai, il n’y a plus que de ça autour de nous, de Instagram aux plateaux TV (Touche pas à mon poste d’Hanounah est un parangon du spectacle avec son émission crétine et polémique), tous sacrifient au spectacle. Nous ne sommes plus nous-mêmes, entier et rationnel : on hypostasie ses désirs et les prend pour réalité. Nous faisons mention d’internet et des réseaux sociaux, car la numérisation des rapports humains aggrave d’autant plus ce fait. Et que dire de la pornographie, voyeuriste et de mauvais goût par définition ? Enfin, nous croulons de surcroît sous un flot intarissable d’informations continues nous empêchant de prendre le temps, de repérer le fond des choses, et nous craignons que l’humanité ne se remette jamais sur pied de tout cela, on n’en sortira pas indemne.

    Par ailleurs, Debord tire des conclusions qui peuvent être interprétées comme « très complotistes » en ce qu’il fait de la finance « Dieu », comme tout bon marxiste qui se respecte, et qu’il fait aussi du « pessimisme de la manipulation » (au sens soralien) bien qu’il saisisse en profondeur les mécanismes psychologiques et sociologiques de ce qu’il dénonce et combat. Le point qui me dérange c’est l’impuissance des thèses complotistes (tout est joué d’avance, l’ennemi est invincible). Nombre de développements sont bien tournés, intéressants et justes.

    Ce qui est bon dans ce thème conspi’, c’est que même Conspiracy Watch en prend pour son grade en tant que « Ministère de la Vérité ». Le plus fou et courageux à la fois est qu’il affirme que le seul terrorisme qui existe est celui médiatique et étatique, et que tous les autres n’existent pas (on pense à l’épopée Ben Laden et ses montages par moments). Il livre somme toute une négation du terrorisme spontané et isolé. En somme, il est plein d’idées, et nous ne pouvons pas les exposer toutes ici.

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    Nous complèterons volontiers cette lecture avec l’Art de la guerre de Sun Tzu, Propaganda d’Edward Bernays, le discours de la servitude volontaire de La Boétie et Psychologie des foules de Gustave le Bon. On admirera in fine les éléments culturels mentionnés et les mérites revendiqués de Guy Debord dans l’ouvrage susdit.

    Pour terminer, et à titre informatif, sachez que Michel Onfray, certes critiqué et critiquable, avait fait une liste de vidéos (YouTube) faisant tout un topo sur la vie et l’œuvre de Guy Debord.

    PS. Nous contribuons certes un peu de façon assumée à ce spectacle, via le comique radical des vidéos rivaroliennes, toutefois, il faut bien mettre en avant nos idées d’une manière ou d’une autre tout en insufflant ce qui est traditionnel et enraciné.

    Florian Rouanet.


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  • 3 commentaires




    […] toute chose, vous pouvez découvrir notre fiche de lecture (~6 min), résumant l’intêret que nous devons porter à l’oeuvre de G. Debord concernant la […]


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    […] Le titre a évidement été inspiré de Guy de Bord, l’apport des situationnistes de gauche, lequel est intéressant, bien que influencé par le marxisme. Nous vous invitons à prendre connaissance de notre récession le concernant. […]


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    […] Analyse: Commentaires sur la société du spectacle par Guy Debord (Florian Rouanet) […]


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